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LE XIX® SIÈCLE

Il date de 1789. — L'Allemagne : Son réveil; le Romantisme, art national. — L'Angleterre : Éclat de son école de peinture. — Les autres pays. — La France : La Révolution. David. — Les trois arts. — Romantisme et classicisme; Delacroix et Ingres.— Les différentes écoles. — Les paysagistes. — L'art contemporain .

Pour TEurope, comme pour la France, le XIX® siècle date de la Révolution française, c'està-dire de 1789. Celle-ci exerça une action plus ou moins directe, et prompte, plus ou moins profonde, mais toujours incontestable, sur les différents pays. Une étude sur Thistoire de Tart au xix^ siècle peut la prendre comme point de départ.

Allemagne, — D'elle, en effet, date le magnifique renouveau de la vie nationale en Allemagne. Depuis le xvi® siècle, ce pays sommeille et végète ; aucune école d'art ne s'est constituée; seuls quelques artistes isolés, mais parfois non sans mérite, continuent les traditions du passé. Au xvii® siècle, le sculpteur Schluter et le peintre Elzheimer, au xviii® siècle, Raphaël Mengs, le plus illustre artiste allemand depuis Holbein, se tirent de pair et suffisent à montrer que l'art n'est pas irrémédiablement perdu.

Mais sous le coup de fouet de la Révolution, sous la honte et les meurtrissures des défaites infligées par Napoléon, l'Allemagne s'agite, se

réveille, prend conscience d'elle-même. Kant et Lessing secouent son âme et arment son esprit; la philosophie, la littérature, la politique rendent force, vigueur, confiance, vitalité en un mot, à ce peuple qui se lève de son long repos ; l'impulsion est donnée ; une grande école d'art se constitue.

C'est un art patriotique, c'est-à-dire national; c'est un art réfléchi et il s'inspire de la littérature. Ce sera un art romantique. Et cependant l'initiateur du mouvement est le peintre Carstens qui demande son inspiration à l'antiquité, mais en dehors des poncifs et des traditions d'école. Du reste l'art, comme la littérature, en Allemagne, admet et aime tout à la fois le classique grec et le moyen âge gothique ; les Niebelungen ne portent préjudice ni à Homère ni à Virgile. Les artistes allemands revendiquent la liberté d'inspiration, le choix sans entrave des sujets, l'égale tolérance pour toutes les interprétations. Cet art, par ce fait, devient littéraire, il deviènt même philosophique et religieux avec Overbeck. On pensa et l'on raisonna en peinture, au lieu de sentir ; l'obscurité fut le défaut commun. Pourtant, dès 1830, la peinture semble s'affranchir; les Écoles de Berlin, de Dusseldorf, de Munich soiat floris-^ santés, les premiers errements sont reconnus fautifs, les artistes reviennent au pittoresque, à la couleur : à la vraie peinture. Ils sont nombreux d'ailleurs : ce sont Cornélius, Schnorrde Karolsfeld, Schirmer,Winterhalter et surtout Kaulbach.

L'architecture est rebelle à ce mouvement ; elle reste classique de tendances et de doctrine. La glyptothèque de Munich, comme le Walhallaj

près de Ratisbonne, sont du plus servile style grec. Par contre la sculpture se place à un haut rang, grâce à l'École de Thorwaldsen, Tauteur du tombeau du prince Eugène, grâce à Rauch, qui élève le monument de Frédéric II et sculpte les statues des grands hommes ses contemporains, grâce enfin, à Rietschel et à la pléiade de sculpteurs que fournissent Dresde et Munich.

Mais nous touchons à nos contemporains. Ils n'appartiennent pas à Thistoire. D'ailleurs ce qui précède nous suffit pour connaître la physionomie de Part allemand au xixe siècle, et c'est le seul but que nous nous proposons.

Angleterre. — Moins touchée par notre Révolution puisqu'elle avait déjà eu les siennes, l'Angleterre n'offre pas ce beau spectacle de réveil national que nous venons de constater en Allemagne. Elle possède un art et, tenacement, le conserve. A vrai dire, cet art est étroit. La sculpture est médiocre et ne met guère en avant que le nom de Flaxman. L'architecture sans grand intérêt, quoique plus heureuse, offre un mélange d'antique et de gothique. Malgré cela un style original se développe, que Ton pourrait nommer le style industriel, celui des gares et des hallSj des grandes usines et des magasins, voire même des Expositions. En faii,le premier modèle fut donné pour rExposition de 1852, à Londres : c'est le Palais de Cristal, construit par J. Paxton.

