‹ La vie au désert, cinq ans de chasse dans l'intérieur de l'Afrique méridionalChapitre 5 sur 10 · LA TIS AIT BÉSERÏ · texte numérisé non relu

LA TIS AIT BÉSERÏ

tais m'attendre à ce ^e les hyènes et les chacals Feussent dévoré.

Pour éviter cette perte, je me rendis aa 4sanip^ j'y sellai deux dbevaiix et j'alkd avec Marthi, sœvi de tons les chiens qne les natarels tesaient à la main. En arrivant près du vviid-beast, ils voulurent s'échappa* pour courir après les hyènes et les chacals^. Nous écoutâmes en vain pour entendre les ru^ssememts du lion. J'étais persuadé qu'il était mort aussi; j'avançai sans peur vers l'endroit d'où était parti son gémissement. Là, j'eus la satisfaction de voir le magnifique quadrupède étendu an pied d'un arbre.

La balle avait pénétré dans «on ventre, un peu en avant du flanc, avait traversé la longueur et la largeur du corps et lui avait fait une large Mesure à l'épaule. Rien ne peut donner une idée de la beauté de ce majestueuii animal, couché encore chaud à mes pieds. Je fis du feu et je pus contempler avec délice sa belle crinière noire, ses jambes énormes, ses griffes glauques et aiguës, sa parfaite beauté. Je compriis alors que j'avais conquis le plus beau prix que ce va^ monde pût accorder à un chasseur.

J'envoyai chercher des chevaux et un chariot, et nous portâmes le lion au camp, sur le diemin qui conduisait à la source. Ce soir là, avec une seule balle, je tuai encore un vieux rhinocéros noir.

Le 4, dans l'après-midi, je creusai davanti^ mon trou et j'abattis trois rhinocéros, puis enfin un

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pallah, roi d'un troupeau qoi vint se désaltérer.

Le lendemain soir, il ne restait prei?qae plas de viande des deux rhinocéros étendus sur le chemin que le gibier suivait pour se rendre k la fontaine. Cependant je voulus qu'on laissât le troisième rhinocéros fNresque en face du lien où je me tenais caché, dans l'e&poir d'attirer un lion, et, après le coucher du soleil, je descendis avec Kleinboy et deux naturels qui se cachèrent dans un autre trou avec Wolff et Boxer, près h s'élaneer si je blessais un lion.

En arrivant près de la fontaine je dirigeai mes yeux sur les restes du rhinocéros , et , à mon grand élomiemenl, j'aperçtps fe terrain environnant couvert d*é]iormes animaux. Kleinboy prétendait que c'ê- Isient des zèbres ; je ne le contredis point ; mais je ne comprenais pas que des zèbres vinssent cabrioler près d'un rhinocéros mort. J'arraDgeaî donc rapidement mes couvertures, mon oreiller et mes fusils dans !e trou, et m'étendis à terre pour jouir du spectacle intéressant que j'avais devant mot.

Il faisait clair de lune, et je pus apercevoir six Bons vigoureux^ douze ou quinze hyènes et de vmgt à trente chacals entourant et dévorant la carcasse du rhinocéros.

Ces lions étaient très-paisibles, mais les hyènes et les chacals se battaient après chaque bouchée , se chassant les uns les autres , et poussant des cris non interrompus. Les hyènes ne semblaient pas

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avoir peur des lions, quoiqu'elles fuient ordinairement devant eux.

Tobservai qu'elles les suivaient d'une manière peu respectueuse, et paraissaient se réjouir quand un lion s'avançait près de ses camarades pour examiner les morceaux de chair ou les os qu'il traînait plus loin. J'étudiai ce banquet pendant près de trois heures. J'espérais que les lions, après avoir mangé, viendraient boire. Bientôt deux grands rhinocéros blancs et deux noirs parurent devant moi : l'odeur du sang les fit reculer.

À la fin les lions, apparemment satisfaits, s'éloignèrent la tête haute; ils semblaient vouloir se diriger vers la source. Au bout de deux minutes l'un d'eux tourna la tête vers moi : il s'avança, et fut suivi immédiatement par un de ses compagnons, puis quelques secondes après, par les quatre autres. C'était une marche générale; il était évident que tous voulaient apaiser leur soif à une distance de quinze mètres de l'endroit où je me trouvais.

