II. il
Il se détourna pour traverser des buissons épineux les plus couverts qu'il pût rencontrer mais ils étaient cependant assez ouverts. En deux minutes les chiens le rejoignirent; il se retourna alors aux abois, et comme j'approchais, sa tête se dirigea de mon côté : il tenait la gueule ouverte et rugissait fièrement, tandis que sa queue s'agitait de côté et d'autre.
En apercevant l'animal féroce mon sang bouillonnait de rage, mes dents claquaient; je lançai mon cheval eu avant. Quand je fus à trente mètres àe lui, je m'écriai : c Tu vas mourir, mon vieux lion 1 1> et plaçant ma carabine sur mon épaule, j'attendis qu'il se retournât. Une seconde après il se plaça dans une position convenable et je lui envoyai une balle à travers l'épaule. 11 tomba sous le coup, puis se releva; je l'achevai en lui lançant une autre balle dans la poitrine. Les naturels avancèrent alors joyeux et émerveillés. J'ordonnai à John de lui couper la tête et les pattes de devant et de les porter aux waggons. Je montai achevai, galopant vers le camp dont j'avais été absent pendant un quart d'heure. Quand les femmes des Bakalaharis surent que le lion qui avait dévoré un homme , était mort, elles dansèrent de plaisir en m'appelant leur père.
Le 6 septembre nous n'avions plus de viande ; je me rendis près de la rivière pour tuer un hippopotame. Bientôt j'en entendis derrière moi un troupeau qui mugissait en s'ébattant dans l'eau : j'avais passé près d'eux sans y faire attention.
Je ne fii«i pas heureux , car j'en blessai six m sept et n'en toai pas un seui. A midi je me rendis près d'un étang que les hippopotames fréquentaient souvent; il était à un mille plus bas que mes waggous. J'en trouvai là «n troupeau d'au moins une trentaine couànés 8Uf (es rocbers au milieu de la rivière ; je tirai sur le plus beau mâle et sur deux magnifiques fe<ttielles et les tuai. Je fus occupé à les préparer une partie de la journée du lendemain, et nous les pendîmes sur des rênes de boeuf attachées entre les ap^ bres. Dans la soirée, beaucoup de Béchuanas de Sé^ Icka vinrent au camp.
Le 8y en revenant près de mes hommes, j'appris que Lion, mon meilleur diien^ avait été dévoré par un crocodile qui fréquentait {^endroit où nous allions chercher de Teau. Ce même jour un de mes chevaux était mort de maladie. Le chasseur africain doit s'atte«idre à ces accidents, qui arrivent continuellement.
Je montai à cheval de bonne heure, et, avec Ic^ hommes de Séléka, nous allâmes à la f echerche des éléphants. Nous traversâmes le Limpopo et suivîmes la direction de Test, à travers la forêt. Là j'eus le mal^ heur de rencontrer dans les montagnes la fameuse mouche c tsetsé, ^ dont la morsure cause une mort certaine aux bcsufs et aux chevaux. C'est le fléau du chasseur ; elle ressemble au taon d'Ecosse, quoique un peu plus petite. Les tsetsés sont très-vives et très^ actives ; elles fondent sur les chevaux par essaims
comme les abeilles, elles volent par centaines» et sucent leur sang. L'animal ainsi mordu dépérit et meurt dans une période qui varie d'une semaine à trois mois.
Le 4 le chef des Boolway, petit homme, quoique très-fort, et d'une physionomie agréable, arriva avec une suite nombreuse.
Après avoir chassé trois ou quatre jours sans succès , je résolus , le 1 4 , par un magnifique clair de lune, de tenter ma bonne chance avec les éléphants près des fontaines. J'emmenai avec moi Carey qui portait sa grosse carabine et je ne pris qu'une arme à cylindre.
Nous traversâmes le Limpopo : je m'aventurai seul en avant pour explorer et me trouvai tout à coup près de deux magnifiques éléphants mâles. Je n'avais ni chiens ni fusils. Je me décidai pourtant à ne pas en perdre un de vue, quoique je fusse monté sur un cheval harassé de fatigue.
Il serait trop long de décrire tous les tours et détours que je fis pour suivre l'animal dans les charges qu'il faisait. Certes je remplis mon devoir et je m'attachai à lui comme un chien à un cerf. J'entrepris ce jour-là ce qu'aucun de mes hommes n'eût osé faire à ma place. A la fin je me sentis tellement épuisé, et je vis mon cheval tellement fatigué, que je compris que ce jeu ne pouvait pas durer plus longtemps.
Cependant on venait à mon aide Carey et Mat-
Là vib au désert. 185
chuisho, avec un grand nombre de naturels, suivaient soigneusement l'empreinte des pas de n^a monture. Le son de ma voix enrouée parvint aux oreilles de Carey et tout de suite il recommanda à ses compagnons d'observer le plus profond silence. II écouta très-attentivement. Mon second hallali fut entendu ; Cooley et Âffriar, deux bons chiens, quittèrent immédiatement la meute pour accourir près de moi.
Ma joie fut extrême quand j'aperçus Cooley. Deux minutes après Carey me présentait son arme et du haut de ma selle je tirai sur Téléphant. Je lui envoyai jusqu'à sept balles dans le cœur; en recevant la dernière il fît une courte charge, demeura tremblant pendant quel« ques secondes, puis tomba en avant sur la poitrine et expira. Les défenses de cet animal répondaient à l'idée que ]e m'étais faite de leur valeur; l'une, comme d'habitude, était plus belle que l'autre; et je n'avais jamais vu les pareilles qu'une seule fois. Je me couchai pour me reposer, et cette nuit-là je fus le plus heureux des mortels.
Le lendemain un de mes chevaux mourut; il avait été mordu par les tsetsés, dans la chaîne de montatagnes qui conduit au sud de la fontaine. La tête et le corps du pauvre animal enflèrent d'une manière horrible avant qu'il ne mourût; ses yeux étaient tellement gonfles qu1l n'y voyait plus et il hennissait pour appeler ses camarades qui étaient près de lui.
