II
ticpies holtenlols, à rexception de Ruyler . le petit Bushman. Je crois qu'ils furent poussés à cet acte de lâcheté par la crainte de ne pas pouvoir conduire les chariots en sûreté à travers les déserts sablonneux qui nous séparaient du poste lointain des Missionnaires, à Bakatla, à cause du mauvais état d'un essieu de mon chariot de voyage. Un jour, Kleinboy étant ivre, Vavait heurté contre un arbre avec tant de force qu'une des jantes de l'essieu de devant se fendit en travers, de sorte que la roue n'était plus tenue que par la clavette et le moyeu.
Le 22 octobre je remarquai sur la figure de mes domestiques une expression extraordinaire, et aucun d'eux n'osait me regarder en face. Le 23, un peu avant le jour, comme je dormais dans mon chariot, Ruyter vint me réveiller pour m'anooncer que mies quatre Holtentots avaient déserté pendant la nuit; il m'apprit que chacun avait emporté un grand paquet de biltongue, viande séchée au soleil, et qu'ils avaient fait tout leur possible pour lui persuader de les accompagner.
C'était Ik une nouvelle désolante , car, quand ces gens Ik étaient avec moi j'avais à peine assez de monde pour faire mon ouvrage, et les quatre sauvages de Bamangwato, pas plus que moi, ne connaissaient l'art fatiguant et difficile de construire des chariots. Je m'imaginai que les Hotteniols ne persévéreraient pas dans une démarche aussi téméraire,; qu'ils
changeraient d'idées et retourneraient à leur maître lorsqu'ils réfléchiraient à la faute qu'ils avaient commise; aussi je n'essayai même pas de les rattraper, mais je passai la matinée à charger les chariots, à arrimer fortement à leur place les pots , les pelles , les haches, fetc, et à préparer les harnais avant de nous mettre en route.
Après avoir déjeuné, aidé du petit Bushman et des sauvage?, je rattrapai, réparai et accouplai vingtquatre bœufs, douze devant chaque chariot; puis nous fîmes claquer nos fouets et nous nous mîmes en route pourBootlonamy. Mollyeeet Mollyeon menaient l'attelage, tandis que Kapain et Bureman suivaient en conduisant les chevaux et les bœufs de réserve. Dans mon jeune temps je guidais assez habilement un tandem et un attelage de quatre chevaux, mais j'avais cette fois une tout autre affaire. Je devins cependant bientôt complètement au fait des mystères de l'art des antomédons anglais, et j'appris à conduire mes chariots presque aussi vite que les Ilottentots.
Le vley de Bootlonamy était ferme et uni, et nous avançâmes k bon pas : mais le soir, lorsque nous le quittâmes pour entrer dans les terrains sablonneux, les bœufs ayant découvert que leurs nouveaux conducteurs ne savaient pas se servir de leurs fouets avec ta rapidité et la sûreté des anciens, refusèrent de marcher autrement qu'au pas allongé, et ils s'arrê-
tèrent souvent de leur propre volonté. EnDn, à la montée d'une colline de sable, le chariot de Bushmaa s'enfonça dans le sable, et, en essayant de Ten dégager, les bœufs cassèrent le timon.
En découvrant que les labeurs que nous venions d'entreprendre était plus grands que nous ne nous Tétions imaginé» je me décidai le lendemain à poursuivre les fugitifs; en conséquence, à la pointe du jour» laissant les chariots et tout ce qu'ils contenaient à la merci des sauvages, je partis avec le Bushman et ua cheval de réserve pour essayer de les atteindre; mais, après des recherches infructueuses de plusieurs heures, nous perdîmes notre chemin dans le dédale de la forêt. Nous fûmes obligés d y passer la nuit. Pour comble de malheur j'avais perdu mes allumettes, de sorte que nous ne pûmes pas faire de feu, et je craignis fortement de nous voir dévorer, nous et nos chevaux, par les bêtes féroces de la forêt.
Nous étions à peine descendus de cheval, que deux énormes rhinocéros vinrent se poster à moins de vingt mètres de nous, et pendant longtemps il nous fut impossible de leur persuader de partir. Peu après une hyène s'approcha aussi ; mais je lui jetai des pierres, et elle se retira, comprenant que sa compagnie ne nous faisait pas plaisir. Les chevaux étaient éreintés et ne voulurent pas manger, quelque excellent que fût le pâturage.
