NATURES MORTES
Ici aussi, les paysages abondent. Toute difficulté de création mise à part, c'est le grand charme de la vie du peintre que le paysage^ et il n'est guère besoin d'expliquer combien il est préférable (malgré la terrible difficulté!) d'essayer de transcrire la poésie des champs, des rivières, de la mer, plutôt que de subir les exigences et l'ennui trop souvent entraînés par le métier de portraitiste. Le promeneur du Salon trouve à son tour charme et repos devant ces toiles où il reste quelque chose de la poésie du printemps, de la mélancolie de l'automne, de la vie des choses, de la poésie des heures. Je ne puis guère, à mon grand regret, que nommer : M. Albert Gosselin, qui montre un talent en pleine évolution, avec ses deux toiles différentes :
Bords d* étang au lever du soleil^ Namur et sa citadelle; M. Harpignies et sa belle vue
instituteurs de l'Aisne fusillés par les Prussiens en 1870, par M. Jean Carlus; le modèle en plâtre de la statue colossale de Lesseps, par M. Frémiet. J'avoue que tous ces étalages me laissent indifférent. J'aime au contraire infiniment le monument simple et beau élevé à la tragédienne Agar, par M. Henry Gros : un buste en marbre qui reproduit la tête puissante, énergique, d'Agar, avec une simple ornementation en pâte de verre.
Parmi les bustes, ceux du Sâr Peladan, par M. Zacharie Astruc; dé Jules Dupré, par M. Marques te; de M. Legouvé, par M. Paul Dubois; d'Octave Feuillet, par M. Doublemard; la jolie étude de M"* L.
B... de l'Opéra, par M. Falguière.
Parmi les figures, celles-ci ont une grâce, ou une puissance, ou une beauté : la Bacchante, de M"* Jeanne Itasse; VAmphitrtte, de M. Gauquié; la /wnon, de M. Cariés; la Force, de M. Captier; le Faune, de M. Alfred Boucher. Il y a, dans le Prédéric-le- Grand dt M. Gérôme, un pittoresque depuis longtemps absent de sa peinture. Et
de M. Jef Lambeaux est bellement orgueilleux. Les bustes d'Edmond de Concourt, par M. Alfred Lenoir; de Verlaine, par M. Niederhausern-Rodo ; d'autres bustes, de MM. Injalbert, Fix-Masseau, Camille Lefèvre,Agathon Léonard, Vallgren, ont la nervosité et la lumière de la vie. M. Pierre Roche fait danser une jolie Lote Fuller, M. Constantin Meunier dresse un farouche et musclé Débardeur. Et je finis cette revue du Salon comme je Tai commencée, devant VÈve de Rodin.
i XVI. — DESSINS. — AQUARBLLBS. — PASTBL8
Trop d'ébauches, d'études, de projets, de séries de croquis. Ce sont des travaux qui devraient être gardés par leurs auteurs, des notes qui n'ont pas à être soumises au public. Un Salon doit être un résumé des travaux de l'année, et nous venons chercher ici des réalisations et non des préparations. Ces essais, ces ébauches, ne peuvent prendre leur véritable intérêt que
Cottet sont épris de l'humanité de Pont- Labbé et d'Ouessant.
M. Daniel Vierge est présent par quatre aquarelles, de Meudon, de Salamanque, d'une vigueur et d'une justesse de coloris admirables. Vous trouverez encore des œuvres de M. Bourdelle, de M"* Cazin, belles d'observation et de rêverie. Vous devrez aller des salles de peintures aux salles de pastels pour vous faire une idée exacte de l'entreprise de M. Henry de Groux qui évoque en poète et en philosophe la destinée de Napoléon : il n'est pas de plus saisissantes images de la fatalité et du massacre, de la gloire et de la mort.
