‹ La vie au désert, cinq ans de chasse dans l'intérieur de l'Afrique méridionalChapitre 8 sur 10 · IL · texte numérisé non relu

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chercher des reitboks le long des bords couverts de roseaux. J'aperçus tout à coup deux énormes lionnes jaunes , à environ cinquante mètres de moi, sur ma gauche; elles suivaient une ligne parallèle à la mienne. Je m'élançai aussitôt vers elles, et je tirai sur celle qui se trouvait le plus près : je nlavais qu'une balle dans ma carabine. La lionne sur laquelle j'avais fait feu agita la queue, montra les dents et iit entendre Thorrible rugissement que ces animaux féroces poussent lorsqu'ils sont en colère.

L'autre animal, qui semblait mieux instruit qu'elle de la présence d'un homme , se retira dans les roseaux. Au moment xA la lionne avança, je me levai de toute la hauteur de ma taille, je tins ma carabine et mes bras étendus, je redressai hardiment la tête. Cela Tarrêta; elle regarda autour d'elle, remarqua Ruyter qui venait lentement et fit un mouvement en avant en rugissant avec fureur.

Je me voyais exposé à un grand danger ; je sentais que je n'avais qu'une seule chance de salut, qui était de montrer de la fermeté. Je demeurai donc immobile, les yeux fixés sur elle, et lui dis d'un ton décidé et impérieux : « lïolloa I vieille fille , pourquoi vous pressez-vous? Allez donc plus tranquillement. Holloal Holloal * La lionne s'arrêta immédiatement et parut embarrasf^ée; elle cherchait de tous côtés sa camarade : je pensai donc qu'il était prudent de battre en retraite, ce que je fis doucement en lui parlant

toujours. Elle sembla indécise et regardait de mou côté, humant la terre, quand je Taperçus pour la dernière fois. Je tuai un instant après un reitbok et le portai au camp.

Dans la journée nous fiimes assaillis par un violent orage, je pourrais même dire un ouragan, pendant lequel mes bœufs s'éloignèrent ; nous restâmes longtemps sans avoir de leurs nouvelles. Vers midi quelques Béchuanas de Bakatia nous en ramenèrent un : c'était Youngman, c le dernier des Mohicans >. A sa vue mon cœur se serra ; il paraissait épuisé, et il était évident que bientôt les vautours et les hyèpes ne laisseraient que ses os dans \^ plaine.

Quel était ce Youngiqan, quelle était la cause de ' son affaiblissement? C'était 1^ seul qui restât de trente^ bœufs, les meilleurs de cens que j'avais choisis pour parcourir l'intérieur de l'Afrique. Je les avais tous vus dépérir et mourir ; tous me manquèrent lorsque j'eus besoin de leur aide. Deui^ heures après, j'eus la satisfaction d'apercevoir ceus que je croyais perdus; ils avaient été entraînés au loin par de jeunes bœufs que j'avais achetés à Bakalta et qui voulaient rejoindre leurs premiers maîtres*

Nous nous dirigeâmes vers le Meritsane — lieu rendu célèbre par la description qu'en a donnée Harris — et nous le trouvâmes rempli d*eau. Avant d'y arriver je quittai la route tracée par les Kurumans pour les vaggous. Je désirais visiter Mahura, chef de

Ballapis, qui résidait près des sources de la rivière Hart. Le chemin que nous primes est plus court que Tautre, il a l'avantage d'être pratiqué au milieu d'un terrain ferme et couvert d'herbes.

Nous voyageâmes pendant plusieurs jours dans un pays où le gibier abonde. Le S15, nous arrivâmes à Mahura.

Le lendemain Sa Hautesse vint me voir, suivie d'une douzaine de bœufs, et il me dit qu'il avait l'intention de vendre c«s animaux pour de la poudre. Après avoir pris le café, j'offris six livres de poudre pour l'un d'eux, ce qu'il refusa d'un air de dédain. Je désirais ardemment me procurer quelques beaux spécimens des bœufs à longues cornes des Kaliharis, et je savais que Mahura en possédait quelques-uns qu'il avait enlevés aux Bawangketses. Je lui proposai donc un bon prix s'il voulait me les amener. Il me répondit qu'il avait en effet du bétail à grandes cornes, qu'il enverrait chercher deux de ces bœufs à l'un de ses avant-postes, et que je serais effrayé en les regardant.

