I. A VIE ARAItE
jusqu’aux moindres détails de la vie civile, politique et religieuse.
Le Koran, que l'on prononce en arabe el Koran e, veut dire la lecture ; on l’appelle aussi le livre de Dieu, Ketab- Allah , ou le livre chéri, Kelub el Aaziz, et, pour qu’on ne [misse en altérer le texte, il est partout surveillé avec le plus grand soin.
On professe un tel respect pour le Koran, que personne n'oserait le toucher avant de s’être purifié par une ablution.
La religion musulmane se dix ise en quatre sectes orthodoxes dont les différences ne consistent que dans le rite. Les voici : La secte Maleki, la secte Hhannafi , la secte Hatinbeli, et la secte Chafaaï. Les Arabes suivent le rite Maleki. Ces quatre sectes sont soumises au dogme résumé dans le verset suivant du Koran (i 12' chapitre) :
« Dieu est un.
» C’est le Dieu à qui tous les êtres s’adressent dans leurs besoins.
» Il n’a point enfanté, et n’a point été enfanté.
» II n’a pas d’égal en qui que ce soit. »
Leur profession de foi est aussi la même :
« II n’y a point d’autre Dieu que Dieu, et Mohhamined est l’envoyé de Dieu. » La iluh ha il Allah, ou Malihammed llaxsoul Allah.
Mohhammed veut dire: le glorifié, le très-loué.
Et toutes elles reconnaissent les cinq prescriptions suivantes connue obligatoires :
La profession de foi — chahaila.
La prière — es-aalate.
RELIGION
L’aumône — ez-takate.
Lu jeûne — es-siyam.
Le pèlerinage — el-hhedj.
Pour que la prière soit agréable à Dieu, le musulman doit préserver de toute souillure les oreilles, les yeux, la langue, les mains, les pieds, le ventre et les parties sexuelles. Il y parvient par l’ablution, le lavage et la lotion — el oudmi. — Les cas d’impureté sont prévus et minutieusement réglés. Le Prophète a dit :
« Quand vous priez, tournez votre visage vers le temple de la Mecque. »
Le Koran autorise l'esclavage et la polygamie. Chaque musulman peut épouser quatre femmes légitimes et posséder autant d'esclaves — djariyate — que sa fortune lui permet d’en nourrir. La répudiation et le divorce lui sont permis, tout en étant assujettis à des formalités que l’on croit capables d’en corriger l'abus, mais qui, malheureusement, ne l'empêchent pas.
La loi permet d'épouser une juive ou une chrétienne, mais elle s’oppose absolument à l’union d’un infidèle avec une musulmane. La raison de ces prescriptions est facile à comprendre : les enfants du musulman seront musulmans, ceux de l’infidèle seront infidèles comme lui.
Au point de vue religieux, les Arabes ne tiennent aucun compte de nos divisions géographiques ; à leurs yeux, la terre, à quelque race qu’elle appartienne, ne doit se partagur qu'en deux parties :
1° Üar el islam: le pays, littéralement, la maison île l'islamisme. C’est celui qui est soumis aux princes musulmans et aux lois du Koran ;
S” Dar el hliarb : le pays, littéralement, la maison de la
guerre. C’est celui qui est soumis aux princes et aux lois des infidèles et des idol&tres;
3° Et enfin les savants, cliez les Arabes, appellent Iierr el aadjem tous les pays, quels qu’ils soient, où l'on ne parle pas arabe. La croyance qu’ils sont supérieurs à tous les autres hommes est tellement enracinée dans leurs cœurs, que le mot aadjemi — étranger — ne peut être à leurs yeux qu'un terme de dédain ou de mépris.
Tout homme qui nie l’existence de Dieu, qui lui donne des associés et qui rend un culte à des statues ou à des images, est un infidèle ou un idolâtre (kafer, djahel, madjouss, zenndek), et la guerre contre les infidèles, djahad, est ordonnée par Dieu lui-même. Il la faut permanente, implacable ; elle doit durer jusqu'à ce qu’il n’v ait plus dans le monde d’autre religion que celle du vrai Dieu. Tant que ce but n’aura pas été atteint, toute paix avec les impies est sévèrement défendue. La loi tolère tout au plus que l’on lasse avec eux des trêves, des traités à durée, limitée, et encore, cela ne doit-il avoir lieu que lorsque la communauté des croyants peut en retirer de grands avantages, soit pour réparer ses perles, soit pour réunir ses ressources, se mieux préparer enfin à mener plus fructueusement la guerre sainte.
Dieu annonce aux croyants qu’elle finira par l’anéantissement des impies. Tout musulman, sans exception, est astreint à la faire, à moins d’impossibilités morales ou physiques, et la mort dans le djahad est encore plus agréable à Dieu que le pèlerinage à la Mecque et la visite au tombeau du Prophète.
