I I — € LB BALZAC » DB RODIN
Le Salon de 1898 resterait une date dans l'histoire de l'art quand il n'offrirait à notre admiration que la statue de Balzac
Lamartine a décrit ainsi Balzac :
« Il n'était pas grand, bien que le rayonnement de son visage et la mobilité de sa stature empêchaient de s'apercevoir de sa taille, mais cette taille ondoyait comme sa pensée: entre le sol et lui, il semblait y avoir de la marge, tantôt il se baissait jusqu'à terre comme pour ramasser une gerbe d'idées, tantôt iJ se redressait sur la pointe des pieds pour suivre le vol de sa pensée jusqu'à l'infini. ,
. » Il était gros, épais, carré par la base et les épaules, le cou, la poitrine, le corps, les cuisses, les membres puissants; beaucoup de l'ampleur de Mirabeau, mais nulle lourdeur; il y avait tant d'âme qu'elle portait cela légèrement, gaiement, comme une enveloppe souple, mais nullement comme un fardeau ; ce poids semblait lui donner de la force et non lui en retirer. Ses bras courts gesticulaient avec aisance, il causait comme un orateur parle... Ses jambes sur lesquelles il se dandinait un peu, portaient lestement son buste... Tel était l'homme dans sa robuste charpente.
— 3^3 on distingue qu'un corps informe se démène sous cette enveloppe, avec le mouvement rapide et leste des gros hommes, et cette façon légère de porter ce poids de matière qu'eut Balzac en particulier, et qui fut si bien décrite par Lamartine.
D'ailleurs, voici que tout s'allège eneflfet, qu'une grâce formidable apparaît au sommet, avec cette tête de lion à lourde crinière qui se rejette en arrière d'un mouvement si fier et si beau, et ce fin visage envahi de chair et de graisse, mais qui ne succombe pas sous l'assaut, qui vit ardemment dans la lumière, qui projette le noir magnétisme de ses yeux sur l'immensité des choses, qui exprime une volonté de curiosité et une force d'émotion incomparables. C'est le grand témoin de ce temps qui est dressé ainsi, l'adorateur et le contempteur des forces naturelles et des forces sociales en présence, le poète incomparable qui sut voir la poésie de la vie sous tous les aspects immédiats, sous tous les mouvements de l'instinct et tous les conflits sociaux.
un travail de sculpture comparable seulement au travail voilé des artistes égyptiens. Les formes, ici plus que jamais, se présentent chez lui par quelques plans simples, légèrement et infiniment nuancés. Elles apportent avec elles leur coloration, c'està-dire leur ombre et leur lumière, et nous apparaissent ainsi datis une atmosphère blonde, les ombres grises transparentes, les lumières graduées aboutissant à d'éclatantes douceurs. Aucun angle vif, aucune arête coupante, une seule enveloppe qui réunit et harmonise tous les détails particuliers, qui en fait un amalgame, un tout, l'image unifiée de la vie.
Balzac est présent sous cette robe à capuchon et à manches pendantes, où se devinent sacorpulence, ses jambes robustes, ses bras courts. Rodin a voulu et réalisé ce dont ne s'avisent pas souvent les sculpteurs qui grandissent leurs modèles pour les places publiques en se préoccupant de l'allongement plus que du volume. C'est la raison de tant de creuses effigies. Ici, les proportions sont admirables, au point de
Cette parlante figure, dont on ne pouvait détacher ces regards, vous charmait et vous fascinait tout entier.. Les cheveux flottaient sur le front en grandes boucles, les yeux noirs perçaient comme des dards émoussés par la bienveillance; ils entraient en confidence dans les vôtres comme des amis; les joues étaient pleines, roses, d'un teint fortement coloré ; le nez bien modelé, quoique un peu long ; les lèvres découpées avec grâce, mais amples, relevées par les coins; les dents inégales, ébréchées, noircies par la fumée de cigare ; la tète souvent penchée sur le cou, et se relevant avec une fierté héroïque en s'animant dans le discours. ))
Il y a identité entre cette figure vue par le poète de 1833 et celle qui a été rêvée et ressuscitée par le statuaire de 1898. Le Balzac de Rodin se dresse, lui aussi, avec une sorte d'allégresse. Avec une vivacité et une distinction, il se campe et se redresse en un équilibre oscillant.
