‹ La vie arabe et la société musulmaneChapitre 142 sur 157 · I.e trésor · texte numérisé non relu

I.e trésor

Les richesses peuvent se perdre,

Les honneurs sont un nuage qui se dissipe ;

Mais les vrais amis sont un trésor qui reste.

{L’émir Aabd-el-kader, captif au furl Lainalguc.i

Ceux qu'il nt> faut pas consulter.

No consultez jatuais, ni l'ignorant, ni l'ennemi, ni l'en-

PENSÉES ET MAXIMES

vieux, ni l’homme indécis, ni l'homme à deux visages, ni le lâche, ni l'avare, ni l’amoureux :

L'ignorant induit en erreur;

L’ennemi veut votre perte ;

L’envieux ne désire jamais le bonheur d'autrui ;

L’homme indécis ne dit ni oui ni non ;

L’homme à deux visages veut contenter tout le monde ; Le lâche a toujours la vue troublée ;

L’avare ne pense qu’à son trésor ;

Et l’amoureux est un esclave qui ne peut briser ses liens pour dégager sa raison.

L'amant vaincu.

Je suis vaincu par l’amour ; mais elle est si belle, que je ne suis point humilié par ma défaite.

Le mariage.

Lorsqu'un jeune homme se marie, le démon pousse un cri affreux : les si.'ns l’entourent aussitôt cl lui demandent le sujet de sa douleur.

— Un fils d'Adam, répond-il, vient encore de m'échapper.

L'œil el l'oreille.

On demandait à un poêle arabe comment il pouvait aimer une femme qu'il ne connaissait même pas.

— Je l’aime, répondit-il, parce que, si l’œil n’a pas vu, l’oreille a entendu, et que l’oreille a le pouvoir, aussi bien que l’œil, de porter jusqu'au cœur les émotions passionnées de l’âiue.

La ch«vn] marabout.

Mon cheval vaut mieux que tout,

Mieux que mon père, mieux que mes oncles, Mieux que les biens de cette terre ;

Aucun sultan n’a monté son pareil.

C’est un marabout, les femmes viennent le visiter.

L’homme.

Il y a trois sortes d’hommes : l'homme homme, l'homme demi-homme, et l'homme qui n’est pas un homme.

Le premier est celui qui, ayant une grande expérience des affaires, ne dédaigne pas de consulter.

Le second est celui qui, ne pouvant se fier à la solidité de son jugement, a le bon sens de consulter.

Et le troisième est celui qui, dépourvu de toute capacité, ne consulte jamais.

La ville antique.

Il était écrit sur la porte principale d’une ville de l’antiquité : « Pour entrer chez un sultan, il faut réunir les trois conditions suivantes : Sagesse, richesse et résignation.

Plus bas, on avait mjs : « C’i st faux ; si un homme possédait seulement l'une de ces trois qualités, jamais il ne franchirait la porte d’un palais. »

L’autre momie.

L’autre monde et celui-ci sont comme l'orient et l’occi-

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dent : on ne peut se rapprocher de i'un sans s'éloigner de l'autre.

(L'émir Aab<l-el-Kader, raptif au fort Lamalgue.)

Le mouchoir de »oie.

La tribu que tu vois arrêtée devant ce défilé,

Devant ce défilé couronné de combattants,

O mon frère ! dis-moi comment elle passera ?

— Mon seul chagrin, c'est un mouchoir de soie.

Roulé autour d’un front orné de noirs cheveux. SansDjamila — la parfaite, — je n’ai plus qu’à jeter le monde sur sa figure.

La grandeur d'tiuie.

La meilleure manière de se débarrasser d’un ennemi dont les sentiments sont élevés, c’est de lui pardonner : ou en fait un esclave.

(L’émir Aabd-el-Kadcr, captif au fort Lamalgue.)

La solitude.

Allons, retirez-vous, souvenirs de ce monde !

A mes yeux, vous ne valez pas l'aile d’un moucheron.

Je suis connu par le buveur d’air, la nuit et les combats. Je suis connu par le sabre, la plume et le papier,

Je suis plus aigu que la lance.

