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98 LA VIB AU DÉSBRT.
Le 26 j'entrai dans le rillage de Bolesberg, où j'appris que mes vieux amis avaient été remplacés par un détachement du 45«. Je me rendis tout d'abord à la poste, mais à mon grand désappointement je n'y trouvai point de lettre. Âpres avoir déchargé mcm chariot je le donnai au forgeron pour qu'il y fit les réparations nécessaires.
La grandeur et la beauté deBolesberg étonnèrent fortement mes serviteurs béchuanas, et les évolutioBS des soldats les jetèrent dans des transports de j(He et d'admiration.
Le \^f janvier, après avoir repris M. Kleinboy à mon service, je quittai Colesberg. et le 22 j'arrivai à Grabamstoven , où je fus reçu par te capitaine Hogg, du 7« dragon. Les officiers de ce régiment avaient emmené avec eux d'Angleterre une meute de chiens pour chasser les renards, et tant qu'ils vécurent ils leur furent fort utiles ; mais malheureusement le cU^ mat de l'Afrique méridionale, surtout vers les c&les, convient si peu aux chiens de chasse anglais que, quoiqu'on n'épargnât ni peines, ni dépenses, qu'im en importât constamment d'autres et qu'on élevftt soigneusement les petits nés dans ta colonie, la meute avait diminué de beaucoup et finit par s'éteindre tout à fait.
Départ pour fintérieur. — La citadelle Beanfort. — Chasse aux éléiihaiîts. — Mort d'un éléphant et d'un rhinocéros. — Je quitte le territoire de Bamangwato.
Je séjournai à Grahamstown jusqu'au 7 mars, et, ce}OQr-là, je me mis en route encore une fois pour les forêts éloignées de Tintérieur. Avant de partir, je pris à mon service, en qualité de domestique en chef, un ancien soldat du 91», nommé Georges Martin, bel bomme, qui venait de Haddington ; il avait été fort bien vu dans iM)n régiment, aimait beaucoup les cbevaux, et était habitué à les soigner.
Mes emplettes les plus importantes consistaient en
un fusil à deux coups, de Wrally Richards, et en deux ort beaux chevaux. L'un d'eul[ était un magnifique hongre noir, que j'achetai du capitaine Walpole, du génie, pour 20 livres sterling, somme qui ne représentait pas à beaucoup près sa valeur.
Je nommai ce cheval c Black- Jack* ; pour le caractère et la démarche, il ressemblait à mon regretté Colesberg, et, tout bien considéré, je n'avais jamais monté une plus belle bête. L'autre cheval était gris, et €omme probablement je parlerai de lui à l'avenir sous le nom du c Vieux-Gris, » j 'espère que le lecteur ne le confondra pas avec mon premier cheval de ce nom.
Le9, dansla matinée, j'arrivaiàlacitadelle Beaufort, et le 45 je me remis en marche pour l'intérieur, après avoir acheté quatre chevaux excellents des officiers de la garnison. L'un d'eux était un cheval d'un noir <ie jais, nommé Schwartiand; c'était un des plus beaux chevaux de chasse de toute l'Afrique méridionale, et il comprenait si bien mon désir qu'il s'arrêtait tout court au grand galop quand je désirais faire feu : je n'avais pour qu'à poser la main sur son cou.
À la ferme de MM. Nilson et Blanc j'achetai encore deux autres chevaux , que j'appelai Brown-Jack et Mazeppa, ainsi que deux bœufs et quelques vaches laitières.
J'arrivai à Bolesberg le 2 et j'y restai jusqu'au 9. Je pris là à mon service deux domestiques hottentots
LÀ VIE AU DÉSERT. iO\
nommés Booi etKleinfeld; ce dernier était un de ceux qui m'avaient abandonné à Bootlonamy, et j'ajout»' deux chevaux aux huit que j'avais déjà. Je me vis ainsi à la tête de dix bonnes bêtes jeunes et vigoureuses.
J'achetai aussi un grand nombre de chiens à poil rude et à longues pattes, qui, avec plusieurs lévriers décharnés que les Boers me cédèrent sur ma route, composèrent une meute de vingt chiens connaissant bien leur affaire. '
Nous quittâmes le village, et nous ne nous arrêtâmes que lorsque nous arrivâmes à la rivière Orange, à Roalas-Deift, où nous dételâmes k Tombre d'un bois de saules. Je traversai la rivière à cheval et je m'apperçus qu'elle était trop profonde pour les chariots ; mais je remarquai que les eaux baissaient, et dans la matinée du lendemain elles furent assez basses pour permettre aux chariots de traverser sans mouiller la cargaison.