Dans la matinée du 27, après avoir donné la li-
bcrlé à mes chevaux et à mes bœufs, je déballai mes outils, et au bout de deux heures j'eus fabriqué un nouveau timon au chariot, avec la tige dure d'un mimosa. Après être venu à bout de cette entreprise, j'accouplai douze bœufs au chariot qui était enfoncé dans le sable; mais ces bêtes rusées, comprenant qu'il était entravé, ne voulurent pas faire un effort pour l'en retirer. Après une peine inconcevable, et en changeant constamment la position des bœufs, j'obtins enfin un heureux arrangement; les bêtes tirèrent toutes ensemble, et le chariot se remit en mouvement.
J'attelai ensuite l'autre chariot, et en me rendant à la source la plus proche j'eus le plaisir de tuer une jeune girafe mâle à l'aide de trois balles. J'obtins alors une provision de viande et d'eau; ce qu'il y avait de plus pressé était de songer aux moyens à prendre pour traverser le désert sablonneux qui nous séparait du kraal de Booby. II était évident que je ne pouvais pas retourner par le chemin que j'avais suivi pour venir, puisque j'avais appris qu'à cause du manque d'eau cette partie du pays était impraticable pour les chariots traînés par des bœufs.
Tandisque j'expliquais cela à masuite, Mollyeon me dit qu'il avait une fois traversé ce pays, longtemps auparavant, pendant la saison des sécheresses, et que lui et ses compagnons avaient obtenu de l'eau dans des puits profonds creusés par des Bakalaharis, dans une partie rocheuse du désert, fort loin à l'est de ma
première route. Il assurait qu'il nous faudrait près de deux jours pour arriver à cette eau, puisque nouâ aurions à traverser tantôt un terrain mou et sablonneux, tantôt des forêts impraticables ; mais il ne paraissait pas trèS'SÙr de pouvoir trouyer cet endroit et craignait que, dan& tous les cas, les puits ne fussent à sec.
C'était là. une perspective peu agréable,, surtout puisque Teau la plus proche, qa'il me disait être une fontaine intarissable, était située à deux jours de marche au delà des puits.
Le 29 j'attendis que le soleil fàt levé afin de fadre boire les bœufs à leur soif ; puis j attelai sans perdre de temps et je commençai mon pénible voya^.
Le 30 j'attelai avant le jour, et je poursuivis ma route à travers un sable profond et une forêt où il fallait constamment se servir des haches. Dans l'après-midi nous arrivâmes aux puits indiqués, mais nous eûmes le chagrin de découvrir qu'ils ne contenaient guère qu'un peu de boue. Les Béchuanas, cependant, détachèrent les bêches dont il se servirent vigoureusement, et l'eau commença, maiscommeà regret, à tomber goutte à goutte de tous côtés ; au bout de deux heures j'en obtins une petite quantité pour les bœufs; mes pauvres chevaux n'en eurent pas même une seule lampée, et nous nous remîmes en route sous un ciel extraordinairement brûlant. Le sable devenait, en quelque sorte pire que jamais»
el les chariots s'y enfonçaient continuellement, tandis que les toiles de mes chariots étaient mises en loques par tes épines da wait-a-bit. Au coucher du soleil je m'arrêtai pour la halte de nuit, et je dételai mes malheureux bœuh.
Le 31 , vers quatre heures de Faprès-midi , et à ma grande joie, nous arrivâmes à une fontaine abondante.
Pendant la nuit je fiis réveilîé par un mouvemeirt inusité dan« le camp : en levant la tête, je vis tous les Béchuanas debout , le dos au feu; tandis qu'ils parlaient avec une volubiKté extraordinaire. Les chiens aussi aboyaient avec fureur et se réfugiaient dfe temps en temps auprès du feu, comme si quelque bête les poursuivait. Une obscurité complète régnait partout, de sorte qu'il me fut impossible de rien voir ; mais MolTyeon m'affirma qu'un lion et un léopard rôdaient autour de nous et essayaient de s'emparer delk chair des zèbres que nous avions pendue en feston dans les arbres qui nous entouraient. Un instant après j'entendrs les voix des deux animaux, car le lion rugissait et le léopard jetait des cris perçants en poursuivant les chiens.