La statue semble bouger et vivre, par la raison que Rodin est arrivé à réaliser
Lamartine a décrit ainsi Bakac :
« Il n'était pas grand, bien que le rayonnement de son visage et la mobilité de sa stature empêchaient de s'apercevoir de sa taille, mais cette taille ondoyait comme sa pensée: entre le sol et lui, il semblait y avoir de la marge, tantôt il se baissait jusqu'à terre comme pour ramasser une gerbe d'idées, tantôt il se redressait sur la pointe des pieds pour suivre le vol de sa pensée jusqu'à l'infini. ,
. )) Il était gros, épais, carré par la base et les épaules, le cou, la poitrine, le corps, les cuisses, les membres puissants; beaucoup de l'ampleur de Mirabeau, mais nulle lourdeur; il y avait tant d'âme qu'elle portait cela légèrement, gaiement, comme une enveloppe souple, mais nullement comme un fardeau ; ce poids semblait lui donner de la force et non lui en retirer. Ses bras courts gesticulaient avec aisance, il causait comme un orateur parle... Ses jambes sur lesquelles il se dandinait un peu, portaient lestement son buste... Tel était l'homme dans sa robuste charpente.
faire apparaître avec une exactitude singulière la petite taille de Balzac en ce colosse de deux mètres soixante-dix centimètres de hauteur. C'est que la massivité du personnage a été exprimée en même temps que son allure légère, précisément par cette manière de conduire, de réunir les plans, de les modeler en vue de l'ensemble. Habituellement, en sculpture, tout est extérieur, dur, desséché. Ici, toute la force vient du dedans, est dirigée pour représenter la vie expressive.
Cette vie est complète au point de faire mesurer une étape immense entre la statue nouvelle et les travaux antérieurs de Rodin.
Même la beauté du groupe du Baiser apparaît trop soulignée dans le marbre, en face de cet extraordinaire Balzac, de cette matière vivante, de ce visage de lumière où le front précis, les yeux noirs, la bouche ardente annoncent l'amant de la vie, l'homme combattant, -l'œuvre victorieuse.
nette, en une physionomie immédiatement saisissable, ce que peut être le pouvoir bienfaisant d'un seul. Cette leçon est donnée sans fracas, par des formes calmes, un seul geste expressif, un visage entrevu, un paysage limpide, bleuâtre et doré, un groupe de maisons enveloppiéés de Tenchantement nocturne-
Je ne puis résister, à propos de ce chefd*œuvre, à tenter, non un inutile parallèle, mais à prendre un exemple de beauté naturelle qu^ beaucoup de nos artistes auraient avantage à méditer.- 11 y a nombre de peintures religieuses, mystiques, légendaires, aux deux Salons, et je n'en ferai pas le dénombrement. Leur caractère principal est l'effort pour sortir des formes, des aspe&ts de la vie. Ce ne sont que miracles de lignes, de couleurs et d'éclairages. Tel Christ dégage des ondes de lumière électrique, tel autre projette, des flammes violettes, partout se révèle la contorsion d'esprit à laquelle s'est livré l'artiste pour créer de l'extraordinaire. Je prendrai seulement comme sujet la toile de ce genre que
jeté sur sa tâteet ses épaules, l'autre main est étendue sur la pierre du balcoii, en un ^este doux et ferme, d'une autorité tranquille. On distingue à peine le visage tourné vers l'espace, vers la colline obscure, de l'autre côté de l'eau, où guette l'ennemi, vers lé ciel limpide et profond au se balancé là lune, vers la .rivière qui' coule rapide, éclairée du reflet de l'astre, vers les maisons silencieuses i
Le portrait de la ville est beau et émouvant comme celui de la protectrice. Les maisons basses, tassées, agglomérées en un troupeau craintif, toutes pareilles sous la rondeur de léurd toitàde tuiles, sont véritablement endormies en confiance et' en sécurité. Rien de vîvânt n'apparaît. Un silence absolu émane des choses immobiles dans cette nuit claire. Il suffit d'un seul être prévoyait, de pensée active, de fêrnié raison, pour donner le repos à tous ces pauvres gens qui sont enfermés là après les travaux et les craintes de la journée. La grande leçon de l'œuvré de Puvis de Chavannes, c'est de réaliser en une image
ils pas reconnu s'il s'était montré à eu^, comme le représente M. Dagnair-Bouveret, illuminé, incandescent, brûlant les regards de ceux qui l'entourent ? Et comment cette objection n'est-elle pas venue à l'artiste? Il y aurait là une genèse d'œuvre qu'il serait intéressant de connaître, une croyance naive à l'extériorité des moyens qui vaudrait d'être examinée. La peinture est un art d'apparences, cela est certain, mais c'est aussi un art d'expression qui doit nous révéler ce qui est caché. La présence du Christ doit se trahir autrement que par une illumination, et c'est l'état de trouble et de songerie des deux [disciples, non leur efiarement, qui marque la grandeur à atteindre.