Je me mis en route alors pour la fontaine des Éléphants, à Massouey, où je désirais arriver au plus tôt. Le \ 5, lorsque je venais d'atteindre le kraal Bastard de Kohama , je re contrai mon ancien domestique CaroUus, qui m'av? t abandonné à Bootlonamy ; il avait vu ses anciens camarades Kleinfeildt et Kleinboy, et il avait résolu de retourner sur ses pas et de rentrer à mon service; je n*en fus pas fâché, car je manquais d'hommes pour l'expédition lointaine que je venais
d'entreprendre. Je rencontrai aussi le capitaine Ârkwright et M. Christie, qui faisaient une excursion pareille à la mienne vers l'intérieur.
Le 15 mai je m'arrêtai à Thouaney, et le 20 je trouvai sur ma route une troupe de neuf éléphants mâles, dont je tuai le plus beau. Ensuite nous avançâmes rapidement vers ma fontaine favorite, k Massaney, et nous y arrivâmes le 29.
Je ressentis un plaisir véritable à revoir cet endroit remarquable que les éléphants fréquentent toujours; deux troupes de femelles et deux vieux mâles s'y étaient abreuvés la veille.
Dans la matinée du \ «' juin je partis sur les traces d'une grande troupe qui était venue à la fontaine la veille. Je montai le cheval blond, mon meilleur cheval de chasse, et j'étais accompagné de Kleinsfeld sur Dreadnougth. Nous fûmes obligés de parcourir plusieurs milles avant d'apercevoir l'imposant escadron.
La troupe était composée de dix éléphants mâles, dont huit n'avaient atteint que les trois quarts de leur croissance ; mais les deux autres éléphants étaient de vieux mâles énormes et de toute beauté. Nous nous arrêtâmes pour laisser boire leschiens, et pendant ce tempslà je fis lentement le tour de la bande pour découvrir lequel était le meilleur. Après avoir passé deux fois devant eux, tous, comme d'un commun accord, tournèrent la tête vers moi, et s'avancèrent lentement à
nue quarantaine de mètres de l'endroit où je me tenais ; ils m'offrirent ainsi une très-bonne occasion de faire mon choix. A la fin pourtant ils m'aperçurent, et, après avoir donné l'alarme, tls se sauvèrent dans la plus grande terreur.
Je galopai k côté d'eux pour prendre une décision définitive ; et mon choix tomba sur le plus gros : mais j'eus une peine extrême à le séparer de ses cania«> rades, dont quelques-uns étaient très- fermes et couraient la queue et la trompe en Tair, en jetant des ms effrayants. Tous mes cbiens étaient partis k droite et à gauche à la poursuite d'autres éléphants, et Dreadnougth arriva près de moi après avoir jeté bas son cavalier qui n'était pas parvenu à le rattraper.
Mon éléphant, en entendant les aboiements des chiens et les sons de trompe de tous côtés, s'arrêta près d'un arbre touffu, la tête haute et tournée vers moi; mais bientôt il me présenta le côté, et je visai alors au défaut de l'épaule. Les chiens, en entendant les coups de fu^^il, accourur^iït à mon secours.
Le conflit devint furieux, et le plus bel éléphant me donna une rude besogne : sa fureur se tourna principalement contre les' chiens , qui ne lui laissèrent pas de repos. De tous les éléphants à qui j avais eu affaire, c'était celui qui avait la vie la plus dure ; je lui envoyai trente-cinq balles dans la région de l'épaule, k une distance de quinze k trente mètres, avant de réussir k l'abattre.
Depuis plusieurs jours les éléphants n'étaient pas venus boire k la fontaine, de sorte que le 5 je me décidai à quitter mon séjour favori de Massouey, et nous nous mimes en marche k une heure de Taprès-midi.
A Bolesberg il y avait de Teau en quantité suffisante pour les chevaux, et j'y rencontrai M utchuisho, avec une bande nombreuse de Béchuanas que Sicomy m'avait envoyés pour me persuader d'aller trafiquer avec lui. Je fis une halte d'une heure après le coucher du soleil, puis je continuai ma route tant que la lune se montra. Je m'arrêtai k Tendroit où j'avais autrefois établi mes quartiers généraux, après avoir fait une marche longue et fort pénible.
