‹ La vie au désert, cinq ans de chasse dans l'intérieur de l'Afrique méridionalChapitre 2 sur 10 · MICHEL LÉVY FRÈRES, ÉDITEURS · texte numérisé non relu

MICHEL LÉVY FRÈRES, ÉDITEURS

BUS ^lYIEHNE, S BIS, ET BOULEYARD DES ITALIENS, 15 À LA LIBRAIRIE NOUVELLE

Droits de reprodaetien «t de traduction rëserTdt

av

Départ de chez Slcomy. — Travaux pour trouver de Teau. - J/autilope Roan. — Le camp de Sicomy. — Recherche des éléphants. — Les oiseaux des rhinocéros. — La bataille. — La conquête. — Dépècement d'un éléphant. — Cuisson de la chair d'éléphant. — - Les pipes primitives. •— Résultat de la chasse.

Vers onze heures dumatin, le 5 juillet, tout était prêt.

Je pri^ congé de Sicomy et rebroussai chemin jusqu'à

Corriebily. J'éprouvai quelque inquiétude en voyant

combien le manque d'eau avait maigri et abattu mon

é'y ^ r^V-py

i LA VIE AU DÉSERT.

bétail. Depuis mon départ de Corriebily aucun de mes animaux n^avait pu se désaltérer suffisamment, et il y en avait plusieurs qui étaient si aUaiblis que j'avais grand'peur qu'ils ne pussent pas arriver jusqu'à cette fontaine. Une petite trouped'indigènes, m*aocompagnait depuis mon départ de chez Sicomy, dans Fespoir d'avoir de la viande.

Après avoir cheminé un mille, je m'aperçus de l'absence de mon lévrier Flam ; comme le roi avait manifesté ouvertement une grande prédilection pour cette race de chiens, je ne doutai pas qu'il ne m'eût été volé par ses ordres. Nous arrivâmes, après une marche de six milles, près d'un trou à gravier très-profond, situé à c6té d'un bloc de granit rouge ; il y avait au fond environ un tonneau d'eau de source. Comme la fontaine de Corriebily était encore fort éloignée, je me mis courageusement à Touvrage, avec les miens, pour extraire le gravier. J'eus bientôt la satisfaction de découvrir une petite source d'excellente eau qui coulait de dessous le bloc de granit, et il en tombait autant que nous en pouvions puiser dans nos seaux ; cette provision, venue si è. propos, fut pour moi d'un prix inestimable, car mes pauvres chiens, aussi bien que le bétail) éprouvaient une grande détresse.

Grâce à ce secours, iious pûmes continuer notre voyage, et, au coucher du soleil, nous fîmes halte à moitié chemin de Corriebily, où nous arrivâmes le lendemain matin , vers dix heures. J'étais bien heureux

Là vis A0 désekt. 3

d'avoir réussi à amener toutes mes pauvres bêtes vivantes jusqu'à cette fontaine, où elles pouvaient boire tant qu'elles voudraient. Pendant que nous déjeunions, trois bommes de Sicomy s'approchèrei^t, tenant en laisse mon lévrier que Ton me ramenait.

Nous attelâmeSi et nous marchâmes jusqu'au lieu où tomba mon premier éléphant; nous y fîmes halte pour la nuit. En arrivant à Massonney^ j'examinai soigneusement les traces d'éléphants; j'avais déjà fait à peu près le tour de la fontaine, quand tout à coup je vis devant moi les larges, les longues, les énormes traces toutes fraîches de deux puissants éjéphants mâles^ qui y étaient venus boire pendant la nuit. J'étais enchanté. J*avais grande confiance dans l'habileté de3 hommes de Bamangwato pour suivre une piste, et je me tins pour assuré que le jour était enfin arrivé où j'allais tuer mon premier éléphant mâle.

Les Bëchuanas se mirent sur-le-champ en quête et cela sans hésitation. Je suivais leurs pas, plein d'espérance. La trace appuyait tout à fait à l'ouest, direction dans laquelle je n'avais pas encore marché : je la suivis pendant plusieurs milles à travers une contrée déserte. Nous arrivâmes à un district où croissaient en abondance des baies savoureuses et fort douces : les éléphants avaient commencé à dévorer les racines des arbres et à creuser le sable très-profondément avec leurs crocs.

Les empreintes anciennes et nouvelles s'étendaient

de tons cAtés , se croisant en tous sens , et nous perdîmes bienlAt notre piste. Nous employâmes plusieurs heures en de vaines recherches ; nous fîmes des détours à droite et à gauche, espérant réparer le désappointement de la journée, mais tout cela sans succès, et je fus contraint d*y renoncer. Les Béchuanas s'accroupirent et déclarèrent avec humeur qu'ils n'iraient pas plus loin.

Comme nous nous en allions, nous rencontrâmes une troupe de quinze girafes, et, après une poursuite acharnée, pendant laquelle elles se maintinrent en corps serré avec une régularité digne d*un escadron, je parvins enKn à séparer des autres un beau mâle ayant au moins dix-huit pieds de hauteur et le forçai à une courte distance du camp. Les Béchuanas, ravis de mon succès, allumèrent un feu et passèrent la nuit auprès de la carcasse, car ils avaient promptement dépecé la chair en lanières et extrait la moelle des os.

Dans la matinée du 8 j'allai k la fontaine pour inspecter les terrains tout autour, mais il n*y avait pas de traces nouvelles. Le temps rafratrhi était charmant, un vent fortifiant soufflait, le ciel était parsemé de nuages blanchâtres, et lorsqu'aprës le déjeuner je montai à cheval pour aller à la recherche des éléphants, je reconnus les marques de leur défenses. À chaque bosquet que je rencontrais, tous les grands arbres avoisinant les mare bourbeuses, qui pour le

LÀ TII AU DiSXRT. . S

moment se trouvaient desséchées, étaient sonillés de fanges cuites au soleil à la hauteur de douze pieds du sol.

Le soirje pris ma lourde carabine à un coup, et, en rAdant aux environs de la fontaine, j'aperçus uuegrande troupe de wild-beasts qui s'avançaient pour boire à la vley. Je me jetai à plat veotre derrière un buisson rabougri, auprès duquel ces animaux devaient passer; et en relevant la tête pour voir s'ils étaient proches, je vis une paire d antilopes c roan » ou gems-boks bâr tards, espèce très-rare et très-belle, qui avançaient avec précaution et n étaient qu'à 420 toises de mot.

Je visai le mâle et le manquai. Tout le troupeau de wild-beasts rebroussa vivement chemin et dispar parut au grand galop, enveloppé d*un nuage de poussière; mais les deux roan-antilopes» qui, sans doute, n avaient jamais entendu la détonation d'une arme k feu, étaient arrêtées et regardaient autour d'elles. Je rechargeai à la hàie, et lâchai la détente : le mâle tomba sous le coup, la balle lui était entrée dans l'épaule. Il resta étendu, ruant et rugissant, jusqu'à ce que j'eusse presque achevé de recharger mon arme, puis soudain il se remit sur ses pieds et courut après son camarade.

En ce moment Argyll et Bouteberg, deux excellents chiens, ayant entendu les coups de feu et aperçu la bête blessée, prirent chasse, et, à ma grande surprise, ranimai, au lieu de leur faire face, s'enfuit à toutes

6 U VIB AU DéSSRT.

jambes* Il faisait déjà presque noir, mais je soivis les chiens. Bientôt j 'entendis un bruit étrange, et tout à coup je me trouvai en face de Tantilope blessée» que cinq de mes chiens poursuivaient de près. La bète se dirigeait vers Teau, et se serait mise en arrêt, si par malheur je ne m'étais trouvé là pour Ten empêcher. Ma carabine était dans sonf ourreau, ce qui m'empê* cha de tirer : Tanimal passa contre les chariots» où d'autres chiens se joignirent à la meute»

£n arrivant au camp, je m'aperçus que Kleinboy avait vu et suivi la chasse; il revint bientôt borsd'ha* leine, m'annoncer que l'antilope était en arrêt à un demi-mille du camp, au delà des. collines, et qu'elle tuait mes chiens à droite et à gauche. Je saisis ma carabine et l'accompagnai à l'endroit désigné. J'en-^ tendis bientôt le bruit que faisait ma meute. L'animal était couché à côté d'un buisson» et mes diiiens l'en** touraient en aboyant.

Trois autres chiens étaient venus du camp aveo moi; en apercevant l'antilope couchée ils s'élancèrent^ mais la bête furieuse en tua un sur place et en blessa cruellement un autre près de l'épaule ; c'étaient Vitfort et Argyll» deux de mes meilleurs lévriers. £lle continua à frapper avec une rage indicible, et atteignit Wolf et Fiam avec tant de violence qu'elle leur fit grand mal. Elle avait tué, avant mon arrivée, Bles, mon plus vigoureux et mon plus brave chien, lui perçant le cœur d'un coup de corne. Je fus longtemps

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empêché de pouvoir tirer, cw la nuit; était sombre et le gems-bok était à terre entouré des chiens survivants qui le pressaient de près.

k la fin il se releva et je le tuai roide. G*était bien le même animal que j'avais précédemment blessé d'une balle à Tépaule et j'avais un admir^dsle échantillon de roan-antilope. Ses cornes superbes ayant la Snrme d'un cimeterre, étaient longues, bien plantées et admirablement courbées. Avant de quitta Masseney , je tuai encore deux belles girafes ^ plusieurs éhuis gras et force gibier de toutes sortes.

Je demeurai pendant quelques jours dans le voisi* nage de la fontaine, et, voyant qu'elle était entièrement abandonnée par les éléphants, je me décidai k rebrousser chemin et à aller ch^cher aventure au delà deBamangwato; car je découvris qu'on m'avait abusé, et que le roi désirait fort que je chassasse dans ses Ëtats» En conséquence, nous retournâmes, le 48, au camp de Sicomy, sur des montagnes rocheuses^

Je trouvai le roi assis sous l'ombrage d'un arbre assez bas, avec quelques amis et plusieurs de ses femmes. Autour du kraal gisaient à terre et pourris*saient bon nombre de crânes énormes de koodoos , parmi lesquels il y en avait plusieurs paires qui ex-^ cédaient en dimeusion tout ce que j'avais vu jusqu'à-* lors. La vue, du ^té du sud-ouest, était magnifique.

Au bas de la montagne se développait sans interruption, aussi loin que l'œil pouvait atteindre, un

parc très-uni, qui traversait la chaîne de montagnes par une large ouverture. Tous les arbres de la forêt, tous les bosquets étaient si touffus^ que leur sommet ressemblait k la nappe de TOcian vue du haut d'un récif escarpé sur le rivage. Après avoir goûté avec le roi les produits de sa brasserie, nous continuâmes à marcher vers le parc, accompagnés des frères de Sicomy, et, en regardant derrière moi, j'aperçus une foule de naturels qui nous suivaient. Ils arrivaient de tous côtés par petites troupes, soit des vallées, soit descendant des rochers, et ma suite finit par être de plus de deux cents hommes.

Nous marchions vers le nord et arrivâmes le second jour k Li tlochu , source abondante qui coule perpétuellement. Elle est située dans un ravin agreste et rocailleux, au milieu de collines très-basses, bornées au nord et k Touest par une espèce de bassin creux, large et k pente douce, parsemé de grands bosquets et de clairières découvertes Ce creux avait six k huit milles de large, il était fréquenté par des élans et des girafes. Au delk s'étendait l'immensité sans limites du désert sablonneux de Kalahari. Lk, je jouis chaque jour du plaisir de chasser ce gibier ; mais, quoique les éléphants vinssent de temps k autre près de l'eau, nous suivions leurs traces k une distance prodigieuse sans jamais parvenir k les apercevoir.

Le 23, avant midi, un naturel m'apprit que, dans un taillis vers le sud, il avait vu un rhinocéros blanc;

LA YIB AU DiSIKT. 9

je le saitis à Tendroît désigné, et noas tombâmes auprès d*«iD énorme c mnchacho »^ qui dormait sous un arbre touBu ; son aspect était celui d'un monstrueux porc, car l'éléphant lui ressemble légèrement quant à sa forme ; il agitait continuellement ses oreilles, comme le fait toujours un rhinocéros en dormant. Cependant, avant que je pusse me mettre en posture, plusieurs oiseaux de rhinocéros Tavertirent du danger qui le menaçait en lui fourrant leur bec dans l'oreille et en poussant leur cri aigu et discordant. Aussitôt réveillé, ranimai se releva vivement et partit au trot à travers les taillis, brisant tout sur son passage, et je ne le revis plus. Ces c rhinocéros-birds > escortent sans cesse l'hippopotame et les quatre espèces de rhinocéros, et se nourrissent des insectes qui bourdonnent autour de ces animaux; ils sont d'une couleur grisâtre et presque aussi gros qu'une grive ordinaire; leur chant est à peu près semblable à celui de la grive de bruyère. Ces vigilants volatiles ont bien souvent troublé mes plaisirs, et J'ai été tenté de maudire leur dévouement; ils sont les meilleurs amis du rhinocéros, et ne manquent jamais de l'arracher à son profond sommeil.

