I.e nageur (cheval «le guerre
Qu'est devenu le temps où je montais un nageur A l’œil noir, aux naseaux larges.
Aux membres secs, au cœur fidèle?
C'était un épervier de carnage,
Et la vie ne valait plus rien pour moi Dès que la bride n’était plus dans ma main. J’étais jeune alors, je cherchais le péril,
Je me riais des corbeaux du malheur;
Le loin me paraissait toujours près,
Et ma tente regorgeait de butin.
Le cour.igp.
Il a trois sortes de courages :
Le premier consiste à se placer au centre de l'armée, à sortir des rangs, à brandir sou sabre et à s’écrier : « Y a-t-il quelqu’un ici qui ose se mesurer avec iioi? »
Le second consiste à ne jamais s’émouvoir ; à contenir sa troupe avec fermeté, pour la faire concourir, en temps opportun, à l’action générale, lorsque la bataille est engagée.
LA VI K ARABE
Le troisième consiste à ne jamais désespérer, à réveiller, par de nobles paroles, l’ardeur des siens, à frapper les fuyards à la figure pour les ramener au combat, à ne pas laisser enfin, entre les mains de l'ennemi, le brave dont le cheval a été tué. C’est à ce propos qu’on a dit :
« Le guerrier qui protège courageusement et habilement uue retraite, sera considéré dans l’autre monde à l’égal de l’homme pieux qui intercède pour ceux qui sortent du droit chemin. »
"L’émir Aabd-el-Kader, captif au furt Lamalgue.)
I,o four A chaux.
Mon cœur, je le compare à un four à chaux : Son feu calcine les pierres à l’intérieur, Sans que la fumée paraisse à l’extérieur.
Le* écueil*.
Chaque chose a son écueil :
Quel est l'écueil de la sagesse'? la colère.
L’écueil de l'esprit? l’orgueil.
L’écueil du savoir? l'oubli.
L’écueil du discours ? le mensonge.
L’écueil de la bienfaisance? la vanité.
L’écueil de la générosité? La fréquentation des avares. L’écueil de la force ? l’oppression.
L’écueil de la religion ? la négligence des pratiques.
Et l’écueil d’un noble cœur ? l'attrait des voies nouvelles.
L'outrage.
Pardonner l'outrage, c’est marcher au mépris.
PENSKF.S ET MAXIMES
Héritât l'ennemi.
Devant l'ennemi, conduis- toi de telle sorte que, si tu es vaincu, on t’excuse.
Iwi reteoiie dons les discours
Si vous pouviez voir le registre où sont inscrites vos bonnes et vos mauvaises actions, vous déchireriez votre langue.
On demandait à un sage combien il comptait de vices dans un fils d’Adam. « Ils sont si nombreux, répondit-il, qu’on ne saurait en faire le calcul ; mais j’ai remarqué qu’une seule vertu pouvait les racheter tous. — Et quelle est cette vertu '/ — La retenue et la convenance dans les discours. »
L’homme libre.
L’homme libre n’est qu’un esclave, s’il est cupide;
Et l'esclave devient libre, s’il sait se contenter de peu.
(LVmir Aabd-el-Kailcr. captif an fort I.amalgue..
L'orgueilleux.
Celui qui monte sur le minaret pour appeler les fidèles à la prière (le mouddcùn), en descend ensuite et vient s’agenouiller avec nous ; mais toi, parce que la fortune t’a favorisé, tu nous accables de les dédains. Prends garde, celui qui ne dort jamais, te doil une punition.
Le conseil.
Le conseil est lourd pour celui qui le donne ; Il est léser pour celui qui le reçoit.
Abraham, le chéri do Dieu.
Abraham, le chéri de Dieu, demanda un jour à l'un de ses serviteurs comment il vivait.
— Comment je vis? lui répondit celui-ci, je vais vous en instruire. Si j’ai de quoi manger, je mange ; si je n'ai rien à manger, je patiente.
— Ce n’est pas assez, reprit notre seigneur Abraham, il faut faire comme moi. Si j’ai de quoi manger, je mange et je partage, et, si je n’ai rien à manger, je rends encore grâce â Dieu.