Il me parait impossible que M. Dagnan se refuse à une telle remarque toute générale et qui se trouve prouvée, cette smnée, par l'œuvre de Puvis de Chavannes. Celuici aussi a choisi un sujet légendaire et général. En quoi sa Geneviève est-elle diminuée parce qu'elle est de geste simple, déforme tranquille, de coloration disâAte,
Ton semble s'accorder à trouver la meilleure, celle de M. Dagnan-Bouveret : Le Christ et les Pèlerins à Emmails.
Elle n'est pas sans qualités, et la famille du peintre, représentée à la mode ancienne, dans un angle du tableau, vaut comme réunion de bons portraits, mais seulement ainsi, car la femme et l'enfant à genoux, les mains jointes, l'homme debout, les bras croisés, donnent plutôt à sourire pour la gradation de leur manifestation pieuse.
Toutefois, il est un défaut plus grave, une tare de l'œuvre, et c'est cette apparition flamboyante du Christ à crinière rousse aux deux disciples. C'en est fait ici de la beauté de la légende, de l'état de trouble où furent jetés les deux hommes qui étaient venus de Jérusalem à Emmaûs et qui avaient rencontré l'étranger sur la route.
C'est lorsque cet étranger a rompu le pain qu'ils ont cru voir Jésus à cette même heure du soir, et qu'ils sont tombés dans leur rêverie. Revenus à eux, ils n'ont plus vu l'étranger, et c'est alors qu'ils ont reconnu leur maître. Comment ne l'auraient-
montant est le premier décor visible, un amais dé hautes maisons, des abîmes dé rues et dé cours, un asile de travail* et de niisère. Puis les' pentes descendent, s'^en vont au fond de la vallée, remontent les collines jusqu'à l'horizon, le terrain se bossue en sommets, se subdivise en abîmes, et l'immense ville couverte de traînées de brumes, noircie de fumées, ombrée de nuages, prend son aspect* fantasmagorique d'océan, de grandes lames, de bas'fonds, de monuments qui émergent comme des îlots et comme des navires. .
Les deux femmes placées à l'angle gauche de la toile achèvent de donner sa signification à ce portrait de la Ville moderne. Les nuées qui les entourent, le vent qui soulève leurs chevelures et leurs étoffes les relient à cette immensité. L'une est noire et massive, lassée et farouche, cherche à s'isoler de ce drame qui la possède malgré elle. Assise,. le dos tourné à la villej elle regarde devant elle avec fixité, elle revoit et revit le passé. L'autre, debout.
parce qu'elle semble uae fermière qai reille sur son doihaitié, une mère inquiète, attentive et raissurahtei ?
I m. — LA VUE DB PARIS ET LE PORTRAIT DE GRAND-MÈRE D^EUGÈNB CARRIÈRE '
C'est également au profond de la vie que M. Eugène Carrière va trouver les éléments de son art. De même que M. Puvis de Chavannes, il nous donne à contempler une yue de Paris par son panneau décoratif pour l'amphithéâtre de l'enseignement libre à la Sorbonnè, mais quelle ville immense a surgi, de quel monde ' la petite cité de Geneviève était grosse ! Dans son étroit espacé, sous ses* toits ramassés, se préparait tout un avenir de luttes, d'espoirs, de révolutions, de déceptions.