Le rhinocéros comprend à merveille leurs avertissements : il se met sur pied à l'instant, regarde de tous côtés et prend la fuite. J'ai fréquemment chassé le rhinocéros à cheval : il me conduisait à plusieurs milles de distance et recevait plusieurs coups de feu avant de tomber, et pendant ces longues chasses plusieurs

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de ces oineaux Vaâ$istaient jusqu'au dernier moment. Us se perchaient sur soi^ dos et sur ses flancs ; à chaque balle qui résonnait sur Fépaule de l'animal, ils s'élevaient de six pieds dans les airs en poussant leur aigre cri d'alarme et reprenaient ensuite leur position. Il arrivait souvent que les branches basses des arbres sous lesquels le rhinocéros passait les repoussait de leur perchoir, mais ils s'y reportaient, aussitôt. J'ai plus d'une fois tué ces animaux lorsqu'ils venaient boire la nuit ; mais les oiseaux les croyant endormis restaientprès d'eux jusqu'au matin. En m'approchant, je remarquais alors qu'avant de prendre leur vol ils faisaient tous leurs efforts pour éveiller le rhinocéros»

Vers le soir ^ un individu qui avait été expédié à la recherche des éléphants revint au camp et nous dit qu'une petite tribu de Bakalaharis» campéedans une chaîne de montagnes à l'ouest, assurait que des rhinocéros fréquentaient les forêts voisines de leur résidence. Mutchuisho, oncle de Sicomy» qui m'accompagnait dans mes chasses sur son territoire, m'avertit de me tenir prêt à partir avec lui le l^demain pour aller h la re* cherche des éléphants «

En conséquence, le 24, de bonne heurei je me mis en campagne avec Isaac et Kleinboy comme piqueurs, escortés de Mutchuisho et de cent cinquante hommes de sa tribu. Nous marchâmes vers le nord-est , et, après avoir fait environ cinq milles dans la forêt, nous atteignîmes une fontaine où je remarquai le trou d'une

troupe d'éléphants femelles* Nous ftmes là une courte halte. On prit fdrce labac, puig, en inspectant de plus en plus les susdites tracesi nous fûmes d'avis qu'elles avaient deux jours de date^ el j'éprouvai un nouveau désappointement

Le pays qui s'étendait maintenant devant moi était une vaste forêt bien unie; il se développait au nord et h l'est pendant vingt milles» sans interruption : là le paysage était bordé par des chaînes de montagnes bleues d'une élévation donsidérable» où deux Cimes coniques, l'une à cété de l'autre, dépassaient de beaucoup toutes les autres ; c'est là que s'élevaient les an« ciennes habitations des Bamangwatos, mais les cruels Matàbilis les avalent forcés de chercher un asile parmi les montagnes rocheuses où ils vivent aujourd'hui^ Nous continuâmes à cheminer vers l'orient et traver* sàmes deux fois lé lit de gravier d'une rivière ou plutôt d'un torrent oùse trouvaient plusieurs sources d'une eau excellente ; les éléphants avec leur trompe dégageaient le gravier qui obstruait ces sources^ autour desquelles il y avait àusssi de noinbreuses traces de rhinocéroSi

Noos suivîmes pendant plusieurs milles un sentier aride et desséché» rempli devrait^a-bit^thorns, et nous entrâmes dans une forêt ornée de groupes très^pittores^ ques de vieux arbres qui donnaient beaucoup d'ombre. Nous en explorâmes les profondeurs et ressorttmert sur une petite clairière très-découverte où paissaient des brindled'gnooS) deux ou trois troupes de pallahs ei

une bande d'environ quinze girafes. Nous marchâmes deux milles encore, et deux heures k peine nous séparaient de la chute du jour quand tout à coup nous découvrîmes un arbre récemment brisé par un élé-phant. Quelques-uns des naturels examinèrent les feuilles et les branches rompues, afin de reconnattre exactement quand la bête avait passé par là, tandis que d'autres inspectèrent les traces.

Ils furent d*avis que c'était un mâle de premier choix et qu'il avait passé là le matin même. Le terrain n*était pas favorable pour suivre une piste, mais ceux qui s'en chargèrent déployèrent une grande habileté. Nous arrivâmes assez promptement à l'endroit où quel* ques heures auparavant une troupe d'éléphants mâles avait brouté. Notre chemin était obstrué par de grandes branches et même des arbres entiers qui, brisés et déracinés, jonchaient le sol ; les éléphants les avaient entraînés à plusieurs toises avant d'en dévorer les feuilles. Il y avait aussi des places où ils avaient labouré la terre de leurs crocs, en quête de racines, et où de larges traces toutes fraîches, bien faites pour émoustiller un chasseur, étaient parfaitement visibles.

Tout cela était intéressant et promettait beaucoup : mais le coucher du soleil était si proche que j'avais peu d'espoir de rencontrer mon gibier. A vrai dire Mutchuisho désirait vivement que je ne fusse point désappointé; il avait 6lé son manteau et, muni d'un des mousquets que Sicomy m'avait achetés, il ordonna

au corps de réserve de s'asseoir en silence jusqu à ce que l'attaque commençât : il se mit k la tête de la bande des dépisteurs, composée d'environ (yxinze vieux roués, et nous suivîmes la trace peu de temple. Le vieillard me dit alors que nous étions très-près des éléphants: quelqties minutes plus tard, des dépisteurs affirmèrent avoir entendu briser un arbre ; seulement les uns disaient que c'était en avant, les autres indiquaient une direction opposée.

Nous marchions toujours néanmoins. Motchuisho échelonnait ses hommes de droite et de gauche, tandis que nous continuions k suivre la trace,, mais au bout de quelques minutes, un d'eux accourut hors d'haleine, disant qu'il avait vu les animaux que nous cherchions. Je m'arrêtai un instant et dis à Isaac, qui portait la grande carabine hollandaise, d'agir séparément, tandis que Kleinboy viendrait m' assister : mais comme d'ordinaire, dès que Tatlaire s'engagea, mes gens ne songèrent plus qu'à eux-mêmes.

Quant à moi, je relevai mes manches jnsqn'k l'épaule, je bus une gorgée d'eau pure dans la calebasse d'un des dépisteurs ; et saisissant ma carabine cannelée à deux coups, je dis à mon guide d'aller en avant. H obéit, et lorsqu il eut marché en silence quelques centaines de toises, il s'arrêta brusquement en s'écriant : Mlow l Devant nous, a cent cinquante toises de distance, k l'ombre d'un bosquet épais, se tenait une troupe d'éléphants mâles. Je galopai vers elle :

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mais, aussitôt qu'ils m'aperçurent, ils firent an bruit étourdissant en relevant leur trompe en- i*air» tour** nèrent sur eux-mêmes et s'enfuirent tous ensemble, brisant tout dans les forêts sur leur passage et wnh levant un nuage de poussière.

La distance que j'avais dû franchir et les obstadles que j'avais surmontés pour contempler ces éléphant» se présentèrent alors à mon esprit, et je jurai que cette fois au moins je n'aurais rienk me reprocher : au même instant, enfonçant les éperons dans flancs de Souday, je me mis k leur poursuite, trop près même pour ma sûreté. Les éléphants appuyant en ce moment sur la gauche, je les vis à mon aise. La troupe consistait en six mâles, dont quatre de premier choix ; les deux derniers i fort beaux aussi, n'avaient pas encore atteint leur en*tier développement.

Sur les quatre vieux il y en avait deux dont les défenses étaient plus belles ; j'hésitais aviser celui que je choisirais, lorsque toutàcoupl'éléphantqui, selonmoi» avait les plus fortes défenses, se sépara de ses camarades : je le suivis k l'instant, convaincu qu'il devait être le patriarche de la bande. Je galopais presque k cAté de lui, et j'allais tirer lorsqu'il se retourna brusquement, poussa un cri si terrible et si aigu que la terre parut trembler sous ses pieds; puis m'attaquant furieusement, il me poursuivit en droite ligne sans que sa course fût le moins du monde ralentie par les arr bres qu'il rencontrait sur son passage et qu'il arrachait

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eu les écartant, comme si e'eussent été des roseaux.

A la fin U parut renoncer h cette poursuitOi et comme il se détournait lentement afin de se retirer» je tirai en visant à son épaule, malgré les sauts et les ruades de Souday qui m'importunaient beaucoup. En recevant la balle, Téléphant manifesta un firisson vers l'épaule et s'éloigna d'un pas majestueux; mon coup de feu amena près de moi plusieurs de mes chiens qui, jusque-là, avaient suivi le troupeau. Lorsqu'ils arri-^ vèrent en a^yaut, il y eut une seconde attaque dé^ sespéréOi précédée comme la première d'un formidable cri. L'éléphant passa tout près de moi et je lui envoyai dans l'épaule une seconde balle, à laquelle il ne fit pas la moindre attention.

Je me promis alors de ne plus tirer que lorsque je pourrais le faire à coup sûr, mais, quoique l'occasion s'en présentât plus d'une fois, Souday m'en empêcha toujours, car ses soubresauts s'opposaient à ce qne je pusse tirer. A la fin, exaspéré justement, je ne songeai plus au danger, et, m'élançant k bas de ma mon*' ture, j'approchai de l'éléphant k la faveur d'un arbre qui me cachait, et lui logeai une balle de côté dans la têtOi U poussa un cri si aigu que la forât entière en tressaillit, et attaqua les chiens, paraissant croire que le coup était parti du milieu d'eux. U se réfugia ensuite au milieu d'un bosquet d'épines^ la tête tournée vers moi. Je m'avançai alors tout près de lui, et, conuma il se disposait k renouveler Tattaque (dans ce

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temps-là j'avais une idée fausse, car je croyais qu'il était possible d*abattre un éléphant avec une balle dans le front), je demeurai impassible jusqu'à ce qu'il fût à quinze pas de moi et je visai au milieu du front, persuadé bien mal à propos que j'allais ainsi le tuer raide mort. Le coup de feu ne &t qu'augmenter sa fureur. Continuant sa marche furibonde avec une impétuosité et une vivacité sans pareilles, il faillit mettre pour toujours fin à ma chasse aux éléphants. Une grande quantité de Béchuanas qui me suivaient hurlèrent à l'unisson, me croyant tué, car pendant un moment l'éléphant fut presque sur moi : cependant mon agilité me sauva, mais au moment où je m'esquivais derrière un buisson épineux, une énorme épine s'enfonça profondément dans la plante de mon pied» les vieilles chaussures que je portais ce jour-là étant tout à fait usées. S'éprouvai une vive douleur et fus boiteux ' pendant tout le reste du combat.

L'éléphant arpentait la forêt d*un pas rapide; et pourtant il était à peine hors de ma vue lorsque j'eus rechargé mon arme. Je mé remis en selle et fus promptement sur la même ligne que lui. En ce moment, j*entendis Isaac qui était aux prises avec un autre éléphant, mais quand la bête attaqua, le courage de ce .. garçon lui fit défaut, et je le vis bientôt apparaître à distance respectueuse derrière moi. Mon éléphant cou-tinuait à écarter tous les obstacles d'un pas ferme| le sang coulait à flots de ses blessures; les diiehs^

LA YIB AU DÉSBKT. 47

exténués de fatigue et de soif, s'arrêtaient Tun après Tautre, et je fus longtemps empêché de tirer, car Souday était affreusement turbulent. A la fin, je tirai de droite et de gauche, toujours derrière l'épanile, et la bêle renouvela son attaque avec les mêmes cris ; le corps entier des hommes de Bamangwato m'avait rejoint et me suivait k peu de distance.

Parmi eux se trouvait Mollyeon, qui offrit de m'aider. Il était léger et adroit et me rendit un important service en tenant la tête de mon cheval si inquiet tandis que je tirais et rechargeais ma carabine. Je tirai six fois de la sorte, et presque chaque fois Téléphant m*attaqua et nous poursuivit jusqu'à notre corps de réserve, à Tarrière-garde, lequel ne manquait pas de s'enfuir, se dispersant en tous seus, à son approche.