Je saisis mes armes et j'obligeai Kleinboy k rester immobile ; il voulait s'élancer ; je savais par expérience où les lions désiraient boire. Je tins mou fusil à la main et pris la position que je jugeai la meilleure. Les six lions s'avancèrent tranquillement le long de l'élévation rocailleuse ; ils étaient à soixante mètres de moi et s'arrêtèrent quelques instants pour se reconnaître. L'un d'eux allongea ses lourdes

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pattes sur le roc et se coucha; les autres se rapprochèrent de moi. Comme je Tavais pensé, ils venaient boire à leur ancienne place ; trois lapèrent bruyamment l'eau. Kleinboy leva sa vilaine tête; je me tournai doucement pour le faire tenir tranquille. Jexaminai alors encore les lions, et j^acquis la certitude que j'étais découvert.

Une vieille lionne, qui semblait servir de guide, m'avait apperçu la tête levée : les yeux fixés sur moi, elle marchait lentement autour des lèvres de la petite source; dans le désir de cultiver ma connaissance. Je Tempêchai de me contempler davantage, et je pensai aussitôt qu'il était plus prudent de tirer sur elle, surtout avant qu'aucun autre lion m'eût aperçu.

Je la visai donc : elle vit ce mouvement, s'arrêta et me présenta le flanc. Je fis feu; la balle entra par une épaule et sortit par r<autre. La lionne fit encore quelques pas et poussa plusieurs rugissements ; ses corn* pagnons la suivirent. Us étaient enveloppés dans un nuage de poussière; ceux-ci ne s'arrêtèrent que sous les arbres placés derrière moi, à l'exception d'un seul qui regarda en arrière pendant quelques secondes. J'écoutais attentivement pour entendre le cri plaintif qui m'annoncerait la mort de la lionne ; ce ne fut pas en vain : elle poussa bientôt son dernier rugissement. Alors je lâchai Wolf et Boxer et je les suivis pour chercher la victime. Je la trouvai étendue, morte, à vingt mètres du lieu où était tombé le vieux lion

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deux nuits anpaiavant Cétait une vieille lionne draft les dents étaient encore parfaites.

La nuit du 8 nous portâmes nos regards du côté de la fontaine; sans avoir reçu d'ordre Kleinboy tira sur un rhinocéros noir et la balle lui traversa l'é^ paule. Le boxM s'emporta follement et furi^semeiit & travers les arbres et buissons , marchant droit sur le camp et faisant le bmit le pi us affireux ; puis enfin il s'arrêta près des wagois, chancela et tomba mort Je Tapperçus en revenant ; e'était un magnifique &fé^ eimen qui portait trois cornes bien distinctes.

Le \ nous nous dirîge&mes vers Bootlonamy . Noos y arrivâmes au. coucher du soleil ; et le lendemain nous nous mîmes en marche. Noos errâmes peadaul trois jours ; les bestiaux et les chevaux mouraient presque de soif. Nous atteignîmes Moselakose, une fontaine éloigée dans la première diatne de montagnes qui se présenta à nous, et y restâmes jusqu'au 30.

La matinée du 24 était froide. Un grand vent soaf» fiait du sud-ouest. Je me mis en route pour marcher à la fr(mtièrebien avant que l'étoile du matin ne fût visible ; il me tardait an me reposer. Je sortis de mon trsa pour voir quelle espèce de gibier était venue se désaltérer pendant la nuit A mon ^and étonnement je remarquai les traoes d'un énorme âéphant qui devait être venu là qudques heures auparavant. Je revins au camp en toute hâte, où je fis tous les préparatib néessaires pour une excursion de trote jours et je soi-

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Tis les traces avec deux cavaliers et six naturels. Nous parcourûmes cinq mtUes vers Test. L'éléphant avail tm^ à sa nourriture le long de son chemin. Tout à coup nous aperçâmes ranimai ^ la distance de vingt mètres : un arbre touffii nous cachait presque emt irement à sa vue. Les chiens «'élancèrent sur lui : je r«tteignis d'un coup mortel avant qu'il soupçonnât notfe présence-; puis je le poursuivis sur un terrain plus difficile et je l'achevai d'un second •eoup>de fusfl*

G'élaft le chaquième éléphant que je tua;îs depuis mon séjour en Afrique ; je ne parle pas de ceux ^ favais blessés et perdus.