Le Koran met donc hors la loi tous les infidèles : on y lit, chapitre il, verset 139 :
« Combattez les infidèles jusqu'à ce que la vraie reli-
RELIGION
gion rcsle à Dieu seul , sans que Satan y ait aucune part. »
On y lit encore, chapitre ix, verset 18t :
« Croyants, combattez ceux des infidèles qui sont vos plus proches voisins, qu’ils trouvent en vous dureté et persévérance à les attaquer. »
FU enfin, on y trouve, chapitre xi.vii, verset i :
« Lorsque vous rencontrerez les infidèles, tuez-les jusqu’à ce que vous en ayez fait un grand carnage, et serrez fort les entraves des captifs 1 , »
Dans le pays de l’islamisme. Dur el islam, on petit cependant tolérer des non musulmans habitant avec les musulmans, conservant leur religion, et protégés dans leurs mœurs, dans leurs biens et dans leurs vies, mais à la condition expresse et comme constatation de leur infériorité, de payer un tribut spécial que l’on nomme djeziya — capitation. — Ils sont alors considérés comme des sujets raayas, d’où nous avons fait le mot français raja.
Cette protection s’accorde surtout aux gens des livres hhul el kitabe, c’est-à-dire appartenant à une religion révélée dont ils auraient à la longue changé ou altéré les textes, comme les chrétiens et les juifs qui ont reçu l’Évangile — Enntljil, le Pentateuquc, le Tourate et le Zabour — psaumes de David. Tout le monde sait que, dans la religion musulmane, on considère comme de grands pro-
< Bien qu'il soit question des intidi-les contemporains de Mahomet, et en partie des Mecquois, ce passage est appliqué, depuis Mahomet, à tous les infidèles et fait partie du droit de guerre musulman (voir la savanto traduction du Kornn, par M. Kasimirski).
Voir encore, pour plus amples détails au sujet de la guerre sainte, l'excellent ouvrage sur la légi dation musulmane, par M du Caurroy, secrétaire interprète au ministère des relations extérieures.
phètes Moïse — Sid-na-Mcnma — * et Notre-Seigncur Jésus- Clirist — Sid-na-Aaïssa .
Il me serait facile de pousser plus loin ces citations, mais en voilà assez pour nous éclairer largement sur les senliments qui doi\ent animer les Arabes à l'égard des chrétiens; leurs devoirs sont, pensent-ils, très-nettement et très-rigoureusement tracés ; ils ne peuvent s’en écarter que sons peine d’encourir la damnation éternelle. Partant de là, il n’est pas un seul d’entre eux qui ne croie faire une action méritoire en tuant un infidèle, comme en s’appropriant sa personne et scs biens. C'est à nous de nous tenir pour bien avertis. Vainqueurs, on les trouverait impitoyables; vaincus, ils sauront dissimuler jusqu’au moment où ils se croiront en étal do secouer un joug (pie la religion leur rend intolérable. Voilà la vérité. Les uns, avec des arguments plus ou moins spécieux, la nieront au nom du progrès et de la civilisation, et les autres me blâmeront peut-être de l’avoir dite. Pourquoi , cependant'? Au lieu de frapper dans le vide et d’errer à l’aventure, ne vaut-il pas cent fois mieux savoir à quoi s'en tenir, ne fût-ce que pour proportionner nos moyens aux difficultés que nous rencontrons en Algérie ? Elles sont grandes , mais je ne les crois pas insurmontables.
On n, je le sais, prétendu que les idées musulmanes, soit par le contact avec les chrétiens, soit par une connaissance plus complète des bienfaits de notre civilisation, étaient déjà fortement entamées sur certains points, à Alger, à Tunis, à Tripoli, à Alexandrie, à Smyrne, à Constantinople, etc., etc. Examinons dont eo qu’il peut y avoir de vrai dans cette assertion et ne l’acceptons que sons bénéfice d'inventaire. Tout ce qui concerne les sectateurs de Mahomet doit être vu do .rès-près.
RELIGION
Dans les grandes villes où le dérèglement des mœurs ne peut être que difficilement empêché, où des populations nombreuses sonl forcément mélangées et composées d'aventuriers de loutes les nations, il n’est pas rare de voir, dit-on, des gens qui boivent du vin, des liqueurs fortes et s’enivrent, qui fréquentent des lieux de débauche, les maisons de jeu, et se livrent à tous les excès imaginables, foulant aux pieds les préceptes de leur religion. Cela peut être vrai, mais pénétrez dans l’intérieur du pays que vous voulez, juger et vous serez grandement étonné d’apprendre qu’on y méprise souverainement ceux qui donnent aux fidèles des exemples aussi déplorables. Vous les trouverez tous flétris par l'opinion publique. Et puis qu'arrive-t-il en dernière analyse?
Je vais vous le dire.
Un jour, cet homme qui vous a paru plus éclairé que ses coreligionnaires parce qu'il a pris tous nos vices, qui est devenu tolérant en apparence parce qu’il ne va plus h la mosquée, qui a vécu sans répugnance avec des chrétiens que le Koran lui ordonne de haïr, qui les a même aidés à asservir ses frères, cet homme, dis-je, vieillit, sa santé décline, il s'aperçoit que sa barbe grisonne. Oh I alors, les enseignements de sa jeunesse lui reviennent à l’esprit, la peur de l’enfer s'eu empare, il déplore son passé, va trouver le représentant de sa foi et lui dit avec humilité :
— O monseigneur, je me repens, je viens faire ma soumission à Dieu ! Ya sidi enndemt nu tebl lellahli.
Faut-il repousser le pécheur qui se convertit? Non. ün lui accordera son pardon, et, redevenu blanc comme neige, il se montrera dans l’avenir d'autant plus passionné, d’autant plus fanatique , que son contact avec les infidèles l’aura davantage compromis et signalé au mépris de