Le soleil s'était couché derrière les arbres; il allait bientôt faire nuit, mais l'éléphant malgré toutes ses blessures ne paraissait pas très-mal à l'aise. Voyant qu il me restait peu de temps, je me décidai k en fiuir avec lui et à tirer à pied. Je le fis en effet et m'approchant de très-près, je lui envoyai deux coups dans le côté de la tête, sur quoi il attaqua en désespéré : mais j'étais tout à fait calme, car je voyais bien qu'il ne pouvait plus m'atleindre; en un clin d'œil j'eus rechargé et lui lançai mes deux nouveaux coups derrière Tépaule. Il poussa un cri qui fit prendre la fuite à Souday au travers de la forêt, et l'animal attaqua avec une furie sans égale ; ce fut la dernière fois. Il commença à

sentir ses blessures et il demeura enfin arrêté près d'an boisson épineux entouré de mes chiens, qui, voyant la lutte tirer à sa fin, aboyaient avec rage.

Je rechargeai mon arme et lui lâchai mes deux coups sur le devant du front. En recevant ces deux balles, il balança sa trompe de haut en bas et de bas en haut, et plusieurs indices non équivoques prouvèrent aux naturels affamés et charmés que sa fin était proche. Ma dernière balle l'atteignit à Tépaule. Tandis que je tournais autour de Tarbre auprès duquel il se tenait, pour lui envoyer encore une balle, je vis clairement que ce puissant monarque des forêts n'avait pas besoin de cela pour être Vaincu. Avant que j'eusse écarté les broussailles, il tomba lourdement sur le c6té et rendit le dernier soupir. Les rares Nemrods, mes confrères à qui pareille aventure est arrivée pourront seuls comprendre quelles furent mes sensations en ce moment.

Les indigènes, joyeux de mon succès, se groupèrent autour de l'éléphant, riant et parlant avec volubilité : quant à moi, je grimpai sur l'animal et m'assis comme sur un trône sur le ventre de Tanimal qui, lorsqu'il était debout et moi par terre, se trouvait au niveau de mes yeux. La nuit arriva quelques minutes après; les naturels ayant illuminé le taillis à l'aide de plusieurs feux et entassé des branchages k demi secs du cAlé du vent, se couchèrent sans prendre aucune nourriture, car Mutchuisho ne voulut permettre à personne do

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dépecer rélépfaant avant le mattii. Il avait pesé des sentinelles de chaque cAté pour veiller sur le cadavia. Mon dtner se composa d'une tranche prise à la tempe de Téléphant, qae je fis rAtir «nr des charbons ardents. Pendant cette longue lutte, ma chemise avait été mise en lambeaux par les wait-a-bit4homs, et il me restait pour unique vêtement une paire de culottes courtes en peau : c'était peu de chose pour une très-fix)ide nuit au coeur de l'hiver africain.

Je ramassai des herbes sèches, les étendis près du feu et me coudiai, sans autre couverture qu'une vieille peau de mouton qui me servait de selle. Je m'endormis promptement, et Mutchuisho, me prenant en pitié» jeta sur moi un vieux manteau de peau de chacal qui, de même quetous^les vêtements des Béchuanas, était amplement pourvu de petits insectes sautillants qu'il est inutile de nommer.

Ces désagréables insectes, trouvant sans doute ma peau plus tendre que celle du propriétaire du man« teau , parurent dls|^osés à profiter de l'occasion qui se présentait ; aussi je me réveillai bientôt, sentant mon corps enflammé comme si j'étais attaqué d'une fièvre violente. Il n'était plus question de repos pour cette nuit : aussi je rendis son manteau à Mutchutsho avec mille remerctments pour sa politesse; j'empile du bois mort sur le feu, et il en résulta une flamme aussi écla^tante que le jour. Je réveillai Kleinboy afin qu'il m'ai--* dit à tourner d l'envers mes culottes de peau, et alors

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eonamença une diasse animée qui se termina par la capture d environ quatre vingts insectes. J'allumai ensuite un autre feu^ et passai le reste de la nuit accroupi entre les deux, absorbant le calorique h la fois par devant et par derrière.

Au lever du soleil, le 25, Mutchuisho donna le sigual de découper Téléphant, et il s'ensuivit une scène de sang, de bruit et de labeur dont aucune description ne peut donner une idée. Chaque naturel 6ta son manteau, et, armé d'un assagai, s*élança à Tassant : en moins de deux heures Tanimal fut dépecé jusqu'au dernier pouce de chair et chacun transporta sa part à la demeure temporaire qu'il s'était choisie sous les arbres d'alentour.

Voici comment cette opération s'accomplit : on Atè d'abord la grossière peau extérieure par larges bandes. Sur le flanc, que Ton découvre ensuite, il y a plusieurs épaisseurs de peau de qualité souple et maniable, dont les naturels se servent pour faire des outres à eau; avec ces outres ils allèrent chercher des provisions d eau à la fontaine la plus voisine (qui est souvent éloignée de 40 milles) pour la rapporter près de Téléphant. Cette peau intérieure s'enlève avec beaucoup de précaution. Les outres se confectionnent en rassemblant les coins et les bords, et on transfixe le tout sur une baguette pointue. La chair des cdles est découpée en énormes filets; leurs haches font l'office de scalpels, car il faut tailler séparément chacune

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de ces colosfsales cAtes. Bientôt les intestins sont à nu : c'est là ce qui intéresse le plus les directeurs de l'opération, car c'est autour des intestins que Ton trouve en plus grande quantité la graisse de Téléphant.

Il n'y a rien au monde qu'un Béchuana estime autant que la graisse, de quelque nature qu'elle soit ; il fait des courses prodigieuses afin de s'en procurer un peu, et il s'en sert pour assaisonner sa viande séchée au soleil et pour apprêter son blé. Il y a des couches épaisses de graisse dans le corps d'un éléphant, et la quantité qu'on en obtient d*un mâle en pleine croissance et en bon état est surprenante. Avant de pouvoir y arriver, il faut 6ter presque tous les intestins, et pour y parvenir plusieurs hommes sont obligés d'entrer dans l'immense cavité qui s'est faite dans l'intérieur de l'animal. Ils continuent d y creuser avec leurs assagais, et passent la graisse à leurs camarades en dehors. Ce manège dure jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien.

Pendant ce travail, d'autres indigènes s'occupent activement à enlever la peau et la chair du reste de la carcasse Dans ces occasions-là, les naturels ont Thorrible coutume de s'enduire le corps, de la tête aux pieds, avec le sang noir et caillé de la bête; ils s'entr'aident à cela et chaque homme en prend plein ses mains et l'étend sur le dos et sur la tête de sou ami. Depuis le commencement jusqu'à la fin ce sont des clameurs incessantes, des sons confus, des voix étour-

dissaste : toos se heurtent, se coudoyant, tons s'efforcent de se Erayer nn passage jnsqn*à la venaison, et Tassagai aign brille dans toutes les mains. Les voix colères et le hideux aspect de ces sauvages au corps nu et sanglant, combinés avec leurs gestes frénétiques et le cliquetis de leurs armes, offraient un spectacle si sinistre et si frappant que, lorsque j'en fus témoin pour la première fois , j*étais persuadé que j'allais bientAt voir la moitié de rassemblée tourner sa lance contre l'autre moitié.

La trompe et les pieds sont des mets délicats, et plusieurs hommes s'occupent exclusivement aies couper. L'amputation des derniers s'opère au fanon ; on découpe en morceaux convenables la trompe, qui a deux pieds d'épaisseur à sa base. La trompe et les pieds se cuisent ayant d'être transportés au quartier général. Voici comment cela se pratique : plusieurs personnes munies de bâtons pointus creusent un trou dans la terre pour chaque pied et pour une portion de la trompe. Le trou est d'une profondeur d'environ deux pieds et d'une large toise. Avec la terre qui a été extraite du trou on entoure les bords; ceci terminé on rassemble une immense quantité de branches sèches et de troncs d'arbres dont il y a toujours profusion au?: alentours, en égard aux dégâts commis autrefois par les éléphants ; on les empile au-dessus des trous, à la hauteur de huit à neuf pieds, et on y met le feu.

Lorsque ces énormes brasiers ont entièrement brûlé

et que tout le bois est réduit en cendres, les trous et la terre environnante sont échauffés à un degré très-élevé. Dix ou douze hommes ratissent les cendres avec m bâton de seize pieds de long, au bout duquel il y a un crochet. Ils se relayent l'un l'autre sans interruption et avec promptitude ; chaque homme ne peut tenir à ce métier que quelques secondes, et il jeté le râteau à son camarade, en se retirant. La chaleur est si forte qu'elle n'est pas supportable. Lorsque, par ce procédé, les cendres ont été ratissées, deux hommes athlétiques apportent le pied et un morceau de trompe et les placent dans le trou. Alors on reprend le râteau et on repousse dans le trou la terre qui en a été retu'ée et qui est toute chaude ; on continue à ratisser jusqu'à ce que pied et trompe soient tout à fait recouverts. Les cendres chaudes sont amoncelées par-dessus, on allume un autre feu de joie, et, lorsqu'il est entièrement consumé, on trouve l'énorme pied et la trompe parfaitement cuits à point dans toutes leurs parties. Alors on les retire de terre avec des bâtons pointus, on les bat bien, on les racle avec des assagais afin d'ôter tout vestige de sable, on les pèle et on les pique après un pieu pour les transporter plus facile* ment.

Le pied cuit de cette manière est excellent et la trompe aussi ; elle ressemble beaucoup à langue de bufQe. En recouvrant le pied, les naturels ont bien soin de ne pas pousser dans le trou de charbons ar-

S4 LA VIB AU DÉSBRT.

dents : ils brûleraient la viande» tandis cpie le sable ou la terre la protège et lui communique une chaleur égale et convenable. Lorsque les naturels ont découpé Téléphant et transporté les énormes pièces de viande dans les kraais respectifs et temporaires, ils s'asseyent pour se reposer et pour respirer, et ils se régalent alors en fumant et en prisant.

La pipe béchuana est très-primitive et difi[%re de tout ce que j'ai jamais vu. Lorsqu'ils veulent fumer, ils mouillent une portion de terre; et ne sont pas scrupuleux quant au liquide qu'ils emploient. Ils entourent avec cette terre humide un rameau vert courbé en demi-cercle et dont les deux bouts passent. Us pétrissent ensuite cette terre humide avec leurs pouces en faisant glisser la baguette jusqu'à ce que le trou soit fait, puis retirent cette baguette et élargissent une des extrémités avec les doigts, de manière à former une coupe pour le tabac.

La pipe finie et prête pour un usage immédiat, ils y introduisent le tabac, et l'allument; le fumeur se met à genoux, et, s'assujettissant sur les paumes de ses mains, met ses lèvres en contact avec la boue à Tissue du petit trou et hume la bienheureuse fumée. Une grande quantité de fumée leur sort des narines, et le déluge de larmes qui tombent des yeux prouve le plaisir dont ils jouissent. Une de ces pipes si ffit à une assemblée nombreuse; chacun fume à son our en remplissant la coupe à chaque fois.

hK TIB AU DÂSEKT. 25

Après s'être reposés, les naturels retournent encore une fois à la curée, et découpent la chair en tranches minces qui ont depuis six jusqu'à vingt pieds de long et dont répaisseur et la largeur sont de deux doigts de la main d'un homme. Quand ceci est fait» ils s*eD vont couper des gaules avec leurs tomahawks : ils en font de deux sortes pour des poteaux et pour des traverses ; les premiers ont huit pieds de haut et se terminent en fourche. Ils les plantent en terre et y placent les traverses, entourées de guirlandes sans fin de cette viande crue, qu'ils laissent pendre au soleil pendant deux ou trois jours. À Texpiration de ce délai, la viande a beaucoup perdu de son poids, elle est roide et facile à transporter. Alors on la retire des traverses, on la plie, on en fait des ballots qui sont fortement attachés avec de longues lanières de Técorce intérieure si souple du mimosa épineux ; le travail ainsi terminé , chaque homme prend un ballot sur sa tête, en jette d'autres sur ses épaules, et retourne trouver sa femme et sa famille.