Nos coursier*.
Nos nobles coursiers passent leur temps à rivaliser de vitesse :
Les femmes essuient avec leurs voiles la sueur qui ruisselle de leurs fronts,
Ils balancent la tête comme s'ils voulaient se débarrasser des entraves qui les retiennent captifs, et ils sont attentifs au moindre cri.
■Sur leur dos sont montés des lions féroces.
L'émir Aabd-cl-Kader, captif au fort Lamalgue.i
PENSÉES ET MAXIMES
L» fierté.
Il est des espèces de jalousies que Dieu admet, comme il est des sentiments de fierté qu’il approuve.
La jalousie que Dieu admet est celle qui nait d’un soupçon légitime; et la jalousie qu'il réprouve est celle qui n’est basée sur aucun motif.
La fierté qu’il permet est celle qui anime l'homme dans les combats ; et la fierté qu’il condamne est celle qui n’est fondée que sur une futile vanité.
L'aiguille*.
Le sabre peut teindre en rouge sa lame étincelante, Et cependant l’aiguille passe là où il ne peut passer.
Ce qui plaît à Dieu.
Rien n’est plus agréable à Dieu qu’une goutte de sang répandu pour sa cause, ou une larme glissant sur la joue, pendant la nuit, par suite de la crainte qu’il inspire.
(L’émir Aabd-el-kadcr, captif au fort Lamalgue. j
Le célibataire.
En temps de révolution, le célibataire, c'est l’oiseau de race qui, fier, indépendant, cherche librement sa proie dans les airs ; et l’homme marié, c’est le faucon captif qui, le capuchon sur les yeux et la chaîne au pied, ne peut que se conformer à la volonté de son maître.
iLeuiir Aabd-el-Kadcr, captif au fort Lamalgue.'
Le btiTcur d'eir.
Ses oreilles rivalisent avec celles de la gazelle,
Ses yeux sont les yeux de la femme agaçante,
Son front ressemble à celui du taureau,
Ses narines à la caverne du lion.
Son encolure, ses épaules et sa croupe sont longues ; Il est large du siège, des membres et des flancs;
Il a la queue de la vipère, les jarrets de I’autrucbe, lit ses talons vigoureux sont éloignés du sol.
Je compte sur lui comme sur mon cœur ;
Aucun sultan n'a montré son pareil.
Une merveille de la nature.
Un chef arabe dit un jour k son fils :
— Parle peu, tu feras bien.
— Et si, en parlant beaucoup, répondit celui-ci, j’allais faire mieux encore ?
— Dans ce cas, reprit le père, tu serais une merveille de la nature.
L'ombre de L)ieu sur la terre.
Un Arabe du désert demanda un jour à un sage quel était cet homme portant le nom de sultan, devant qui tous les dos se courbaient et toutes les têtes s’abaissaient.
— C’est, lui répondit-il, l’ombre de Dieu sur la terre ; on doit le gloritler : s'il fait le bien, il en obtiendra la récompense ; et, s'il fait le mal, ses sujets n’ont qu’h patienter, il en sera sévèrement puni. Tout pasteur de peuple qui ne le
PENSÉES ET MAXIMES
dirige pas avec justice et bonté est, tôt ou lard, privé de la miséricorde de Dieu.
(L’émir Aabd-el-Kader, captif au fort Lumalgue.)
Lis coulent».
Le jaune a de l'éclat et de la convenance, •
Le rouge est vif et beau,
Le vert est entraînant.
Le noir est triste ;
Le blanc seul a de la grandeur et de la noblesse.
Snuv<-'~nou» et Haute nos chevaux.*
O mou Dieu ' sauve-nous et sauve nos chevaux ! Chaque jour, nous couchons dans un pays nouveau ; Pourvu qu'elle se rappelle nos veillées,
Avec les flûtes et les tambours I
Le guerrier de U vérité.
Le guerrier de la vérité doit avoir :
Le courage du coq,
Le fouillement de la poule.