Le grand art anglais est la peinture. Elle garde son éclat et maintient son originalité. Après Reynolds et Gainsborough, Th. Lav^rence met la

fraîcheur et la grâce de ses couleurs claires sur les jolies têtes d'enfants et de femmes qu'il sait si joliment interpréter. Martin s'essaye avec succès dans la peinture d'histoire, Wilkie traduit avec sincérité des scènes de genre pleines de charme et de franchise, et surtout l'école de paysage se constitue. Ce fut la plus glorieuse école anglaise, par le nombre de ses représentants et par la valeur de la plupart d'entre eux. Quelques noms dominent les autres comme celui de J. Constable, à qui doit tant le paysage moderne^ et dont VEcluse et la Ferme dans la Vallée dénotent une vue si personnelle de la nature anglaise, surtout comme celui de Turner, le peintre amoureux de la lumière, aux inégalités parfois choquantes, mais toujours très Imaginatif et dont le Soleil levant dans le brouillard est une œuvre de remarquable pinceau. Mais une école d'art intellectuel et moral se fonde, c'est le préraphaélisme dont Millais est le grand peintre, école complexe où les oppositions se heurtent et les tendances se diversifient. Cependant, ses principes, dégagés et exposés par J. Ruskin, servirent à Fart anglais et lui donnèrent une inspiration plus élevée et plus originale. Le plus récent de ses représentants, Burne Jones, est mort récemment en laissant une œuvre toute de charme et de fraîcheur. L'art anglais continue de marcher dans sa voie traditionnelle. Aujourd'hui la peinture semble s'orienter vers l'aquarelle. Que lui réserve l'avenir? Le prédire serait téméraire.

Il est difficile de comprendre et même de con-

naître son temps, aussi sommes-nous peut-être mal placés pour étudier les directions générales des différents arts européens, surtout lorsque ceux-ci ne sont point très caractéristiques et restent assez pauvres. Nous devons donc nous borner à constater que Tltalie semble avoir eu au début du xïx® siècle un séduisant renouveau avec Canova et ses successeurs, et qu'aujourd'hui encore, sous l'influence de sa nationalité reconstituée et de son indépendance politique retrouvée, son activité artistique, si digne d'intérêt, permet quelques promesses. L'Espagne au contraire, si elle donne naissance à des artistes, tel Alvarez, a perdu beaucoup de son caractère et n'a conservé rien de représentatif de sa vie, depuis surtout qu'elle est soumise à l'influence française. En Russie, une école se forme, mais encore sous Tinspiration de l'art français, et elle n'est point aujourd'hui même complètement dégagée. La Belgique revient à Rubens. Les autres pays ont des artistes plutôt qu'un art. Toutefois il importe de signaler la naissance à la vie artistique d'un peuple nouveau. Les États-Unis, dont l'existence politique et économique est déjà si nettement accusée, malgré leur instinct pratique, se tournent vers les arts. Parmi leurs artistes, le plus grand nombre se rattache aux écoles anglaises et françaises; ce qui leur est personnel, cela porte la marque de cet esprit utilitaire qui les caractérise ; leur art national est un art industriel et décoratif. Ils justifient à leur tour la loi universelle de l'adaptation d'un art à la race chez qui il se développe.

La France, — La Révolution, cette dernière page du siècle qui nous a précédés, ouvre celui où nous vivons. C'est la rupture avec le passé et la préparation trouble et confuse de l'avenir. Jusqu'au plus intime de sa vie, la France en éprouva le contre-coup. Rien n'y échappa, l'art en reçut une forte empreinte. Mais il y était préparé par le retour déjà marqué vers le style pseudo-antique. Grisés par les souvenirs historiques, envieux de la gloire des Romains, les hommes de la Révolution s'attachaient à copier la république romaine, à restituer les coutumes et institutions gréco-latines, à faire revivre les mœurs païennes. Il y eut collaboration intime et action réciproque entre les artistes et le peuple, les politiques et les simples citoyens. M.-J. Chenier écrit des tragédies classiques, David peint la Mort de Socrate, on célèbre le culte païen de la déesse Raison, les fonctionnaires se parent de noms romains, la mode elle-même met en vogue des vêtements qui passent pour antiques ; tout se tourne vers Rome, Athènes et Sparte. L'art et le peuple se pénètrent d'autant mieux, que, grâce à l'initiative de Lenoir, les Musées viennent d'être créés. David est le grand metteur en scène et le grand organisateur. Ce mouvement continue sous l'Empire et David reste au premier plan ; il est le peintre officiel et signe le Couronnement de NapoléonP^. Ses élèves sont légion et plusieurs lui font honneur. Gros, Gérard, Girodet, Guérin, Isabey, parmi les meilleurs, peignent sur leurs toiles l'épopée que Napoléon promène sur l'Europe, tandis que Charlet et Raffet en racontent les anecdotes dans leurs beaux

m LA VIE ARTISTIQUE DE L'HUMANITÉ

dessins. Mais la sculpture reste sans grand éclat, continuant ses traditions déjà anciennes, tandis que Tarchitecture, obéissant à l'esprit du temps aussi bien qu'à sa propre tendance, incline de plus en plus vers le style classique, dont Percier et Fontaine sont les plus illustres représentants et dont l'Arc de Triomphe de l'Étoile, par Chalgrin, est un des beaux monuments.