Bans la même journée je vis un magnifique bufBe étendu à terre qui avait pris cette position , espérant ^e nous passerions sans rapercevoîr. En Ecosse les cerfe et les chevreuils se couchent ainsi.

La quantité de buffles dont je découvris les em^ preintes de ce côté de la chatee de montagnes me fit penser qu'il devait y avoir une vaste source sur œ Tersant ; tiar seulement un ou deux buffles étaient n^ nus par hasard boire à la fontaine où j'étais caoïpé. les natife m'assurèrent que j'étaiis dans l'erreur. Mal* ^é leurs assertions je partis avec Kleinboy et le Bush* man. Nous avançâmes d'abord du c6té de l'ouest «I ^*aversâmes les montagnes eu'Suivant une multitude et vallées rocailleuses et de ravina, au-delà desquels nous prtmes un sentier foulé par le gibier. 11 circulait smr une étendue de deux ou trois milles et

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à une belle fontaine qai sortait d'une gorge proronde La terre était encore fratchement remuée en cet endroit par des rhinocéros blancs et noirs, par des buffles, par des vaches sauvages, par des sassaybies, par des koodoos et par des klipspringers, etc. Les cavaliers qui venaient après moi découvrirent aussi, dans la direction de Test, un ravin qui contenait de Teau.

Devant Fouverture d'un autre ravin nous traver-* sàmes des chemins étroits bien battus , ce qui me fit /soupçonner que ce ravin contenait aussi une fontaine, ^uand nous fûmes arrivé à peu près à la moitié de la route du camp, je tuai un élan ; qui avait une belle tète, et était, malgré la saison avancée, dans un trèsbon état.

Sur notre route je tuai encore un bouc koodoo k une distance de deux cents mètres, près de la fontaine; je lui décochai deux balles simultanément. En examijiant les empreintes laissées par le gibier, j'aperçus iout à coup un serpent qui se glissait dans une crevasse du roc placé près de moi. C'était un énorme rep« tile ; et comme je n'avais jamais eu affaire à ses pa- 4reils, j'ignorais les moyens à prendre pour m'en emparer. Je désirais conserver sa peau intacte et ne voulais pas faire usage de ma carabine. Je coupai donc un fort bâton à peu près d une longueur de huit pieds et je commença il l'attaque. Je le saisis par la queue en essayant de lui faire abandonner le lieu où il s'était réfugié : mes efforts furent vains ; loin de là, ii se rai-

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dissait davantage. A la fin je lui lançai une courroie qui le saisit par le milieu du corps , puis Elenboy et moi nous tirâmes énergiquement. Le serpent comprenant qu'il, y allait de sa vie desserra ses replis, montra tout àcoupsatéteetsejetasurnonslagueule béante. Avant que j'eusse pu m'éloiguer il était sorti de son trou.

II s'élança de nouveau, s'avança à environ huit ou dix pieds, et fit claquer ses horribles mâchoires à un pied de mes jambes nues. Je me hâtai de sauter pour éviter sa rencontre, et reprenant la branche verte que j'avais coupée, je revins à la charge. Dans ce moment le reptile se glissait sur le sol cherchant à atteindre le sommet des rocs brisés, où il aurait été k l'abri de mes attaques; mais, avant qu'il y fût parvenu, je lui appliquai deux terribles coups sur la tête.

Il se dirigeait cependant vers un marais d'eau bourbeuse qu'il traversa rapidement : je Tattaquai de nouveau» à la fin pourtant il parut rester immobile. Alors BOUS le pendîmes par le cou aux branches d'un ar« bre ; il semblait mort, et pourtant il s'agitait encore ; lorsque nous le dépouillâmes , il se repliait de tous côtés. Ce serpent avait quatorze pieds.

Dans le voisinage de ces fontaines, je fis une excellente chasse pendant quinze jours. Je veillai la nuit dans différents trous qui me servaient de retraite. Je tuai des buffles, des rhinocéros blancs et noirs, des koodoos , des zèbres et d'autres espèces d'animaux. Une nuit, un horrible serpent, que SJeinboy essaya de

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taer aTec m b&ton, se précipita vers moi et ine la«ça BOtt venin dans l'œil ; je m'approcbai inunédtatemcnt de la fontaine et m'y lavai. Jesoniraîs beaneoop; nais qnand le matin Ait vem j'étaifi gnéri.