Bientôt leur audace augmenta; le lion courut sus aux chiens en grognant et arriva ainsi à une vingtaine de mètres de Tèndroit où nous étions, tandis que le léopard sauta d'un bond au milieu dé mon garde -manger, à côté du feu • ilemportait un
grand morceau de viande, lorsque les chiens se jetèrent bravement sur lui, mais il les lacéra si cruellement que deux d'entre eux moururent bientôt après de leurs blessures.
Nous nous armâmes alors de tisons enflammés et, allant à la rencontre du lion, nous les jetâmes contre lui , ce qui le fi t sauver. Je n'osais pas me servir de mon iusil de peur de tuer les chiens. Les chevau;{: et les bœurs n'étaient pas encore remis de leur fatigue, mais, quoique extrêmement effrayés, ils n'essayèrent pas de rompre leurs liens.
Dans la matinée du 2 je tuai un koodoo ; cette espèce d'antilope paraissait fort abondante ici. Ce jourlà mon pauvre cheval gris fut atteint de la maladie africaine. Je l'amenai au camp avec beaucoup de peine et je le saignai tout de suite, mais tout fut inutile, et une heure après il se coucha par terre pour ne plus se relever; le soir le lion fit un festin de son cadavre, et, lorsqu'il se fut bien repu, le léopard et les hyènes achevèrent ses restes.
Dans la matinée du 3 je me remis en marche pour Booby, et j'y arrivai le 5 vers midi. Baachy, maintenant chef de Booby. ayant été dépossédé, le premier comme je l'ai déjà raconté, me fit très-bon accueil. Il m'apprit que mes Hottentots fugitifs s'étaient arrêtés à son kraal, extrêmement épuisés par la marche, qu'il leur avait donné du blé et les avait fait passer à Bakatla. Ils avaient déclaré au chef que je les avais
renvoyés après avoir pris d'autres domestiques h Bamangv^ato.
Je quittai Booby le 7, à midi, accompagné d'une grande suite d'indigènes, dont quelques-uns menaient des bœufs appartenant à Baachy, pour les charger de la chair d'un certain nombre de rhinocéros que j'avais promis de lui abattre. Ces hommes me menèrent à Bakatia par une route autre que celle que j'avais déjà prise.
De bonne heure, le 13, je rencontrai une bande d'hommes de Bakatia, que le docteur Livingstone , le missionnaire de l'endroit, avait eu la bonté de m'en* voyer, en apprenant que mes domestiques coloniaux m'avaient abandonné. Ce renfort consistait en un BéchuananomméMabal, appartenant àKurummie, qui aidait M. Livingstone à instruire les enfants des Bakatlas. et en trois hommes de la tribu des Bakatlas. Ces gens m'arrivèrent juste au bon moment , car à peine avionsnous parcouru une trentaine de kilomètres que l'essieu fendu se brisa en deux, et, la roue se détachant, le chariot tomba sur le côté. C'était là une catastrophe que je prévoyais depuis longtemps, et je fus heureux de songer qu'elle n'était pas arrivée plus tôt. Nous dételâmes les bœufs, et, après avoir déchargé le chariot, nous le soulevâmes et nous construisîmes un faux essieu de bois d'épines.
Le 15 nous attelâmes, et, après avoir traversé la gorge pittoresque des montagnes de Sésotabie, nous
82 ljl tie au désbrt..
campâmes sur les bords d'une rivière périodique , dont les rives escarpées et le lit de sable mou et profond me causèrent de graves appréhensions pour notre route du lendemain.
Le 16 je déballai mes bêches et ma pioche, et je travaillai pendant plusieurs heures à niveler le bord de la rivière et à frayer une route pour mes chariots; après quoi nous attelâmes et nous nous préparâmes à traverser la rivière.