Le 47 septembre je me décidai à quitter Séboono
et à aTancfr arec qnelqiies Babdaharà pour me ireivdre près d*«]ie iouce qui, quoique petite, éuûx trè$renooiiDéç. Elle était sîtaée ^ e&Tiro& si^ milles vers le sod-est; ks naturels rappellent la fontaine de c Paapa ». Je trouTai de nombreux sentiers couverts qui y condaisaient, el en avançant je remarquai des traces fraîches d éléphants et de rhinocéros. Je continoai ma route afin dç choisir le meilleur endroit pour creuser un trou afin de nous mettre à Tafifût pendant la nuit. Il ea% été impossible d'empêcher quelques animaux de nous découvrir, car les senUers aboutis-^ saîent tous en cet endroit
Le vent souBlait de l'est ; je me pl^ai doue au sudouest de la fontaine» qui n'a pas plus de vingt mètres de longueur et de dix de largeur. Le c6té ouest est bordé de rochers qui s'élèvent ^ euviron cinq pieds de hauteur; le sommet de ces rochers est de niveau avec la vallée voisine. Là tous les éléphants vieAneut boire, comme s'ils cr^iguaie^tt dç marcher sur les bords boueux qui se trouvent sur les autres ç6té§
de la fontainQ.
Notre affût ét^it à six ou huit mètres des. rocher^; il était construit dans un cercle de buissons si rappro^ chés les ui;is des autres qu'ils formaient presque une hs^ie d'environ trois pieds de haut ; sur le fatte étaient placées de lourdes branches iportes auxquelles nous suspendîmes nos carabines. Le tout était reteAu par de petites bandes d'écprce couvertes d'épiues,
La journée était favorable pour amener le gibier près de nous, le soleil était brûlant, et toute l'après-midi il souffla un vent sec et chaud. Je dis h, Carey que nous étions sûrs de faire une bonne chasse pendant la nuit. J'avais raison, car, saixs aucun doute, nous eûmes la plus belle et la plus étonnante chance dont un homme puisse jamais se réjouir.
Comme nous nous dirigions vers notre cachette, nous vîmes une magnifique girafe mâle, deux jackals» des poules de Guinée, des perdrix, deux ou trois sortes de pigeons, des tourterelles, etune quantité innombrable de petits oiseaux. Ils venaient boire de tous côtés. Quelques minutes après le soleil se coucha, la lune se montra; elle était dans son plein : le ciel était clair, on n'apercevait pas un nuage à. Thorizon.
Quelques instants après notre installation, nous entendîmes les pas d'un animal qui venait du cûté de l'est ; c'était probablement un rhinocéros noir. Il ap-* procha de notre affût jusqu'à près de dix mètres, et nous observa avec ses yeux fins : il avança enfin doucement pour mieux nous voir. Je m'élançai et agitai un long bâton tout en criant, ce qui sembla seulement amuser le c borelé t car il s'arrêta à quatre mètres de nous, en nous menaçant de ses cornes. Il resta ensuite ^ la même place jusqu'à ce que je lui eusse jeté un morceau do bois. Les rhinocéros sont difficiles à mettre en fuite : la meilleure manière c'est de leur lauccr une pierre. Les chasseurs emploient ce moyen
quand ils ne veulent pas décharger leurs armeg Dès que le rhinocéros se fut éloigné quatre éléphants mâles s'avancèrent du côté du sud ; ils marchaient doucement jusqu'à ce qu'ils ne fussent plus qu'à vingt mètres de nous. Le premier fut plus hardi, car il vint à portée de nos lourdes carabines. Il leva sa trompe et nous tirâmes sur lui, en l'atteignant près du cœur. Ma grosse carabine éclata dans les mains de Carey; elle faillit nous tuer tous les deux ; Téléphant parvint à s'échapper, et se retira en toute hâte vers la forêt. Nous nous recouchâmes dans notre trou et n'attendîmes pas longtemps avant d'apercevoir trois magnifiques éléphants mâles qui étaient exactement à la même place où nous avions vu le premier ; ils suivaient le même chemin. Nous fîmes feu ensemble et envoyâmes nos balles au cœur de celui qui nous semblait être le conducteur. Il courut à deux cents mètres, poussa un cri d'agonie et tomba. Un de ses camarades, grand et vieux, avança doucement, avec prudence, et nous pûmes l'observer s'approcher de la fontaine. Il paraissait se méfier même de la terre qui le portait, car, avec sa trompe il sentait et examinait le terrain avant de s'aventurer. Il restait quelquefois cinq minutes au même endroit sans oser bouger.
Enfin, après être allé aux trois côtés de la fontaine et étant apparemment satisfait de l'état dans lequel il trouvait toute chose, il s'avança hardiment sur le rocher silué à l'ouest, vint à six ou sept mètres du ca-
non de nos carabines, se retourna, baissa sa trompe, prit une grande quantité d*eau qu'il jeta sur son dos et sur ses épaules pour se rafraîchir; puis il commença à boire ; il aspirait d& Teau avec sa trompe, et se la versait dans la bouche.
Je me déterminai à lui casser la jambe si c'était possible ; je visai sur ce membre environ au niveau de la partie la plus basse de son corps et je fis feu. Carey tira dans la région du cœur. Je réussis : et au moment où ranimai se retourna sa jambe se rompit en craquant avec bruit. Il était hors d*état de s'échapper. 11 resta ainsi immobile près de la fontaine, et ne fit qu'un vain effort pour se mouvoir.
Lorsque je tirai sur un des autres éléphants, une étincelle tomba sur un amas*de vieux fumier desséché qui se trouvait près de notre kraal et attisée par le vent, elle forma aussitôt un brasier ardent dont les étincelles volaient dans Tair. Bientôt deux éléphants s'avancèrent par le sentier que les autres avaient suivi ; le premier était un jeune mâle qui n'avait pas encore atteint toute sa grosseur, le second un vieux étalon qui portait d'énormes défenses. Ils prirent le même chemin que les précédents, mais semblaient disposés k passer plus loin de nous ; cependant le jeune, en voyant le feu, s'avança jusque là et se mil k le sentir avec sa trompe, se jetant autour, et semblant enchanté de ce spectacle, dont il ne savait que penser.
Son camarade approchait aussi ; il se plaça d'une
490 LA vil AU DiSERT.
manière qui me parut avantageuse ; nous le primes par répaule et déchargeâmes ensemble nos armes* 11 décrivit plusieurs circuits , les oreilles basses : évidemment il était mortellement .blessé. Après cela nous tirâmes encore sur sii autres énormes éléphants mâles qui se heurtèrent avec violence eu fuyant. Un d eux, lorsqu'il reçut la décharge, laissa échapper de sa trompe une grande quantité d'eau, puis il releva cet apendice en Tair, poussa un cri et disparut.
Quand le soleil se leva j'allai chez les Bakalabaris pour examiner les traces des éléphants que j'avais blessés. Quand je m'aperçus que la chasse de la nuit était finie je fus très-ennuyé. Neuf fois encore de magnifiques éléphants mâles vinrent boire ; nous tirâmes huit fois h une distance de six à dix mètres ; deux (ûiiibèrent morts près de la fontaine, m autre eut la jambe cassée et ne put se sauver ; le seul que je {)onsais avoir pu s'échapper était le mâle qui av^it les larges défenses.