Le soir même on m'amena ces animaux, qui étaient d'une grandeur démesurée, extraordinaire, et portaient des cornes énormes. La tête de l'un d'eux était magnifique ; les cornes, larges et bien placées, s'élevaient horizontalement à quelque distance en s'éloignant de la tête; leur largeur d'un point à l'autre pouvait être d'environ huit pieds. La tête de ce bœui

était dé couleur fauve ainsi que sou dos. L'autre animal était rouge, ses cornes étaient plus épaisses que celles de son camarade, elles étaient d'une bonne longueur, mais leur courbure n'était pas aussi gracieuse.

Mais ni les unes ni les autres n'étaient aussi épaisses ni aussi belles que celles de mon bœuf rouge Wangketsé et que celles de Rob-Roy, que j'avais laissés avec Fossey : et cependant ces animaux avaient des têtes superbes. Je ne fis pas d'affaires avec Mahura ; il aurait voulu avoir une de mes meilleures carabines, et c'était trop.

Le 27 nous partîmes pour la rivière de Yaal ; nous en étions à un jour et demi de marche. Nous ne nous reposâmes qu'au coucher du soleil.

Le 28, dès l'aurore, nous nous remîmes en route et nous traversâmes de larges plaines. La campagne était couverte de gibier, de zèbres, de wild-beasts, de blesboks et de springboks. Je pus compter cinq ou six mille têtes en m'asseyant pour déjeuner. Bientôt ces animaux prirent l'alarme, les troupeaux se rapprochèrent et s'enfuirent ; quelques minutes après d'autres parurent; toute la plaine fut couverte de quadrupèdes.

Nous aperçûmes aussi, par intervalles, des Bakalaharis ; ils traversaient la plaine, et portaient des parasols de plumes noires d'autruche qu'ils brandissaient en l'air pour presser les animaux effrayés. Ces hommes

devaient avoir de bonnes montures, car ils allaient d*an pas ferme au trot, exactement comme des chiens sauvages, avec cette difiérence seulement que les chiens sauvages galopent. Ces indigènes ne permirent pas au gibier d'avancer beaucoup de mon côté.

Il était évident qu'ils le poussaient vers des pièges. Comme j'étais sans chevaux et que je souffrais beaucoup, eu égard à l'enQure de l'une de mes chevilles^ je ne pouvais les suivre et être témoin de leurs succès. Mon mal augmentait tous les jours. ChesMahura^ j'avais appliqué des sangsues et j'avais obtenu quelque soulagement, mais la quantité que j'avais pesée était trop petite pour que j'qbtinsse une parfaite guérison. Il me fut bientôt impossible de poser mon pied sur la terre.

Le 29 nous repartîmes; au bout de trois heures nous atteignîmes la belle rivière tant désirée de Vaal ; et cependant elle était à redouter. Je dis à redouter, en raison des pluies continuelles qui étaient tombées, et je savais qu'il n'était pas improbable que je fusse obligé de rester plusieurs mois sur ses rives, ùbm pouvoir la traverser, ce qui arrive souvent.

En cette occasion je me trompai heureusement; je trouvai les eaux très-basses, lorsque j'aperçus son lit que je n'avais jamais vu; il était calme, libre de rochers et de larges pierres ; la descente de mon côté était aisée, mais la montée sur l'autre rive était ra-> pide et boueuse. Quelques ondées qui étaient tom-*

bées pendant les deux heures précédentes Tavaienl rendue si glissante, que Je jugeai convenable de relarder le passage jusque dans l'après-midi, lorsque la terre se serait un peu séchée.

En efifet, sur le soir, mes waggons traversèrent sans accidents ; je n'en prenais qu'un à la fois et je le faisais traîner par vingt bœufs.

Nous côtoyâmes ensuite la rivière de Vet, qui a son confluent dans le Yaal, et nous la suivîmes jusqu'à Colesberg. Nous rencontrâmes de nombreux troupeaux du même gibier dont j'ai déjà parlé, et qui fréquentent les confins septentrionaux de la colonie.

Le 20 février je traversai le grand fleuve Orange, et le lendemain nous entrâmes à Colesberg. La plupart de mes amis y étaient encore, et se montrèrent fort joyeux de mon retour.

Je louai quelques vieilles baraques pendant mon séjour à Colesberg, et j'arrangeai mes trophées par ordre. Ce travail me prit quatorze jours; je demeurai encore deux semaines pour me préparer h une autre expédition de chasse.

J'achetai, pour cent livres, un nouveau waggon à M. Ëmslie, un autre troupeau de seize chevaux, une mule, une meute de vingt chiens, puis des bœufs, dans les diflérentes parties de la ville, et j'engageai aussi un cavalier bushman, nommé Bovi.

