‹ La vie arabe et la société musulmaneChapitre 139 sur 157 · I.o longue · texte numérisé non relu

I.o longue

La langue interroge l'homme, matin et soir.

Le malin : « Comment vas-tu? lui dit-elle.

— Bien, si lu ne me compromets pas. »

Et le soir : • Comment as-tu passé la journée? lui demande-t-elle encore.

— Bien, si tu ne m’as pas compromis. »

Les vetii bleus.

Je t’aime, femme aux yeux bleus, parce que les yeux sont ceux de tous les oiseaux de race (des faucons).

Nos guerrier-.

Les uns sont des lions qui défendent leurs petits, Les autres sont des aigles qu’anime la vue du sang ; Ceux-ci sont froids comme la neige qui lue,

Ceux-là sont vifs comme la poudre qui brûle.

PENSÉES ET MAXIMES

Leurs chevaux mangent une orge pure,

Ou les abreuve (lu lait de nos chamelles,

Pour eux, le loin est toujours près ;

Sans nul doute, ils vaincront tous les peuples à chapeau (les chrétiens).

La dcrnti rc heure.

Il est bien à plaindre, celui qui n’a ni mère, ni femme, ni fille, pour l’assister à sa dernière heure.

<x>urage, A mon cœur!

O mon cœur, tu es saisi d’effroi;

Courage, ne redoute pas les coups des hardis combattants! Jettc-toi dans la mêlée, coupe le fer avec le fer,

Et sauve l’honneur des musulmans.

Celui qui cherche à ne jamais mourir,

Verra toujours ses vœux trompés.

(L'émir Aalxl-el-Kader, caplif au fort Lamalgur.

La gazelle.

Avant de l’avoir vue, je n’aurais jamais cru qu'il fût possible à la gazelle de prendre la forme d’une femme. Aujourd’hui, j’en suis certain.

L'amour.

L’amour commence par un regard, de même qu’un incendie commence par une étincelle.

Un sage, voyant un chasseur qui s’était arrêté pour causer

avec une jolie femme, lui cria : « 0 toi qui poursuis et tues les animaux sauvages, prends garde que cette femme ne le prenne dans ses filets ! »

Le» griffe» d.t lion.

Si le sultan vous attire à lui.

N’en montrez aucun orgueil ;

Et, s’il s’éloigne de vous.

N’en concevez aucun chagrin.

Rappelez-vous que les princes ont les caprices des enfants et les griffes du lion.

Lu lin du monde

On demandait à un Arabe '. « Crois-tu à la tin du monde ? — Oui, répondit-il, depuis que j’ai perdu ma femme, la moitié du monde a déjà disparu pour moi : et, quand je mourrai à mon tour, l'autre moitié s'en ira. »

Le soimm il de l'amant.

Elle m’a fait dire : « Tu dors, et nous sommes séparés ! » J’ai répondu : « Oui, mais c’est pour reposer mes yeux des pleurs qu’ils ont versés. »

Les honneurs et le» richesses.

Celui qui recherche avec avidité les honneurs et les richesses, je le compare à un homme altéré qui veut étancher sa soif avec de l’eau de la nier. Pins il boit, plus il veut boire, et il boit ainsi jusqu’à ce qu’il finisse par en mourir.

(L’émir Aat>d-el-Ka<ler, captif au fori Lamalgn*.)

PENSÉES F.T MAXIMES

l.e bonheur *-n mariage.

Les plus grandes présomptions de bonheur dans une union sont les qualités suivantes : la beauté, la fécondité, le bon caractère, l'origine, l’intelligence, la pureté et la piété.

La beauté. — La femme qui est belle enchaîne les regards de son mari, et les détourne des autres femmes. Elle l’empèche de tomber dans le crime abominable de l’adultère.

La fécondité. — La femme féconde remplit l’un des grands bnts du mariege.

Le bon caractère. — La femme d’un bon caractère est pour son époux une couronne d’or; elle bannit de la maison les tracas et les soucis.

L'origine. — La femme de noble origine soutient son mari dans les épreuves de la vie, l’encourage et donne à ses enfants des sentiments généreux.