Le volume que produit la chair d'un seul éléphant, après toutes ces préparations, est véritablement extraordinaire. Lorsque le crâne de l'éléphant fut dépecé, Hutchuisho ordonna qu'on arrachât pour moi les défenses. C'est là un ouvrage difficile et qui exige une grande habileté. Cette fois, cela fut mal exécuté ; les naturels abîmèrent l'ivoire avec leurs petits tomahawks ; aussi je me souvins de ce contretemps, et à l'avenir je n. i

S6 LA TIB AU l^iSlET.

me chargeai toujours de cette besogne. Je me servais de cognées américaines de premim qualité, dont j'avais (ait Tacquisition pour cet usage. Lorsque les défenses furent arrachées, je montai à cheval et partis pour le camp, accompagné de mes piqueurs et de quelques naturels portant Tivoire, une provision de viande, des pieds et de la trompe cuite. Les sauvages s'étaient approprié le reste, et lorsque je les quittai ils se querellaient pour le crâne, dont les os à mœlle sont trèsappréciés. Ils se battaient pour chaque parcelle que la hache enlevait et la dévoraient toute crue. En retournant au camp nous traversâmes le kraal des Bakalaharis, situé dans les montagnes. Us avaient cultivé dans les vallées de très-vastes jardins où le blé et les melonsd'eau croissaient en abondance. Je fus enchanté de me trouver dans mou camp, où j'étais plus à mon aise, et surtout de boire un bol de café.

Dans la soirée du 26 une foule d'hommes arriva lour« dément chargés de la viande de l'éléphant ; la plus grande partie de cette provision était pour Sicomy ; ils demeurèrent près de moi pendant la nuit et se remirent en marche le lendemain matin.

ÏV

Chasse aux éléphants ayec les indigènes. «-^ Mort d'an éléphant mâle. -^ Reuvoi de mon interK^te. -*• Uoo Uoono tnêe d*nn Mul coup de fosil.

Le â? juillet je me décidai à faire avancer metf chariots vers Test et j'informai les conducteurs de ma détermination; mais ils firent des objections sang nombre et refusèrent presque de m'obéir. Je ne con« naissais pas la position des sources et j'étais con«« vaincu qu'Isaac ne m'aiderait pas à les découvrir ; aussi je trouvai plus prudent de faire moi*mâmeune petite excursion dans cette direction. Â cet effet je plaçai des muniUbns et une baguette dans ma vieille

S8 Ll TIB AU DiSIKT.

gibecière, qui était couverte à Tintérieur d'une couche épaisse de graisse et d*huile , ainsi que des plumes tachetées et souillées de sang de perdrix et de coq de bruyère : je pris aussi une provision de pain et de café en poudre pour trois jours, et je donnai l'ordre à deux de mes hommes de se tenir prêts à m'accompagner le lendemain au matin. Mon interprète avait toujours un air rechigné et de mauvaise humeur. Cette fois, au lieu de se prêter à mes désirs, il employa toute son énergie k faire naître de la mésintelligence entre moi et les indigènes et à mettre les Hottentots en état de révolte. Je découvris qu*il m'arvait constamment trompé en me cachant les endroits où les éléphants étaient les plus abondants, et je commençai à croire que je me devais à moi-même de le ohasser honteusement.

Le 28, pendant que j*étais en train de déjeuner, des indigènes vinrent m'annoncer qu'ils avaient découvert des traces d'éléphants toutes fraîches, à un mille du camp. Je résolus donc de remettre pour le moment mon excursion projetée , mais il se trouva que ces traces me conduisirent dans cette direction, et, de plus, me firent découvrir une sorte d'endroit où les éléphants et les rhinocéros abondaient. Tout étant prêt, je me mis en route, accompagné de plusieurs hommes à cheval et d'une centaine de Bamangwatos dont plusieurs nouvelles bandes s'étaient jointes à moi. Je m'aperçus bientôt que les traces

étaient celles d'une petite troupe d'éléphants temelles.

Mtttchuisho et ses compagnons les suivirent avec une grande sagacité ; ils s'avancèrent d'un pas rapide toute la journée, s'arrêtant à peine avant d'avoir trouvé les éléphants. Les traces nous conduisirent d'abord à travers une gorge de montagnes dont j'ai déjà dit avoir fait le tour le 24 ; ensuite elles se tournèrent vers l'est au pied de la chaîne de montagnes. L'aspect du pays devenait de plus en plus pittoresque. Après que nous eûmes suivi les traces pendant quelques heures, nous nous trouvâmes dans un pays nouveau, et, à ce qu'il me parut, dans un climat différent. Il y avait abondance de grands arbres, et l'herbe et les feuilles y étaient beaucoup plus vertes que dans le pays que nous venions de quitter.

Nous traversâmes les lits sablonneux de deux rivières torrentielles; dans l'un d'eux je remarquai les empreintes récentes des pas d'une troupe d'éléphants mâles profondément marquées dans le sable. Ce jourlà le vent froid et perçant soufflant des bancs déglace du sud , qui régnait depuis quelques semaines, changea de direction et devint doux et tiède.

Les traces des éléphants sur les arbres aussi bien que sur la terre devinrent de plus en plus fréquentes, et, à une heure avancée de l'après-midi , nous arrivàû^es à un endroit où une nombreuse troupe de vaches avait dû paître le matin même. Nous nous trou-

30 LÀ VIS ÂU DtSSRT,

yâmes en défaut pendant qnelqae temps ^ et Mut'chuisho grondant fortement ceux qni avaient suivi les traces, donna ordre à plusieurs bandes de chercher à se remettre sur la bonne voie et de foité^des excursions sur notre gauche ; puis il s'assit à Tombre d*ua arbre et se prépara » avec quelques-uns de ses intimes, à humer son tabac à priser.

Après avoir achevé cette cérémonie importaf&te, ils aplanirent une portion du teirain avec le plus grand sérieux, et se mirent en devoir de jeter les dés mysti* ques que la plupart des Béchuanas portent en collier* Ces dés sontH^n ivoire et ont diverses f9m^ extraordinaires ; ils sont au nombre de quatre, et les Bé* chuanas les consultent invariablement avant d'entre^ prendre quelque affaire importante, afin de coMattre d'avance leurs chances de succès. Après avoir dé-senfilé les dés ils les secouent entre les mainsi puis les laissent tomber à terre, et alors les vi'^iUards les étudient avec soin et décident de la réu8s..e> suivant leur direction.

Cette toié le son notis fut favorable et présagea la captured'un éléphant* Aumêmeinstantundeshommes envoyés à la piste vint nous dire que ses compagnons avaient retrouvé les traces, et nous nous hâtâmes de nous remettre en route. Nous avions â peine fait un mille lorsque nous aperçûmes une douzaine de vieil* les femelles dont quelques-unes étaient accompagnées de leur progéniture, occupées V paître snr le versatit

d'une montagne rocheuse située & notre droite, à une distance d'à peu près cinq cents mètres.

Le terrain qui nous en séparait était couvert à la hauteur d'une vingtaine de pieds d'une masse impénétrable d^épines de wait-à-bit-thorns dont chaque pied était autant à craindre que les crochets d'un trident. En apercevant les éléphants noirs nous nous arrô^ tâmes, et Mutchuisho envoya deux hommes du c6té du vent dans i'espoir de les faire descendre de leur position impraticable pour se réfugier dans la forêt où nous étions ; mais ces animaux avaient beaucoup trop d'instinct pour quitter leur place forte. En sentant les hommes ils agitèrent leurs trompes ; puis, se retournant, ils descendirent rapidement la montagne et ne s'arrêtèrent que lorsqu'ils eurent atteint une autre forêt d'épines dont tous nos efforts ne purent les déloger.

Cette forêt d'épines couvrait les côtés et le fond d'une petite vallée, et partout les broussailles étaient si épaisses qu'un homme à pied aurait eu peine à y pénétrer. Lorsque les éléphants prirent leur élan, je galopai après eux ; les autres hommes à cheval me suivaient, et, comme nous ne comprenions pas leurs intentions , nous les suivîmes par le chemin qu'ils avaient frayé, jusqu'à ce que nous nous trouvassions au centre des taillis. Quand nous les aperçûmes tout à coup à quelques pas de nous, les chiens se mirent à aboyer, les cris et les coups se succédèrent, et, vu la

LA TII AU BiSimT.

nature dangereuse du terrain, je ne Tus pas fâché de liatire en retraite.

Tout rentra bientAt dans le silence, la chaleur avait fitigaé les chiens et ils ne Youlaient pins se battre. N'imaginant qne les éléphants avaient dâ s*éloigner de nous et craignant de les perdre, je continuai mon chemin toujours en suivant le même sentier, lorsqu'un grand craquement se fit entendre près de nous, le bruit se fit dans toutes les directions, accompagné de hurlements qui firent tinter mes oreilles. Nous étions an beau milieu des éléphants. Toute la troupe était des plus féroces, et si ce n'avait été pour les chiens, pas un de nous n*aurait échappé. Heureusement pour nous les éléphants semblaient croire qu'ils voulaient attaquer leurs petits, de sorte qu'ils ne songèrent qu'à les protéger : quant à nous, vii la couleur de nos chevaux ils nous prirent pour des animaux de leur espèce et, quoiqu'ils se frottassent contre nos montures, ils nous laissèrent pour poursuivre nos chiens.

Je me suis rarement trouvé dans une position aussi dangereuse et aussi effrayante. Notre vie était réellement menacée et nous nous servîmes avec énergie de nos éperons etdenosjambocks. Le temps manquait pour choisir un sentier : aussi, plaçant ma tête sous le cou de mon cheval et me recommandant à la Providence, je m'élançai à travers le plus épais de la forêl et je me trouvai bientôt loin des éléphants. Je ne connais rien de pareil au cri de ces animaux, quant il retentit à

quelques pieds derrière le chasseur et lui fait malgré lui traverser d'une manière pittoresque les halliers et les forêts de wait-a-bit. Après quelques-unes de ces leçons, on apprend à mettre sa poitrine en contact avec le cou de son cheval et à placer sa tète dessous pour la garantir contre toute atteinte des épines. Alors en pressant les éperons on traverse les fourrés les plus imprarticables, avec autant de facilité qu'un élève d'Ëton pique une tète dans la Tamise au Saut-du-lion.

Nous nous débarrassâmes des épines avec peine, mais enfin nous nous retrouvâmes dans la forêt située dans la direction opposée. Les indigènes couvraient les c6tes de la montagne tout près de nous et poussaient des hurlements effroyables dans Fespoir de faire sortir les éléphants, mais pas un d'entre eux n'osait se risquer dans le fourré. Bientôt plusieurs de ces hommes vinrent me trouver ; je leur proposai d'y entrer à pied, mais ils ne voulurent pas en entendre parler, disant que les éléphants étaient extrêmement féroces et me tueraient pour sûr. Je demandai alors aux indigènes d*y pénétrer à la file pour les en chasser, mais ils déclarèrent qu'aucune puissance humaine ne pourrait en venir k bout avant le coucher du soleil.

A ce moment les animaux changèrent un peu de place et se frayèrent un passage à travers le fourré jusqu'à la partie supérieure du bassin : laissant alors les chevaux à la garde d'un indigène, j'allai rejoindre les hommes placés sur la montagne. De là je pus voir

34 LA VIB AD PÉSBRT.

parfaitement les éléphants exaspérés. J'étais placé mdessus d'eux et à peine éloigné d'environ deux cent cinquante mètres : je remarquai qu'ils montraient nne grande ruse dans tous leurs mouvements»

Je plaçai ma carabine sur une branche fourchue et après l'avoir convenablement ajustée, je fis feu sur la femelle la plus rapprochée et la blessai grièvement* Le coup résonna dans la vallée ; les chiens s'élancèrent une seconde fois et les éléphants firent entendre des hurlements affreux. Ils poursuivirent les limiers à une grande distance en brisant et en foulant aux pieds les épais wait-'a-bit et les autres arbres de la forêt» comme s'ils n'avaient été que des brins d'herbe. Puis ils se retournèrent dos h dos et formèrent deux détachements séparés qui se touchèrent piur derrière, mais deux vieilles femelles de méchante mine se tenaient avec leurs petits h quelque distance» la tête tournée vers nous» prêtes k se jeter sur la première personne assez hardie pour les approcher.

Je vis qu'il serait extrêmemeut dangereux de les attaquer» mais le soleil disparaissant derrière la montagne» et je me décidai à courir le risque. Je fis d'abord feu sur les éléphants qui formaient la garde avancée» et je les atteignis tous deux dans les côtes ; en se sentant blessés ils se réfugièrent auprès du corps princi* pal» écrasèrent les arbres pour manifester leur colère» et» après avoir ramassé des quantités considérables de poussière rouge dans leurs trompes» ils en rejetèrent

d'épais nuages. Je m'aventurai alors dans le fourré avec Mntchaisho et nous nous avançâmes & pas de loup , en écoutant la respiration des éléphants , qui étaient allés vers la partie basse et se tenaient tous ensemble à cent mètres des bords du fourré.