Mes conjectures étaient fausses ; dans l'après-midi nous trouvâmes ce superbe éléphant étendu sans vie près de notre kraal ; nos coups avaient porté trèsloin, nous l'avions blessé aux rognons. Nous ue retrouvâmes pas les quatre autres éléphants sur lesquels nous avions tiré. Celui qui avait la jambe cassée avait encore pu faire un mille en quittant la fontaine. Quand nous arrivâmes près de lui il fit d'abord de vaius efforts pqur se sauver, et pour nous atta-
qucr : mais voyant que tout était inutile, il resta ac^ culc contre un arbre, où l'un de mes hommes com^! menca à Tassai 11 ir.
Rien n'était plus curieu:ç que d'observer ses mouvements quand mes hommes placés à vingt mètres d^ distance lui lancèrent des blitons : il ramaç^ait tout çç^ qu'on lui jetait et le renvoyait. Cependant, lorsqu'on en vint à lui jeter du fumier desséché d'éléphai^t, il ço contenta de le septir avec sa trompe. AJa fin je lui tirai quatre coups derrière Téps^ule; son porps gigantesque trembla , il tomba et expira k Tinstant.
Depuis longtemps je pensais qu'au clair d^ Iuuq^ aussi bien que dans la journée, on pouvait chasser les éléphants à cheval et avec des chiens; mais je craignais qu'on ne risquât d'avoir Ips yeux firrachés par les wait-a-bit, e^ puis les éléphaufs pouvaient sq montrer plus actifs ou plus vicieux.
Cependai^t la nuit suivante j'eu fis l'essai et je menai mes chiens dans la forêt sur les traces d'up éléphant qui, après avoir bu à la fontaipe, y était entré. Ils se précipitèrent en avant ; quelques minutes après nous les entendîmes aboyer, puis le bruit que faisait l'éléphant arriva jusqu'à nous ; les chiens le suivaient en se dirigeant vers les montagnes du sud-ouest.
Quand l'énorme quadrupède trouva qu'il ne marchait pas assez vite pour se débarrasser des chiens qui le poursuivaient, il commença à tourner, et chercha à s esquiver dans le fourré. Par moment, il chargeajl;
i9â LA YIB AU DÉSERT.
les chiens. Je le saivis d'aussi près que je pus, criant de toutes mes forces pour exciter mes lévriers, et ceuxci, au son de la voix de leur maître, s'acharnèrent davantage sur Tanimal et le combattirent mieux qu'ils ne l'eussent fait dans le jour. Du haut de mon cheval je tirai mes deux premiers coups ; puis allai près de TéléphantyCt, courant à pied , je lui envoyai, d'une distance de quinze à vingt mètres, deux balles qui le blessèrent mortellement : j'étais couvert par la poussière rouge qu'il prenait avec sa trompe et qu'il faisait voler autour de lui. Enfin il tomba violemment, leva sa tête et ses défenses à une hauteur prodigieuse, se mit sur le côté et expira.
Le lendemain au matin, mes munitions étant épuisées ou près de l'être, j'envoyai Carey au camp afin d'en rapporter de nouvelles. Je vis mon chien Franchinez qui revenait suivi par deux chacals. J'étais sûr qu'en avançant je trouverais du gibier mort. Quand j'eus marché à quelque distance, les chiens accoururent; un moment après j'entendis le bruit d'un grand nombre de pas qui se dirigeaient vers l'endroit où je me trouvais. C'était une troupe de lionceaux accompagnés d'une lionne et ils passèrent près de moi, en précédant les chiens. Ils avaient dévoré un rhinocéros blanc que j'avais tué deux nuits auparavant. A cAté des restes de la victime se trouvait un jeune rhinocéros très-gras.
Le pauvre animal s'imaginait sans doute que sa mère dormait, et ne s'inquiétait pas des lions et des
autres animaux féroces restés près du cadavre peu* dant un jour et deux nuits. Les jeunes rhinocéros demeurent ainsi près de leurs mères longtemps après qu'elles sont mortes.
En réfléchissant à la bonne fortune extraordinaire que j'avais eue la semaine précédente, je ne pouvais m'empêcher de regretter de n'avoir pas pensé plus X6i k poursuivre avec mes chiens les éléphants à cheval pendant la nuit. Si j'avais commencé seulement une semaine plus tftt je me serais emparé de huit ou dix beaux mâles que je savs^s avoir blessés mortellement.
L'ivoire de ces éléphants m'aurait rapporté plus de deux mille livres. Il m'était pénible de penser que plusieurs, si ce n'était tous, iraient crever et pourrir dans la forêt voisine. La seule chance qui me restât pour les retrouver était de guetter les vautours ; mais ces oiseaux, savent très-bien qu'ils ne peuvent percer la peau du plus fort de tous les quadrupèdes, et ils préfèrent rester près des Béchuanas, qui, chaque jour, tuent beaucoup de gibier.
Tout en medésolantde la perte des éléphants blessés, je reconnus que, pendant la dernière semaine, j'avais été plusieurs fois favorisé par le sort. J'avais un grand nombre de dépouilles à ajouter à ma précieuse collection africaine. J'y attachais une si grande importance que quelquefois je négligeais mes intérêts pour cela. Ainsi , quand je tuais un éléphant ordinaire, j'avais rhabitude de me dire : « Ah ! c'est un beau mâle ; ses
défenses valent au moins cinquante guinées chacune (4 (icbellings 6 deniers )a livre). C'est uae bonne journée; ce gain m'aidera à payer leg deux chevaux qui sont morts il y a peu de jours, ou les quatre qui oat été mordus par les tsetsés et que je perdrai dans une semaine ou deux, i Mais, si j'avais tué un éléphant pourvu de défenses d'une taille on d'une beauté extraordinaire, je conservais ces objets pour ajouter à mes trophées de chasse et les estimais bien davantage.
C'est ce qui fait que je me trouvais fort heureux, car j'avais en ma possession les plus belles défenses qu'on pût trouver dans tous ces troupeaux de vieux éléphants qui peut être avaient erré pendant un siècle dans ces forêts immenses.
Les chasses de nuit étant finies le 22, je revins sur mes pas pour me rendre à l'endroit où se trouvaient les éléphants morts, afin d^aider Garey à surveiller ceux qui détachaient l'ivoire et pour les escorter jusqu'aux waggons lorsqu'on y transporterait la chair et la graisse.