Ici, dans ce Paris moderne, les temps sont écoulés, un mondé social s'est élaboré, et voici que, deè hauteurs du Pèré-Lacbaise, deux femmes sont en présence dé detitè vivante étendue. Le £Etuboiirg de Méolil-
qui traînent, cette robe rose qui fleurit, ces mains qui se rencontrent, ce fonds visible, ce bouquet, toute cette harmonie noire, grise et rose, légèrement avivée de rouge et de vert.
IIV. —JEUNE PILLE ET PAYSAGÇiS DE RAFFAELLI, — PORTRAIT DE THEATRE DE BESNARD
L'artiste qui sut exprimer la vie à ras de terre, les petits métiers., lés allures errantes des casaniers et des ambulants de la banlieue, qui sut découvrir un si nouveaii et mélancolique sentiment du paysage, a quitté, à mon regret, le monde du travail d'où il pouvait extraire tant de véçité et de beauté. Mais il y retournera, je pense, et je ne saurais me prononcer contre ses changements de régions, ses curiosités, ses recherches, ses études toujours révélatrices de sa belle volonté d'ar-^ tiste, de son ardeur d'observation. Ce n'est pas la première fois qu'il aborde de nouveaux sujets, et ceux qui ont suivi ses tra-
jeune, retenant ses cheveux livrés à la brisé, regarde, le large comme une voyageuse qui va prendre la mer. L'inconnu la tente, elle va partir, laisser sa morose compagne, s'abandonner à la vie.
Une semblable leçon est . donnée par l'admirable portrait de la Grand'mère et de sa petite-fille. La vieille femme au visage creusé, les cheveux de vieil argent, la bouche presque effacée dans la chair grise, est belle de la beauté finissante, la vie remontée et réfugiée aux regards. Une autre existence jaillit toute neuve auprès de cette vieillesse sereine, comme une pousse nouvelle au pied d'un vieil arbre, une fleur épanouie à l ombre de la ruine.
Auprès des yeux qui savent, voici les yeux qui veulent savoir, le visage instinctif et avide de l'enfant. Carrière est maitre dans ces images d'existence, et il atteint ici, avec une force indicible, aux profondeurs de l'être. Jamais, de plus, il n'a été autant possesseur de son art que dans cet arrangement, ce corps droit, grave, immobile, ce jeune corps bougeant, ces voiles noirs
— 33» — sion physionomique. Tout est clair, blancs luinineiix, gris nuancés, canapé à ramages bleus, bouquet entrevu, petit éventail tenu d'un joli mouvement comme une arme de fête, et toute cette clarté. n'est pas plâtreuse, elle est nuancée et harmonieuse.
Les mêmes qualités, moins aflBrmées, parent deux portraits de fillettes. Des fleurs roses, jaunes et blanches, ont un éclat rare. Des paysages de Paris, les Champs- Elysées, l'Institut, que je voudrais seulement d'un sol plus solide» sont de ces représentations mouvementées de là rue où excelle Raffaëlli, ce sagace observa* teur, ce fin badaud.
L'exposition de M. Albert Besnard est très variée : un Marché aux chevaux à Abbeville par un jour de ciel gros bleu, de forte chaleur, où la vérité des formes animales et des allures de maquignons est saisie avec force ; un Flamenco vu du fond de la scène, du pittoresque sinistre à la Goya, une grosse femme qui danse en face d'une fillette macabre, des mains blêmes qui
vaux se souviennent d.e portraits et d'une dormeuse très délicats çt tençires, avec un rien de gaucherie, de timidité.
Cette fois, cette marque légère d'hésitation a disparu, et M. RafFaëlli a réalisé une œuvre charmante en tous points avec le portrait de sa fille, un grand portrait sobre sans sécheresse, élégant çans tapage, très travaillé sans que le goût et la mesure aient subi d'atteintes. La jeune fille est assise, en une attitude toute naturelle, sans affectation^ ni dissimulation.