Et je supporte la faim comme le loup.

C’est égal, aujourd’hui, je veux la solitude;

La solitude, c'est le bonheur, le temps m’en a instruit ; Jamais on ne me verra plus rechercher ni le cheval,

Ni les femmes, ni la cour d’un émir.

LA VIF. ARABE

Le rendcï-ïou».

Porte les yeux sur les douars des Angades,

Puis lève-lesau ciel, et compte les étoiles.

Pense h 110s montagnes, à leurs étroits sentiers ;

Pense à l’ennemi où tu n'as pas d'amis ;

Viens seul , nf a-t-elle dit , et ne compte que s ir ton cœur.

La Mtgpstc.

Quand Dieu créa la sagesse, il lui dit: * Va-t’en. » Quelque temps après, il lui cria : « Deviens. »

La trouvant fidèle et obéissante, il décida qu’il ne la placerait que dans l'âme de ses plus sincères adorateurs; et c’est ainsi qu'elle est devenue pour l’homme de bien ce que sont les entraves pour le cheval.

(L’émir Aabdel-Kador, captif au fort Lamalgue.)

L * puce.

Quelle que soit sa faiblesse, il ne faut jamais mépriser un ennemi.

Combien de fois une simple puce n'a-t-elle pas empêché un éléphant de se reposer, et combien de fois encore n’at-elle pas causé des insomnies à un prince auguste et puissant !

(L’émir Aabd-el-Kadar, captif au fort Lamalgue.)

Job.

Celui qui supporte patiemment les défauts de sa femme

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recevra des mains de Dieu une récompense semblable h celle qu’il accorda à Job après scs longues souffrances.

La beauté.

Quoi qu'on en puisse dire, la beauté plaide puissamment sa cause dans nos cœurs et sait toujours obtenir le pardon de ses cruautés.

Souvent même elle gagne notre faveur, au point de nous faire oublier ses erimes.

(L’émir Aabd-et-Kailer, captif au fort Lamalgue.)

l.a tourterelle.

En été, quand le sommeil a donné sa nourriture à mon corps,

Quand l’œil de la lumière a dissipé les ombres de la nuit,

Et que la chaleur mord tout jusqu’à la pierre,

Le chant de la tourterelle me remplit de désirs.

Au milieu des rameaux du palmier que le moindre vent agite,

A côté de la feuille qui se plaint et soupire,

La passion la dévore.

Par ma tête ! elle réveille en moi les ardeurs des temps passés.

Le kolihel.

Quand une femme s'est orné les yeux de kolihcl, paré les doigts de benna, et qu’elle a mâché le mesteka — résine du lcntisquc — qui parfume l’halcine et rend les dents blan-

ches, elle devient plus agréable aux yeux de Dieu ; car elle est plus aimée de son mari.

Jésuf-Chritl.

On dit à Jésus-Christ ( sid-na-Aissa ) :

— Au lieu de te fatiguer comme tu le fais, achète au moins un âne pour te soulager dans tes courses.

— Je crois, répondit-il, être trop chéri de Dieu pour qu'il m’impose l’obligation de le négliger pour un âne. Celui qui ne possède rien dans ce monde sera le plus riehe dans l’autre.

(L’cmir Aabd-el-Kader, captif au fort Lamalgtte.)

Mon père.

Hélas ! j’ai perdu mon père.

J'ai perdu la tige dont je suis un rameau.

C'était ma gloire, c’était mon sang ; l!n sort fatal a détruit mon bonheur.

Nos tribus étaient ftères d'un tel chef :

Il avait toutes les beautés de l'âme et du corps , Quand il sortait, c’était un lion superbe ;

Quand il rentrait, c'était un loup satisfait.

Sa tente renfermait des chevaux qui hennissaient, Des chameaux qui portaient,

Et des moutons qui vêtaient ;

On l'appelait la tente des invités de Dieu.

U protégeait contre la colère des hommes ;

Sa main n'était jamais fermée ;

PENSÉES ET MAXIMES

Nul ne l’entendit jamais questionner l'étranger.