Cependant l'art et la littérature se rapprochent de jouren jour.Le Génie du Christianisme sl paru, Alexandre Dumas père et Victor Hugo écrivent leurs drames, M"^^de Staël découvre l'Allemagne, Ossian, Shakespeare, Goethe, Schiller, Byron nous sont révélés. Le Romantisme littéraire est né, le romantisme artistique ne reste pas en retard. Le Radeau de la Méduse de Géricault précède même VHernani de Hugo. Car c'est la peinture qui soutient le grand combat. L'architecture marque un retour vers le moyen âge, tandis que, par opposition, les artistes de vieille tradition se retournent vers la Grèce. Mais on construit peu à cette époque. En revanche le milieu du siècle retentira du nom de l'ami du gothique, de Viollet-Le- Duc, qui reconstitue le château de Pierrefonds; il entendra aussi celui de Baltard, le créateur de l'architecture de fer dont la carrière s'annonce si féconde ; enfin ces dernières années on se souvient de l'architecte de l'Opéra, Ch. Garnier. La sculpture, moins révolutionnaire que la peinture, marche également vers le même idéal et laisse de belles œuvres que pétrissent David d'Angers, à qui nous devons le fronton du Panthéon, le grand Rude dont le merveilleux Départ de

Rude. — Le Départ.

PArc de Triomphe ne doit pas empêcher de se souvenir des autres chefs-d'œuvre, enfin Barye, Je plus remarquable animalier de Tart français et peut-être universel. L'école de sculpture alors est riche et glorieuse ; elle annonce déjà ce qu'elle est aujourd'hui, où l'on peut dire qu'elle marche à la tête de l'art.

Delacroix. — La Liberté guidant le peuple.

Mais le Salon de 1819 ouvre ses portes. Le romantisme éclate et c'est Géricault avec son Radeau de la Méduse^ qui proclame sa libre et belle existence. La lutte va s'engager. Classiques et romantiques se trouvent en présence. Chacun veut sa place large. Delacroix (1798-1863) et Ingres (1780-1867), représentent les deux camps et sont à la tête des deux partis. Le premier offre successivement au public la Barque du Dante,

d'Apollon, au Louvre, le Salon d'Hercule, à l'Hôtel de Ville, la Prise de Constantînople par les

Croisés et de nombreuses toiles où éclatent la vie, le mouvement, l'émotion, le sens admirable de la couleur, l'imagination et l'audace, toutes qualités qui, malgré ses incorrections et ses témérités, font de lui un des beaux génies de Fart français. Son adversaire, au contraire, est sobre, fort, correct, surtout grand dessinateur et très exact interprète. Françoise de Rimini, Henri IV et ses enfants, la Vision de Feng al, Jeanne d'Arc, le Vœu de Louis XIII, sont de beaux tableaux, glorieux pour le maître, mais son chef-d'œuvre est V Apothéose d'Homère qui couronne sa réputation. Un instant, grâce à lui, le classicisme triomphe; c'est vers 1836, sous la royauté bourgeoise de Louis- Philippe ; ce triomphe marque sa fin. Il disparaît après Ingres et Flandrin, de même que le romantisme se désagrège après Delacroix et Ary Scheffer. Mais cette désagrégation fut féconde, l'art resta vigoureux et vivace. Decamps et Fromentin créent l'orientalisme; Léopold Robert découvre à nouveau l'Italie ; Horace Vernet continue la série de ses peintures militaires dont est peuplé le Musée de Versailles; Delaroche apporte en art le compromis que tente en littérature C. Delavigne et, une fois même, d'après un sujet commun : les Enfants d'Edouard, Enfin c'est alors que la merveilleuse école de paysagistes français se constitue : Corot, Th. Rousseau, Français, Cabat, Dupré, Daubigny, Courbet, Chintreuil, Millet, dont naguères VAngelus a si glorieusement vengé les déboires, chacun avec son génie particulier, suivant son inspiration personnelle ou sa manière propre, peignent avec amour la

terre de France dans sa variété, sa beauté et son originalité.

Les différentes écoles se succèdent ou vivent simultanément. Le réalisme, Tidéalisme, le symbolisme, le pointillisme, le tachisme, l'impressionnisme, le décadentisme, pour n'en point citer

Millet. — Les Glaneuses

davantage, jouissent tour à tour de la faveur du public et de l'engouement des artistes. Et là aussi que de noms on pourrait citer. Mais il les faut taire. Nous abordons la génération qui vit encore et produit toujours : Contentons-nous de regarder les œuvres de ces derniers artistes et souvent de les goûter, même parfois de les admirer. Elles le méritent.

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