XXVT

Commencement de tna cinquième et dernière expédition — Massacre de mes chiens. — Une chasse aux buffles. — Mort d*uD crocodile. ~ Combat aYcc uu léopard.

Le 49 mars 4848 je quittai Colesberg avec trois waggons cbien garnis d'hommes et bien approvisionnés » . Je partais pour une cinquième et dernière expédition dans rintérieur. Je fus accompagné par M. Orpen, très-habile chasseur; je lui représentai vainement, sous les couleurs les plus noires, les fatigues et les dangers auxquels on s'expose lorsqu'on chasse les éléphants ; il n'en persista pas moins dans son dessein de m'accompagner. Nous laissâmes la ville vers neuf heures du matin, et nous comment

çâmes notre voyage dans un pays que mes lecteurs doivent maintenant connaître.

Dix jours après avoir quitté Colesberg le gibier devint très-abondant ; quand nous arrivâmes près de la rivière de Vet, j'aperçus, avec étonnement et plaisir, un des spectacles les plus extraordinaires que j'eusse jamais observés durant mes différentes cbasses dans le sud de TÀfrique. A ma droite et à ma gauche, la plaine était couverte par un troupeau de couleur violette de gracieux bles-boks, qui s'étendait sans interruption aussi loin que ma vue pouvait atteindre.

Cette vaste légion couvrait un espace d'environ six cents mètres. Je me dirigeai au galop vers ces animaux, après avoir chargé mes armes, et je parcourus une distance de cent mètres. Je ne réuissis pas à les surprendre. Excité par mon peu de succès, je résolus de les suivre tant qu'il me resterait une balle; je jBs huit ou neuf milles, mes munitions s'épuisèrent, mais je n'avais pas tué un seul blesbok, quoique j'en eusse blessé au moins une douzaine.

Il était temps de retourner sur mes pas« Je rejoignis les waggons juste au moment où ils s'arrêtaient sur les bords de la rivière Vet. J'aurais volontiers consacré un mois à la chasse des blesboks en cet endroit si giboyeux, mais j'avais entendu dire par plusieurs Bastards que les eaux du Yaal étaient très-basses. Je continuai donc ma route au clair de lune^ Nous

entendîmes les lions rugir pour la première fois pen-»' dant cette nuit.

Le 23 avril nous traversâmes le Yaal avec de nombreuses difficultés* Le 35 nous étions arrivés prèii de Mahura. Il fut étonné de nous revoir si t6ti et m'en exprima sa satisfaction.

Depuis plusieurs jours mes bœufs n'étaient pas en bon état; ils allaient de pis en pis» et nous eûmes 1 excessive contrariété de voir que presque tous avaient la langue ou le sabot malade.

Cette découverte dérangeait fort mes projets; je ne connaissais rien à ces deux maladies, et les Hot~ tentots m'assurèrent qu'un bœuf ainsi attaqué avait besoin de plusieurs mois pour se remettre de ces maladies, qui quelquefois étaient mortelles. Dans ces circonstances je jxigeai donc convenable de commencer à acheter des jeunes bœufs à Mahura et aux gens de sa tribu, et je lui fis comprendre mes inten« tions. Ce chef me répondit que ses sujets ne vou^ draient pas m'amener de bœufs, parce que^ à mon dernier passage, ils avaient désiré en échanger et que je ne les avais pas écoutés. Il me promit eepeadant de leur transmettre mes propositions.

Le lendemain, le chef, au lieu de venir nous trou** ver, partit pouf une partie de chasse avec un gradd nombre de Béchoanas. Tous chassaient à la manière écossaise, en se réunisj^ant en rond, moyen qui réussit aux tribus du sud de l'Âfriquei En cette occasion le

tercle fut mal formé, et le gibier passa au travers.

Nos bœufs allaient de plus mal en plus mal ; la plupart étaient boiteux, et tous plus ou moins souffrants. Comme les Béchuanas ne semblaient pas disposés à faire la moindre transaction commerciale avec moi, j'étais menacé de ne pouvoir ni reculer ni avancer.

Le jour suivant, deux heures après notre déjeuner, le chef n'avait pas encore paru, ainsi qu'il Tavait promis. Mon compagnon de voyage et moi nous nous rendîmes donc au palais, pour lui demander ce qu'il avait décidé ; il nous répondit qu'il ne pouvait pas forcer son peuple à m'amener des bœufs, qu'il lui avait fait connaître mon désir, et que maintenant c'était à ses hommes de décider.