De bonne heure dans l'après-midi nous étions tous prêts à partir. Les chefs des Béchuanas , qui avaient préparé les éléphants et les rhinocéros avec l'aide de cinquante hommes, placèrent sur leurs épaules tout ce que nous avions à emporter et nous nous dirigeâmes vers le camp. Carey marchait en tête; monté sur mon cheval, j'étais au milieu , et mes cavaliers formaient Tarrière-garde.
Cette loBgue ligne de sauvages n'ayant aucun vêtement f qui traversaient les labyrintes de la forêt, portant au logis le produit d'une ehasse de plusieurs jouri) formait vraiment un eoup d'œil intéressant et peu oommun. Tous les hommes étaient chargés de quelque chose qui m'appartenait ; quelques-uns menaient les chiens, d'autres portaient les fusils et les munitions qui nous étaient restées, plusieurs trans* portaient des ustensiles de cuisine, des haches, des faux, des seaux, des provisions, des cornes de rhinocéros , des dents d'éléphant et une grande quantité de chair et de graisse.
Nous atteignîmes le Limpopo au coucher du soleil et BOUS le traversâmes immédiatement : tout arriva en bon état. Les jours suivants je fis quelques autres excursions pour me mettre à la recherche des éléphants : et je réussis; mais ces chasses sont trop semblables aux précédentes que j'ai déjà décrites pour que je les raconte. Je ne veux pas courir le risque de fatiguer mes lecteurs.
Le 30 il m'arriva un de ces petits accidents auxquels le^chasseur doit s'attendre dans ces régions. En m'éveillant le matin j'entendis un cri qui m'annonçait que Prince, un excellent chien , avait été dévoré par un crododile. Les sauriens guettaient si bien la moindre proie que je n'eus pas de doute de les voir saisir un des noirs, si nous nous aventurions trop imprudemment.
Le 5 octobre, comme la saison des pluies était finie,
je commençais h ne plas penser à chasser le long du Limpopo ; un jour on l'antre quelque grand fleuve pouvait m'empècher de r^agner le camp et m'obl^ ger à rester inactif pendant plusiears mois. Je désirais aussi, si toutefois cela était possible, préserver un ou deux de mes chevaux de Tattaque des mouches ; le nombre de ceux qui me restaient était maintenant réduit à cinq. Je me décidai donc à retourner au camp.
Sur ma route je trouve les restes d'un énorme éléphant mâle que j'avais tué dans la nuit du 4 6 du mois précédent ; j'avais suivi ses traces à un demi-mille de cette place; ses défenses n'avaient pas été coupées, mais arrachées et probablement volées ; le crâne était parfait, il avait été parfaitement nettoyé par les hyènes, les vautours et les insectes.
Je soupçonnai qu'une tribu de Bakalaharis , qui habitait non loin de Ik, sur le Limpopo, savait ott étaient les défenses ; d'ailleurs il n'y avait pas d'autres naturels dans ce district ; je résolus donc de me rendre dans le village le lendemain au matin de très-bonne heure et de menacer de tuer le chef si les dents ne reparaissaient pas promptement.
Le 6, avant qu'il fit jour, j'ordonnai qu'on sellât quatre chevaux, et, après avoir déjeuné, je traversai le Limpopo en compagnie de Carey, de John et de Piet; nous portions tous des fusils à double ca- Don. Pour nous rendre au village des Bakalaharis
nous descendîmes le courant pendant environ une heure.
Lorsque je découvris les premières huttes, je m'élançai au galop à travers les champs de blé et me trouvai au milieu d'eux avant qu'ils ne soupçonnassent mon approche.
Le chef dont j'avais besoin était sur la place avec la plupart de ses hommes. Je descendis de cheval, je marchai vers l'endroit où ils étaient rassemblés, et m'assis sur la terre selon leur coutume ; puis , prenant du tabac, je leur en offris à tous. Pendant que j'agissais ainsi John et Carey tout armés se tenaient tous les deux près de la sortie du forum.
Je restai silencieux pendant quelques minutes, puis je leur parlai en ces termes :
€ Je suis très-mécontent du chef de ce village. Vous aviez faim , j'ai tué beaucoup de gibier, je vous ai donné de la chair et de la graisse. Je vous ai prévenus que plusieurs de mes éléphants étaient étendus morts et que leurs dents m'étaient précieuses. Vous m'aviez promis de chasser les vautours et de me les rapporter. Je sais que vous êtes allés près d'un de ces animaux. Pourquoi les défenses n'ont-elles pas été apportées à mon camp? Je ne veux pas répandre de sang, mais j'exige que les dents me soient rendues immédiatement. >
Tous se récrièrent à l'instant :
« Les dents sont ici ; attendez un peu , chef des
ftt LA ra xn BisnT.
hflmDii^ bbous. Tlans svobs tu les Tantonrs , nous les arons cachées pmir tous. »
J'étais fWffiantp de ce qqe f entendais , mais je désirafs paraître toaiours très-a colère.
c Je a'oi sais pas doîbs aftensé, répondb^; car TOQS denez me rapporter ces dents , et ne pas me forcer à Tenir les reprendre arec des menaces, »
Le chef enroya cinq oa ax hommes actife pour chercher FiToire.
On me senrit la bîère et la soape des Béchnanas et, une heorc après, les naturels reyinrent chargés des défenses de Téléphant qoej avais perda : elles étaient immenses, très-hien arqnées et presque parfaites. Les Bakaiaharis les avaient enterrées non loin de la carcasse de Téléphant ; ils les auraient sans dooie laissées là tant qoe je n*anrais pas quitté le pays, puis les auraient présentées à leur chef.
Dans Taprès-midi nous empaquetâmes l'ivoire dans le wa^on des bagages. Il y avait cinquante-trois défenses de mâles et dix-sept de femelles.
Le Limpopo. — Les montagnes de Guapsi. — Antilopes noires. — Les pallabs et les chiens sauvages. — Traversée de la rivière de Vaal.
Le 8 octobre, dans la matinée , pous nous mtmes en route et nous quittâmes le village çlesQ^kalah^ris, où nous avions campé pendant près de six sems^ines. Le vieux chef de cette peuplade nous vit partir ^vçç chagrin ; il eut grand' peine ^ retenir ses larmes.
Lorsque j'étais venu , j'avais trouvé ses hommes mourant presque de faim, et, depuis mon arrivée, ils avaient toujours eu plus débonde viande et dégraisse qu'ils n'en pouvaient manger.
J'avais aussi employé les femmes pQur écraser mou
orge et mon blé, je les avais généreusement récompensées en leur donnant des perles dont elles se paraient. Le vieux chef avait lui-même reçu une peau de serpent qui entourait sa tête. En lui disant adieu je ne pus m'empêcher de lui offrir encore des présents.