Le 46 octoiNre nous parttmeS' pour Sicheiy. Le mleil était brûlant et nous fhnes ane halte. Vers la fin de la journée nous n'avions pas d'ean, et pourtant le pays était convert de traces de lente espèce de gros gibier, en y compreBant même des éléi^nts.

Le 4 7, a|»teii]ie traite de plusieurs raîHes, je me retiottvai encore sur les bords dir Ngotwasi, qui, exeeptô à sa sonnée, était celle année généralement à sec. Henleosement ttsus^ pâmes, en ereosaot, imas proemrer assez d'eaa pour nons tons, hommes et animaux. Les natifs^ chargés du soin des bestiaux, étaient abondamment pourvus de viandes» ils demenrèrenit en arrière, les six chevMx et les douze bosofs qui me restaient ftir^t absente tonte la nuit ; mais je n'étais pa» inquiet ^ cela, cat j'svais cmifiance en rinlelligence des nsr- Incels. Ces gens-là nous rejoignirent: après déjeun^tt; mais ils n'accompagnaient pas les bmij^> dont ils me purent nous donner aucune nouvelle ; ils les croyaient lavee noms. A l'instant même je pris le parti d'expédier deux cavsdiers pour retrouver lears traces.

Le 49 Klrînboy revint sans les bœwfs ; les naturels croyaient «(se les BakalaAtaris les avaient capt»és . et envoyés à Skhely. Le lendemain le chef nous en renvoya six en nous faisant dire que les ai^cs n'a-

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went pas été troavés, mais qu'on, anrait aperça les Mipreintes de leurs pas.

Le 2â AU maJiia je rerms an camp après avoir niviinutilem^t versToues^ les traces d'un troupeau d'éléplumts. Je pris quelipies rafraîchissements, sdlai deux cheTaux; puis avec le fiosbaian bous allâmes sur les bords du Ngotwani pour luer du gibier 4|iieliqtt'il fut Après «voir fait un mille, f aperçus un fieux léopard coocfaé à Tombre dHin bosquel d'arbres ^îneux et paraissant souffrir de l'extrême ««Éatei». Quoique je ne lusse plus qu'à soixante mètiies de hit, 41 A'avaii fias eataidu le, bruit des pas de mon cbc»^ val; îe pensais d'abord que c'était ne Ikmae. )e mis fitAk leireel m'appuyant sur la selle du Vieux^Gi» je lui lançai une balle. 11 se ndeTU, ceomt; pns s'ar- Dlta Sûr le diemîn «pn descendait à la rivière, pour regarder autour de lui. Je lui décockai une seconds AaUe, qui lui traversa la poiitrime et il dûq)arut sur la jîfre. Le tenain était trop dangereax ; je ne le «uivîs |ias. J*expédtai Ruy ter au camp afin qu'il ramen&t tes iidttens. Il revint afvee Wolfet Boxer^ trèsr-id>attus par f ardeur du «oleil. Aussi vainanent voalu^je avair ^eer et les encousager en tirant quelques ^conps de feu : ils ne paraissaient pas disposés à me «eoonder.

A la fin j'abandonnai la partie et crus le léopard .ferdu pour moL Je me retirais, quand j'attendis derfîère iiKH l'aboiement de Wolf* Je revins sur mes pas, 41 le trouvai aux abois avec le léopard, au-dessous de

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Tendroit oii j'avais fait feu. Ce dernier, gravement blessé, avait glissé dans la rivière. Au moment où j'approchais, il sortit de Teau, se raasur Wolf, rabattit, regagna le courant et alla s'abriter sous un épais buisson. Wolf le suivit. Mes autres chiens revinrent après avoir entendu une décharge, et le chassèrent hardiment.

Le léopard se précipita sur eux, et, comme il traversait la rivière pour aller sur loutre rive se cacher BOUS quelque épais ombrage , je lui envoyai une troisième balle du haut de mon cheval. Aussitôt que le léopard eut gagné la terre je lui en envoyai une quatrième <iui l'acheva. Dans ce conflit» comme toujours, le malheureux Alert avait été blessé. Sa tête ensanglantée et sa poitrine, qui portaient encore les marques que la bêle féroce lui avait faites, étaient horribles à voir. Le léopard était un vieux mâle très-beau.