Aussit6t que nous fûmes assurés de leur position nous sortîmes du bois et nous suivîmes la lisière jusqu'au moment où nous nous trouvâmes en face des éléphants. J'y entrai alors doucement, et, lorsque je me trouvai à une vingtaine de mètres, je visai l'éléphant le plus rapproché sur le côté de la tête, et, avant que la filmée ne se fût dissipée, je me sauvai h toutes jambes. Les éléphants ne bougèrent pas; aus§i, après avoir rechargé mon fusil , je retournai sur mes pas et fis feu sur un autre ; puis je pris de nouveau la fuite. En rentrant dans le fourré une troisième fois, je tendis l'oreille pour découvrir la route qu'ils avaient prise, lorsque j'aperçus tout k coup un éléphant magnifique étendu à ma gauche : la balle avait pénétré jusqu'au cerveau et il était tombé mort sur place.

Peu après, une vieille feipelle arriva à la poursuite des chiens, et s'arrêta dans le fourré, tout près de nous ; elle se préparait à revenir à la charge, aussi les indigènes s'empressèrent-ils de battre en retraite, mais je fus assez téméraire pour l'attendre et la viser au front au moment où elle quittait son abri. Sans faire attention à sa blessure, elle s'élança sur moi d'un pas rapide en faisant entendre des cris perçants. Je cou-

rais un grand danger, car, chargé de ma carabine, d'une baguette h fusil en corne de rhinocéros, j'avais en outre ma ceinture de chasse contenant une quarantaine de charges. Je fus pourtant assez heureux pour l'éviter, et, dès qu'elle s'arrêta, je déchargeai mon second canon entre ses épaules.

La nuit vint et je n'aperçus plus les éléphants ; j'en avais blessé plusieurs mortellement, mais celui que j'avais tué me suffisait. Les indigènes me rendaient plus prudent que je ne l'aurais été autrement, et probablement, si j'avais rencontré cette troupe de meilleure heure, j'en aurais tué la moitié. Accablés de fatigue et à demi morts de faim, nous formâmes nos kraais et nous allumâmes nos feux : puis, je m'endormis après avoir mangé de l'éléphant.

Le 29 j'envoyai CaroUus aux chariots avec l'ordre de m'amener le Bushman et les chevaux, et d'apporter du pain, du café et des munitions. Dans le courant de la matinée je fis l'ascension des montagnes environnantes, et, après avoir franchi le premier sommet, je dominai une vallée profonde et pittoresque qui entrecoupait la chaîne et réunissait les forêts des deux côtés. Bien au- dessous de moi J'aperçus le lit sablonneux d'une rivière encaissée qui coule vers Test, dans la saison pluvieuse. Dans ce moment le lit était sec partout, excepté à cet endroit, où il se trouvait retenu entre les montagnes. Là se trouvait une source d'une eau délicieuse , et les éléphants y

avaient creusé plusieurs trous de deux pieds de profondeur, afin de pouvoir s'y abreuver. Je descendis au bord de Teau par un sentier qu'ils avaient frayé,

et je contemplai pendant longtemps ce lieu avec intérêt. Le lit de la rivière offrait à la vue les traces des éléphants, des buffles et des rhinocéros qui y avaient passé à diverses époques ; le ravin était assez large sur le bord de Tcau, et ses berges, escarpées et rocheuses, étaient couvertes d'une grande abondance d arbres et débroussailles. Un peu plus loin la vallée se resserrait et la rivière serpentait entre d'énormes rochers qui s'élevaient à droite et à gauche à la hauteur prodigieuse de plusieurs centaines de pieds,

CaroUus arriva vers le soir avec les chevaux et les munitions et accompagné d'une grande troupe d'indigènes. Je me mis en route le 30 de grand matin, accompagné de Mutchuisho et d'une suite nombreuse, pour rechercher des éléphants vers Test en traversant le lit sablonneux de la rivière Mahalapia, à une dis* tance d'un mille au-dessous de la gorge que j'avais visitée la veille. Quelques années plus tard je renouvelai connaissance avec la Mahalapia , sur les bords du beau fleuve Limpopo, dans lequel elle se jette assez loin vers l'est. C'est là un endroit enchanteur, comme j'en ai peu rencontré dans l'Afrique méridionale.

Dans le lit même de la rivière nous remarquâmes les traces d'un énorme éléphant mâle , et , après les avoir suivies à une petite distance au centre de la forêt II. 3

38 Li VIE AU DÉSERT.

verdoyante, un indigène l'entendit, mais il crut que c'était un rhinocéros. Une demi-minute plus tard nous nous aperçûmes de son erreur et nous courûmes sur les traces de Tanimal/Je sifflai les chiens, qui suivirent la piste en nous devançant tous. Je galopai derrière eux en m'attendant ^ chaque instant à apercevoir Téléphant dont je voyais les traces sous les pas de mon cheval, lorsqu'une malheureuse troupe de girafes s'élança à travers notre chemin ; les chiens les suivirent, et je restai seul au moment même de trouver Téléphant.

Par bonheur les traqueurs arrivèrent bienlôt et nous continuâmes notre chemin à bon pas. Nous n'étions pas trop éloignés lorsque nous trouvâmes le terrain tellement couvert de traces nouvelles qu'il nous fut impossible de distinguer celle que nous suivions; car les indigènes, malgré toutes nos remontrances , serraient toujours de près les traqueurs ce qui occasionna un long délai. Pour comble de malheur une nouvelle troupe de girafes s'approcha de nous en courant du côté du nord et nous dépassa bientôt. Le vieux Mutchuisho arriva en ce moment, très excité, les yeux larmoyants et fixés sur la terre» la langue continuellement en mouvement; il se mit à. gronder les traqueurs, qui parurent craindre son aspect menaçant; aussi continuèrent-ils leurs recherches avec une ar^ deur nouvelle.

Bientôt Tun d'eux annonça en se frappant par der-

rière/qttll avait encore retrouvé les bonnes traces; ( les Béchnanas se servent souvent de oe signal pour donner des avertissements à leurs compagnons}. Ils agissaient invariablement ainsi h la chasse, et, lorsqu'une enfilade d'hommes traversait une épaisse forêt, chacun d'eux prévenait celui qui le suivait, par le même signe amical, d'éviter toutes les biliches, pierres et épines qui obstruaient le chemin.

Nous nous remîmes sur la piste au pas accéléré ; toute notre troupe s'avança smr la mâme ligne, et bientôt j'entendis sur ma gauche le signal joyeux de ia présence • klow >. Je galopai dans cette direction, et bientôt j'aperçus un énorme éléphant mâle s'avançant dans cette direction : en un instant j'arrivais à ses côtés. Ce jour^là je montais le meilleur et le plus sûr de tous mes chevaux : la forât se prêtant assez à ce genre d'amusement, je vins bientôt à bout de l'éléphant: Je lui envoyai treize balles, et, en recevant les deux derniers coups entre les épaules . il se retourna rapidement et disparut derrière les arbres.

Je le suivis avec précaution et le trouvai couché sur le ventre, les deux pattes de devant étendues devant loi. Croyant qu'il vivait encore, je déchargeai mes deux coups sur son oreille ; mais, quoique les balles pénétrassent avec force dans cette tête vénérable, le noble animal ne les sentit pas; il était déjà mort Ses défenses étaient presque entièrement usées, elles avaient été brisées proba^ienreait sur un terrain ro«

chaix , depuis bien des aimées. Mutchuisho manifesta nue grande j(ne et enroya des messagers à travers la goi^ des montagnes qu'on appelle Sabié, pour avertir Sicomy de la mort de Téléphant. La cbasse m'avait conduit à une portée de fosil des trois beaux acacias que j'avais admirés le matin ; je me creusai un berceau à l'ombre d'un ^n^t-a-bit-thoms et j'entourai mon feu d'une haie de branches du même arbre.

Je me décidai à faire avancer mes chariots jusqu'au défilé de Sabié, où il y avait assez d'eau pour toutes mes bêtes , car mon intention était de continuer à chasser dans les forêts de l'est et de retourner à Bamangwato par une route différente ; mais je compris qu'il me faudrait renvoyer Isaac avant de proposer une pareille mesure. A cet effet, je retournai au camp le 4^^ août pour lui annoncer que je désirais me dispenser de ses services. J'expliquai ensuite ma route future aux Hottentots, et, après leur avoir donné Tordre de me suivre àSabiépar le chemin le plus court, sous la conduite des indigènes, je montai mon cheval Isis et me mis en devoir d'aller retrouver mon berceau sor les rives de la Mahalapia. Le terrain entre Letlochee et Sabié était presque impraticable pour les chariots ; aussi je ne m'attendais pas à les voir arriver au terme de leur voyage avant le lendemain dans l'après-midi, mais ils ne parurent point avant le soir du troisième jour. Les Hottenlots ne semblèrent pas goûter l'idée

Là \i£ au Désert. il

de me suivre; mais, voyant qu'il n'y avait pas à choisir, ils se résignèrent à leur sort.

Je partis le lendemain de bonne heure , accompagné d'une soixantaine d'indigènes, et, pendant que nous suivions les traces fraîches de deux éléphants mâles , les chiens s'élancèrent dans la direction du vent, et leurs voix réveillèrent tous les échos de la forêt. Persuadé qu'ils avaient trouvé des éléphants, je les suivis le plus vite possible à travers les broussailles, et, en m'approchant, j'entendis un son rauquequi ressemblait au cri d'un de ces animaux : mais je cherchai en vain à voir son dos élevé au-dessus des waita-bit. le m'imaginai alors que ce devait être un buf-^ fie; mais, en tournant Tépaisse haie derrière laquelle mes chiens aboyaient, je me trouvai face à face avec une lionne courroucée qui fouettait ses flancs avec sa queue et regardait les chiens en iîaisant entendre un grognement féroce.

Dès que je vis cela, je criai aux indigènes qui me suivaient tous que c'était un f Tao > ( nom que les Matabilis donnent au lion), et une retraite prépitée s'opéra aussitôt. Plusieurs d'entre eux se réfugièrent dans les arbres. Je descendis de cheval, et, m'avançant à une vingtaine de mètres de la lionne, atten-dant qu'elle eût tourné la tète ; je la visai alors derrière le cou et je retendis morte à mes pieds. La balle avait irisé Tépine dorsale , et, après avoir traversé le crâne, était entrée dans le cerveau. Pendant long-

temps les indigèneâ n'osèreDts'approcher; mais, quand ils s'y furent décidés, ils ne purent revenir de leur étonnement en voyant cette ennemie formidable si facilement abattue.

Le 3, de grand matin , je me remis en route vers Test avec une nombreuse suite. Nous trouvâmes des traces qui nous menèrent vers le sud-est, d'abord à travers une forêt verdoyante et ensuite k une c6te escarpée qui s'étendait jusqu'à la chaîne de montagnes. Nous trouvâmes de l'autre côté un fourré clenda et presque impraticable d'épines wait-arbtt, et, quelques instants après , les chiens » dépistant des été* phauts, s'élancèrent en aboyant. Un craquement de branches et un cri rauque se firent entendre, et tous les indigènes se mirent à crier : « Machao I > mot qui signifie homme blanc.

Je parvins , avec une peine inouïe , à voir un des éléphants ; mais , en m'apercevant que c'était seulement une petite vache, et sachant que si je la tuais les indigènes ne se remettraient pas sur les traces avant deux jours au plus tôt, je ne voulus pas faire feu. Les chiens , fatigués par l'ardeur du soleil , revinrent à mon appel , et nous laissâmes les éléphants, brouter en liberté.

Quelques instants plus tard nous découvrîmes les traces fraîches de deux énormes éléphants mâles : après les avoir suivis à une petite distance, nous retrouvâmes sur notre chemin des fientes que le soleil

n'avait point encore desséchées, et nous eûmes ainsi la certitade que les animaux étaient dans la même vallée que nous. Nous envoyâmes à la bâie deux jeunes gens à la cime des rochers de la montagne voisine, d'où ils pouvaient voir tout le pays environnant.

Les indigènes s'accroupirent par terre, et je m'assis pour manger un morceau d'éléphant rôti, et pour boire un peu d'eau. J'avais à peine fini mon repas que les hommes revinrent, tout essoufflés, m'annoncer qu'ils avaient vu les éléphants en train de brouter, dans un bois situé à un quart de mille dn lieu m nous étions. Bientôt, en tournant autour d'un arbre touffu qui avait servi à masquer mon approche, j'aperçus à une cinquantaine de mètres de moi deux des plus beaux éléphants de l'Afrique. Une des défenses du plus gros était cassée tout près de la lèvre; aussi je m'attaquai à son compagnon, qui en avait deux fort longues et fort belles. Cet éléphant me donna de la besogne, et le soleil était couché avant que j'en fusses venu à bout.