Le lendemain, de bonne heure, Mahura vint nous trouver, accompagné de son interprète et de plusieurs de ses sujets. Ils avaient du jeune bétail, et ils voulaient avoir en échange des fusils et des munitions. Après avoir pris le café le chef me parla à part , et, me montrant deux beaux bœufs, il m'annonça que ces animaux étaient à lui, et que si je voulais remplir de poudre la mesure qu'il avait apportée ils seraient k moi.

Quand j'aperçus la mesure de bois , je pensai tout d'abord que le chef voulait exiger un prix exorbitant, mais en la remplissant de poudre je vis qu'elle n'en contenait que dix-huit livr^. Ce n'était pas trop pour

deux bons bœufs, aussi fus-je Irès-conlent de me les procurer. Mahura parut convaincu d'avoir fait un marcbé magnifique, aussi son exemple fut-il vite suivi par tous ceux qui raccompagnaient.

Au coucher du soleil j'avais acheté vingt -deux bœufSy dont vingt étaient en état de travailler. Dans l'après-midi M. Orpem et moi nous allâmes visiter le bétail, que nous laissions nuit et jour dans le Veld. Nous eûmes la satisfaction de trouver les animaux beaucoup mieux portants.

Nous restâmes encore plusieurs jours pour acheter des bœufs ; leur nombre, avec nos chevaux, s'élevait maintenant à cent onze, sans compter les bœufs boiteux, que nous nous déterminâmes à laisser à Mahura.

Le 3 mai, nous nous remîmes en route pour Tintérieur, et nous traversâmes d'immenses plaines ouvertes qui aboutissent au nord delà rivière Hart. Le 5, après avoir beaucoup marché, nous nous arrêtâmes près d'une petite rivière sur un terrain légèrement élevé; l'herbe y était de différentes espèces et très-abondante.

En observant plusieurs vautours qui dirigeaient leur vol vers un fourré à un quart de mille des waggons , je pensai qu'ils y étaient attirés par quelque lion qui dévorait sa proie. J'ordonnai donc qu'on sellât une couple de chevaux , et je me rendis en cet endroit avec un cavalier et environ une douzaine de chiens*

S80 LA ▼» AU DÉBEET.

Mes conjectQies étaient vraies : en passant près d*un fourré au galop, j^eus le plaisir d'apercevoir un lion majestueux, à la crinière noire, qui suivait une ligne parallèle k lamienne ; il était à cent mètres de moi. L'animal était d'une couleur si fonoée qu'à première vue, au milieu des grandes herbes , je le pris pour un wild-beast; l'instant d'après il setottrra vers moi, et je vis sur-le-champ qui il était. J'appelai mes chiens de toutes mes forces et je m'élançai vers lui.

Comme je m*y attendais le lion se réfugia dans l'herbe en hfttant sa marche ; les chiens le poursuivirent courageusement. Du reste, je n'étais pas loin derrière eux et je les excitais par mes cris. Le lion, voyant que nous allions aussi vite que lui , ralentit le pas ; les chiens aboyaient et n'étaient plus qu'à quelques mètres de lui , le pressant des deux côtés. Enfin, quand je Feus dépassé, j'arrêtai mon cheval pour tirer: je cherchai mon cavalier, qui portait ma carabine, et je l'aperçus qui s'approchait doucement: il était pâle et suivait de très-loin.

Le lion regardait de tous côtés ; il se précipita sur Shepherd, l'un de mes diiens favoris, le coucha sous lui pendant plusieurs secondes, et le mordit à un tel point que le pauvre animal ne put se relever.

Quelques instants après il abattit Yexen ; puis, ayant gagné la lisière d'un petit fourré , il s'arrêta sous un épais buisson et s étendit sur la terre pour attendre *notre attaque. Je lançai alors mon cheval

LA TU AU DiBBRTi 981

au galop, et je n'étais plus qu'à douze mètres de lui quand je lui jançai une seule balle qui l'atteignit à l'épaule et coupa les principales artères qui sont près du cœur. Il était mort*

Lorque cet animal féroce reçut le coup» sa tête se pencha vers la terre i il respira convulsivement pendant un moment et expira.

Je missur-le-*champ pied à terre» lui arrachai quelques crins que je cachai sur ma poitrine» et je revins au camp ; j'avais à peine été absent pendant dix mi* nutes.