Dans la soirée, j'ordonnai à mes Hottentots d'aller veiller près d'un bel étang, près de la rivière; mais, craignant qu'ils ne désobéissent, je descendis le long de Teau et je rencontrai un vieux butOe accompagné d'une troupe de vaches. Je retendis à terre après avoir tiré deux fois sur lui. Ce buCDe portait les traces des blessures que lui avaient faites les lions.

Lorsque j'eus atteint le bord de l'eau je fis une balte ; la place me parut favorable. J'attachai mes deux chevaux à un arbre près de la rivière. Sur les bords se dressaient plusieurs bosquets formés d'arbres touflos

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qui portaient des épines. Je me préparai une cachette près de là et me couchai pour passer la nuit. Lorsque je me fus reposé quelques instants J'entendis venir un escadron de buffles : ils avancèrent jusqu'aux bosquets situés sur la rive orientale, et se trouvèrent bientôt au-dessous de moi.

Quelques minutes s'écoulèrent, puis les condaoteurs s'aventurèrent à aller boire ; ce fut le signal d'un mouvement général dans le vaste étang. Les buffles avancèrent au galop comme un régiment de cavalerie ; ils faisaient beaucoup de bruit et obscurcissaient l'air d'épais nuages de poussière. Je me décidai à envoyer une balle à l'un d'eux; tous tressaillirent à ce bruit, et, suivant le bord de Teau, ils s'arrêtèrent, en écoutant attentivement. Je savais que le buffle était dangereusement blessé, mais il n'était pas abattu. Quelque temps après je tirai sur un second. Cet animal fut alors grièvement blessé ; mais néanmoins il ne tomba pas non plus immédiatement.

Un peu après j'en visai un troisième. 11 put courir à quarante mètres, et alors il tomba et poussa un gémissement, ce qui engagea un grand nombre de ses camarades à se jeter sur lui dans l'intention de Tachever, car telles sont leurs habitudes brutales. Je me glissai près d'eux et tirai un quatrième coup : un autre buffle sauta à quelques mètres, s'abattit, gémit comme ie premier» et les siens le traitèrent de la même manière.

430 Ik TIB AU DÉSEKT.

Je rampai de nouveau et fis une cinquième décharge ; un troisième buffle alla expirer près de sautres. Quelques moments après , ceux que j'avais épargnés s'éloignèrent. A l'instant j'entendis un bruit de dents qui déchiraient de la chair. Je pensai que c'était une hyène, et je fis feu pour qu'elle s'ébignât , puis impatient d'examiner les têtes des buffles, j'avançai avec les naturels qui m'avaient accompagné.

Nous étions à peine éJoignés de cinq mètres du pre* mier buffle quand je distinguai une masse Jaune étendue près de lui. Nous ne tardâmes pas k entendre la terrible voix d'un lion. Je crus que c'en était fait de moi , quand mon compagnon s'écria c Tao ? > et à l'instant il recula, et commença ^ souffler dans une relique faite en os, qu'il portait à son collier.

Je me retirai aussitôt dans mon trou; mais une fois là la fatigue se fit tellement sentir que je m'endormis; les naturels veillaient dehors à ma sûreté et à la leur. Un peu après minuit on entendit plusieurs autres lions; ils venaient de différents côtés. Celui que nous avions aperçu commença à rugir si fort que les naturels pensèrent qull aurait dû m'éveîHer. Le lion avait soif et suivait la route où se trouvaient les deux chevaux. Je craignis pour eux, quoique cependant j'eusses Tespoir qu'ils avaient mangé assez de chair pour une nuit. Je me recouchai, en prêtant attentivement i'oreilfe. Bientôt j'entendis le • Tao » pousser un rugissement et se précipiter sur un des coursiers qu'il renversa.

Le paumre animal hennit doueement, et tout retomba dans un profond siknoe qui ne dura pas longtemps, car nous perçûmes encore le bruit que faisait le lion en dévorant le bufiBe. U Tint ensuite près de moi, rugissant d'une manièare tncore plus eflfrayante , marchant çà et là et paraissant méditer quelque projet sinistre. Je crus que nous devions prudemment faire dn feu.