Le 4 je rejoignis mes chariots, qui étaient rangés dans la vallée pittoresque de Sabié aussi près que possible de l'eau. Je m'aperçus que l'ivrognerie et le désordre avaient régné pendant mon absence ; mes caisses avaient été forcées, les couvertures de mes chariots avaient été endommagées, des bœufs s'étaient égarés, et, qui plus est, on avait éreinté les chevaux

pour s'emparer d'eux. Kleinboy était de Ions le plus coupable. Un jour, après avoir trop bu, il voulut se distinguer en essayant de chasser une girafe. Il monta Colesberg, mon cheval de prédilection, et, armé d'un fusil valant 80 guinées, il galopa dans la forêt sans songer, jusqu'à ce qu'enfin il perdit la tête et s'égara complètement. Par bonheur une bande de Bakalaharis le rencontra en chemin et le conduisit au camp sain et sauf.

Je savais désormais comment il fallait aller à la chasse, et, à partir de ce moment, j'allai rarement à la recherche des éléphants sans emporter les objets suivants : une grande couverture de laine pliée et attachée devant ma selle, deux sacs de cuir portés par les indigènes que je payais avec des verroteries. J'emportais une chemise de flanelle, un pantalon chaud et un bonnet de faine, des munitions et une baguette de réserve, du café, du p$in, du sucre, du poivre et du sel, de la viande séchée, une écuelle et une petite cuiller. Ces gens là portaient aussi ma cafetière, deux calebasses d'eau, deux haches américaines et deux faucilles pour couper de l'herbe.

Un homme me suivait à cheval, portant un fusil et des munitions de réserve. Mon costume consistait eh un chapeau de feutre attaché sous le menton par une courroie, une grosse chemise, tantôt un jupon écossais, tantôt une culotte en peau de daim et une paire de c veldschœens > ou souliers de fabrique dômes-

tique. Je me passais entièrement d'habit, de gilet, de cravate, et je chassais toujours bras nus ; mes talons étaient armés d'une énorme paire d'éperons, et de mon poignet gauche pendait retenu par une double courroie un jaimbok en vache de mer.

Je portais encore deux ceintures de cuir autour de la taille ; la plus petite me servait de bretelles, et du côté gauche pendait un c rheimpys » tressé de huit pouces de long, qui soutenait ma baguette à fasil, formée d'un seul morceau de corne de rhinocéros, La plus grande des deux était ma ceinture de chasse ; elle était de cuir et fort large; quatre compartiments séparés, en peau de loutre, fermant avec des pattes à boutons, y étaient attachés : le premier contenait mes capsules, le second une grande poire à poudre; les troisième et quatrième, qui étaient à divisions, servaient de poche à balles et à bourres : deux couteaux de poche, un compas et une pierre à briquet complétaient le costume.

Dans cette ceinture j'avais aussi un maillet à charger, en corne de rhinocéros, qui était retenu, ainsi que la poire à poudre» par des courroies. Et enfin je tenais toujours selon mon habitude dans ma main un fusil à deux coups et à double rainure, mon arme de prédilection.

Au bout de quelque temps, je m'aperçus que celte arme ne convenait pas à un homme à cheval, surtout lorsqu il est obligé de charger vite , parce que dès

qu'un fusil à double rainure a été déchargé une ou deux fois il faut une grande force pour enfoncer la balle au fond du canon, ce qui est extrêmement désagréable. Un fusil ordinaire à deux canons est pré* férable à tous les autres.

Aucun régiment, à mon avis, n'était mieux armé que mon ancien corps, celui des c Mounted rifles >, qai était muni d'une carabine à deux coups, portant une balle de douze. Cette arme là est ce qu'il y a de mieux pour chasser le gros gibier de l'Afrique méridionale. Pour charger plus vite , le chasseur doit coudre ses balles dans leurs bourres et bien les graisser avant de se mettre en campagne. Je trouvai cette pré* caution fort utile, et, avec un peu d'habitude, je parvins à charger mon fusil et à faire feu du haut àt ma selle, alors même que je traversais au galop un terrain difficile.

Le H au soir, un messager venu de Sicomy vint au milieu de mon camp et proclama à haute voix que, par ordre du roi, tous les hommes devaient retourner le lendemain dans leurs quartiers généraux. Tous alors prirent leurs bagages sur leurs épaules et m'abandonDèrent. Je ne pouvais pas bien deviner la raison de cet ordre mystérieux, mais je l'attribuais à quelque intrigue dlsaac, qui, me disait-on, demeurait h Sicomy. Je voyais bien que ce changement ne convenait pas à Mutchuisho, et, pour le récompenser de sos.HTvices, jele priai d'accepter plusieurs cadeaux

considérables : j'en envoyai aussi au roi. Avant de partir, Mutchuisho me promit de revenir au plus tôt, et il m'assura avoir demandé à une troupe'de Bakalaharis de m'aider dans mes chasses pendant son absence.

Déyari de Sabié. — Magnifique chasse aux éléphants. — L'anti lopc noire. — Kxplosion do mon fusil h double rainure. — Mort de ColeslJerg.

Je demeurai à Sabié à chasser les éléphants et les rhinocéros avec plus ou moins de succès jusqu'au S*3 aoât, et je partis alors pour Mangmainhy. Chemin faisant je tuai d'un seul coup un rhinocéros qui descendait une pente rocheuse. Il tomba sur la tête, puis décrivit un soubresaut" et vint rouler dans les pierres et les broussailles avec une force prodigieuse.

Le 21 nous arrivâmes près d'une grande pleine d'herbes en feu que les Bakalahari allument pour faire

pousser l'herbé^ouvelle avec une plus grande facilité, et pendant la journée nous découvrîmes une troupe d'éléphants mâles broutant tranquillement sur le versant d'une colline située à une distance de deux cents mètres.

Je poussai de grands cris pour les déloger , et , choisissant le plus beau, je fis feu des deux canons en le visant par derrière 1 épaule. L'animal se tourna immédiatement vers moi, et, dans sa course fu* rieuse, se jeta la tête la première contre un gros arbre touffu qu'il fit voler en Tair devant lui : Bientôt il tomba avec violence sur ses genoux et se trouvant ainsi en contact avec Therbe brûlante, il se tourna vers la droite.

Je le suivis en chargeant et en faisant feu aussi vite que possible, le visant tantôt à la tète, tantôt derrière l'épaule, jusqu'à ce qu'enfin toute cette partie de l'animal fût criblée de balles ; mais malgré cela il continua bravement sou chemin en teignant de son sang rherbe et le sol de la forêt.

Une fois il essaya d'échapper en se jetant en désespéré au milieu des flammes, mais cela ne lui servit à rien ; j'arrivai bientôt auprès de lui et fis feu jusqu'à «e qu'enfin je commençai à le croire à l'épreuve de la halle. Après avoir déchargé trente-cinq fois mon fusil à doubles canons, je me servis de mon c sixponnder » hollandais. Lorsque quarante balles furent entrées dans sa chair, il commença pour la première

fois à se montrer épuisé. Pauvre bête ! il n'y avait plus pour lui possibilité de salut, et je me déterminai à ne plus brûler de poudre. Tout le temps que dura la chasse il se rafraîchit le corps avec des douches d'eau qu'il lançait de sa trompe sur son dos et sur ses flancs, et , lorsque les angoisses de la mort survinrent , il se tint près d'un arbre épineux en tremblant avec violence et ne fit que verser de Teau dans sa bouche jusqu'au moment de sa mort, il tomba alors lourdement en avant, et tout le poids de la partie antérieure de son corps reposa sur la pointe de ses défenses.

n resta dans cette position pendant plusieurs secondes, mais la tête ne pouvait pas supporter ce poids énorme; il tomba la tête baissée, de sorte que les jam^ bes aidaient à peine tes défenses à soutenir ce fardeau. Cet équilibre devait cesser, car le poids était trop lourd pour les défenses : elles ne cédèrent pas pour cela; seulement la portion de la tête dans laquelle rivoire était emboité céda tout à coup jusqu'au-dessus de l'œil et s'ouvrit avec un bruit sourd.' La défense était donc libre et tournait dans la tête, de sorte qu'on pouvait facilement la tirer avec la main; le corps roula sur le côté. Cet éléphant était un animal magnifique, et ses défenses fort longues et intactes.

Le 28 je sellai mon cheval et me mis en route pour aller rejoindre mes chariots. De bonne heure, le 29, tandis que je galopais k travers la forêt, je vis subitement un des plus gracieux quadrupèdes de ce

beau pays, un vieux mâle antilope noire, l'animal le plus rare et le plus beau de toute l'Afrique. Cette antilope est grande et forte et ressemble sous bien des rapports au bouquetin ; elle a le dos et les côtes d'un noir brillant, et contraste d'une façon charmante avec le blanc pur et argenté de son ventre. Les cornes ont plus de trois pieds de long ; elles se recourbent fortement en arrière et touchent presque à ses cuisses.

Le capitaine Harris, du régiment du génie du Bengale, découvrit le premier cet animal, en 1837. Celui-ci était le premier que j'eusse vu, et Je n'oublierai jamais ce que je ressentis en contemplant ce quadrupède si beau pour un chasseur. Il se tenait sur notre chemin, avec une petite troupe de t pallahs > , mais malheureusement il nous avait aperçus le premier. Je galopai après lui en appelant ma meute. L'air était lourd et chaud, et les chiens avaient perdu toute animation. Mon cheval, qui était fort peu rapide, perdit aussi bientôt du terrain, et la magnifique bête gagna une côte rocheuse où je ne pus l'atteindre : elle disparut enfin pour toujours de devant mes yeux. La nuit suivante je cherchai en vain à fermer l'œil ; l'image de l'antilope noire était toujours devant moi.

le 31 nous nous dirigeâmes vers Towannie, fontaine qui coulait dans le lit sablonneux d'un torrent. Une fois parvenu là j'aperçus l'éléphant mâle le plus grand et le plus gros que j'eusse encore vu. Il se te-

nait en garde, à une distance de plus de cent mètres. J'arrêtai mon cheval, je le visai à Tépaule : je le tuai du premier coup; la balle l'atteignit à la partie antérieure de l'omoplate et le priva à l'instant de Tusage de la jambe. *

Avant d'écorcher ce noble éléphant, je désirai le regarder pendant quelque temps. C'était vraiment un animal extraordinaire, et. en contemplant ce vétéran de la forêt, je songeai aux cerfs rouges de mon pays natal. Je compris alors que, bien que le sort m'eût exilé sur une terre lointaine, j'avais gagné k l'échange, car je régnais alors sur des forêts sans fin qui m'offraient une chasse bien plus noble et bien plus attrayante. Après avoir admiré l'éléphant à loisir, je fis quelques expériences pour trouver des points vulnérables, et« m'approchant tout près, je tirai plusieurs balles dans différentes parties de sou énorme crâne. Ces projectilles ne parurent pas même pénétrer, seulement à chaque coup il fit un mouvement gracieux avec sa trompe et en porta la pointe à la blessure de la manière la plus sanguinolente.

Ëtonné et chagrin de voir que je ne faisais que tourmenter et prolonger les souffrances de ce noble animal, qui supportait ces épreuves avec tant de dignité, je résolus de mettre fin à ses souffrances le plus vite possible. A cet effet, je fis feu six fois sur lui derrière l'épaule : ces blessures auraient dû servir à le tuer, mais il ne montrait pas encore d'émotion. Je visai

trois fois au même endroit avec mon fîisil hollandais à canon rayé. De grosses larmes tombèrent alors de ses yeux, qu*il ferma et rouvrit lentement; sa taille colossale trembla convulsivement, et tombant sur le ' côté il expira. Les défenses de cet éléphant étaient arquées d'une façon très-gracieuse; elles étaient plus lourdes que celles de tous les éléphants que j'eusse tués. Leur poids à chacune était de 26 livres.