Nous avançâmes encore au lever soleil , mais» vers dix heures» j'arrêtai mes waggons vers l'endroit oii« l'année précédentCi j'avais essuyé tant d'orages pendant une semaine. Sur notre route je tuai un springbok. Quelques secondes après » Booi s'approcha de moi et me dit que» lorsque j'avais fait feu, il avait remarqué un lion qui levait la tête dans un herbage de la vallée qui se trouvait en face ; je ne le crus pas d'abord» néanmoins je l'envoyai chercher huit chiens» Il pensa que la meute entière vaudrait mieux» il en ramena trente.

Je me dirigeai immédiatement vers l'endroit où l'on supposait que le lion devait être » et » en nous avançant, nous vîmes deux lionnes assises sur l'herbe ; elles rugirent furieusement après nous. Une malencontreuse rangée de roseaux d'environ soixante mètres de longueur et de vingt mètres de largeur se

trouvait entre elles et moi ; devinant le péril auquel elles étaient exposées, elles allèrent se réfugier dans le fourré. Un instant après le plus horrible combat qui se put voir eut lieu , et un affireux massacre de mes meilleurs chiens se fit là sans que je pusse l'empêcher.

Vainement je tournai autour du fourré en essayant d'apercevoir leurs adversaires, ce qui m'aurait mis à même définir ce carnage ; les roseaux étaient si élevés et si épais que je ne pus y parvenir. Quoique les lionnes ne fassent pas très-loin de moi, il m'était impossible de les voir. Enfin l'une sortit du fourré du côté opposé; je tirai du haut de ma selle, et , malgré les mouvements de mon cheval , je la blessai ; elle rentra dans les roseaux en poussant des rugissements de fureur.

Un certain nombre de chiens qui avaient poursuivi un troupeau de wild-beasts revint au milieu de l'herbe ; ils suivaient la trace d'une troisième lionne qui se dirigeait en rugissant sous l'ombrage, dans l'intention de rejoindre ses camarades. Ce fut là pour ma meute le signal d'un coup hardi : elle s'élança à la fois.

Les trois lionnes rencontrèrent mes chiens et les abattirent avec la même facilité que des chats eussent abattu des souris. Pendant quelques minutes nous n'entendîmes que le craquement des roseaux, la voix des lionnes , les aboiements et les gémissements des chiens.

ta nuit mit fin à cette boucherie , et je retournai

au camp navré de remords et de regrets de n'avoir pas rappelé mes pauvres lévriers. Trois des meilleurs avaiebt perdu la vie dans ce combat inégal ; sept ou huit étaient grièvement blessés, et ils exhibaient d'horribles morsures, qui, pour plusieurs, ne se guérirent jamais.

Le lendemain , avant que le jour parût , nous entendîmes le rugissement des lions ; il partait de Test, et, en suivant des traces fraîches, nous remarquâmes bientôt dans un endroit stérile, à deux cents mètres de nous, une forme jaune , que nous comprimes être celle du lion.Nousnous y élançâmes au galop. £n nous apercevant l'animal féroce leva la tête , puis la rabaissa aussitôt dans l'espoir que nous passerions sans faire attention à lui. A vingt mètres plus loin se tenait une magnifique lionne avec deux lionceaux. Lorsque nous arrivâmes ils s'élancèrent tous trois dans le fourré placé à notre droite. Le vieux lion se montra plus poltron que sa compagne et ses petits, et il s'enfuit en toute hâte.

Le gibier ayant ainsi disparu dans ce refuge, je plaçai Booi à l'une des extrémités du fourré pour qu'il le surveillât pendant que j'y pénétrerais par l'autre et que je le parcourrais avec les chiens. Deux fois mes efforts furent inutiles ; une troisième fois les chiens découvrirent la lionne couchée sous un buisson ; je lui tirai deux balles au défaut de l'épaule et il lui fut impossible de se relever. Un autre coup

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ratteignit à l'œil et lai fit sauter la moitié de la cer- Telle. Booi et moi la dépouillâmes , puis nous lui coupâmes la tète avaut de retourner au camp.

Avant laube nous distinguâmes la terrible voix des animaui; elle venait encore de Test. Je me rendis près du fourré où, la veille, j'avais trouvé les lions ; là je découvris les jeunes, dont l'un était disposé à nous livrer bataille. Je le tuai en tirant deux fois sur lui; son camarade s'esquiva; mais les chiens le découvrirent. Quand je fus à proximité, je mis pied à terre, j'écartai les chiens et terminai ses jours en lui logeant une seule balle dans le crâne.