Elle est en toilette blanche de soirée, où rien ne marque la mode. La physionomie est sérieuse comme il convient à la fillette d'hier qui devient jeune fille et qui est parée pour le bàl,. mais la franchise et la cordialité se lisent sur le gentil visage, et c'est ce caractère que le peintre à surtout marqué sans vain étalage et sans attendrissement paternel. C'est donc un portrait bien écrit, très doux et très ferme à. la fois, d'une peinture sans labeur visible, complète et solide. La légèreté du décor accompagne à merveille cette préci-
cUennef gonfle la jupe comme une Yoîle de barque, à croire qu'un coup de vent souffle sur la scène entre cour et jardin* Ce coup de vent est dans le jeu de ractrice, dans la course brusque qu'elle va arrêter ai^ milieu des planches. Il y a comme un effet de statuaire par cette apparir tion de ch?iir et d'étoffes'. Avec ce ventre apparent, cette ligne droite des jambes, la comédienne est en partie engainé'e dans sa jupe, et sa gorge, son spirituel visage, son rictus gouailleur, sa chevelure libre, achèvent de lui donner^ àanis ce* parc factice, la physionomie d'une faunessé moderne, d'v^né divinité bocagère du Bois de Boulogne et même du Bais de Vincennés.
<5u|tnd il aura été ajouté que cette forme et cette aUlure s'accompagnent de' la plus brillante, de la plug tendre, dé la plus douce robe rose qui ait peut-être jamais • été peinte, on aura à peu préâ d^ifi le caractère de ce Porttait de Théâtre: vraiment nouveau qui restera comme une date heureuse dans là biographie artistique de M.fiesn!ard.^
scandent 4e leurs battements Tagitation
lascive et canaille des danseuses, des roses rouges dans les cheveux gras et noirs, et tout au fond, dans l'ombre de la salle, les spectateurs; de pâleà visages troués de regards, toute une apparition d'humanité falote. \J Arrivée du poisson sur la plage de Bercfc au soleil couchant et le Chat noir me charment moins, malgré une joliesse de visages et de mouvements, mais il y a quelque abus de couleur entassée autour des formes fines.
D'ailleurs, la pièce capitale de l'exposi-^ . tion deM. Besnard est le Portrait de Théà- î /re, une entrée de M?* Réjane sur la scène, non d'une ressemblance littérale» mais qu'importe? D'une ressemblance pire et meilleure. Oui, portrait de théâtre, et magnifique portrait de théâtre pour le fond de verdures peintes, deux fois peintes 1 pour l'ailure, pour la couleur, pour le • corps en marche. Cette marche, l'artiste l'a exprimée. avec une certitude tout à fait étonnante. Le mouvement plaque la robe sur le ventre et les jambes de la corné-
— 34^ — vements délicats et aisés des personnes qui sont habituées jt manier les tasses fragiles, à regarder des bibelots, à parler gentiment dès choses du jour. J'aime aussi, du. même artiste, une nature morte, tasse, gâteaux, bouteilles.
Lé Portrait 4e M"' la comtesse C* A,^ de M. John Sargent, est d'élégante allure.
M. Pierre Bracquemond débute par une sobre et )olie silhouette de femme. M. Desboutin représente avec exactitude M. Maurice Barrés. M. Léopold Stevens donne à reconnaître M. Georges Courteline, et M. Edouard Lœvy installe au travail M. Georges Montorgueil. L'exposition de M. Alexander présente ses agréables arabesques de corps et de robes. La Dentellière, de M. Lomond, est bien séduisante.
M. Aman Jean, par le portrait, découvre chaque fois davantage la nature : son Portrait de la comtesse cTA... est d'une beauté de formes et d'une harmonie de gris et noir qui en font une des t>lii8 plaisantes images du Salon. Le PàUtèidi du poète Holger Drachmatm a^^l
Jl avait étédéjà artiste tout à fait supérieur dans la représentation d'une femme en marche et d'une robe flottante, le portrait de M"' Roger Jourdain, exposé il y a peut-être une quinzaine d'années. Mais l'ancien portrait et le nouveau diffèrent de beaucoup. L'ancien était aérien, vaporeux, balancé et suspendu comme une nuée.
Celui-ci est affirmé, massif, riche, généreux. Ils se valent, je crois, et on aimerait les voir l'un auprès de l'autre, en attendant un troisième,—^ qui serait aussi beau, et qui ne leur ressemblerait pas.
§ V. ^ PORTRAITS ET SCRNBS DIVBRSBS
La toile où M. Jacques Blanche a représenté A/"* X... prenant le thé est un très joli exemple de distinction sobre.