Le cœur du lion,
L’élan du sanglier,
La ruse du renard,
La prudence du porc-épic,
La vélocité du loup,
La résignation du chicu,
Et, enfln, la complcxion du naguir (petit animal du lvbo
LA VIE AKAliE
SSO
rassan, tellement robuste, que sa santé ne peut être altérée ni par les fatigues, ni par les privations.
Le vieillard.
Vieillard, n'épouse jamais une jeune tille,
Quand ses dents seraient des perles bit ses joues des bouquets de roses :
Elle te mangerait ton bien et t'ensevelirait dans une natte.
L'Arabe nomade.
Dieu a diversifié les goûts et les caractères afin que, par ce moyen, les hommes sc missent d’accord sur ce qui peut être avantageux au plus grand nombre. Sans une grande variété dans les aspirations, ils auraient tous voulu le pouvoir, les honneurs, les richesses, les douceurs de la vie, et cela n'aurait pu que nuire au bien-être général en détruisant l'harmonie sociale. Remercions le Tout - Puissant d’avoir su embellir aux yeux de chacun la position dans laquelle il se trouve ; grâce à sa prévoyance, des gens que l’on serait tenté de plaindre se considèrent comme les plus heureux des hommes. Ne soyons donc pas avides, et nous vivrons eu rois, ne dussions-nous avoir en partage que la paix du cœur.
Voyez l'Arabe nomade : il campe dans une vaste plaine où il n'entend que le cri du chacal et la voix de l’ange de la mort.
Son habitation consiste en quelques pièces d’étoffes grossières, tendues, puisque le bois lui manque, avec les os des animaux qu’il a égorgés pour se nourrir.
H a devant sa tente ses chameaux, son cheval et sou chien,
PENSÉ ES ET MAXIMES
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fit sous celle maison de poil, comme il l’appelle, — bile ecliaar — ses enfants et ses femmes, dont les plus riches parures se composent de pièces d’argent ou de cuivre enfilées les unes au bout des autres.
Le soleil est le foyer où il se chauffe, la lune est son flambeau ;
La chair et la laine du mouton suffisent à sa nourriture, comme à son habillement;
Veut-il se régaler, il chasse l’autruche et la gazelle ;
Le lait et l’eau du ciel, voilà toutp sa boisson.
Est-il malade, les herbes du désert composent ses médicaments;
Quant aux parfums, il n’en connaît pas d'autres que les odeurs du goudron, de la gazelle, et des plantes du Sahara.
Il se couche là où le surprend la nuit: sa demeure ne peut crouler, elle défie les tremblements de terre.
Et cependant, cet homme est musulman, mais il a jeté le inonde sur sa figure; il est loin du caprice des sultans, il est content de son sort, et, dans sa rude existence, il rend encore grâce à Dieu.
LVxpéri*nre.
La modestie dépend du savoir-vivre ;
Le bonheur, de la sécurité ;
La bonne société, de la bonne éducation ;
La sagesse, de l'expérience.
Et l’homme expérimenté, pour la protection ou ponr le salut d’un pays , vaut souvent mieux qu'un guerrier renommé.
La gurrre sainte (djabad).
Où sont ces jeunes gens montés sur des chevaux de race, Qui Broient leur mors avec furie ?
Où sont ces bernouss noirs, ces étriers qui brillent.
Et ces longs éperons qui font marcher les morts? Lorsqu’ils courent à la poudre,
Semblables à l’épervier, ils fondent sur le roumi — chrétien ;
Avec leurs riches fusils, ils font craquer les os;
C’est une pluie de sang qui tombe sur la contrée.
Ils sont partis : quels admirables cavaliers !
Notre émir marche à leur tête :
Vous diriez la lune suivie par les étoiles ;
Jamais femme n’enfantera leurs pareils.
O mon Dieu ! vous à qui rien n’est impossible.
Rendez la victoire à nos drapeaux ;
Faites triompher les hommes qui vous ont vendu leurs Aines,
Et rassasiez les vautours de la chair des impies.
La femme acariâtre.