Et ne le vit un seul jour manger seul.

Ali ! s’il était une rançon qui pût satisfaire la mort, Nous nous réunirions tous pour la payer.

Ah ! si la douleur pouvait rappeler à la vie,

Notre douleur le ranimerait ;

Mais Dieu seul est éternel,

Et nous avons dû le déposer froid et nu dans la tombe. Que le Tout-Puissant lui soit miséricordieux,

Et qu’il nous enrichisse de sa résignation !

L’insensé.

O mon cœur ! pourquoi t'obstiner à faire remonter les eaux vers les montagnes?

Ta es l'insensé qni poursnit le soleil.

Crois-moi, cesse d’aimer une femme qui ne te dira jamais oui;

Le grain semé dans un sehkha (lac salé) ne produira jamais d’épis.

Lti prudence.

Ne te mêle jamais de ee qui ne te regarde pas. Kappellctoi que, lorsque les lévriers se disputent avec acharnement un morceau de viande, s’ils voient passer un chacal, ils abandonnent leur proie et se réunissent tous pour s’élancer sur lui.

L'instruction.

Instruire de bonne heure, c’est graver sur le marbre ; Mais instruire tard, c’est écrire sur le sable.

(L’émir Aal>d-el-Kadcr, captif au fort Latnalguo.)

LA VIE ARAItE

Celle que /aime.

Elle est fière, elle est noble, je l'ai vu par écrit ;

Ses longs cheveux tombent avec grâce Sur scs épaules larges et blanches ;

On dirait les plumes noires de l'autruche

Qui vit dans les pays déserts et surveille sa couvée.

Ses sourcils sont des arcs venus du pays des nègres,

Et ses cils, vous jureriez la barbe d’un épi de blé Mûri par l’œil de la lumière (le soleil) au milieu de l'été. Ses yeux sont ceux de la gazelle Quand elle s'inquiète pour scs petits,

Ou bien c’est encore un éclair Devançant le tonnerre au milieu de la nuit.

Sa bouche est pleine de grâce, sa salive, sucre et miel ;

Et ses dents bien rangés ressemblent aux grêlons Que l'hiver en furie sème dans nos contrées.

Son cou, c’est l'étendard que plantent nos guerriers Pour braver l’ennemi ou rallier les fuyards ;

Et son corps sans défaut vient insulter au marbre Qu’on emploie pour bâtir les colonnes de nos mosquées. Blanche comme la lune que la nuit vient entourer,

Elle brille à l’égal de l’étoile qu’aucun nuage n’obscurcit ; Dites-lui qu’elle a blessé son ami de deux coups de poignard, l’un aux yeux, l’autre au cœur.

L’amour n'est pas un fardeau léger.

I*e poète.

Le poète ne se couvre de fleurs et n’est véritablement

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inspiré que lorsqu’il est excité par une joie très-vive, ou lorsqu'il est en proie à un profond chagrin.

(L'émir Àabd-el-Kader, captif au fort Lamalgue.)

La chose incomparable.

Pour soigner un malade,

Pour pleurer un mort,

Ou pour dissiper les chagrins,

Il n’y a rien de comparable à la femme.

La vie.

La vie est ainsi faite que, pour un jour de joie, on y compte un mois de chagrin, et que, pour un mois de plaisir, on y compte une anuée de douleur. Il n’y a de force qu’en Dieu.

(L’émir Aabd-el-Kader, captif au fort Lamalgue.)

La cheval amoureux.

Sabok — le rapide, — pourquoi hennir ainsi?

Ton amour ne me laisse aucun repos.

Si tu veux les belles filles de nos chevaux,

Moi, je veux aussi celles qui mettent du noir à leurs paupières.

La vieille femme.

Ne prenez jamais une femme plus vieille que vous. D’ordinaire, un homme vaut mieux à l’extrémité qu’au commencement de sa carrière. Pourquoi ? Parce qu’alors il a gagné en savoir, en expérience et en résignation ; son

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