De peur que mes lectrices ne se trompent sur mes intentions quand je faisais des expériences pour trouver des points vulnérables, je les prie de croire que je ne désirais pas torturer Tanimal, mais qu'au contraire je voulais mettre fin à sa vie et à ses souffrances le plus vite possible. J'avais couvent regretté d'être obligé de blesser tant de fois ces animaux avant de les tuerl

Le 1 er septembre nous sellâmes nos chevaux et nous nous mimes en route pour Mangmaluky. En galopant à la base d'une chaîne de montagnes j'aperçus deux € klipspringers > qui montèrent la cAle en rebondissant comme une balle en caoutchouc et en choisissant les pointes saillantes des grands fragments de rochers. J'en abattis un ; c'était le premier de l'espèce que j'eusse tué : mais quelques années plus tard je me procurai un grand nombre de forts beaux échantillons en chassant l'antilope noire.

Cette charmante petite antilope habite les côtes escarpées des collines et les montagnes rocheuses, elle

LA V!B AU DîbEHT. 55

bondit sur les tables de rochers avec une grâce et une agilité extraordinaires ; on la voit souvent perchée comme un chamois sur la pointe d'une roche ou d'une pierre, les quatre pieds rapprochés; leurs sabots di^ ftrant de ceux des autres antilopes, ils ne conviennent qu'à un terrain rocheux, et leur forme est telle que tout le poids de l'animal repose sur la pointe. En regardant au fond d'un précipice, j'ai souvent vu deux ou trois de ces intéressantes bêtes, couchées sur un rocher plat, garanti des rayons du soleil par le feuillage touffu d'un arbre de sandal ou de quelque fougère des montagnes. Les klipspringers sont k peu près à moitié aussi grands que la biche écossaise, et leur poil ressemble beaucoup à la fourrure d'hiver de eet animal, avec cette seule différence qu'il est plus Toide et plus jaune.

Le soir je baignai dans la fontaine mes yeux fatigués par le soleil et irrités par l'éclat du terrain sur lequel je poursuivais les éléphants. Lorsque le soleil se couchait , le nombre d'oiseaux de toute espèce qui venaient sabreuver à la fontaine était vraiment surprenant ; les tourterelles et quelques petits pigeons à longue queue étaient les plus nombreux. Je remarquai aussi quatre espèces de perdrix, et il y avait, en outre, des troupeaux de vingt à soixante pintades.

Le 4 je m'occupai, depuis le lever jusqu'au coucher du soleil, à nettoyer le crâne de mon éléphant et â en détacher les défenses. Le lendemain je retournai au

camp en les portant sur mes épaules et accompagné d'une bande de Bakalahari.

Le 6 je me remis en campagne avec une quarantaine d'indigènes et je rencontrai deux rhinocéros blancs , dont Tun portait une corne d'une longueur démesurée. Je me décidai à le poursuivre et l'atteignis après une chasse difficile. Je le tuai an moyen de quatre balles derrière Tépaule.

L'après-midi , je tins tête pendant trois ou quatre heures à un méchant éléphant que je parvins à abattre grâce a trente-cinq balles, au milieu d'un fourré im-^ praticable d'épines wait-a-bit et de fougère$. Le canon de mon fusil éclata avec un bruit formidable au dernier coup. La platine et la moitié de la monture volèrent à droite et à gauche et faillirent mettre fin à ma carrière aventureuse. J'en fus quitte heureusement pour une légère brûlure au bras gauche et pour la perte, pendant plusieurs jours , de l'usage de mon oreille gauche, qu'un fragment du canon avait frisée de trop près.

La perte de mon fusil à double rainure était irréparable dans cette partie éloignée du monde ; cette arme m'était indispensable, et, lorsque je songeai aux innombrables services qu'elle m'avait rendus en temps opportun, je me sentis complètement accablé par le chagrin.

Il me restait encore mon fusil à deux coups de Moore et Purday, qui portait une balle de seize à la

livre, et je m'occupai à couler des balles durcies de ce calibre; mais j'eus la mortiflcation de découvrir que tout mon étain avait disparu grâce à quelque procédé mystérieux entre mes serviteurs et Sicomy. Je fus donc réduit à faire fondre le contenu de mon ancienne cantine militaire pour durcir les balles, à savoir : le plateau des mouchettes, les cuillers, les chandeliers, les théières et deux timbales qui convenaient on ne peut mieux ii cet usage.

Le soir, j'eus le plaisir de voir mon vieil ami Mutchiusho entrer dans le camp, suivi d'une troupe nombreuse d'indigènes. 11 parut content de me revoir, et nous nous décidâmes immédiatement à faire dès le lendemain une expédition vers l'est. En conséquence, nous nous mimes en route de bonne heure le 9, et nous marchâmes jusqu'au soir sans découvrir de traces fraîches.

Nous nous arrêtâmes alors pour la nuit et le lendemain je continuai mon chemin à travers des forêts immenses, jusqn'à ce qu enfin je me trouvai dans un pays tout nouveau pour moi.

Le 13, après deux jours de peine et de fatigues passés à suivre des traces, je donnai la liberté k mes chevaux, dès les iremières lueurs du crépuscule.

Je reprends avec mes cbariots le chemin de la colonie. —Chasse aux éléphants. — Commencement de la saison pluvieuse. — Je qoitte le pays des éléphants.

J'avais réussi jusques Ik dans mes chasses au gré de mes désirs, et mes deux chariots étaient maintenant chargés de défenses d'éléphants, produit de mes exploits, comme aussi de beaucoup d'autres curiosités intéressantes. Je me décidai enfin à retourner vers les demeures lointaines de mes compatriotes. Mais, le 23 septembre, malgré mes inquiétudes et la crainte de perdre tous mes chevaux si je ne partais pas immédiatement, je cédai aux conseils de Uutchuisho et me

60 lâ yie au désert.

lançai encore une fois k la poursuite de deux éléphants mâles qu'on disait avoir visité une fontaine éloignée d'une demi lieue.

Avant de me mettre en route, je confiai ma lancette à Johannus, et, après lui avoir donné k la hâte les instructions nécessaires dans Fart de saigner, je lui enjoignis de tirer du sang en abondance à tous les chevaux qui donneraient les moindres indices de la maladie. Nous cheminâmes vers l'est, et au coucher du second jour je tuai un rhinocéros blanc, ainsi qu'un vieil éléphant mâle magnifique. Nous étsibiimes notre bivouac à côté du corps de ce dernier.

Dans la matinée du 28, je me décidai à retourner au camp accompagné d'un seul homme. La journée était fort belle, le ciel couvert, et un vent frais souf* fiait de la mer du Sud. Après avoir marché quelque temps vers le nord et traversé le lit profond et sablonneux d'une rivière torrentielle, nous entrâmes dans un grand bois d'arbres couverts d'un feuillage du plus délicieux vert tendre.

En atteignant le sommet d'une pente douce située à un mille du bois, mon regard plongea dans une vallée étendue où j'aperçus deux éléphants mâles très-vieux. Ceci me promettait une chasse magnifique. Le terrain était propice; mes deux chiens, Wolf et Bouteberg, qui s'étaient déjà distingués à la poursuite des éléphants me suivaient : je m'avançai d'un pas si rapide que les chevaux et les chiens étaient

tout essoufflés : aussi je me décidai à ne pas attaquer tout de suite, mais à observer lentement les animaux sans les perdre de vue.

Les éléphants marchaient contre le vent, et la distance qui nous séparait ne dépassait pas cinq cents mètres. Je m'avançai tranquillement vers eux, et j'avais franchi à peu près la moitié du chemin, lorsqu'en tournant mes yeux vers la droite j'aperçus tout un troupeau d'éléphants mâles hissés sur une côte boisée située à moins de trois cents mètres de nous. Ces éléphants étaient presque sous le vent.

Ce que je devais faire c'était de tuer le plus bel animal de chaque troupeau, et j'y réussis de la manière suivante : je me plaçai entre le vent et les éléphants, et, dès qu'ils eurent senti mon odeur, je les vis dresser leurs trompes en Tair pendant un moment; puis, une terreur panique s'emparant d'eux, ils se retournèrent vivement et se sauvèrent à travers la forêt dans la direction du vent. Mon désir était de choisir le plus beau mâle et de le chasser à une assez grande distance de l'autre troupe avant de prendre sa peau pour une cible. Je m*élançai donc au grand galop à la poursuite des éléphants effrayés, qui traçaient leur chemin par des nuages de poussière rouge.

J'arrivai bientôt près d'une clairière, et là je vis distinctement la chasse que nous poursuivions. C'était vraiment un magnifique spectacle : la troupe était composée, k une exception près, de neuf ou dix éié-

fi. 4

phants mâles, qui portaient toas de longues défenses^ fort lourdes et très-unies. Leur première frayeurpassée, ils ralentirent le pas et s'avancèrent lentement et avec majesté en suivant un seul chef à la file.

Cette vue était si remarquable que la description la plus fidèle ne pourrait exi donner qu'une faible idée. J'excitai mon cheval et dépassai les éléphants au galop, en me tenant éloigné d'eux pour mieux examiner leurs défenses. 11 m'était difficile de me décider à choisir dans la troupe : chacun d'eux paraissait plus grand que son voisin; mais enfin, je conclus à l'atta* que d'un vieux patriarche, à cause de la grosseur et de la beauté extraordinaire de ses défenses : comme il était le plus lourd, il marchait le dernier, et je le séparai en le chassant vers le nord.

C'est un art difficile que celui de chasser un éléphant dans la direction que Ton désire ; au premier abord cela parait la chose la plus simple, tandis qu'il faut au contraire que le chasseur emploie toute sa ruse pour réussir. C'est là une chasse toute différente que celle de l'élan , qui demande pourlant beaucoup d'ha*bitude. Si vous vous approchez trop près de Téléphant, ou si vous criez pour l'eflrayer, il se jettera avec furie sur vous ; d'un autre côté, si vous lui laissez trop de distance, il vous échappera probablement dans le fourré, ce qui lui est très-facile , malgré sa taille colossale. Dès qu'on le perd de vue, il est à craindre que le chasseur ne le revoie jamais. Le terrain était propice,

Kleinboy me cria donc de commencer laltaque, en remarquant avec raison que Tanimal était sur le chemin de quelque fourré d'épines où nous finirions par le perdre ; mais, malgré cela, je réservai mes coups jusqu'à ce que je Teusse chassé à une certaine distance des deux vieux que nous avions découverts les premiers.

A la fin je m'approchai et je forçai la bête à se tourner vers moi ; ce qu'elle fit bravement, et alors je lui jetai un cri de défi. C'est ainsi que le combat commença, et, le terrain étant toujours favorable, j'ouvris le feu. Au bout d'un quart d'heure j'avais logé douze balles dans le corps de Téléphant qui donnait des signes d'une mort prochaine et prenait de la poussière sur la pointe de sa trompe, la jetant en tourbillons tout autour de lui.

Il est fort dangereux de s'approcher à pied d'un éléphant dans un moment semblable, car, quoique presque mort, il lui reste encore assez de force pour attaquer son adversaire avec impétuosité. Je souhaitais en finir avec lui, aussi descendis-je de cheval en m'abritant derrière un arbre gigantesque dont le tronc n'avait pas moins de six pieds de diamètre. J'arrivai ainsi à vingt mètres de lui et je lui envoyai mes deux balles à droite et à gauche au défaut l'épaule. Ces deux coups décidèrent de son sort. Après les avoir reçus ; il entra à reculons dans le bois, et, bientôt après, je l'entendis tomber lourdement. Mais, hélasl ce son fut accompagné d'un affreux craquement, et, en m'avançant de ce

côié, je le vis étendu mort, tandis que sa défense, qui se trouvait dessous, était cassée en deux par le milieu.

Je ne perdis pas beaucoup de temps à examiner l'éléphant : remontant à cheval, je me mis immédiatement sur les traces des deux vieux mâles que j'avais d'abord aperçus. Je n'étais pas très-éloigné lorsqu'en regardant vers la droite je vis, à un quart de mille, une troupe de huit ou dix éléphants femelles avec leurs petits, paissant tranquillement sur une petite colline légèrement boisée. Nous laissâmes les femelles diner en paix et nous suivîmes les traces des mâles. L'indigène qui nous conduisait était le meilleur traqueur des Bamangwatos, et je fus heureux de voir que les éléphants ne s étaient pas laissé effrayer, car leur route était jonchée de branches d'arbres qu'ils avaient arrachées tout en cheminant lentement.

Enfin nous arrivâmes à une clairière, et, après avoir touruc un bosquet de mimosas épineux , je vis l'un des animaux k découvert. Je m'avançai avec précaution, et je découvris son camarade dans un fourré de v%ait-a-bit nains, à cent cinquante mètres de moi. Tous deux étaient de vieux mâles magnifiques, et le premier qui s'offrit à mes yeux enchantés portait deux défenses très-longues et parfaites.