Je me chargeai du chariot aux bagages , qui s'enfonça deux fois dans le sable pendant le passage de la rivière, mais les bœufs l'en retirèrent, et ils l'avaient à peu près amené à la moitié de la côte, presque perpendiculaire, lorsque Tindigène qui conduisait lattelage, sans songer qu'un chariot y était attaché , lit tourner tout à coup les premiers bœufs le long des rives, et il devint ainsi impossible au conducteur de diriger les autres bœufs. Le chariot sortit donc de la belle route que je lui avais tracée, et, après avoir tremblé un moment, comme s'il ne succombait qu'à regret, tomba lourdement et roula dans la rivière avec un bruit aiïreux, en brisant ma tente et en jetant mon ivoire et tous mes précieux trophées pêlemêle dans le courant.
Il y avaitlàdequoi désespérer l'homme lemoins nerveux, mais j'avais tellement l'habitude de 1 adversité, que je ne fis que rire de ce malheur, et, après avoir dételé les bœufs, nous commençâmes à transporter l'ivoire
LA TIB AU DésEUT. 83^
et les autres articles sur le terrain uni , au haut des bords escarpés; puis nous redressâmes le chariot, et tout un attelage de bœufs le traîna au sommet de la berge. Je m'occupai alors de raccommoder la tente avec des branches vertes, et avant le coucher du soleiî nous avions remis en place la plus grande partie de ma cargaison. Le même soir ma vache mourut.
Dans la soirée du 20 nous arrivâmes au poste des missions à Bakatlâ, où madame Livingstone me reçut avec beaucoup de bonté : son mari et elle avaient éprouvé de grandes inquiétudes sur mon compte ; et tous deux avaient craint qu il ne me fût arrivé quelque malheur. M. Livingstone était parti pour Sichely, où il surveillait la construction d'une vaste église et d'une mission au kraal d'un chef nommé Chouaney, où il avait Tintention d aller demeurer sous peu. Il y avait déjà un autre mis>ionnaire nommé M. Edwards, établi à Bakatla, mais qui dans ce moment était absent. Mistress Livingstone m'apprit que la guerre était déclarée entre les Béquainas, dont Sichely est le chef, et les Bakatlas, et que ces derniers s'attendaient journellement k se voir attaqués.
En causant avec mon hôte, je découvris que j'avais perdu un jour pendant mon séjour dans Tintérieur. Le 23 était un dimanche ; j'assistai au service divin dans l'église des missions, et j'eus toutes les peines du monde à garder mon sérieux lorsque divers membres de la congrégation vinrent y prendre
place. Quelques-uns portaient de vieux chapeaux fantastiques, ornés de chiffons et de plumes d'autruche, qu'ils ne quittaient qu'à regret, et Tun de ces individus garda le sien jusqu'à ce que le sacristain lui eût commandé de i'ôter.
Je désirais rendre visite à Sichely et à sa tribu, et je partis le 24 avec M. Livingstonepour Chouaney. Nous traversâmes un pays magnifique en quittant la vallée, à travers laquelle serpentait la rivière limpide de la Ngotwani, qui, après avoir coulé vers le nord-est, tombe dans le Limpopo à une soixantaine de milles au-dessous de sa jonction avec la Marigna. La Ngotwani contient difierentes variétés de poissons bonnes à manger, qui offrent aux pêcheurs de grandes ressources. On pèche généralement avec des mouches ou des vers.
Tandis que nous cheminions lentement nous apperçùmes tout d'un coup une nombreuse troupe de buffles occupée à pattre dans la plaine qui nous séparait du vley ; leurs escadrons sombres et imposants couvraient un grand espace de terrain. D'après nos calculs, il devait y avoir là de six à huit cents bêtes. Lorsque je m'en approchai ils me regardèrent pendant un moment avec étonnement; puis toute la troupe, saisie d'une terreur panique, s'élança en même temps en une masse compacte sur les roseaux.