L'intelligence. — La femme intelligente aide son mari, surveille sa fortune, et lui laisse tout son temps pour les grandes affaires.

La pureté. — La femme pure obtient l’amour de son mari et gagne son intimité. La nature nous porte à préférer la personne que le premier nous avons aimée.

La piété. — Enfin, la femme pieuse conserve la chasteté, et donne ù sa famille un parfum de sagesse et de religion.

i L’émir .Valid-el-Kailer, captif au fort Lamalgue. i

l*n* once d’honneur.

Souviens-toi qu’une once d’honneur Vaut mieux qu’un quintal d’or.

LA VIF, ARABE

Le* conseil*.

Ne méprisez jamais les conseils, de quelque part qu’ils viennent. Kappelez-vous que la perle est très-recherchée malgré sa grossière enveloppe.

L«« collier.

Au jour de son départ, nous nous volions des coups d'œil ; Une mèche de ses cheveux flottait sur ma corde de chameau ;

Puis mes pleure ont coulé comme des perles liquides ;

Si j'avais pu les réunir, j’en aurais fait un collier pour son • cou.

Allons, mon cœur, sachez supporter la séparation :

Nul ne peut s’opposer à la volonté de Dieu ;

Et vous, mes yeux, quand je veux consoler mon cœur,

Ne venez plus me trahir par vos larmes!

Le

vizir.

Le vizir peut être comparé à un homme qui serait monté sur un lion : les passants tremblent en le voyant, et lui, plus qu’eux encore, redoute sa monture.

No» femmes.

Nos femmes, fraîches comme le coquelicot, Ne sont-elles pas portées sur des chameaux.

PENSÉES ET MAXIMES 543

lies vaisseaux (le la terre,

Qui marchent du pas noble de l'autruche ?

Ne sont-elles pas couvertes de voiles,

Qui, traînant loin derrière elles.

Désespèrent même nos marabouts?

Ne sont-elles pas parées de corail,

De bijoux enrichis d’ornements.

Et le tatouage bleu de leur corps Ne fait-il pas plaisir à voir ?

Tout en elles ravit l’esprit de ceux qui croient en Dieu ; Vous diriez les fleurs des fèves que l’Éternel a créées.

L'ambition.

Quand Dieu veut perdre la fourmi, il lui donne des ailes ; pleine de joie et d’orgueil, elle s’envole; un petit oiseau passe, la voit et la croque.

(L’émir Aabd-el-K ador, captif au fort Lamalgue . )

I> kmli.

Un kadi, voulant marier sa fille, s’adressa à son voisin pour lui demander conseil. « Comment se fait-il, lui dit ce dernier, que vous veniez me consulter, vous que l’on consulte ordinairement ? — N’importe, reprit le kadi, j’attends de vous un service, rcndcz-le-moi. — Eh bien, voici ce que j'ai k vous dire :

« Le roi des Perses ne voulait pour sa fille que des hommes riches ;

» Le roi des Rouins — des chrétiens — préférait la beauté ;

» Le roi des Arabes recherchait l’origine ;

» Et notre prophète Mohhammed n’aimait que la piété.

» Voyez maintenant ce que vous voulez faire. »

Le cnplif.

L’homme ne peut avoir du large dans le cœur Uu’autant qu'il en voit dans le ciel.

i L’émir Aaljd -cl-Kadtr, captif nu fort Lamalgiie.)

Los tourment» de l’« tionr.

Ali ! si les princes connaissaient les tourments de l'amour. S’ils savaient que c’est un feu qui brûle dans la poitrine, Ils ne puniraient que par la séparation,

Et ne récompenseraient que par la réunion.

I«i liai*!»' blanche.

Quand la barbe commence à blanchir, prenez gardeà vous : L’heure du départ approche: mais pourquoi s’en attrister? Ce monde est faux et mensonger ;

Pendant quelques instants, on en savoure les biens ;

Puis il faut en reconnaître l'inanité.

Voyez : la mort a détruit toutes les générations;

Pauvre ou riche, il faut rentrer dans la poussière,

Et ni sultan ni vizir n’ont pu revenir à la vie.

Les palais eux -mûmes deviennent les tombeaux de leurs maîtres.

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