Nous rassembl&mes promptement quelipies roseaux desséchés et quelques broussarlles, et nous obtînmes bientôt uneilamme brillante. Le lion n'était pas encore instruit de notre voisinage. Il s'avança pour s'assurer d'où provenait la clarté. Comme il n'y voyait pas assez distinctement du haut de la rive, il descendit dans le lit de la rivière par un sentier foulé par le gibier. Ce sentier était situé h quelques pas de nous ; il arriva à l'instant oà je me rendais en cet endroit pour cbercfaer plus de bois. Jusque-là de grands roseaux m'avaient dérobé à la vue du lion; mais tout d'un c&mf nous sous trouvAmes latce à face.

Ce que je remarquai en premierlieu ce fut le mouvement qu'il fil de. oftté en s'accompagnant de rugissements répétés, involontairement je reculai tout en tremblant, puis je poussai un cri craintif, tel que je ne me rappelle pas en avoir poussé auparavant. Je m^meginai que le lion venait sur moi. Je me trompais ; il avait eu probablement aussi peur que moi et me laissa me retirer.

Nous augmentâmes le tas de bois et entretînmes

tZt LA YIE AU DiSE&T.

un très-grand fen. Jusqu'au-jour les lions ne cessèrent de se régaler près de nous , malgré les récriminations des naturels qui, animés du véritable esprit des Béchuanas, se lamentaient qu*onlaissat perdre tant de chair. Ils ne cessaient de crier et de lancer des brandons allumés aux lions, qui semblaient ne pas s'inquiéter de ce bruit et continuaient leur repas.

Dès qu'il fit jour je me levai et visitai les bufOes. Les trois qui étaient tombés g^ient des vaches belles et vieilles. Deux avaient été en partie dévorées par les lions. Je me rendis ensuite à l'endroit où se trouvaient les. chevaux; le sable qui les entourait portait l'empreinte des pas du lion. Il s'était précipité sur mon Yieux-Gris, mais il s'était contenté dé lui écorcher le dos à travers le cuir de la selle ; les rênes l'avaient peutêtre préservé, ou bien encore le féroce animal en découvrant la maigreur de la bête avait préféré le buffle.

Le 24 nous remontâmes le Ngotwani ; nous nous arrêtâmes près du vaste étang où deux nuits auparavant j'avais tué trois buffles.

Ruy ter et quelques naturels, que j'avais laissés pour surveiller les restes des buffles, racontèrent que toute la nuit ils avaient vu des lions dans le voisinage ; qu'ils s'avançaient hardiment à quelques mètres d'eux, et ne se retiraient que lorsqu ils leur jetaient à la tête des brandons enflammés.

Le 27 au matin, la chaleur était étouffante ; néanmoins je résolus de plier bagage et de partir pour

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Cbouaney. En chemin, la roue de derrière de mon 'Wàggon se détacha, mais heureusement l'axe ne fut pas brisé. Nous atteignîmes Sichely un peu après le coucher du soleil.

Le lendemain le temps était un peu couvert et quelques averses tombèrejit. Dans la soirée le chef viift me voir; il ramenait les quatre bœufs que Je croyais perdus, oâ pour dire vrai, s'était enfin décidé à me lès rendre. ' . - ...

Je continuai lentement mon voyage en passant par ' totlt)kane, Mattito et Campbellsdorp, et j'atteignis la rivière de Vaal le 4 4 novembre. La hauteur des eaux m'obligea de rester là quelques jours.

Le 46 nous essayâmes, Jt diiïérentes reprises , de traverser la rivière, mais nous fûmes obligés d'y renoncer, car nous laissâmes notre waggon le plus lourd au milieu des eaux. Je dormis peu la nuit ; i*avais de graves sujets d'inquiétude, car, si le courant se fût élevé, mon waggon aurait été emporté, et il contenait presque tout ce que je possédais ; j'aurais donc été complètement ruiné.

A. la pointe du jour j'eus la satisfaction de voir que les eaux avaient ^un peu baissé. Après des efforts incroyables et avec l'aide des Griquas et de plusieurs bœurs qui n'étaient pas fatigués, nous retirâmes le lourd waggon hors de l'eau sans qu'il eut éprouvé aucun dommage, et nous le conduisîmes sur le sommet de la c6te élevée.

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