‹ La vie artistiqueChapitre 33 sur 41 · HENNER · texte numérisé non relu

HENNER

Il y a une femme nue au Salon de la Société nationale, celle de M. Besnard. Il y en a une autre au Salon des artistes français : celle de M. Henner.

Celle-ci aussi est délicieuse. Je ne sais pas sa date, mais elle est de la manière la plus fine et la plus savoureuse du peintre alsacien. S'il était bien inspiré, il ne la laisserait pas emportera quelque marchand, il la donnerait tout de suite au Luxembourg, où nous pourrions la revoir, et nos descendants la verraient au Louvre : l'artiste, ainsi, serait sûr d'être représenté dans son pays comme il doit l'être. Cette petite mer-

veille a Tunité et rharmonîe. Le corps nu, dans le paysage du soir, a la densité et le rayonnement de la chair, il absorbe et rend la lumière. C'est la beauté complète et réelle apparue dans l'ensemble des choses, et non cherchée dans la vérité photographique, comme font trop de soi-disant peintres de nu- L'accord est absolu entre ce corps doucement rayonnant, le frottis du fond, et le coin de ciel d'un argent verdâtre.

Mais quel malheur après ce bonheur !

Le même Hennerdresse sur un ciel bleu^ d'un bleu d'été, un portrait de femme, et voilà que ce portrait, fort joli de profil, de modelé de visage, de lourds cheveux roux, est en désaccord avec le fond, mais en affreux désaccord, à croire que ce profil a été découpé ailleurs, tant les ombres grises delà joue, du col, sont en lutte avec cette clarté bleue qui tient tout le fond.

M. Henner sait cela mieux que personne, sans doute, et il fait comme s'il ne le savait pas ! Allons revoir la nymphe, qui dit toute sa science et toute sa poésie.

nous occupons pas des imitations, qui abondent. Allons vers des artistes qui se donnent de tout leur esprit, de toute leur passion, à l'observation de la vie, à la poésie de la vérité.

Je mets au premier rang de ceux-ci M. Hugues de Beaumont, l'auteur du Goûter de Tan dernier. Il ne s'est pas aussi complètement exprimé avec les Confidences de cette année, où le souci, non de raconter une histoire, mais de trop préciser un sujet, l'a induit à une mise en scène appuyée, à un désaccord entre sa peinture franche et l'arrangement de ses personnages. Ce tableau-là ne vaut donc que par certains morceaux, mais l'artiste prend une ample revanche avec la /eune fille en blanc, une figure où 1 expression est donnée par la nature, où il n'y a nulle combinaison d'atelier.

C'est la vie qui s'offre directement au peintre, et que celui-ci goûte naïvement.

Cette jeune fille, dont la robe blanche est agrémentée d'un simple ruban noir, est d'une peinture nette et loyale, légère-

pas, et son corps porcelaine est de la même substance que la robe du Par trait de Mme O. R* Il y a une existence mieux ressentie dans te portrait de la nouvelle reine d'Angleterre, par M, Benjamin- Constant, que je préfère au portrait dé Léon XIll, du même artiste^ trop théâtral et à intentions voltairiennes. Mais comme tout va par comparaisons parmi tant d'œuvres, ce Léon XIII est tout à fait discret auprès de la machine mélodramatique d'Ambigu-Comique osée par M, Chartran ; heCardinal de Richelieu et tEminence grise. De la pièce d'Ambigu nous passons à la pièce de Cirque avec le Massénay de M. Détaille, toujours soigneux du harnachement, et obstiné à fixer cavaliers et chevaux, jusqu'à donner la sensation de Tatelier et du mannequin.

Et du défilé de cirque nous passons à la romance pa)^sanne avec M. Jules Breton, dont les héroïnes nous chantent le Foin et la Mauvaise herbe.

Quelles œuvres nous viennent encore des régions de l'Institut ? La Plaine de

Thèbes pendant V inondation du Nil^ de M. Gérôme, si hostile à la grandeur et à la beauté du paysage moderne, et qui fait joujou de si enfantine façon avec les colosses et l'immensité de TEgypte. Les Bandes du connétable de Bourbon^ de M.

Cormon, simple pochade, mais pochade mouvementée et colorée, où il y a au moins un frisson de vie et d'art.

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