I. A VIE ARABE
ses coreligionnaires. Pour plus île sécurité encore, et si sa fortune le lui permet, il fera le pèlerinage de la Mecque, car il n’a point oublié ces paroles du Prophète :
« Celui qui entrera dans la Mecque en sortira pur comme l’enfant qui vient de naître. »
Maintenant, si l’on a voulu parler des progrès compatibles avec l’esprit et les exigences de la religion musulmane, je crois aussi qu’il y en a beaucoup de possibles.
Ainsi, les musulmans, bien que leur orgueil souffre toujours de se traîner à la remorque des chrétiens, vous emprunteront au licsoin tout ce qui pourra être utile à la communauté des croyants, votre organisation militaire, votre lactique, votre armement, votre discipline ; ils s’efforceront de mettre de l’ordre dans leurs finances ; plus que par le passé, ils s'occuperont d'améliorer le sort des masses, ils vous feront quelques concessions insignifiantes dans les formes diplomatiques, peut-être même dans les règles habituelles de leur société, mais tout cela dans quel but ? Dans un but parfaitement déterminé. Le voici, exprimé d’une façon aussi ncllc que concise :
En vue de la guerre sainte. Be niyete el djahad.
C’est-à-dire avec la pensée, non de vous plaire en quoi que ce soit; au contraire, de se mettre en état de lutter victorieusement contre les chrétiens, qu’ils craignent et qu’ils détestent.
A l'appui de cette opinion, je citerai les passages suivants d’un livre curieux qui vient d'être publié par un musulman très-capable, très-intelligent , qui a longtemps habité la France et que j’ai beaucoup connu. Voici comment il s’exprime :
Page S. — « En second lieu, j'ai écrit mon ouvrage pour détromper certains musulmans fourvoyés qui, fermant les veux sur tout ce qu'il y a de louable et de conforme aux enseignements de notre propre loi théocratiquc chez les peuples d’une religion différente de la nôtre, se croient, par suite d’uu funeste préjugé, dans l’obligation de le dédaigner et de ne pas même en parler, considérant comme suspects ceux qui approuvent ce qu’il y a de bon comme système ou comme institution chez les non musulmans. Cela pris dans un sens absolu est la plus grande des erreurs ; car, si ce qui vient du dehors est bon en soi et conforme à la raison, particulièrement s'il s’agit de ce qui a déjà existé chez nous et nous a été emprunté, non-seulement il n’y a pas de raison pour le repousser et le négliger, mais, au contraire, il y a obligation de le recouvrer et d’en profiter. »
Page II. — « Ce qui doit rendre plus précieux pour nous l'enseignement de nos écrivains militaires, c'est qu’il est conforme aux instructions données par le kalife Abou-lloker à son général Khaled benn-OuUd, chargé du commandement d’une armée.
» — Je vous recommande, lui dit-il, la crainte de Dieu, le soin de vos subordonnés et les plus grandes précautions lorsque vous serez sur les terres de l'ennemi. Si vous rencontrez son armée, combattez-la avec les mêmes armes dont elle se servira; opposez l’arc à l’arc, la lance à la lance, le sabre au sabre.
» Et si c’était aujourd'hui, il aurait mentionné sans aucun doute les canons rayés, les fusils à aiguille, et, au besoin, les navires cuirassés, car, parmi les devoirs qu’impose la défense nationale ordonnée par la loi, se trouve celui de connaître la position, la force, les moyens de l’ennemi, pour pouvoir égaliser les chances el le combattre avec sucré*. Or,
LA VI K A H A li K
pourrait-ou, de nos jours, exécuter tout cria sans être à la hauteur (lu progrès actuol 1 ? >
Quoi qu’il en soit, dans le cours de cet ouvrage, par leur religion, par burs moeurs et leurs usages, par leurs sentences, leurs proverbes et leurs dictons, le> Arabes se peindront eux-mêmes ; ils nous éclaireront largement sur tout ce qui les sépare de nous, -et chacun pourra ensuite, en pleine connaissance de cause, aborder et résoudre à son gré, cette fameuse question, posée depuis si longtemps, et depuis si longtemps controversée : La fusion avec ce peuple est-elle possible, oui ou non? Quant h moi, sans chercher à influencer personne, je tiens pour exacte et pour sincère la réponse faite à l'illustre maréchal dued’lsly par le vieux Mouslapliabcii-lsmaël, cet agita si célèbre qui, rallié l’un des premier < à notre cause, en haine d'Abd-el-Kader, a été nommé général, commandeur de la Légion d’honneur, et s’est fait tuer à notre service, A l’Age de quatre-vingts ans, par ces incorrigibles Flittas que l'on est certain de trouver dans toutes les révoltes.
— Tu me demandes, disait le vieil agita au duc d’Isly, si, au lieu de nous entre-détruire éternellement, vous ne pourriez pas, au moyen de concessions mutuelles et en développant un grand bien-être parmi les niasses, parvenir, un peu plus tôt, un peu plus tard, A vivre en bonne intelligence, côte A côte et sur le même sol, avec les Arabes, qui entreraient ainsi dans la voie du progrès. Veux-tu que je te dise, à cet égard, toute la vérité? Kt, si je le In dis, ne m'eu voudras-tu pas ?
1 Htfarmrt nrcrliairn aux Etats musulman/, p.ir le général Klic: Jine Kher-eil-Dine), ancien ministre ilo la marine, à Tunis, et anri.ui tiK'inl/ro ilu craint coniNl tunisien. — Paru. I«n8
RELIGION
— Non, je te le jure ; tu me rendras, au contraire, un grand service.
— Eh hien, écoute-moi avec attention, je vais te parler aussi sincèrement que si j'étais au jour du jugement dernier, quand nous aurons Dieu pour kudi et lus anges pour témoins.
— Parle.
— Les Arabes ont eu horreur toutes les innovations de quelque part qu'elles viennent, cl rester exactement dans les moeurs, dans les coutumes, dans la religion de leurs pères leur parait le suprême bonheur. Quand on leur vante ces progrès qui vous séduisent tant, ils répondent invariablement :
» — Ahna tabaaïne , ou maehi badaaine. Nous sommes des gens qui suivent et non des gens qui inventent.
» Et ils ajoutent :
» — Nos aïeux seuls ont ou cette mission ; ils étaient plus près du la création que nous, nous ne saurions donc rien faire de mieux que ce qu’ils ont fait. Vous v ivez comme si vous ne deviez jamais mourir, et nous vivons, nous, comme des gens qui savent qu’il faut mourir un jour. Faites-done do cottu terre votre paradis ; le nôtre est dans l’autre monde.
» Partant de là, continua Moustapha-hen-lsmaël, prends un Français et un Arabe, mcts-ics dans une marmite et fais-les bouillir ensemble à gros bouillon , pendant vingt-quatre heures. Au bout des vingt-quatre heures, tu reconnaîtras «•Heure le bouillon du chrétien et le bouillon du musulman. Ils ne se seront pas plus mêlés que leurs idée» ne peuvent se confondre.
— Quel parti prendre alors ?
— Ah ! tu es sultan, et lu en s iis plus que moi ; se iU rnil.