J'étais descendu de cheval pour faire celte reconnaissance : j'y remontai aussitôt et m'avançai vers l'éléphaut qui marchait devant moi à une distance de quarante mètres, en soulevant doucement ses énormes

oreilles qui l'empêchaient complètement de me voir. Je hâtai légèrement le pas en m 'éloignant vers la gauche et je dépassai l'animal d'ane soixantaine de mètres. Ce fut alors qu'il m'observa pour la première fois.

Probablement il prit Dimanche pour un harle-beast, car il me regarda fixement, mais sans montrer la moindre crainte. Les indigènes m'avaient prié de le pousser vers l'eau qui se trouvait au nord, si la chose était possible, et c'est ce que je me décidai à faire. Après m'être avancé un peu, je me plaçai entre lui et le vent. À l'instant même l'éléphant entra à reculons dans les broussailles, en tenant sa tête haute et tournée vers moi. Je fis seulement quelques pas en décrivant un demi cercle, afin de pouvoir le viser à l'épaule, et, arrêtant mon cheval, je tirai du haut de ma selle. Il reçut la balle dans l'omoplate, et, lorsque je continuai silencieusement mon chemin, il me regarda avec le plus profond étonnement.

A ce moment les indigènes lâchèrent deux de mes chiens, qui, un instant après, aboyèrent autour de lui de toutes leurs forces. Je criai pour les encourager et embarrasser l'éléphant, qui paraissait ne pas savoir ce qu'il devait penser de nous. Enfin il courut tête baissée après Bill et Flam, en faisant entendre des cris perçants; puis il rentra à reculons dans un fourré, se rejeta encore une fois sur les chiens, et se sauva ensuite à toutes jambes dans la direction que je désirais lui faire prendre.

Je ratteignis bientôt et je lui envoyai deux balles au défaut de l'épaule. Les chiens ge firent bientôt entendre «t il se jeta av«c furie sur ses persécuteurs, qui se sauvèrent immédiatement vers leur maître. Je me trouvai ainsi face à face avec un éléphant ^îourroucé.

Je n'avais pas le temps de me remettre en selle, et ma vie ne dépendait plus que de mes jambes. Les chiens, heureusement, ne me suivirent pas, mais ils coururent après Dimanche qui, effrayé par ces sons de trompe, se sauva comme un fou ; et }e ne pus m'empêcher de rire, quoique je me trouvasse engagé dans un combat des plus dangereux.

Après avoir rattrapé mon cheval, je retournai à Téléphant blessé et je compris qu'il se mourait ; mais je continuai à faire feu sur lui pour hâter sa mort. Aussitôt qu'elle eut lieu, j'eus le {H'ofond chagrin de découvrir qu'une de ses défenses sans pareilles s'était cassée près de la lèvre. La chasse avait été magnifique ; j'avais abattu, dans une seule après-midi, deux éléphants, probablement les plus gros de Bamangwato, et, n'eût été la perte des deux plus belles paires de défenses que j'eusse obtenues cette saison, nu)n triomphe eût été complet et sans mélange.

Le lendemain, de bonne heme, laissant à Kleinboy et aux indigènes le soin de veiller à l'ivoire, je partis accompagné de deux hommes à qui je voulais montrer l'endroit avant de retourner au camp, où j'a« ' vais laissé l'autre éléphant.

/asqu*ici le temps nous avait été favorable : trèspeu d'eau était tombée depuis mon arrivée dans le pays; mais, à la fin, la saison pluvieuse arriva; des pluies torrentielles nous surprirent souvent à la chasse, accompagnées d'éclairs et de tonnerre.

Bientôt les mares et les lits sablonneux des ri* vières, jusqu'ici secs, se remplirent d*eau; les arbres desséchés des forêts se couvrirent d'un feuillage verdoyant ; les pleines arides se changèrent comme par enchantement en prés fleuris. Lorsque la pluie venait ainsi nous suprendre à la chasse, je forçais les indigènes à ériger une chaumière pour nous abriter. C'é* tait là un ouvrage qu'ils ne faisaient pas trop volontiers, mais j'arrivais toujours à mes fins en leur expliquant que, si mes fusils et ma poudre étaient mouillés, ils mourraient infailliblement de faim, parce que je ne pourrais plus leur tuer d'éléphants.

Lorsqu'une bande nombreuse m'accompagnait, il était très-facile d'élever une bonne chaumière, et l'on s'y prenait de la manière suivante. Quelques hommes, armés de haches, allaient à la recberdie de longues perches fourchues qu'ils coupaient d'une longueur de dix pieds; d'autres ramassaient des broussailles vertes, et faisaient une bonne provision d'herbe longue et desséchée qu'ils arrachaient avec les racines. On fichait les perches en terre dans un rond, de façon à ce que les bouts fourchus se rencontrassent en dessus de nos têtes. Alors on les entrelaçait fortement avec

les broussailles, en laissant une ouverture basse pour servir d'entrée : enfin on couvrait le toît avec l'herbe desséchée, et le sommet était ordinairement couronné d'une énorme oreille d'éléphant ou bien encore d'une partie de sa peau.

Tel^ fut mon habitation pendant le reste de cette saison comme aussi durant tout le temps que je chassai parmi les Béchuanas. Mais il m'arrivait souvent de n'avoir pour m'abriter que la voûte du ciel, et alors mon sommeil paisible était souvent brusquement interrompu par la pluie qui tombait par torrents sur ma figure. C'était extrêmement désagréable, sur tout lorsque Forage avait une force qui nous empêchait de tenirnos feux allumés. Par un temps pareil, le roi des forêts rôde partout à la recherche de sa proie, et, de temps en temps, nous entendions les voix formidables d'une troupe de lions, que le succès de notre chasse attirait près du lieu de notre campement.

Dans la latitude, où j*élais parvenu je trouvai pour la première fois cet arbre admirable que Ton nomme le « Nwana > dont le tronc, une vraie tour fortifiée, . avec crénaux et Machecoulis, a quelquefois soixante et cent mètres de circonférence, particulièrement vers le Limpopo. Le feuillage du Nwana ressemble à celui du figuier et ses fruits sont des noix de la grosseur d'un œuf de cygne. Quant au bois il est mou et impropre à aucun usage.

Un fait remarquable, par rapport à ces arhies, c^t

ia manière dont ils sont disposés dans la for et. On les trouve ou seuls ou alignés, mais toujours à une grande distance 1 un de l'autre, comme s'ils avaient été plantés par la main de l'homme, et leur taille vraiment extraordinaire leur donne toujpurs l'apparence d'êtres étrangers à la terre qu'ils occupent.

Mes bœufs n'avaient fait que pattre et se reposer depuis plusieurs mois; ils étaient maintenant pleins de vigueur, et traînaient d'un pas rapide mes chariots, tout lourdement chargés qu'ils étaient, par-dessus des col* Unes escarpées et à travers les routes impraticables de la forêt, de sorte que le soir du 4 octobre je campai encore une fois dans les montagnes de Bamangwato.

Sicomy arriva bientôt pour me souhaiter la bienvenue. 11 me rendit visite accompagné de beaucoup d'hommes de sa tribu, se disant fort heureux de me voir revenir sain et sauf de mes excursions périlleuses. Sa majesté me fit l'honneur de me complimenter sur mon succès et mon habileté extraordinaires k la chasse. Il observa que la médecine des blancs devait en effet être fort puissante.

Pendant toute la soirée, la bizarrerie de ses questions m'amusa beaucoup. Il me demanda si mon père et ma mère vivaient encore; combien j'avais de frères et de sœurs; si mon roi avait des troupeaux abondants, et si ses sujets étaient plus nombreux que les siens. Quand je lui dis que notre chef était une femme, cette nouvelle parut l'amuser infiniment, mais lorsque j'a-

joutai que ses sujets étaient aussi nombreux que les sauterelles, il regarda ses sujets avec un sourire d'incrédulité, et me demanda alors si tous mes compatriotes pouvaient abattre des éléphants aussi Tacilement que moi.

La question était embarrassante, aussi je lui répondis que je n'en étais pas sûr, mais que je savais que les cœurs de tous mes compatriotes étaient faits comme le cœur du lion lorsqu'il a des petits à défendre. Cette remarque spirituelle émut profondément rassemblée, et un murmure de surprise et d'admiration se manifesta parmi ces hommes à peau noire, lorsque chacun d'eux la répéta à son voisin.

Le vieux Mutchuisho comprenait mon baragouin mieux que les autres, et il me servait d'interprète auprès du roi, puisque je n'étais pas encore assez bien versé dans la langue pour soutenir seul une conversation. Mutchuisho me dit ensuite que deux amis de Sicomy, avec leurs deux domestiques, désiraient m'accompagner à la colonie pour soigner mon bétail : ils promettaient de se rendre utiles en allant à la recherche de bois à brûler et en portant la venaison aux chariots.

Par bonheur j'acceptai cette proposition , et les quatre aspirants sortant de la foule, me furent dûment présentés. Les noms de ces quatre Béchuanas étaient : Mollyee,, Mollyeon, Kapain et Kuruman; les deux premiers appartenaient à l'aristocratie ; ils m'a-

vaient souvent aidé à la chasse, de sorte que nous étions d'anciens amis. Ces hommes promirent de m*accompagner jusqu'à la mer et de retourner avec moi au pays de leur chef^ en me servant fidèlement : de mon côté, je consentis à leur donner une vache et un fusil, en récompense de leurs services,

Mollyee et Mollyeon étaient frères. Ils étaient grands et actifs et possédaient tous les deux de grands yeux étincelants et des traits agréables. Kapain était gros et bruyant, d'une laideur remarquable, et le plus amusant de tous les habitants de Bamangwato. Kuruman, garçon fort complaisant, âgé de seize ans, avait une assez jolie figure, mais qui lui donnait plutôt l'aspect d'une fille que d'un homme. J'ofûris de la viande cuite et du café k Sicomy, qui passa la nuit au camp avec sa suite.

Le lendemain, de bonne heure, j'échangeai des perles, des munitions et d'autres articles contre de belles défenses d'éléphant et de forts jolis échantillons d'armes et de costumes d'indigènes. En m'informant auprès du roi de ce qu'était devenu Isaac, j'appris qu'il était retourné à Kuruman depuis longtemps en compagnie d'un fils du vieux Seret, Béchuana de distinction, qui demeurait dans ces parages.

Cet individu, dont le nom signifie bosse, était surtout renommé par l'opiniâtreté avec laquelle il s'opposait aux progrès de la religion chrétienne. Sa nombreuse progéniture était aus^i fort nombreuse.

Après avoir dit adieu à Sicomy, le 5 à midi, je me remis en marche pour Corriebely, où j'arrivai dans l'après-midi du lendemain; un grand nombre d'indigènes m'accompagnèrent» comme à l'ordinaire, dans Tespoir d'obtenir une provision de chair fraîche, car on disait que des éléphants avaient reparu à Massouey. Je déterrai dans cet endroit une grande quantité de plomb, que j'avais enfoui dans un trou, sous les cendres de mon feu, avant de traverser les montagnes de Bamangwato.

Le 16, de grand matin, je me mis en route pour Boolionamy , où j'arrivai le soir : je rangeai mes chariots à l'ombre d'un bosquet de beaux mimosas ornés d'une profusion de fleurs jaunes qui embaumaient Tair et dont la couleur contrastait avec le vert tendre du feuillage. Je continuai à y chasser pendant plusieurs jours.

Le 4 9 après midi, un violent orage éclata sur ma tête; le tonnerre grondait avec une force telle que je me pris à trembler. A vrai dire je craignais pour mes barils de poudre qui contenaient trois cent livres de ce dangereux ingrédien. Par bonheur l'orage se dissipa au coucher du soleil, l'air s'était purifié et un parfum d'une douceur sans égale s'élevait de la terre reconnaissante et de la foret fleurie.

L'orage recommença vers dix heures du soir, accompagné d'éclairs et de tonnerre, et dura la plus grande partie de la nuit.

Faite de mes domestiques. — Tristes prévisions. — Arrivée chez le doctear Livingstone.

J'étais parvenu dans une zone éloignée et le moment était critique pour mon expédition, lorsqu'un évé* nement arriva qui me sauva des ennuis et des inquiétudes sans nombre. J'appris cependant bien des choses qui me servirent plus tard , car je découvris d'abord combien de difficultés un homme peut surmonter lorsqu'il a à luttter contre l'adversité : je devins en même temps un conducteur de chariots fort habile.

Je raconterai ici la désertion de tous mes domes-

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