Nos chiens ne cessèrent point d aboyer pendant la nuit; nous pensions que des lions rôdaient autour du camp, et , au jour, nous découvrîmes que nous avions été favorisés par la présence de moins illustres , mais non moins présomptueux visiteurs. Une bande d'audacieuses hyènes était venue près de nos feux; non contentes de dévorer les os qu'elles avaient trouvés, elles avaient mangé la nappe, emporté le couvercle de la cantine et deux larges coussins ; nous eûmes la chance d'en retrouver un en très-mauvais état. Dans quelques années d'ici l'autre sera probablement conservé comme une relique chez les Béchuanas.

Le 1 2 je conduisis mes waggons sur la rive septentrionale du fameux Meritsane. J'eus la satisfaction de voir qu'une partie de la campagne avait été brûlée

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par les Bakalaharis quelques mois auparavant. La pluie qui était tombée pendant la saison avait fait pousser une herbe abondante qui donnait aux plaines ondulantes une charmante apparence de fraîcheur. Ce qui me plaisait le plus, c'est que je savais que le gibier du voisinage devait avoir été attiré en cet en** droit : j'espérais que je rencontrerais , près du Me* ritsane, des élans et autres animaux, comme cela arrive à tous les chasseurs.

Les traces des bufQes, des zëbres^ des wild-beasts^ des hart-beasts et des sassasybys étaient très-nombreuseSy et j'aperçus des troupeaux considérables de ces différentes espèces. Je pris cependant la résolu-» tion de ne pas troubler la campagne, dans la crainte d'effrayer les élans qui pouvaient s'y trouver ; aussi passai-je près de ces animaux sans leur faire aucun mal. Après avoir parcouru plusieurs milles , j'eus le désappointement de m'apercevoir que très^peu d'é' lans fréquentaient ces parages. Je revins au camp après en avoir cherché inutilement.

Je partis le lendemain avec un cavalier, et , après nous être éloignés un peu, j'eus le plaisir d'apercevoir un magnifique troupeau de buffles qui paissaient tranquillement sur la rive opposée du Meritsane. Ce gioier était celui dont j'avais le plus besoin, car nous commencions à manquer de viande. Accompa^ gné de M. Orpen» de deux cavaliers et d'un grand nombre de chiens, nous résolûmes d'attaquer ces

236 LA VIS àu désert.

animaux, et nos projets furent heureusement mis à exécution. Je tuai cinq bufOes et M. Orpen deux, ce qui fit en tout sept têtes.

Après déjeuner deux paires de bœufs rapportèrent aux waggons quatre des buffles les plus gras, et, jusqu'au coucher du soleil, mes hommes furent très-occupés à les couper et à les saler. Dans la soirée je sortis avec ma carabine, avec le désir de trouver un veau que le troupeau avait abandonné dans la matinée. A ma grande surprise, lorsque Tanimal m'aperçut, il me chargea hardiment; mais je tins ma carabine ferme à l'épaule, et, quand il fut à quatre mètres de moi , je l'arrêtai d^ns sa course en lui envoyant une balle au milieu du front.

Trois des buffles que nous avions tués avaient été laissés sur place; je pensais que nous pourrions trouver un lion faisant son repas de l'un d'eux, si nous nous y rendions dès laube. Je partis donc avec un cavalier et une meute de chiens. En approchant du troisième, les vautours que j'aperçus au-dessus de ma tête m'avertirent que je ne trouverais pas le buffle seul; lorsque j^arrivai près de ma victime, je vis à deux cents mètres de moi un énorme lion, rentrant lentement dans le fourré sur le bord de la rivière.

Aussitôt je pressai mon cheval , afin d'éloigner mes chiens de la charogne, et, s'il était possible, de mettre le lion en défense avant qu'il pût gagner un fourré. Nous arrivâmes près de lui juste au moment

OÙ il atteignait un petit massif de roseaux, du milieu duquel il se précipita dans le lit de la rivière, où il se reposa. J'avançai jusqu'à quinze mètres et lui rendis tout mouvement impossible en lui envoyant une balle dans rçpaule. Je descendis ensuite de cheval , jusqu'à douze mètres de lui, et je l'achevai en lui lançant une seconde balle à l'épaule.

Cet animal était un vieux lion noir d'une taille superbe ; ses dents étaient parfaites et son poil magnifique. J'ordonnai à mes hommes de l'écorcher avec le plus grand soin.

Le lendemain nous gagnâmes le Lotlokane.