Nous remontâmes le Limpopo , après avoir parcouru une distance assez grande, et nous trouvâmes ce fleuve très-large. Dans la soirée nous fûmes obligés de faire balte â notre ancien kraal. Je me décidai ii quitter le Limpopo et h explorer, si c'était possible, le pays dans la direction du nord -ouest. La plupart des hommes de Sicomy qui m'accompagnaient ne voulurent me donner aucun renseignement au sujet de Teau et des éléphants; ils répondaient tous à mes questions que je n'en trouverais pas de ce c6té. Ainsi j'étais obligé pour avancer d obéir à ma propre im« pulsion.
Ces misérables Béchuanas affirmaient que nous ne trouverions de l'eau que le lendemain au coucher du soleil La contrée que nous traversâmes était douce et sablonneuse, et la forêt souvent si épaisse que nous étions forcés de nous arrêter et d'employer la hache. Dans la soirée nous fîmes halte au milieu d'une petite vallée que je découvris en suivant* un sentier frayé par les éléphants.
Le 13 nous arrivâmes dans un endroit où il y avait grand nombre de fontaines : elles formaient un ruisseau courant dontTeauétaittrès-pure. La nature, dans
ces parages » devint extrêmement belle ; une vallée très-large, très-boisée , s'étendait au loin au milieu des montagnes et allait finir dans un ravin. Ce district était habité par une grande tribu nommée Moroking. De chaque côté de la fontaine on apercevait leurs champs de blé parfaitement cultivés.
Nous nous arrêtâmes donc, et bientôt après le chef et son peuple vinrent m'exprimer la joie qu ils éprouvaient k me recevoir. Us dépendaient de Sicomy, et, pour des raisons que je ne pus connaître, les naturels de Bamangwato les avaient priés de ne me donner aucune information au sujet des éléphants et de l'eau. Dans la nuit nous fûmes visités par un violent orage, et la pluie tomba en abondance.
Le lendemain au matin je tuai une énorme oie sauvage, au plumage magnifique dont la couleur dominante était le vert foncé, avec des taches blanches sur les côtés et derrière les ailes.
Tandis que je cherchais des oiseaux sur le bord du ruisseau, je faillis mettre le pied sur la queue d'un terrible cobra. Ruyter et moi le tuâmes à coups de bâtons et de pierres.
Comme les naturels persistaient à dire que si nous avancions nous ne trouverions ni eau, ni éléphants, et qu'à cette époque, à cause de la pluie, on ne pouvait plus voyager dans la campagne, je me décidai à retourner sur mes pas. Pendant la nuit nous fîmes halte près de la fontaine que nous avions quittée la
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veille. Sur la roule je tuai dans les bois un très-beau pigeon dont le dos et la queue étaient d un vert tendre, les cuisses oranges, le bec et les pattes d*uQ fouge éclatant.
le 15 nous partttnes efi nous dirigeant vers les montagnes Guapa, où j'avais vu déjà des antilopes noires.
Lejour suivant nous parcourûtnes une vallée bornée par des montagnes grises, et nous rencontrâmes des autruches, des spring-bocks, des zèbres . des gnoos bleus« des girafes , des sangliers, et enfin un vieux c kookama i ou oryx mâle qui avait ''une superbe paire de cornes ; je lui donnai la chasse, mais le perdis bientôt de vue.
La vallée dans laquelle nous avions campé était sèche ; ; nous fîmes donc k la hâte nos préparatifs pour la quitter, ce qui dura une heure ; puis nous tournâmes l'extrémité orientale de celte belle chaine de montagnes, et nous nous arrêtâmes au coucher du soleil près d'une grande fontaine. Tout en cheminant je blessai un rhinocéros noir, mais je ne le tuai pas. Je fis feu sur un autre et le frappai mortellement de deux balles ; il chargea furieusement en avant et tomba bientôt mort dans la poussière.
Le 17 nous suivîmes la direction nord -est trèsprès du pied des montagnes , en cherchant des éléphants. Kous aperçûmes une grande quantité de zèbres, de buffles, qui allaient par troupeaux; chacun
d'eux se composait de trois cents ou cinq cents animaux. Vers le soir nous rencontrâmes une troupe d'éléphants, et, sans beaucoup de peine, je tuai Tun des plus beaux.
En cet endroit je rencontrai aussi la belle antilope noire ; après quelques tentatives infructueuses j'obtins le succès que méritait ma persévérance.
Dans l'après-midi , lorsque j'allai rejoindre mes hommes, j'aperçus sur le versant de la montagne huit ou dix antilopes ; après une marche difficile et pénible je parvins à en abattre deux sur une masse de fragments de roc adamantin. J'étais enchanté de mon triomphe, et je considérais maintenant comme complète ma collection de trophées africains. Il ne me manquait plus que des têtes de blue-boks c (kleen bok), » dereeboks, devaals, d'ourebis et de reilboks, mais ces animaux étaient nombreux dans la colonie et il n'était pas difficile de s'en procurer.
La matinée du 23 était fraîche et brumeuse; le temps était à la pluie, et pourtant, de bonne heure, je quittai les waggons, en emportant quelques provisions avec moi. Je montai sur le penchant de la montagne, dans l'intention de trouver des antilopes. Bientôt, après avoir atteint une assez grande hauteur, j'eus la satisfaction d'en rencontrer un beau troupeau qui paissait auprès des arbres sur un plateau, vers l'est. Pendant quelque temps je marchai comme un vrai montagnard et j'arrivai en rampant près des ai>
tflopes. Je dédia^ead mon arme sur an énorme mâle, an moment oà, dans sa course rapide, il passait près de moi. II fat atteint par la balle et tomba ; mais il se releva aossit6t, et, après une chasse fort longue et trèsbtigante avec mes chiens, j'eas le regret de le perdre.
Je me décidai à faire une expédition dans les montagnes et à chasser vers le nord pendant quelques jours. Je partis donc ayec Ruyter et quatre Béchuanas, emportant ce qui m*était nécessaire pour passer la nuit : des pots, de l'eau, d'autres ustensiles. Au coucher du soleil nous nous étendîmes sous un arbre et je dormis pendant une heure.
A mon réveil je fis mon café au clair de lune, et le lendemain matin, dès que le jour parut, je me dirigai vers le sommet de la montagne, oîi je tuai un koodoo qui devait nous servir de nourriture.
