‹ La vie artistique (volume 2)Chapitre 48 sur 52 · VII. — VIE INTIME · texte numérisé non relu

VII. — VIE INTIME

Ce chapitre se rattache directement au précédent, et j'y comprendrai les séries de femmes lisant, cousant, de M. F. Guignet; les scènes voilées de M. Armand Berton; les Ct^arières, demi-nues, farouches, riantes, de M. Canals; les lignards et les artilleurs si drôlement et finement observés, de M. Duchemin; la jolie étude d'enfant, de M. Guignebault; les charmantes observations de M. Gabriel Biessy : Vlntérieur picard, le Retour du marché^ la Tapissérie, le Collier de perles. Le beau portrait de femme en noir de M. Lomont, dans un

— 4^5 — d'âpreté et de douceur, une vraie science des formes et des valeurs prouvée par le portrait de femme en costume de chasse, les enfants à ceintures vertes et jaunes, les exquises glycines, la Chanson enfantine^ la Modiste, le Miroir.

i VIII. — EVBNEPOEL ET ZULOAGA

Ces deux noms ne sont pas tout nouveaux. Les derniers Salons nous les ont révélés, et M. Zuloaga, de plus, eut autrefois une exposition particulière che;z Le Barc de Boutteville, mais ces deux artistes se révèlent cette année avec un éclat singulier. L'un, M. Ignacio Zuloaga, qui nous vient d'Espagne, a de l'âpreté et de la grâce sauvage de Goya. Il n'a pas su trouver le bel accord entre le fond et les figures, mais ces figures, cet homme sérieux, ces deux femmes riantes, toutes noires, fleuries de roses jaunes, sont inoubliables. Sombre fierté cavalière, ingénuité sensuelle, vive tournure, les yeux qui brillent de promes-

le plus ému et le plus délicat : le portrait de M""" Puvis de Chavannes, morte peu de temps avant le grand artiste, belle figure en costume noir, datée de 1885, et qui appartient au musée de Lyon. Par la qualité de forme du visage et des mains, le caractère de pensée et de deuil qui met en accord le sombre costume et la pâle physionomie, ce portrait est le précieux témoignage de la vision directe, grave et simple, du peintre de la Vision antique^ du Bois sacré ^ de tant de fresques harmo^ nieuses*

Puis, voici, de M, Jacques Blanche, un Chéret que tous ses amis reconnaissent àsa physionomie à la fois énergique et douce :

il est en bizarre attitude, mais le Jj est parfait d'harmonie, d'arrangé tenue, avec les affiches aux tons f les masques significatifs de Tari d'élégance du modèle. Dans autre manier -einture.

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eux aussi, en route, et en bonne route, comme leur camarade Evenepoel. Allons !

nous pouvons espérer encore de beaux jours d'art et d'intelligence ! '

i IX.^ INTÉREBURS DBSBRTS ET VILLES MORTES. — NUS ET PLEURS.

Pour continuer à noter les genres, ou, si l'on veut, les particularités qui vaudraient quelque examen et quel()ue développement, tout un groupe de peintres pourrait être rassemblé sous la rubrique des intérieurs déserts et des villes mortes. M. Lobre, depuis plusieurs années déjà, excelle à nous montrer que les appartements vides sont très peuplés de souvenirs, dci regrets, de fantômes, et cette fois il a obtenu un effet véritablement émouvant en nous montrant dans l'obscurité un salon de Versailles où la lumière filtre par la fente du volet et se

^ Depuis, Evenepoel est mort^ laissant à sçs amis la fierté et le deuil de sa jeune renommée^ emportant leur espoir.

cité les paysages de Bruges. Je loue maintenant le Versailles de M. G. La Touche, qui a peint d'une somptueuse manière verdâtre et rousse tel bassin où les cygnes errent autour de la nymphe de pierre.

Il est inutile d'ouvrir une nomenclature spéciale pour les études de nu, peu fréquentes à la Société nationale des beauxarts, alors qu'elles abondent à la Société des Artistes français, et je ne vois guère à signaler que les figures de belle allure de VEden, de M. René Piot, les Femmes aux draperies rose et bleu-vert, aux chairs ambrées, de M. Douglas-Robinson, et la femme nue peinte par M"' Lee- Robbins.

Des fleurs sont charmantes, les fleurs du soir de M. Henri Dumont, des phlox, des roses, des coquelicots, des giroflées, souples, vivantes, et ces autres fleurs, ces anémones, ces azalées, de M"' Lisbeth Carrière, qui palpitent dans l'ombre, brillent, s'assombrissent, avec une grâce indicible.

où l'on ne voit pas clair. Cela arrive dans les logis parisiens, enfouis entre de hautes maisons prenant vue sur des cours profondes et noires comme des puils . Généralement, dans ces salles à manger, on allume le gaz ou la lampe pour voir ce qu'il y à sur l'assiette et ne pas manger à tâtons. Il plaît aux convives de M. Griveau de s'en tenir aux seules sensations du goût et de la conversation dans les ténèbres.

Soit. Aussi bien, ce n'est pas seulement à cette salle à m^inger et à ce déjeuner crépusculaire que j'en ai, mais c'est à nombre de paysages des artistes distingués que je viens de nommer, et d'autres encore, où il fait juste le même minimum de clarté que dans cette salle à manger. Même le soir, même au moment où la lune se lève, les champs et la mer, si sombres qu'ils soient, apparaissent dans une lumière qui n'est pas la lumière enfermée d'une chambre au fond d'une cour.

S'il n'y a pas volonté d'isoler une figure, de mettre en valeur une expression, je ne vois pas quelle urgence force ainsi ces

qu'elle signifie, maïs cette grande page est peu expressive, d'un effet de couleur et de mouvement partout égal, avec des reflets coupants et monotones. Le Salon carré de M. Béroud est, à une certaine distance, le triomphe du trompe-l'œil, ses murailles continuent les parois du Salon : si c'est à ce jeu qu'a voulu s'exercer M. Béroud, il a réussi, je le concède sans résistance,, mais pourquoi a-t-il ajouté les figures de Rer nommées, et les fleurs ! 11 y a, heureusement, des recherches décoratives plus heureuses. Le plafond de M. Jean-Paul Laurens, Toulouse contre Montfort, est encombré bien inutilement du lion et de l'agneau. Le reste, le rempai't, les figures, est d'une allure plus heureuse, de cet aspect roide, fané, ancien, que M. J.-P.

Laurens a plusieurs fois mis en œuvre avec un sens historique louable. Le grand tableau de M. Henri Martin, qui se présente avec les apparences de la fresque, Sérénttéy est de la même forme mince, ligneuse, que les compositions précédentes du même artiste, avec un beau mouve-

reau seront ceux qui ne lui ressembleront pas d'une telle exactitude.

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