Leur nombre extraordinaire retarda leur fuite, de sorte que je n'eus aucune difiticulté à galoper auprès
d'eux; je désirais tuer le plus beau, mais dans un aussi grand nombre il n'était pas possible de choisir, car, aussitôt que j'en avais remarqué un, il disparaissait parmi ses compagnons. Enfin je fis feu à droite et a gauche sur les buffles, qui, un instant après, gagnèrent lebord des roseaux; là toute la troupe s'arrêta avec la régularité et la précision d'un régiment de cavalerie, et après m'avoir regardé pendant une demi-minute, ilsdescendirenttous tête baisséedanslavallée boueuse: et iin instant après ils avaient complètement disparu. Je vis le s roseaux se pencher devant eux sur ma droite et sur ma gauche, lorsqu'ils s'efforcèrent de traverser la marne ; bientôt ils atteignirent l'autre côté et franchirent la plaine pour rej oindre leurs places fortes dans la forêt. Lorsque les nuages de poussière qu'ils avaient élevés se dissipèrent, je regardai en arrière, et je vis une belle vache tomber morte : un veau blessé se tenait près d'elle, avec sa mère, qui n'avait pas voulu quitter son petit.
le retournai alors auprès deM- Liwingstone, et nous fîmes avancer le chariot pour y charger les buffles. Nous venions de dételer lorsque, abrité derrière un des bœufs, je tuai un wild-beast bleu d'un coup de fusil. Le lendemain, de bonne heure, les hommes qui devaient couper les roseaux arrivèrent, et grande fut leur surprise de voir qu'une aussi bonne provision iemoîna (de chair), leur nourriture favorite, les attendait. Nous ne dételâmes que fort tard à Chouanney :
un messager vint nous souhaiter imméclialement la bienvenue de la partde Sicbely , qui se disait très content de notre arrivée et promettait de venir le lendemain matin déjeuner avec nous.
XÏX
Arrivée au kraal de Siebely. — Fafsears de plaie. — La médeetiM des fusils. — Bakatlas. — Gampl»ellsdorIâ. — - Golesbcrg et Grft* bamsviUe.
Le 26 novembre Sichely arriva de grand matin avec une suite nombreuse. L'extérieur de ce chef prévenait en sa faveur ; il avait des manières polies ^ une* taille de cinq pieds six pouces anglais, et manifestait» des propensions à. Tembonpoint. Il était habillé d'un; beau kaross en peau de léopard, et ses bras et ses jambes étaient ornés d'une profusion d'ornements de cuivre)^ fisibriqués par des tribus qui demeuraient fort loin yenii Test.
88 LÀ VIE àd désert.
Dans la matinée j'accompagnai Sichely à son kraal, qui était situé au milieu de la ville : ses femmes, au nombre de cinq, avaient dressés leurs kraals près du sien. Ils étaient de forme circulaire et bien bâtis ; les murs et les planches étaient enduits d'un mélange d'argile et de fumier, et les toits étaient couverts de longues herbes solidement entrelacées. Chaque kraal était entouré d'une clôture impénétrable de six pieds de haut. La ville était bâtie sur une pente douce, située au bord d'un vallon large et étendu qui était couvert de champs et de jardins entourés de haies de wait-a-bit.
Peu de temps avant mon arrivée, Sichely, ayant appris qu'il se verraitpeut-être attaqué par les Boers émigrés, avait songé tout d'un coup à entourer sa ville d'un mur de pierrequi était maintenant terminé. Il était construit avec des meurtrières à de certains intervalles, pour faire feu sur l'ennemi avec les fusils qu'il comptait acheter des chasseurs et des marchands ambulants.
Je fus dûment présenté aux cinq reines, à qui je rendis visite Tune après Tautre. Ces dames étaient toutes grandes et belles ; elles possédaient un grand assortiment de beaux kàross de différentes espèces, et elles portaient toutes une profusion d'ornements de perles et de fil de cuivre. Sichely prétendait être un habile «faiseur de pluie i et toute sa tribuje regardait comme tel, c'est-à-dire qu'il disait avoir le pou-
voir de faire tomber de la pluie qaaud les champs et les jardins en avaient besoin.
C'est là un. métier reconnu parmi les Béchuanas ; les gens qui en font profession sont vénérés de tous et on leur assigne un pouvoir surnaturel. Comme ils reconnaissefit pour vrai le principe que personne n'est prophète dans son propre pays , ils exercent toujours leur art parmi des tribus éloignées de la leur.
Le lieu de naissance et les premières années de ces faiseurs de pluie sont toujours enveloppés d'un grand mystère , et ils prétendent avoir été subitement créés hommes faits, dans quelque caverne éloignée ou sur le sommet d'une montagne , sans avoir eu à passer par une naissance et uHe enfance ordinaires. Il y a certains de ces nécromanciens qui se font une bien plus grande réputation que leurs confrères ; les plus célèbres sont fort recherchés, et les chefs sur le territoire desquels les orages périodiques n'ont point éclaté les envoient chercher aussitôt.