Tout à fait à la base de la montagne se trouvait un kraal isolé. Quand les Bakalaharis entendirent la détonation de ma carabine, portée par l'écho dans leur vallée, ils quittèrent leurs marmites qui étaient sur le feu et accoururent près de mes hommes. Mes Béchuanas les engagèrent à retourner sur leurs pas et à aller dépecer mon koodoo, dont ils apporteraient la chair sous Tombrage d'un arbre qui se trouvait au sommet de la montagne.
Ces indigènes avaient choisi pour demeure un ra* vin tout à fait romantique, situé à environ un mille et f'oruiant un golfe presque impénétrable , au bout
duquel coulait une délicieuse fontaine d'où partait un grand ruisseau d'eau courante. Ce ruisseau serpentait le long des profondeurs ombragées de cet endroit sauvage et caché à tous les yeux. Je demeurai là pendant quelque temps et j'y passai d'heureux jours, me nourrissant de bon gibier, d'os à moelle, de blébéchuana, de bière, de thé, de café, de biscuit, etc. Je me procurais aussi un excellent dessert qui consistait en un délicieux fruit africain nommé c moopooroo ; i ce fruit était à maturité et extrêmement abondant dans ce district ; il a presque la forme et la grosseur d'une olive; quand il est à point il est d'un beau jaune orange. L'arbre qui le porte a des feuilles d'un vert très-foncé.
Le lendemain au matin, de très-bonne heure, je partis avec Ruyter et je trouvai les traces fraîches d'un troupeau d'antilopes noires. Bientôt après je les aperçus près des arbres, h trois cents mètres de nous. Une vieille femelle nous aperçut au moment où nous nous asseyons sur l'herbe. Je rampai en arrière, puis je m'avançai en marchant vers le troupeau. Le terrain était difficile ; je fus donc obligé de parcourir cent cinquante mètres en me traînant sur le ventre. Une prudente antilope, qui remplissait l'office de senti* nelle, m'empêcha d'approcher autant que je l'aurais désiré. Je la tuai avec une balle qui l'atteignit à l'épaule, et j'envoyai aussitôt sa tête au camp pour qu'on la préparât.
206 LA VIE AU DÉSEKt.
Daus la soirée je me trouvai encore près da même troupeau, sur le versant nord de la montagne ; mais ces charmants animaux m'entendirent venir avaot que je fusse instruit de leur présence ; ils se sauvèrent sur un terrain rocailleux, à travers Tépais fourré. Je les suivis de très* près, en m'arrêtant toujours quand ils s'arrêtaient; aussi ne me découvrirent-ils pas. Â la fin pourtant je me trouvai au milieu d'eux. Je pouvais alors tirer sur plusieurs femelles, mais il me fallait le vieux mâle; et cependant, malgré mon adresse , je ne parvins pas à le toucher. Il y avait entre lui et moi une branche qui fit dévier la direction que suivit ma balle et je perdis de vue ce noble animal. Je n'avais donc plus rien à faire qu'à retourner à mon campement et à me reposer de mes fatigues infructueuses.
Le 1 3 au matin je m'acheminai dans la direction du sud-ouest avec Ruyier et un jeune Béchuana. Je fus amplement récompensé du fruit de mes fatigues et de mes travaux k travers ces montagnes agrestes et pierreuses; car, après avoir marché environ un demi-mille et avoir examiné le pays boisé placé audessus de moi , j'eus le plaisir d'apercevoir un magnifique troupeau d'antilopes noires qui paissaient tranquillement à un quart de mille.
Il y avait là sept femelles et un magnifique mâle. De l'endroit même où j'étais placé je pouvais parfaitement distinguer ce superbe spécimen de l'espèce ;
Là \l% AU DÉSERT. 207
ses cornes paraissaient trop grosses pour sa taille ; elles retombaient gracieusement sur se3 épaules, et leur courbe était parfaite.
Je nn'assis pendant quelques minutes pour surveiller leurs mouvements et je les examinai avec joie, te terrain sur lequel elles paissaient était uni. Les femelles avancèrent; il me sembla quelles se dirigeaient vers Tendroit oîi j'étais couché, et j'atten-» dis que Tune d'elles fût à portée de ma carabine. Quand elles eurent fait quelques pas, elles parurent changer d'idée, et, après avoir brouté pendant plusieurs minutes , elles changèrent de chemin et prirent leur course de Test au nord. Dès que je vis que je n'avais rien à faire pour le moment, je battis en retraite et retournai h, la place où je les avais d'abord çiper- Ques.
Là je m'assis encore, et, plein d'impatience, je guettai les mouvements de ces charmantes antilopes africaines. J'étais rempli d'admiration h la vue du magnifique m&le , et je me promis de le tuer alors même qu'il faudrait le poursuivre pendant une année. Les mouvements de l'animal paraissaient très-inquiets ; tandis que ses compagnes paissaient tranquillement il restait en arrière, mordait* dans une touffe d'herbe, puis demeurait un peu sous les arbres, en frottant ses cornes aux branches.
À la fin , les femelles se trouvèrent à cent cinquante mètres de lui , mais il se tenait toujours der*
rière. Le moment était favorable pour m'élancer sur lui, alors que ses vigilantes sentinelles étaient absentes.
Je saisis Toccasion , et , descendant rapidement le côté de la colline rocheuse , je gagnai le terrain uni sur lequel se trouvait le troupeau. L*animal convoité m'était caché par les buissons ; je tâchai cependant de le découvrir avant qu'il pût m'apercevoir.
J'avançai d'un pas ferme ; il était encore éloigné des autres antilopes et ne paraissait plus inquiet. Alors j'ôtai mes souliers, ma ceinture de chasse, j'attendis qu'il baissât la tête, et je tins mes regards fixés sur lui. Je me précipitai promptement en avant; mon cœur palpitait, et il était presque à la portée de mon arme. Encore vingt mètres et je pourrais tirer; il pencha la tête pour brouter de l'herbe ; je profitai du moment; l'espace fut franchi.
Je trouvai un jeune arbre qui m'offrit un excellent abri. L'antilope était devant moi ; je fis feu ; la balle entra très-près de la queue, traversa tout le corps et s'arrêta dans la poitrine. Il chancela environ une seconde, alla à soixante mètres plus loin, s'arrêta, et regarda en arrière pour voir celui qui avait si cruellement troublé son repas du matin. Ma carabine était encore fixée sur lui ; je lui envoyai une seconde balle, et il fut atteint au milieu de l'épaule.