Le 6 nous arrivâmes kLesausau, et le soir même je tuai deux vieux rhinocéros noirs, le mâle et la femelle, près de la fontaine, avec celui de mes fusils qui portait six k la livre. Il y avait encore Ik deux autres vieux mâles avec la femelle borelé qui se blottirent pendant trois heures près de moi.
Le 7, Sicomy, que j'avais vu la veille, arriva de bonne heure, et vers le soir il m'acheta de la poudre et du plomb moyennant sept dents d'éléphants. Dès que nous eûmes terminé le marché, il commanda k ses hommes de reprendre les dents et il rejeta la poudre k mes pieds; mais je la lui rendis de la même façon, en jurant que je tirerais sur le premier homme qui oserait toucher k l'ivoire. Dès ce moment il renonça k ses intentions premières.
Le 8 Sicomy r6da autour de mes chariots toute la journée. Tout à coup je vis arriver Arkwriglh et Christie, qui avaient perdu un boeuf et deux chevaux dans des pièges. En courant au secours de leurs coursiers, ils étaient aussi tombés dans un autre trou, qui heureusement n'était point garni du pieu pointu qu'on y plaçait ordinairement pour y empaler le gibier.
Le 9 Sicomy m'apporta de Tivoire et me demanda d'aller à l'endroit où j'avais l'habitude de chasser, en me disant que là il trafiquerait avec moi ; il était évi« dent qu'il désirait ardemment me séparer des miens. Aussi , j'attelai le plus tôt possible et je descendis le large vallon , en' me dirigeant sur le sud , quoique les indigènes déclarassent que je n'y trouverais point d'eau et qu'ils voulussent me faire aller vers le nord. Après avoir parcouru un espace de huit milles, je découvris la demeure des Bakaas , au grand chagrin des Bamangwatos. Je m'y arrêtai pendant la nuit, après avoir envoyé un messager à Sichely, le vieux qbef , pour lui dire que j'étais prêt à trafiquer avec lui. Il arriva le lendemain de bonne heure , accompagné de ses femmes et des chefe : avant midi , j'avais acheté plusieurs défenses d'éléphants , ainsi que deux forts beaux kaross en peau de léopard, etc. J'attelai ensuite, et, en deux heures, je sortis des montagnes de Bamangwato. Je me dirigeai alors vers l'est, à travers une forêt épaisse, ^t je passai la nuit auprès d'une petite fontaine où les che-
vaux ne purent point s'abreuver. Sur notre chemin, nous rencontrâmes en abondance des pallahs qui étaient fort apprivoisés.
Le 1 8, après le déjeuner, je menai mes chevaux boire à Mammaluki. Dans la nuit, «ne panthère vint se piacer à dix mètres de moo feu , et elle tua Braddoch et blessa Wolf, mes deux mii^tUeurs chiiîns de chas&e.
Le 24 je me dirigeai vers le sud et j'atteignis une belle vallée fort large, remplie d'arbres de différentes espèces ; c'était là sans doute une retraite favorite des éléphants, car chaque arbre portait leurs traces.
La fontaine du sud de cette vallée était la plus rer marquable quej'eusse encore vue ; l'eau jaillissait des ouvertures les plus agrestes, formées par des masses de rochers de toutes formes et de toutes les grandeurs. Dans certains endroits ces roches semblaient jetées au hasard; dans d'aotres elles étaient entassées à une hauteur prodigieuse comme par la main d'un géant. Tout le sol près de l'eau était couvert d'une couche de fumier d'éléphant d'un pied de profondeur.
Le 29 j'arrivai à une fontaine appelée Lotlokane; je chassai dans le voisinage et j'abattis de forts beaux éléphants.
Le 13 juillet je me dirigeai vers l'ouest, avec Mollyeon et une vingtaine d'indigènes , sur les traces d'éléphants mâles qui dataient déjk de deux jours , mais , à la tombée de la nuit , nous nous arrêtâmes
sons UB arbre touffu pour y sou^r d'un élan que je tuai et que nous flmes rôtir.
Le lendemain au matin les traces nous menèrent tout droit vers Touest, et nous suivîmes sans nous arrêter les limites du désert jusqu'au coucher du soleil.