Ces charmeurs ont diverses manières de se rendre les nuages propices. Celle dont ils se servent le plus souvent est de cueillir quelques feuilles de toutes les différentes espèces d'arbres de la forêt, qu'ils font bouillir dans de grands pots, k petit feu, et, pendant qu'on tue un mouton en lui enfonçant une lemue ou longue aiguille dans le cœur, le faiseur de pluie met en pratique diverses cérémonies absurdes.
Ces gens là s'imagînentqae la vapeur qui s'élève des fcDiiles monte aux nuages et les rend propices : toute la trilHi emploie le reste de la journée en danses qu'on fait durer jusqu'à mîmiit et qui sont accompagnées de chants dont les refrains célèbrent toujours les louanges de la puissance du faiseur de pluie , et se chantent tous en chœur. Mais il arrive souvent que les nuages ne veulent pas se rendre ^ux prières des sorciers et que le blé en herbe périt faute d'eau. Dans ce cas ils ont recours à d'autres manœuvres.
Un grand nombre de jeunes gens sortent dans la campagne et forment un grand cercle, de façon à entourer quelque montagne rocheuse, afin d'avoir la chance de trouver quelque klipspringer. En resserrant alors leur cercle petit h petit comme les highlanders d Ecosse , ils parviennent ordinairement à s'emparer de quelques animaux vivants et leurs cris passent pour attirer la pluie.
Les malheureuses petites antilopes ainsi faites prisonnières sont promenées autour du kraal, tandis que le faiseur de pluie les fait crier en les pinçant. Mais , comme il arrive souvent que toutes ces manœuvres sont inutiles, le faiseur de pluie est quelquefois obligé de se soustraire pendant la nuit à la colère de ses patronsy et alors la tribu envoie à la recherche d'un plus habile.
Lorsque ces sorciers ne peuvent remplir leurs promesses . ils attribuent toujours leur insuccès
à la présence de quelqoe agent mystérieux qui a détruit l'effet de leurs remèdes infallibles ; ils croient encore que l 'ivoire a le pouvoir de chasser la pluie ; aussi pendant rété ib ne le découvrent qu'au coucher du soleil, et mênie alors Tapportent-iis soigneusement enveloppé dans un kaross qnand ils veulent le mon-tm aux marchands.
Je me rappelle m'étre attiré le blâme de toute une tribu en étalant une quantité d'ivoire à midi, et Ton crut fermement que j'avais voulu chasser la piuie. Une autrefois un chef commanda à un missionnaire de retirer tous tes soliveaux du toit de sa maison parce que le faiseuf de pluie prétendait qu'ils l'empêchaient de réussir dans ses enchantements.
Les Griquas, profitant de Tesprit superstitieux des Béchuanas, les trompent souvent. Peu de temps avant mon arrivée, des hommes de cette tribu, qui chassaient dans le territoire de Sichely, se firent donner plusieurs kaross de prix en échange d une petite quantité de soufre qu'ils assuraient être une médecine très -efficace pour les Aisils. Us firent croire k Sictiely qu'il n'avait' qu'à s*en frotter un* peu If» mains avant d'aller à la chasse pour abattre sans peine l'animal qu'il désirerait.
Un jour^ en causant avec le chef, la conversation tomba sur l'habileté au tir, et le roi, se fiant probablement au pouvoir de sa < médecine» , offrit de parier deux beaux kaross contre une grande mesure remplie
de ma poudre; mais il stipula que ses deux frères seraient de la partie.
Tandisque Sichely chargeait son fusil Je me dirigeai vers la caisse de devant mon chariot, et voyant que plusieurs des indigènes m'observaient, je me mis à frotter du soufre sur mes mains ; la nouvelle en fut immédia* tement transmise au chef, qui courut vers moi sans tardei^ et me tapant sur Tépaule me pria de lui donner un peu de ma médecine pour son fusil.