En recevant ce second coup l'animal fit quelques détours et essaya de rejoindre ses compagnes , mais
LA VIB AU DÉ8BRT.
je compris, d'après ses mouvements, que, bien que son pas fût ferme, il ne pouvait aller loin. J'avançai donc tranquillement à la recherche de mes souliers et de ma ceinture de chasse. Après les avoir retrouvés je chargeai de nouveau ma carabine. Le Bushman qui m'avait examiné d'un endroit situé au-dessus de celui où j'étais, vint me rejoindre et me dit que l'antilope mâle n'avait pu courir loin et qu'elle était étendue sous un arbre. Immédiatement après je me rendis au lieu qu'il m'indiqua et je vis l'animal couché à terre ; sa noble tète était toujours levée. Je m'imaginai qu'il était encore vivant, et, comme j'a^vais vu trop souvent mes espérances déçues avec les antilopes blessées, je le visai une troisième fois. Cette charmante bête ne tressaillit pas, car avant que j'eusse tiré elle n'existait déjà plus.
Je fus transporté de plaisir quand je me trouvai près de l'animal et que je pus contempler sa beauté sans pareille : ses cornes étaient énormes, bien placées et d'une grande régularité. Je lui coupai la tête et laissai les hommes porter sa chair au camp. Je marchais en avant, escortant ce trophée obtenu avec tant de peine. Sur mon chemin," en descendant le sentier qui conduit à la fontaine , je trouvai étendu sur la terre mon indomptable Mazeppa, qui ne devait plus se relever; il était à moitié dévoré par les hyènes et les vautours ; la pauvre bête était morte de maladie.
tlO LÀ VIS AU D|$SKT.
Les pertes que j'éprouvai durant cette semaine ne aç bomèreut malheiireuseuieiit p^ts h celle-là : le po? ney que j'avais acheté à mon cousin le colonel Campbell périt, victime des tsefgés; un vigourçui^ bœtif succomba à la maladie ; Fox , nn bon chien , mourut aussi ; trois de ses meilleur^ c^m^ad^ ftv^ient déj^ mystérieusement dispara le jour où j'avt^is chassé l'antilopQ.
Le 4 5 novembre nous quittâmes les monl^gnes de Linguapa. Kapain et s^s Béohuanas partirent pour Bamangwato ; ceux de Séléka allèrent retrouver leur chef, et nous nous dirigeâmes vers le sud-ouest ^^fig de gagner le l.impppo, que nous atteignîmes en moins de trois heures.
Le lendemain, près de la rivière, jei tuai un daim* Dans la soirée, en me promenant sur 1^ borddq Limpopo, je fis feu sur un charmant faon d^ Tespèce des serlomoptiooques, puis sur un pamh m^lç qui avait une très-belle tête.
Le 4 7 je blessai un rbinocéros b|anc , mais je uç le suivis pas. £n retournant s^u c^mp j'^bs^tti^ un§ autruche sur son nid, où se trouvf^ient vingt œufs ; j'envoyai les Bcchu^na^ les chercher et les porter ^ux waggons.
En parcourant la rive je tuai nn $uperbe rhinocéros noir dont je coupai les cornes, et je retournai à ma tente. Un de mes hommes me suivait à pied, car de mes quinze chevaux il ne m'en restait plus qu'un*
LA TI9 AU DiSISRT, SU
Dans le courant de la journée je remarquai des traces fraîches d'enyiron vipgt espèces différentes dQ gros gibier ; j'aperçus aussi des animaux , telp quQ éléphants, rhinocéros à lopguegi cornes, hlancs e| noirs , des hippopotames , des girafes , * des buffles, des wild-rbeasts, des zèbres, des daims, dçs sassaybys , d^s koodoos, des pallahs , des springs* boks , des serolomQotlooques , des sangliers sauvages, des dviker^, d^ ^teinbok^, des lions e( des léopards.
Cette contrée de TAfrique Aourrit Uiie plus grande variété dç gibier que tPUte autre de çettç y^ste partie du monde et peut-être plus qu'aucune autre dans le monde entier; car, outre les espèces qye je viens de nommer, on cite, parmi lès plus communes : le keelton ou rhinocéros à deu^ cornes, les élans, les oryx, l'antilope roûane, l'antilope noire, les hartie-beasts, les klipspringers, et les steinboks gris. Op y trouve aiissi le reisbock , mais pas en abondance.
Le 48, avant qu'il fit jour, nous pous mimes en route en suivant le cours du Limpopo pendant près de trois heures. Dans l'après-midi , Matsaca m'apporta une très-belle peau de léopard et une dent d'éléphant pour me remercier de lui avoir enseigné ^ bien se servir des armes à feu. Je lui en avais expliqué l'emploi de la manière suivante : j'avais pu? vert un livre d'histoire naturelle qui contenait des gravures représentant les principaux quadrupède^.
et placé successivement son doigt sur ceux qu'on trouve le plus communément dans le sud de rÂfrique. Tout en agissant ainsi je répétai quelques phrases absurdes et le frottai avec de la térébenthine. Quand ce manège fut fini je pratiquais quatre petites coupures sur son bras avec une lancette, puis j'y mis de la poudre mêlée de térébenthine. Je lui dis alors que son fusil avait un pouvoir mortel s'il le tenait droit sur chacun des animaux qu'il avait touchés. Le chef et sa suite parurent enchantés et partirent bientôt après, en me remerciant.
Le lendemain nous remontâmes la rivière et nous trouvâmes du gibier en abondance ; je ne comptai pas moins de vingt-deux rhinocéros, dont neuf dans un troupeau ; ils paissaient tous dans une plaine ouverte.
Dans l'après-midi du même jour, en appuyant ma grosse carabine sur le tronc d'un arbre qu'un éléphant avait renversé, je visai un rhinocéros à l'épaule et lui ca^ssai la jambe de devant.
Le 1 2 il tomba beaucoup de pluie pendant toute la journée, et il fut impossible de marcher dans la campagne. Dans l'après-midi nous entendîmes un grand bruit causé par un grand troupeau de pallahs que poursuivaient au moins vingt chiens sauvages. Ils passèrent devant notre camp k environ cent mètres ; au bout de quelques minutes les chiens s'étaient attachés k deux de ces animaux, mais les Béchuanas accoururent et les mirent en fuite. Un de ces ani*
maux franchit en deux bonds successifs une distance de cinquante pieds, quoique le terrain ne fût pas propice, car il était mou et glissant.
Je quittai la montagne des antilopes noires, principalement à cause de Tétat maladif d'une grande partie de mon bétail. Je ne savais à quoi attribuer cela, et ce triste changement avait pour moi une grande importance. Hélas I il n'était que trop évident que les pauvres animaux se mouraient pour avoir été . mordus par les tsetsés. La pluie qui était tombée pendant les trois jours précédents m'en donna la triste certitude; les bestiaux avaient la plus mauvaise apparence; ils étaient sans force, sans énergie, et ne songeaient plus à prendre leur nourriture. Bien que la campagne fUt couverte de riches pâturages, chaque jour ils dépérissaient; les yeux de plusieurs étaient fermés et très-gonflés.