Dans l'après-midi, animé du désir de tuer un gems-bock, je fis seller mes trois meilleurs chevaux, et je pris la direction du nord , accompagné de deux cavaliers ; je n'emportai qu un fusil à un coup.

Après avoir parcouru quelques milles, j'entrai dans un magnifique parc dont le terrain était uni et orné de bosquets épineux, dont se nourrissaient de nombreux troupeaux de wild-beasts, de zèbres, d'harlebeasts et de springs-boks. Je savais que les élans et les gems-bocks se tiennent ordinairement dans le voisinage de troupeaux d'aulres espèces de gibier. Je résolus donc de m'avancer en demi-cercle près de ces derniers. J'examinai soigneusement le sol pour découvrir des traces des animaux que je désirais trouver. Après avoir fait une course rapide dans cette intention, nous revenions , mes gens et

â38 LA VIB AU DÉSERT.

moi, trafiquillement, lorsque quatre élans se présentèrent devant nous.

Immédiatement nous nous mtmes en chasse. Booi, qui était en avant, sépara le plus beau mâle de ses compagnons et Tattira vers le camp. J'étais près des trois autres et je choisis la meilleure tête; puis, après une chasse pénible, je l'étçndis à terre avec une seule balle qui l'atteignit à Tépaule.

J*allai aider Booi, qui se trouvait à un quart de mille dans la plaine au-dessous de moi. Je me dirigeai vers ranimai avec précaution , et nous réussîmes à l'amener droit aux waggons. Je le tuai de deux coups qui le frappèrent k l'épaule. Je n'avais pas encore de tête d'élan mâle, et c'était là un beau spécimen que je destinais à ma collection.

Nous partîmes pour nous rendre près de Molopo, sur les bords duquel je tuai des antilopes rouanes et des reitboks.

Le^ mai nous atteignîmes le kraal de Sichely, situé sur le Coulonbeng.

Le 34 nous nous remîmes en route, et nous portâmes nos pas vers le Limpopo , où nous parvînmes le i 5 juin.

Le 1 8 la lune était dans son plein ; je traversai la rivière avec MM. Orpen, Carey et plusieurs de mes gens , et nous nous rendîmes à la fontaine de Charibe, où nous espérions faire la chasse aux éléphants pendant la nuit; mais nous avions eu h mal-

LA yiE A0 DÉSERT. 239

heur d*effraycr ceux qui fréquentaient cette fontaine ; ils avaient tous fui ce district. Le 23, en venant de Guapa au camp, j'entendis les cris des éléphants dans plusieurs directions ; je compris quMl devait y avoir non loin de Ih un nombreux troupeau. Je montai sur un grand arbre qui portait des épines, et du fette j'aperçus les dos gris de quelques-uns de ces animaux ; ils dépassaient en hauteur les taillis de la forêt. J'envoyai Bamachumie chercher les chiens; quand ils arrivèrent, je m'avançai pour faire une plus minutieuse inspection.

Le troupeau contenait plus de cent éléphants et était entièrement composé de femelles et de jeunes mâles. Pendant une demi-heure j'essayai d'en choisir un bon. Je rampai jusqu'à quinze mètres d'un beau mftle , à qui j'envoyai une balle au défaut de l'épaule. Mes gens ne lançaient pas mes chiens et ne m'amenaient pas mon cheval; j'allai donc à leur rencontre, et, pendant ce temps, l'éléphant rejoignit ses camarades. Les chiens en attaquèrent un autre et je mis fin à ses jours après une longue chasse. L'animal était à peine tombé que le vieux Mutchuisho vint, avec une trentaine de Bamangwatos, m'en demander la chair.

Le lendemain je tuai un autre éléphant de fort belle taille.

Le 29 je traversai le Macoolwey , et , pendant la route, je chassai à la, tête des waggc^s; je tuai un

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daim mâle et sa femelle, et je mis en fuite une bande de sept ou huit lions qui avaient pour guide un vieux lion d une grosseur extraordinaire. Le jour suivant je menai les waggons près de la Basilika. Là je tuai deux pallahs et une girafe femelle. Nous remisâmes les waggons dans mon ancien camp, mais» comme je remarquai des tsetsés sur mes chevaux, je me déterminai k quitter Séléka le lendemain.

