MORT DE LA FEMME ARABE US
Il est du devoir des survivants de laver les corps de ceux qui ont perdu la vie, de les entourer de linceuls, de prononcer sur eux les prières usitées, et de les inhumer ensuite. Voilà une obligation à laquelle nul ne peut se soustraire, soit qu’il s’agisse d’un homme, soit qu’il s’agisse d'une femme. Il est même permis d’ensevelir les femmes dans des vêtements de soie, tandis que cela est interdit pour les hommes. Les riches peuvent, s’ils le veulent encore, parer les femmes des étoffes les plus somptueusement brodées. On leur permet, en outre, de les placer dans des cercueils, tandis que le corps de l’homme sera tout simplement mis en contact avec la terre d’où il est venu. Il en résulte que les frais de sépulture sont, en général, plus élevés pour la femme que pour l’homme.
Quant aux cérémonies religieuses, aux prières et aux aumônes, je le répète, dans les villes comme dans les tribus, elles sont absolument identiques.
On raconte qu’un Arabe issu d'une famille très-riche, se voyant, par suite de malheurs immérités, réduit à une profonde misère, se décida à faire ouvrir les tombeaux de ses ancêtres. Arrivé à ceux des femmes, ses parentes, il en retira une telle quantité d'étoffes précieuses, qu’en les faisant brûler, il obtint assez d’or et d’argent pour passer le reste de sa vie dans une grande aisance.
Un tel fait suffit à prouver la vérité de mes assertions.
A la mort de son mari, l'excès de la douleur chez la femme, la porte à se déchirer la figure avec les ongles, bien que la loi religieuse lui défende expressément de se livrer à de semblables démonstrations. Pour prouver qu’après la perle de son époux, elle ne veut plus avoir aucun souci de sa beauté, elle revêt des vêtements grossiers, d’une couleur sombre, et, pour que le deuil matériel de sa maison lui rap-
to
ne
pelle, sans cesse, sa douleur, elle dépouille son intérieur de tous les meubles et objets de luxe qui peuvent s’y trouver; se condamnant ainsi, quand elle a du cœur, de la sensibilité et de l'affection, à vivre dans la tristesse et dans l'isolement.
Cliei l'homme, qui est doué d’une plus grande force de caractère, et qui possède à nu degré supérieur le sentiment du calme et de la patience, le chagrin, à la mort de la femme, se traduit d’une manière moins ostensible. Il ne se déchire ni ne se frappe le visage, il ne prive, pas sa demeure des embellissements qui peuvent s'y trouver réunis, il se soumet, enlin, avec plus de résignation aux décrets de la Providence, tout en pleurant, sans se cacher, d'abondantes larmes, et en conservant profondément gravé dans son souvenir le deuil de sa compagne. Il va visiter pieusement sa tombe, fait dire et dit lui-mémede nombreuses prières à son intention , et distribue de nombreuses aumônes propitiatoires.
Il ne faudrait pas conclure de cette différence dans l’expression apparente de la douleur, que l'homme ne ressent pas aussi vivement la perte de sa femme, que la femme, la perte de son mari. On serait dans une erreur d’autant plus profonde qu'on a vu beaucoup d’Arabes ne pas vouloir se remarier après la mort de l’épouse qu’ils aimaient et, cela, en témoignage du souvenir affectueux qu’ils lui conservaient, aussi bien que par attachement pour les enfants qu’ils eu avaient eus.
J’ajouterai que les mérites spirituels que l’on recueille en suivant le convoi d’une femme, sont aussi grands que ceux que l’on obtient en accompagnant le convoi d’un homme.
■ Louange à Dieu qui fait mourir et qui fait vivre ; c’est à lui seul qu’appartiennent la puissance et le commandement.