La femme acariâtre est pour son époux ce qu'est un lourd fardeau pour un vieillard.
La femme douce et bonne est, au contraire, une couronne d’or pour son mari. Chaque fois qu’il la regarde, son cœur et ses yeux se réjouissent.
L'œil du prince.
De même que, par un miroir pur, net et bien poli, un
PENSÉES ET MAXIMES
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souverain peut connaître sa laideur ou sa beauté, de même par un ministre capable, intègre et fidèle, il connaîtra la valeur de ses actes, les besoins de ses sujets, la situation de son empire.
L'œil du prince est l'ornement d’un trône, c’est un vizir qui sait la vérité et ne craint pas de la dire.
(L’émir Aabi-cl-Kader, captif an fort Lamalgtir.)
Le* caprice*.
Un Arabe dit à l’un de ses amis :
— Vous êtes jeune, beau, riche et bien élevé, pourquoi ne vous approchez-vous pas du prince ?
— Parce que, lui répondit-il, j’ai lu, j’ai entendu dire et j’ai vu que le sultan donnait quelquefois vingt raille pièces d’or à un homme par caprice, et qu’il en faisait précipiter un autre du haut des remparts sans motif. Or, comment puis-je le rechercher, quand j’ignore si j’aurai le sort du premier ou du dernier.
Le langage.
On peut juger un homme par son langage, comme on reconnaît au son qu’il rend l’état d’un vase. Un sage a dit : — Toutes les fois que je suis en présence d’un homme, il m’inspire un certain respect, jusqu’à ce qu'il ait parlé. Si je le trouve éloquent et sage, ce respect ne fait que croître ; mais, si je ne découvre chez lui ni esprit, ni jugement, il perd toute considération à mes yeux.
O noir de mon nsîl!
O noir de mon œil! ô printemps de mon cœur!
Le destin nous a laissé la flèche perfide de la séparation ;
P K N S fi K S ET MAXIMES
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Le plus grand roi n'en a jamais emporté qu’un lineeul. Notre vertu, c’est la résignation ;
Notre fortune, le mépris des richesses ;
Notre bonheur, l’espoir d'une autre vie ;
Et, si la misère vient à tourner autour de nous,
Nous n’en glorifions pas moins Dieu.
Tel est l’aperçu que je puis donner aujourd'hui de la littérature, de la poésie et de la tournure d’esprit des Arabes. On y trouvera, si je ne me trompe, un mélange de naïveté et de finesse, de mélancolie et de passion, d'originalité et d’éclat, et cet ensemble de qualités opposées pourra nous initier véritablement au caractère des races sémitiques. Montesquieu a dit cependant :
« Les poètes et les orateurs, mauvaise source d’informations pour l’histoire. »
Oui, chez les peuples latins, dont il a voulu parler, mais non chez les Orientaux. Pourquoi? Parce que l’organisation sociale des Arabes les force d’une manière invincible à ne vivre que de légendes et de traditions. L’Orient est resté immobile ; tel il était, tel il demeure, et, si Abraham tombait aujourd’hui du ciel dans une tribu quelconque, il reconnaîtrait, toujours vivantes, les moeurs et les idées de son temps. C’est donc dans leurs chants populaires, dans leurs sentences et leurs dictons, dans leurs poctes et leurs trouvères, ces gardiens héréditaires des pensées nationales, qu’il faut encore aller chercher les meilleurs renseignements.
A présent, comme autrefois, ils n'ont que deux idées : Dieu et la femme; deux passions: la religion et la guerre.
Il n’y a rien après, et c’est ce rien qui fait la séparation permanente entre eux et nous.
Dans leur marche à travers l’humanité, les deux races européenne et sémitique s’avancent d’un pas inégal. Nous avons augmenté, nous augmentons chaque jour les connaissances de nos ancêtres ; les Arabes, au contraire, prétendent qu'ils n’ont rien de mieux à faire que de conserver les traditions des aïeux. Nous marchons, ils n’avancent ni ne reculent. Se mettront-ils en chemin? j’en doute.