‹ La vie artistiqueChapitre 21 sur 41 · I. — LE VICTOR HUGO DE RODIN · texte numérisé non relu

I. — LE VICTOR HUGO DE RODIN

Avant de monter aux salles de peinture, il est impossible de passer sans un arrêt devant le marbre du Victor Hugo de Rodin, que nous avons vu en plâtre au Salon de 1897, avec les figures des Muses. La statue du poète est maintenant presque achevée et nous fait désirer le monument complet. Mais il ne faut pas imiter les Gens de lettres, si impatients

de leur Balzac, et qui le refusèrent, lorsqu'il fut terminé, pour lui préférer l'œuvre de Falguièrej vraiment secondaire, on peut le dire sans offense à la mé- j moire du gracieux sculpteur de Diane.

Laissons donc Rodin conduire ses travaux avec réflexion et sagesse, et admirons ce Vù^ior Hugo qu'il nous donne et qui est une si forte^ une si belle image du poète.

HugOj nu comme un dieu, est assis parmi les roches battues des vagues, et c'est bien ainsi que l'avenir le verra^ que nous le voyons déjà, retiré dans la cl a- meur du vent et des flots, jetant à Tespace les imprécations des Châtiments^ les évocations lyriques de la Légende des 5î?^/^5, les tumultueuses descriptions des Travailleurs de la Mer. Toute son œuvre est baignée par l'Océan, depuis le séjour de vingt années à Jersey et à Guernfesey, et Rodin a mis le poète à sa place naturelle, songeant, écoutant la voix des sirènes.

Si c'est le poète panthéiste, amoureux

des choses, pensif devant le mystère de la nature, c'est en même temps Hugo, le vieillard que nous avons vu parmi nous, avec son grand front, ses cheveux blancs, ses yeux noirs. Rodin n'a pas eu besoin de le déformer pour faire de lui une figure symbolique, il s'est appliqué à le ressusciter tel qu'il était, et son art d'interprétation véridique a fait le miracle. Cet art est prodigieux au point de se faire oublier : on croirait que c'est le bloc de marbre qui s'est animé de lui-même, qui est devenu un dieu de nature, tant la forme est restée pleine, d'une magnifique unité, malgré les infinies nuances. Rodin, depu is longtemps, est parvenu à cette puissance de réalisation qui ne néglige aucun détail, mais qui fait tout entrer dans l'ensemble. Voyez, de ce point de vue, le visage, le torse, les bras, les mains, les jambes, lespieds de cette statue de Hugo :

c'est la science même, irréprochable, mais on voit surtout le corps au repos, la tête penchée, le geste expressif, on voit l'apparition du beau marbre qui

apporte avec lui sa lumière et son ombre.

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