SIC
n'avait pas encore conçu ce miracle d'une armature mobile, toutes ces pièces emboîtées, ayant un libre jeu dans leurs alvéoles, ces pieds de ferme taillés en pointe, donnant la sensation que l'immense carcasse est. à peine posée sur le sol, et cette toiture toute en lumière, cette féerie du verre faite de la libre magnificence du dehors.
Il n'y a plus qu'à souhaiter son plaisir ordinaire à la foule du vernissage. On peut prévoir toutefois que ces cérémonies iront en perdant de hur ancien intérêt, par l'excès qu'elles comportent. Le Salon a pour ennemi le Salon, il faut bien le dire.
Chaque année, ses bornes reculent, le nombre des œuvres s'accroît, et la promenade qui pouvait être un plaisir devient une effroyable fatigue. Cette fois, les deux Salons réunis, toute mesure est dépassée.
Jugez-en.
La Société des Artistes français expose deux mille cinq cents tableaux ; neuf cent soixante-dix-neuf dessins, cartons, aquarelles, pastels, miniatures, émaux, porcelaines, faïences, vitraux; huit cent
par Rodin. L'œuvre vient justifier ceux qui ont demandé toujours et quand même que ce grand artiste fût maître de ses délais et de son heure. Le colosse dressé à Textrémité du jardin de la sculpture est la réalisation d'une pensée, la preuve d'une méditation. Il faut avoir pénétré et séjourné dans le monde de la Comédie humaine^ il faut s'être assimilé la force et la portée de la pensée balzacienne pour avoir ainsi représenté ce héros des lettres modernes, cet Hercule vainqueur des monstres, dans toute la puissance de son désir et de sa passion.
Au premier abord, c'est un bloc, un rocher, un monolithe, une de ces colonnes espacées dans l'histoire et qui marquent les grandes étapes humaines. Balzac est enfermé dans la robe de travail qu'il revêtait chaque nuit après les quelques heures de son sommeil fiévreux et orageux.
Son corps apparaît comme une masse. On ne voit même pas ses bras croisés sous l'étoffe. Les manches pendent, et le capuchon retombe sur les épaules. Pexi à peu,
— 3^1 — menade cette énorme production. C'est bien impossible. Il faut se borner, aller aux dominantes, aux œuvres qui semblent porter en elles le caractère de la durée.
Ces œuvres sont rares aux Salons annuels, et il ne peut en être autrement, car elles ont toujours été rares. Je ne vois pas que ces exceptions soit décourageantes pour la masse des artistes qui s'efforcent vers le mieux. C'est à tous ceux qui ont en eux l'amour de la beauté et le désir de l'art de comprendre et d'honorer les maîtres qui montrent le but et savent le chemin.