J'achève cette revue trop condensée, en disant mon émotion des savantes et profondes évocations que M. Charles Milcendeau a fixées pour illustrer le volume de Pays d'Ouest où j'essayai, il y a trois ans, de faire vivre un peu de l'humanité de Normandie, de Vendée et de Bretagne. Ces treize dessins sont des œuvres complètes, nées d'une vision et d'une observation directes, et j'admire leurs magnifiques har-
leur métier, traduisent toutes les manières et toutes les formes de la même taille monotone. Voici, par contre, de belles et consciencieuses études : la Marte-Louise de Tassis, de Van Dyck, œuvre de M. Laguillermie, de fine virtuosité; les Pèlerins d'Emmaûs^ de M. Dagnan-Bouveret, que M. Boilvin a traduits d'une vibration colorée si particulière; la Toilette, de Corot, commandée par l'État à M. Victor Focillon, qui a gardé si précieusement la lumière des chairs, la légèreté des feuillages, la transparence d'atmosphère de ce charmant tableau; le même artiste a supérieurement transformé en une gravure fine et colorée un paysage anglais qui lui a été confié. M. Mongin, avec un tableau de genre de l'école anglaise; M. Duchemin, avec le Balzac de Rodin; M. H. Lefort, avec une figure de M. Henri Martin, sont également de brillants et consciencieux interprètes.
A la section du burin : M. Jean Patricot {Médée etjason, d'après G. Moreau) ; M. G.
Tàiot {Madeleine, de Quentin Massys); Eu-
du Salon du Champ de Mars. Des artistes de bonne volonté se sont mis à la besogne, et par eux quelques résultats déjà sont acquis. Ceux qui ont cédé à la folle tentation de vouloir créer un style ont abouti à une décoration et àun ameublement d'hôtel cosmopolite, de paquebot, de villa, qui ont sans nul doute leur raison d'être, mais qui se placent d'eux-mêmes en dehors de notre tradition et de notre vie journalière. Le bénéfice le plus certain de ce mouvement d'art me paraît être d'avoir ranimé le goût d'une partie du public pour la production de pièces de céramique, d'étoflfes, de reliures, de meubles, etc., qui ne seraient pas simplement des copies du passé. A ce point de vue, tout ce qui se fait, tout ce qui se tente, a son intérêt.
Les travaux exposés au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts viennent à l'appui de ces réflexions. Ce sont les grès de M. Alexandre Bigot, les vases et le plat de M. Delaherche, les grès et les terres cuites de M"* Cazin et de M. Michel Cazin,.
de M. Dammouse, les grès flammés de
c'est une pièce de parfaite réussite et de belle allure.
Un artiste, qui possède les dons les plus rares de Tartisan, qui sait les ressources de chaque matière, un observateur malicieux, un exécutant robuste, M. Carabin, continue, par cinq charmantes statuettes de ballerines en bronze, par les esquisses en cire d'une Lole Fullef et d'une Belle Otero de la grâce la plus souple et la plus musclée, continue, dis-je, la production d'une sorte de Tanagra moderne qu'il inaugurait, il y a quelque dix années, au Salon des Indépendants. Je ne sais quel cas les amateurs font aujourd'hui de ces petites merveilles si vivantes, mais ce que je sais bien, c'est qu'ils se disputeront dans un avenir prochain une délicieuse statuette comme cette Belle Otero qui a la marque, le style d'un temps, le frisson de la vie, et qui est une si précieuse indication du rôle de la sculpture moderne dans nos appartements. M. Carabin expose aussi une Table de travail pour un chimiste, qui est un meuble solide et rationnel avec l'ornemen-
et recherché que je signalais au début de cette notice. Il y a là plusieurs lits ornés de figures dont la présence et l'insistance seraient peut-être gênantes. Celui qui serait de la meilleure et de la plus simple construction, et qui a pour auteur M. Pierre Selmersheim, est un véritable lit pour insomnies, avec un chevet à étagères qui peuvent servir de bibliothèque, buffet, etc.
La salle à manger de MM. Tony Selmersheim et Charles Plumet nous offre enfin des chaises jolies et solides, mais je fais à ces excellents artistes une objection grave pour leur table, qui multiplie les angles, en une forme octogone qui pourrait être laissée aux briques.
L'architecture met en valeur la variété d'aptitudes de M. Léon Benouville, dont le talent s'exerce aux maisons du boulevard Pasteur et à la reconstitution du vieux Paris (en collaboration avec M. Robida).
L'imagination de M. Garas se donne libre carrière avec le Temple à l' activité humaine ^ dont tel fragment est du plus bel effet réalisable. Il y a aussi de la hardiesse et
Pierrette la Pauvre^ Virginie la Sage.
M. Lalique a créé une manière par ses bi* joux aux lignes menues, aux frêles fleurissements, et voici qu'il est imité de tous côtés, comme il fallait s'y attendre.