Notre cible consistait en un petit morceau de bois de six pouces de long sur quatre de large , et était placée sur un tronc d'arbre à une distance de cent pas. Sichely fit feu le premier» et naturellement manqua le but ; puis je visai et fendis le bois en deux : on en remit un autre en place, et Sichely et ses frères continuèrent à tirer jusqu'à la nuit, sans réussir aie toucher une seule fois.
Tous ceux qui étaient présents attribuèrent mon succès uniquement à la médecine dont je m'étais servi.
Lorsque M. Livingstone apprit ce qui s'était passé, il en fut fort co ntrarié, car il craignait qu'à Tavenir les indigènes ne le crussent plus lorsqu'il dénoncerait tous les agents surnaturels, du moment qu'ils avaient vu un de ses compatriotes faire usage du souffre.
Je parvins à obtenir plusieurs beaux kaross, de l'ivoire, des plumes d'autruche et différentes choses curieuses et intéressantes , de Sichely et de sa tribu ,
en échange d'autres objets, et, dans Taprès-midi du 24, nous partîmes pour Bakatla.
Le lendemain, dans la soirée, Immense Brute (on se rappelle que c'est le nom d'un de mes chevaux) mourut, et, dans la matinée du 216, nous perdîmes aussi le poney bai.
Le 29 , dans l'après-midi , nous dételâmes k Bakatla. Une bande de Baralongs rendait alors visite à Mosielely pour acheter des peaux. Ces hommes avaient établi leur quartier général à l'ouest de Motis, sur les bords du grand désert de Kalahari. La nuit, un orage épouvantable éclata et la foudre tomba sur le kraal occupé par les étrangers ; l'un d'eux fut tué immédiatement et trois autres souffrirent plus ou moins.
M . Livingstone m'affirma que cet événement causerait de grandes craintes et des inquiétudes sans fin à Mosielely, parce que toutes les tribus le regarderaient comme étant la cause de cet accident. Le lendemain les indigènes accomplirent les cérémonies les plus absurdes afin de purifier le kraal et ceux qui vivaient encore des effets de l'électricité.
Pendant mon séjour à Bakatla je trafiquai beaucoup avec les indigènes, et j'obtins ainsi des kaross et divers articles curieux.
Nous étions au milieu de l'été, et vers midi la chaleur était accablante. De temps en temps des orages accompagnés de pluies abondantes venaient rafrat-
chîr Tair; on les attribuait toujours au pouvoir (tu faiseur de pluie. Tous les soirs, la vallée retentissait de chauts joyeux, et un chant prolongé célébrait les louanges du sorcier.
Avant de quitter Bakatia, Sunday mourut, et, de mes dix chevaux, il ne m'en restait plus que deux.
Afin de ne plus revenir sur ce sujet je dois dire que je parvins à sauver ces d^x bêtes de la maladie en les empêchant de manger de l'herbe et en les enveloppant la nuit dans des couvertures de laine.
Le 1 1 je fis mes adieux au bon M. Livingslone, et, après une course de plusieurs jours, j'arrivai le 2 janvier à Kurnman, où M. Moffat me reçut avec sa bonté ordinaire.
Le lendemain élaitun dimanche, et j'assistai le matin et le soir au service divin dans la grande église, où Ton baptisa seize hommes et femmes qui venaient d'embrasser la religion chrétienne.
C'était la saison des fruits, et les arbres plantés dans les jardins des missionnaires, pliaient sous le poids de pêches, de figues et de pommes délicieuses; les vignes aussi portaient de grosses grappes de raisin noir qui n'était pas encore mûr. Je laissai à Kutuman un des chariots avec son contenu, ainsi que tons mes bœufs , à l'exception de deux avec lesquels je partis pour Honing, dans la soirée du 7, et j'y arrivai de bonne heure le lendemain au matin.
Je quittai Honing le H, dans l'après-midi, et me
LA YIB AU DÉSSRT. 95
remis en marche pour Daniels-Euil. Deux cayernes. remarquables se trouvent entre Honing et Daniels- Kuil ; elles servirent longtemps d'abri à une horde de Bushmans voleurs qui, de leur reixaite, enlevaient le bétail de leurs voisins plus laborieux, les Griquas et les Béchuanas ; mais ces pillards reçurent leur récompense, car, à la iin, leurs ennemis se servirent do feu pour les déloger, et tous ceux qui ne furent pas asphyxiés par la fumée périrent k coups de haches et d'assagais en cherchant à s'échapper.
