‹ La vie artistique de l'humaniteChapitre 14 sur 14 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Aperçu sur Fart d'aujourd'hui. — Ce qui résulte de cette étude.

Que peut-on augurer de Tétat présent de Tart français? Bien osé serait celui qui prétendrait répondre de façon précise à cette question.

Cependant il semble bien qu'on soit en droit de regarder Tavenir avec confiance, car les grands morts d'hier, Carpeaux et Chapu, Meissonier et Puvis de Cliavannes, Garnier enfin, transmettent intact à leurs successeurs l'héritage glorieux qu'ils ont reçu; et si l'on cite les noms de MM. Rodin, Roty, Frémiet, Mercié et Dalou, de MM. Bonnat, Carolus Duran, Détaille, Harpignies et Henner, en prenant presque au hasard et surtout en trop petit nombre parmi nos contemporains, on reconnaîtra que l'art ne fut jamais plus vivant et peut-être plus brillant. Certes les efforts se dispersent, l'individualisme règne chez les artistes comme chez les écrivains, et, par manque d'éloignement aussi, nous ne pouvons pas aisément les répartir en écoles étroites et soigneusement délimitées. On se demande même s'ils pourront, dans leur ensemble, constituer ce qu'on appelle un style. L'avenir le saura. Il se pourrait pourtant que nous possédions, dès maintenant, du moins pour une partie de notre art, ce style qu'on recherche tant. On le doit alors aux artistes

décorateurs qui, après de vaillantes luttes, ont emporté la place, c'est-à-dire forcé les portes des Salons, imposé leurs œuvres à la discussion des critiques d'art et gagné les suffrages du public amateur de belles choses. Comme le dit avec tant de raison M. G. Larroumet : « Aidons-les; ils créent le style de notre siècle. »

Cette dernière constatation renferme ce que nous avons tâché de mettre en lumière dans la suite de ce travail. Nous aimons aujourd'hui le luxe intérieur, le confortable dans la vie intime, ce qui repose l'œil et le séduit; d'autre part on n'admet plus d'art d'État et nul gouvernement ne peut songer à la protection exclusive d'une école officielle; chacun, par contre, témoigne son goût pour l'art et honore celui-ci, sincèrement ou par esprit d'imitation. Dès lors, l'art est à tous et pour tous; il se dirige dans tous les sens, se prête à tous les besoins, s'adapte à tous les goûts; il n'est plus le monopole d'une élite, ou, si Ton veut, cette élite devient foule et, plus large, se montre plus diverse. Ainsi, encore une fois, nous constatons combien intimement la vie artistique d'un peuple est unie à sa vie sociale et politique, à ses mœurs et à ses habitudes.

Il n'en peut, du reste, être autrement, car l'art est une des plus belles fleurs que porte le tronc vigoureux ou rabougri d'une race, et la fleur vaut toujours ce que vaut l'arbre.

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