Le lendemain dès Taube, nous nous remîmes sur les traces de nos éléphants, et, après les avoir suivis pendant l'espace de dix milles, nous nous aperçûmes qu'ils s'étaient réfugiés dans le désert où les hommes ne pouvaient les atteindre ; aussi abandonnâmes-nous la partie et nous rendîmes-nous à la fontaine où les femmes avaient puisé de l'eau la veille. Là nous vîmes imprimé , dans le sol mou et sablonneux , les traces de quatre éléphants mâles ; ils avaient quitté la fontaine lentement fort, et nous les suivîmes dans l'espoir de les atteindre le jour même.
Au bout de quelque temps nous atteignîmes un pays boisé et nous apperçûmes les éléphants dans la forêt à cent mètres de nous. Deux d'entre eux n'étaient pas encore parvenus à leur croissance, mais les deux autres étaient très-grands; l'un même était immense. Cet éléphant, le plus gros que j'eusse jamais vu, avait malheureusement ses défenses cassées près de la lèvre, aussi je donnai la chasse k son camarade qui portait une paire magnifique au coin de ses lèvres.
Au sixième coup de feu, Tanimal s'arrêta et tomba; je descendis de cheval et courus vers lui : il se releva, alors s'avanga à quelques pas, puis retomba et
408 LA TIE AU DÉSEftT.
rnoonit. Les dents de cel élé^iant étaient les plus belles qae j'ensse jamais encore obtenues ; elles pesaient certainement cent liyres diacnne. C'était un ti'èS'Tienx mile qui avait souvent été blessé avec des assagais. Nous tronvâmes dans son dos les pointes de deax de ces annes.
Le lendemain au point du jour, de l'endroit où j'avais coucbé, je tuai avec une balle à travers !e coeur, un sprîng-book, lancé à la course, à une distance de cent mètres.
Après avoir coupé les cornes d'un rhinocéros noir que je tuai, je me mis en route pour Letlochee et je couchai à Lotlokane, fontaine perpétuelle et abondante.
Le 49, au lever du soleil, je continuai ma route; en gagnant les bords du vaste bassin où se trouve Letlochee, je tuai un koodoo mftie et une girafe que j'abattis d'un seul coup.
Le 24 je quittai Letlochee et m'acheminai vers Lotlokane.
Un des Hottentots m'annonça en chemin qu'il avait trouvé un buffle qu'on lion venait de tuer, et que le roi de la forêt était couché dans les broussailles, à peu de distance, occupé à guetter sa proie. Après avoir sellé trois chevaux, je galopai vers le lion, accompagné de Booi et de Kleinboy, de mon Moore, de Wissiey Richard et de tous mes chiens.
En approchant du cadavre du buffle, qui était étendu
daBS un bois d'épines wait-a-bit, les chiens s'élancèrent à gauche en aboyant, et, immédiatement après, noas entendîmes les rugissements prolongés du lion qui semblait s'avancer précisément vers l'endroit où nous nous tenions. Je tournai la tête pour demander mon cheval de chasse à Eleinboy, mais mes braves serviteurs avaient pris la fuite en entendant les rugissemens. La branche d'un arbre avait fait tomber Booi de cheval avec mon meilleur fusil, tandis cpie Kleinboy, également effrayé, se sauvait avec mon second fusil dans une autre direction.
Au bout de quelques instants je rejoignis Kleinboy à qui je donnai ma malédiction ; et, après avoir changé de cheval et puis avoir pris possession de mon fusil Je m'avançai à la rencontre de mon terrible adversaire.
Je dirai pour lui rendre cette justice, que son aspect était terrible ; toute sa crinière était teinte du sang du buffle, et les rayons du soleil couchant y ajoutaient un éclat qui donnait à l'animal exaspéré un air de férocité extraordinaire. Il s'acheminait vers les montagnes adjacentes et marchait devant les chiens , la queue droite et roide , d'un air de fierté et d'indépendance dont rien ne peut donner une idée. Il n'y avait pas un moment à perdre; aussi je galopai vers lui, et, lorsque je fos arrivé ii une trentaine de mètres, j'arrêtai mon cheval, et, du haut de la selle, je visai au cœur. En se sentant atteint il se retourna, et je lui envoyai une seconde balle un peu au-dessous de la pre- II. 7
IfO LA VIE AU PÊSEAT.
Bière, qni le blessa moneUement. Il fit qaelqnes fês c&avant, pais il tomba mort. C'éftaâ; an vieux lion fort beaa, qui avait très-bieA nettoyé son bufQe, et avait mis la chair à part en tas à quelque distance du caéavre. Chose étonnante, il avait lEait le guet toute la journée pour chasser les vaolours.