Lorsque les Bushmans sont poussés à bout, ils dc^ ployent un grand courage et se battent jusqu'à la fin. Dans le courant de Tannée \ 847, un chef béchuana , nommé Àssyabona, envoya un détachement nombreux de sa tribu contre une horde de Bushmans sauvages, dont les vols étaient si audadeux et si considérables qu'ils étaient devenus des objets de terreur pour tous ceux qui demeuraient dans un rayon de cent milles. A cette occasion beaucoup d'entre eux furent atteinte dans une plaine et massacrés.
Un homme déterminé ramassa à la hâte plusieurs carquois remplis de flèches empoisonnées qui avaient appartenu à ses compagnons morts, puis il se réfugia près d'un groupe de rochers ; de cette position il tint tête pendant longtemps k toute l'armée hostile des Béchuanas, dont j1 tua deux hommes sur place et en blessa un grand nombre. Tout en se défendant brarvement, il paraissait sentir qu'il ne lui était pas pos-
sibled'échapper. En effet, tandis quïllançaitnnedeses flèches contre les Béchuanas et qu'il leur reprochait leur lâcheté, un fils de Mahura, chef des Batlapis, le tua d'un coup de fusil dont la balle l'atteignit au front.
Le 40 je quittai Daniels- Kuil, et le 4 â, de bonne heure, je campai à Campbellsdorp » où je trouvai H. Bartlett et le capitaine Cornélius Kok avec une suite nombreuse ; j y découvris aussi mes Hottentots fugitifs , et, eu égard à leur malheureuse condition, je leur payai le montant de leurs gages pour le temps qu'ils avaient été k mon service.
Assez tard dans la soirée du 1 3, au clair de la lune, je dételai bœufs et chevaux sur les rives embeaumées de la rivière la Vaal, et le lendemain, comme heureusement les eaux étaient basses » je traversai le courant sans difficulté. Le 20 je me préparai à traverser la grande branche, mais sans espérer que mes bœufs éreintés pussent me traîner à travers les sables, car je savais que deux Boers, qui avaient £siit le même chemin une heure avant, avaient cru nécessaire d'atteler seize bêtes très-bien portantes à leurs légers chariots.
J'avais deviné juste, car, après avoir excité mes bœufs du fouet et de la voix, ils ne traînèrent le chariot qu'à mi-diemin et là il s'enfonça dans le sable : rien ne put forcer ces animaux à faire un pas de plus. Un Griqua ofirit de me louer deux fortes bêtes.
et, avec leur aide et celle des miennes, j'atteignis enfin Tautrecôté : je campai encore une fois sur les domaines de Sa Majesté. Je me remis en marche pour Golesberg, et j'avançai jusqu'après de minuit: le pays était desséché et aride ; il ne s'y trouvait pas un seul brin d'herbe pour la nourriture de mes bœufs.
Le 21 je laissai le Bushman conduire le chariot^ et je pris les devants sous un ciel torréfiant pour aller à la ferme où j'avais autrefois acheté Prime et Bouteberg. Mon costume consistait en un chapeau de feutre délabré qui avait soutenu l'attaque des épines des bois de wait-a bit, en u^e chemise déchirée et fort poussiéreuse, un pantalon, ou plutôt une culotte, car j'en avais coupé les jambes au-dessus du genou ; ma figure était orné d'une barbe rousse incuite ; en somme, mon aspect ressemblait à celui d'un échappé de Bedlam.
Les habitants de la maison furent effrayés de mon air sauvage, et deux des Boers sortant timidement la tète par la porte entr' ouverte, me crièrent de poser mon fusil. La ferme appartenait à l'un d'eux, et c'était lui qui m'avait vendu les chiens ; mais il ne me reconnut pas, et, prenant pitié de mes jambes , il m'ofirit de me prêter des culottes de cuir.
Je refusai le vêtement et j'entrai dans la maison sans cérémonie : là les enfants me reconnurent à l'instant même comme étant le c Carle-wha-heb-vor- Bowteberg-ha-quoch, > c'est-à-dire l'homme qui avait acheté Bouteberg.