L'aurore du jour suivant se leva radieuse ; nous partîmes donc, quoique le terrain fût mauvais pour voyager. Comme je m'y attendais, mes pauvres bœufs tombèrent avant d'avoir fait trois milles. Plusieurs refusèrent d'avancer et même de se relever.
Je fus donc obligé de détacher un waggon, de le laisser en arrière et de ramener l'autre waggon auquel étaient attelés les bœufs qui pouvaient marcher. Je les envoyai en aide à leurs camarades mourants, afin qu'ils pussent traîner le véhicule. Bientôt après nous être remis en route, une grande pluie tomba qui
9U LA YIR AU DiSlKKT.
continua par intervalles pendant toute la journée.
Le 24 Taverse dura tout le jour. Je fia cependaii^l une courte marche et amenai mes waggona à quelques milles plus loin» sur la douce et riche terre qui borde le Limpopo.
Le lendemain nous fûmes visités par Torag», Rom^ berg, un bœuf indigène, mourut dans la nuit; ii était évident que d'autres succomberaient dans peu de jour^. Déjà la moitié des animaux qui me restaient étaient incapables de rendre le plus léger service. Les grandes pluies qui ne cessaient pas me firent sentir l'importance de mon malheur? car on aurait à peine pu voyager, avec une charge comme la mienne, même si Ton avait eu des bœu6( dans de bonnes con^ ditions.
Je jugeai donc nécessaire en cette occasion d'écrire une lettre à M. Livingstone, le missionnaire résidant à Sichely , pour lui demander de me prêter deux paires de bœufs. J'enfermai ma lettre dans une bouteille que je cachetai» et je renvoyai par deux naturels, en leur recommandant d user de toute la vitesse possible. L'un d'eux était attaché à mon service et se nommait Rama^ chumey ; Taulre, un sujet de Sichely, Séléka. Ils espéraient arriver à Sichely dans l'espace de sept jours.
Pendant quelque temps la pluie continua à tomber en abondance : il était impossible de voyager. Mes bœufs moururent les uns après les autres de la mor-* sure de la tsetsés, aussi n'avançais-je que pénible^
LA tIE AU DÉSBRT. 2l5
ment et fort lentement, l'attendais avec impatience le secours si désiré. A la fin je fus obligé de m*arrêter, car je n'avais plus assez de bœufs pour conduire nn senl waggon. Je fis halte sur une rive très-ombragée du Limpopo, où je fortifiai notre camp au moyen d'une haute haie d*arbres épineux. Au bout de quelques jours tous mes bestiaux avaient péri, à l'exception de deux jeunes bœufs, et j'étais disposé à croire qu'ils survivraient à la fatale morsure des tsetsés.
Le 7 décembre je voulus me procurer du poisson ; je pris donc les hameçons qui m'avaient servi autrefois pour pécher du saumon, et je partis avec un des waggons. Mes fouets ine servaient de cannes à pèche et quelques cordons de ligne. Mon amorce était un morceau de wild-beast, et je la jetai dans un endroit tranquille de la rivière, le surveilliai attentivement le bouchon, qui bientôt commença à remuer. Je ne demeurai pas longtemps à savoir quelle espèce de poisson j'attraperais. Quelques minutes après j'aperçus suspendu à ma ligne un beau poisson, pesant à peu près une livre et qui ressemblait aune carpe. Il avait une large bouche et huit ou dix antennes. Mon Bushman me dit que les Boers qui habitent sur les bords du fleuve Orange mangeaient beaucoup de ces poissons. J'en pris un second que je perdis, et je compris qu'on pouvait faire une bonne pêche dans le Limpopo.
Dans la soirée, Carey et moi nous coupâmes un
arbre à épines, afin d*examiner de près le nid d'un secrétaire.
La cime de cet arbre était large, épaisse et aplatie, et, à cause des terribles épiues qui garnissaient le tronc, il était inaccessible sans Taide de la hache. Quand Farbre fut abattu, je vis tomber hors du nid un jeune secrétaire qui, tout de suite, vomit son dernier repas, qui consistait en quatre lézards de différentes espèces (l'un d'eux était un caméléon), une souris, une cigale et une caille.
Il y avait déjà vingt jours que j'avais envoyé les naturels près du docteur Livingstone pour Tinformer de ma détresse et pour lui demander des secours ; ils auraient déjà dû être de retour, et ce retard me causait les doutes les plus affreux, les plus pénibles appréhensions. Le temps se passait, ma situation devenait déplus en plus mauvaise , mes provisions étaient presque épuisées. Enfin ce secours si impatiemment attendu arriva.
Dans la matinée du 46 j'aperçps tout à coup un naturel à Tair civilisé qui s'approchait de notre camp. II portait une chemise, des pantalons de peau, un bonnet rouge comme celui des matelots, un fusil et une ceinture de chasse.
Dès que je l'aperçus je m'écriai : c Ce sont des naturels de Sichelv ! »
Je ne m'étais pas trompé : M. Livingstone m'envoyait de la manière la plus obligeante des hommes
avec tous ses bœufs d'attelage. J'eus la satisfaction de les voir arriver en bonne santé.
Nous partîmes et voyageâmes heureusement pendant plusieurs jours. Le 26 nous atteignîmes Kolubeng , la nouvelle résidence de Sichely. Le lendemain matin de bonne heure ce chef m'amena deux jeunes bœufs que j'achetai pour une vieille selle et deux livres de poudre.
En arrivant dans le « kraal » de Sichely, j'expédiai des naturels à Bakatla pour chercher les deux paires de bœufs que j'avais laissées à M. Edwards lorsque je me rendais dans Tintérieur. Avec eux nous repartîmes le 3 janvier. Notre route pour Bakatla se dirigeait vers le sud-ouest ; mais, par rapport à la position des montagnes, nous fûmes obligés de faire certains détours.
En cet endroit la campagne est la plus belle que j'aie j'amais vu en Afrique ; elle est magnifique, boisée, remplie de plaines, de vallées, de montagnes de la plus charmante apparence; toutes sont couronnées sur le faite de bois qui s'étendent au loin des deux côtés.
Le 7 nous arrivâmes à Bakatla ; cette ville parait charmante ; elle est entourée de champs bien verts semés de blés. J'y restai quelques jours, c'est-à-dire le temps nécessaire pour me procurer de nouveaux bœufs, puis je marchai en avant. De grand matin, le 4 4, j'atteignis la rivière Molopo. De là je partis pour