Le maniérisme n'en est peut-être pas absent, mais pourtant rien d'apprêté, de faux. Tout au contraire, un charme naturel chez cette jeune fille qui est chez elle, chez cette autre en visite, et qui ont les mou-
saire à la peinture, car elle représente la condition atmosphérique inécessairè à la vie. Ceci dit, je loue vivement le Cirque Forain, malgré les mêmes défauts,, moias apparents pourtant, je le loue pour son humble vérité, sa pénombre où se marquent fortement les apparitions de paysans attentifs, sa malheureuse danseuse de corde, tout un ensemble grave, triste et comique, d'un sentiment trôs profond.
Chez M. Charles Cottet, il y a égalenMht immobilité, opacité, absence d'atmosphère.
Mais lui aussi pourra s'affranchir. Son tableau en triptyque de cette année : Au pays de la mer^ en donne la quasi ceftitudé.
C'est d'un bel effort, d'une poésie vivement sentie, avec une délicatesse de certains visages • et de certains détails qui n'était jamais apparue aussi certaine et pénétrante . Au milieu : Le repas d'adieu. A gauche :
Ceux qui s'en vont. A droite : Celles qui restent. Ce sont les pécheurs, les femmes, les fillettes à la coiffe noire de l'île d'Ouessant, de formes un peu réduites, les vieilles diminuées, n'ayant pas la force farouche
mer, auprès d une barque, par M. Kroyer, est de solide et intéressante facture, mais déroute par l'attitude, le costume, le décor. Le portrait de M. Zulpaga y Zabaïeta par lui-même est sobreet ÎFort, de bonne tradition espagnole. Le Portait de M. M/.., sec et fin, est de M. Frantz Melchers, qui. représente aussi des petits enfants fort drôlets en extase devant une minuscule boutique* J'aimerais pouvoir mettre en garde M. Lucien Simon contre un métier . lourd, de taches malencontreuses, qui apparaît surtout malheureusement dans un portrait de femme au visjàge singulièrement expressif.
De même le Retour de la messe à Pen-march : lés groupes de paysans et de paysannes dans les chemins bordés de pîefres ont un réel caractère, mais les pierres ont communiqué leur immobilité aux gens qui sont auprès d'elles, et même aux nuages qui passent. La pétrification est absolue, et ceux qui aiment ce talent, déjà riche en preuves, doivent lui réclamer sa propre critique, un examen des moyens qu'il emploie, une fluidité qui est néces-
que fe leur ai rats^ les jettiies un peu ^tou? pées. Certains visages, p'en ont pas moins une expression de résignation grave très émotionnànte. Le fond du panneau cen- tral, la baie vitrée par où se voit le ciel, ^ ou la mer, est d'un bleu lourd qui enferme trop la scène, quî ne donne paè à prévoir l'espace, et c'est là l'opacité «outre laquelle M. Charles Cottet doit lutter. En revanche, le paysage du orieux de falaise, où s'abritent les femmes qui restent, est infiniment émouvant.
Je'cooatinue à découvrir chez les artistes cet intérêt passionné de la vie des foules, devant le triptyque de ^. Léon Frédéric, artiste flamand, qui a, je crois bien, conçu sa meilleure œuvre, lui aussi, par les Ag^es de l'ouvrier^ un amoncellement de figures qui remplissent les trois panneaux. Elles sont picturalement exécutées de façon trop .î égale, toutes -éclairées intérieurement, mais lés aspects individuels «ont variés, la vérité ^e la vie poursuivie avec uae ardeoiri une ténacité remarquables .
ChesM. jMUMubt, Iol Marche ^ $oifXfwir
de guerre, est une des plus terribles visions qui Soient, d'une troupe en marche, les hommes disparus sous les charges, accablés du fardeau du sac, des souliers, des armes, de là gamelle, et s'en allant tous du même mouvement mécanique vers l'inconnu du champ de bataille. Le même artiste évoque, par Au bord de Veau^ le triste duo dç la Fille Elisa.
M. Anquetin expose un rideau de théâtre, trop .traditionnel, mais de talent certain, un char d'Apollon encadré d'amours et de nymphes, M. Evenepoel a curieusement mis en scène le personnel du Café d'Har^ court, et M, Richon-Brunet affirme de réelles qualités dans l'Arrivée de toreros.