MORT DE L A FEMME AR A DE
A la troisième :
« .Nous vous en ferons sortir. »
Chacun imite son exemple; ou place à la tète et aux pieds du tombeau deux pierres plates assez hautes pour dominer le sol, ce sont les chouahed — ■ témoins, — puis on reprend, dans le recueillement, le chemin de la tribu. Celui qui a conduit le convoi se inet en évidence, et tous ceux qui ont suivi les funérailles passent devant lui en disant :
« Dieu est tout puissant, qu’il t’enrichisse de sa résignation!»
D’une A'oix mélancolique, il leur répond :
« Que Dieu vous maintienne en santé et vous comble de ses grâces ! »
On arrive à la tribu : là, on trouve préparée par les soins de la famille, ou des voisins, une large hospitalité pour tout le momie, mais principalement pour les pauvres et les orphelins de la contrée. Pendant trois jours consécutifs, d’abondantes provisions sont offertes à qui veut s’arrêter et manger.
Cette hospitalité est distincte de celle nommée difd: suivant les localités, elle prend tantôt le nom île sadaka — aumône, — tantôt celui de fadaoua — rachat, — toujours dans la pensée que, par cette bonne œuvre, on peut racheter des peines de l’autre vie la personne qu'on a perdue.
Les pleureuses doivent aller se lamenter au cimetière le lendemain, le quinzième et le quarantième jour après le décès.
A chaque fois, on rassasie encore les malheureux.
La dernière visite au cimetière se nomme ferak el keber — la séparation de la tombe.
Le deuil, chez les hommes, consiste à ne pas se faire raser la tête pendant quarante jours, comme à ne pas changer de Vêtements pendant le même laps de temps. On s’interdit les
lit
LA VIE AltABE
habillements neufs et les couleurs éclatantes durant trois ou six mois, suivant le terme que, dans sa douleur, on s'est fixé.
Les six premiers mois, les femmes ne s’habillent que de noir, en affectant, dans leur toilette, la plus complète négligence. C’est dire qu'elles renoncent absolument au hlienna, au suuak, au kohhel, aux parfums et aux bijoux. Les six mois suivants, clics portent un deuil moins sévère.
Voilà comment se passent, à peu près, dans leur ensemble et dans l’usage, toutes les cérémonies des funérailles. Je dis dans l'usage, parce que les pleurs, les lamentations et tout signe extérieur de douleur, sont, je l'ai déjà fait remarquer plus haut, sévèrement défendus par lu religion.
NOTK
Voulant m’éclairer d’une manière complète sur l'exactitude du tableau que je v iens de présenter, et dont j’avais entendu, parfois, contester la véracité, j'ai posé la question suivante à l'émir Aabd-el-Kader, si profondément versé dans tout ce qui concerne la religion et la vie musulmanes :
« On assure que, chez les musulmans, quand une femme vient à mourir, on ne lui rend pas les memes honneurs funèbres qu'à l’homme. Pourquoi? »
Voici sa réponse :
« Le fait n’est pas exact : c’est le contraire qui est vrai ; chez nous, on n'établit aucune différence dans les honneurs funèbres rendus aux deux sexes. Dieu a placé la véritable égalité dans la mort.