Après déjeuner je fis un tour dans la valléeavec Tiitention de chercher des gems-boks-bastards de Tanitre côté des montagnes, et je n'avais encore bii que la moitié du chemin lors<|ue j'apperçus & une distamœ d'environ deux cents mètres, une antilope noire tant désirée, les yeux fixé sur moi. C'était un vieux mile magnifique ; comme j*avais ent^da dire que les chiens attrapaient facilement ces animaux, j'envoyai les miens, qui m'accompagnaient tous, ii l'attaque» et je fis feu pour les encourager. Une demi-minute après ils atteignaient la béte et la forçaient à descen* dre la côte. Le gans-bak traversa la vallée devant moi et monta un petit sentier rude et escarpé dams Us rochers à ma droite» où les chiens ne le suivifail qu'avec peine.
J'espérais entendre les aboiements, mais j'écoidai inutilement. Il m'était impossible de suivre la chasse à cheval ; aussi je galopai vers un point opposé, et j'écoutai avec une anxiâé eroissante, en m'élevant sir mes étriers pour saisir le moindre cri de mes chiens iidètes. Je n'attendis pas longtemps; je les entendûl bientôt dans un vallon éloigné des rochers.
Les battements de mon cœur redoublèrent : ce ne pouvait être que Tantilope noire, et je savais que les chiens ne la quitteraient jamais ; je compris qu'elle m'appartenait. Je fis passer Mazeppa sur d'affreuses masses de rochers adamantins , et j'arrivai enGn à l'endroit où se tenaient mes chiens.
D'épais buissons dérobaient le gibier à ma vue ; je jetai un coup d'œîï par-dessus, et, à mon grand désappointement, je vis en place de l'antilope un grand koodoo noir qui défendait bravement sa vie ; je rabattis à l'aide d^une balle dans le cœur. En me retournant f apperçus une autre antilope noire : Dès que j'eus attaché les chevaux, je me mis en chemin et je grimpai sur les rochers pour la surprendre.
Je pris un peu plus sous le vent ; le Bushman me suivait en tenant Boxer attaché, et je vis enfin la bête sous les arbres à cent mètres de moi. Après m'en être approché d'une dixaine de mètres, je m'étendis par terre pour attendre le moment où elle se déciderait à changer de place, ce qu'elle fit bientôt. Elle eut l'obligeance de s'avancer de quelques pas et de présenter de profil sa tête orné de cornes magnifique* ment courbées, qui touchaient presque k ses hanches. Je fis feu.
La balle lui brisa une des pattes de devant à l'épaule et la fit tomber, mais l'antilope se remit bientôt sur ses jambes et traversa la côte en boitant. Boxer arriva aussitôt, et, en le voyant, l'animal se retourna et
442 Ik YIB AU DÉSERT.
je hii envoyai une seconde balle dans les cAtes. Ansh sit6t elle disparut suivie des chiens. Je courus après elle aussi vite que possible et je la trouvai assise sur la montagne , après avoir fait la moitié de la descente : je l'achevai au moyen d*une balle dans le cœur. C'était une magnifique antilope noire, fort jeune, trës*grasse et dont la chair était excellente.
Le 28 je traversai à pied un terrain rocailleux, et le soir je préparai un bivouac dans la vallée pour y passer la nuit.
Dans la matinée du 4 août je me décidai k quitter le pays de Bamangwato pour retourner à Sichely par Mauchily, et j'y arrivai le 45 ; mais cet endroit était rempli d'indigènes et tout le gibier avait disparu. Je me mis aussitôt en route pour le Lesseby. Lk aussi les indigènes s'étaient assemblés, et je m'acheminai vers Loobie, où je trouvai le crâne d'un très-grand lion, que les indigènes disaient avoir été tué par un autre lion.
Le soir je couchai près d'une source avec Eleinboy. De nombreux animaux vinrent y boire , mais il faisait trop noir pour que je pusse tirer avec certitude, A minuit, un lion et une lionne s'avancèrent à dix mètres de nous avant que nous les eussions aperçus. J'étais à moitié endormi, mais Kleinboy prit à côté de moi le grand fusil et , par un heureux hasard , blessa le lion au cœur. Aussitôt celui-ci bondit en avant à une distance de cinquante mètres, en faisant
entendre d'affreux gémissements , puis il expira. Bientôt après nous entendîmes les hyènes et les chacals dévorer son corps ; et, avant le jour, il n'en restait plus de traces. Au bout de quelque temps,, la lionne vint à la recherche du mile et nous approcha de fort près en faisant entendre d'horribles rugissements. Il y avait de quoi effrayer l'homme le plus brave ; Klein- Jboy perdit complètement courage. J'entendais d'autres lions arriver du côté opposé, et comprenant alors que nous étions en grand danger, je lui permis de faire du feu.
Je continuai k demeurer dans cet endroit jusqu'au 4«r septembre. Je fis une chasse magnifique, et j'abattis de fort beaux échantillons de toutes les diverses espèces de gibier qui fréquentaient le pays.
Je tire, à minait, sm* aa Uab, du trot oîi fétae placé. — 1l«it de mon cinquième éléphant — Les serpents de rochers. — Fia prématui*ée de cinq rhinocéros. — Je rencontre un temUe Mon. — Celcsberg. — Graham's -Town.
Dans raprès-midi dtt 3' septembre je restai encore prfts la fontaine, et, vers le concher du soleil, j'envoyai une balle à travers le corps d'un pallah dont la tête était magnifique, l'ordonnai qpa'on le plaçât à Tentée de mon affût , à côté de Feau, afin d'attirer les lions, et, après souper, je revins près de la fontaine avec Kleinboy et Mollyen. La hine était dans son plein, et nous étions à peine étendus sur la terre depuis quelques instants quand j'entendis vers l'est la
terrible voix d*un lion. Je distinguais aussi les ciis des chacals qui fiaiisaient un festin avec les restes du rhinocéros que j'avais tué. Bientôt un troupeau de zèbres, accompagnés d^é^ans, s'approcha de Teau ; ces animaux étaient trop timides pour venir boire ; ils étaient suivis d'un grand nombre de chiens sauvages. Quand je tirai sur eux, ils s'éloignèrent avec le pallah. Ils essayèrent de revenir une seconde fois ; je fis encore feu et j'en blessai un.
Quelques minutes après, le bruit des pas d'un grand nombre d'animaux se fit entendre ; c'étaient ceux des wild-beasts bleus. Ils avaient très-soif. La femelle qui les conduisait s'avança et se plaça hardiment en face de moi.
Je lui envoyai une balle ; elle courut à soixante mètres sur le talus qui se trouvait derrière nous, et tomba morte. Les autres animaux traversèrent la vallée, et se placèrent sur le terrain élevé qui se trouvait vis-à-vis, abandonnant le corps de leur conductrice aux hyènes et aux chacals.
Quelque temps après, un lion poussa un rugissement ; il se tenait sur un monticule ombragé, à cinquante pas de nous. Ce rugissement fut suivi d'un silence mortel qui dura presque une minute, et, sans même oser respirer, je le surveillai très-attentivement, m'attendant k chaque instant à voir s'approcher le terrible roi des animaux ; mais il était trop rusé pour cela. Avant vu les animaux s'enfuir timidement du
voisinage de la fdtaie ; il fit un circuit pour éviter la source. Quelques minutes après il rugit de nouveau ; puis j'entendis les cris de nombreux chacals qui paraissaient rinviter à traverser la vallée pour venir près du cadavre du wild-beast ; le lion semblait leur répondre» et tout demeura tranquille.
Après avoir prêté attentivement Toreille pendant un quart d'heure , j'entendis des hyènes et des cha^ cals qui abandonnaient derrière moi les restes du wild-beast. Je tournai la tête et j'aperçus un lion fort et majestueux. Sa crinière touchait presque à terre; il était près du cadavre. Il paraissait savoir que je n'étais pas loin de lui. Il baissa la tête, saisit le wild-beast, et l'emporta un peu plus haut sur la colline. Il s'arrêta alors pour reprendre haleine, sans exposer ses c6tés. Avant qu'une minute fut écoulée, il reprit le wild-beast, le traîna à douze mètres plus loin environ, puis releva sa noble tète.
Je n'avais pas de temps à perdre. Il me présentait le flanc droit et se tentait dans une position oblique. Je fis feu. Ma balle atteignit le lion : il tomba. Pendant quelques secondes aucun bruit ne se fit entendre. Tout à coup il poussa un profond gémissement, se releva doucement, rampa lentement jusque sous les arbres, s'y arrêta, et rugit d'une manière plaintive, comme s'il allait expirer. J'avais tout lieu de croire qu'il était mort ou qu'il était près de mourir. Si je n'avais été à sa recherche que le lendemain, je de-