Vers minuit un énorme lion attaqua hardiment le kraat où était le bétail. Il cherchait à passer à travers la haie épaisse et épineuse, et il répandit la terreur parmi les bestiaux, qui fuyaient pêle-mêle. D'un coup de griffe il étendit un excellent bœuf et le tint sous lui. Je fus éveillé par le bruit, et à Tinstant j'ordonnai qu'on lâchât les chiens; Thorrible quadrupède fut mis en fuite. Quant au pauvre bœuf, ses jambes de devant et de derrière avaient été si horriblement lacérées que je fus obligé de le tuer dès le lendemain.

Vers neuf heures du matin je quittai Séléka. Au coucher du soleil je m'arrêtai sur les bords du Limpopo, en face de Guapa.

Je demeurai là plusieurs jours , en faisant d'heureuses excursions avec M. Orpen ; nous traversions souvent la rivière pour chercher des éléphants.

£n revenant de l'une de ces expéditions nous fûmes témoin d'un spectacle qui nous remplit d'horreur. La tribu des Bamalettes, sur le territoire de

laquelle nous chassions, avait été quelques mois auparavant attaquée et mise en fuite par Sicomy ; un grand nombre d'indigènes avaient été massacrés , et ceux qui avaient pu échapper s'étaient réfugiés dans un ravin élevé dans les montagnes,

Nous visitâmes leur ville déserte et la terre sur laquelle ils avaient été poursuivis et tués. Rien n'était plus horrible que d'apercevoir les os blanchis et les crânes de ceux qui avaient péri ; les loups et les chacals s'étaient régalés de leurs cadavres. L'herbe était encore foulée autour de leurs squelettes ; des cheveux, des débris de chair se voyaient çk et là, et le sang était resté visible sur toutes les pierres.

Le 43 je pris la direction du sud en avançant vers Charibe. Dans la soirée les naturels se mirent à assaisonner la chair d'une lionne que j'avais tuée la veille et qui était très-grasse; ils considéraient ce mets comme un excellent manger. Quant k moi, malgré mon appétit et ma faiblesse , car je pouvais à peine marcher, je ne pus me décider à partager leur repas. Je laissai ma cafetière et autres ustensiles nécessaires à M. Orpen ; puis après avoir recouvré un peu de force, je me dirigeai vers la fontaine, où j'eus l'heureuse chance de tuer un pallah.

Le 25 juillet, au lever du soleil, nous descendîmes la rivière en laissant derrière nous trois de mc^ chevaux ; deux étaient morts, le troisième se mourait des morsures des tsetsés. Le lendemain, sur le bord

IL i

de l'eau, nous découvrimes les traces de trois vieux éléphants mâles. Nous les suivîmes pendant cinq milles, et, à la fin, nous arrivâmes dans une campagne tellement ombragée d*acacias qu'il nous fut impossible de les voir davantage.

Après nous être un peu avancés, nous retrouvâmes les traces des éléphants, et, environ une heure avant le coucher du soleil, nous rencontrâmes enfin près de quinze de ces animaux.

Le vent était favorable; ils ne se doutèrent pas de notre approche. Tout en tournant lentement autour d'eux j'essayai de choisir le meilleur; il se tenait à madroite, et ses défenses surpassaient en beauté celles de ses camarades. Je le choisis donc et parvins à l'abattre après un combat très-court , car je ne tirai que cinq fois.

Les défenses de cet énorme animal étaient d'une perfection peu commune; je résolus de conserver tout son crâne , et, dans cette intention, j'envoyai un messager au camp pour qu'il ramenât un waggon. Trois jours s'écoulèrent avant qu'il arrivât ; il lui fallait traverser le Limpopo k plusieurs milles au^ dessus de mon camp. Pendant ce temps je m'occupai à faire cuire les pieds de l'éléphant pour les con-^ server.

En revenant au camp je tuai une très -belle girafe mâle dont je préparai la tête. Pendant plusieurs jours je fis avec succès la chasse aux éléphants

dans les forêts qui couvrent le sol k Test du Lim* popo.

Le 7 nous atteignîmes le village des Bakalaharis» où le pauvre Hendrick avait été entraîné et dévoré par un lion. Je trouvai le village abandonné; il y avait des traces et du fumier d'éléphants à Tendroit où, la saison précédente, les chefs des naturels tenaient conseil.

Le 8 je me dirigeai vers la belle fontaine appelée Seboono^ pour surprendre les éléphants au clair de lune.

Dans la soirée une troupe de vingt-deux girafes visita la fontaine ; puis vinrent des koodoos, des zè« bres et un superbe élan mâle. Je fus surpris de voir ce dernier, car je m'étais toujours figuré que les ani maux de son espèce ne buvaient jamais.

Une heure après la chute du jour, plusieurs rhinocéros parurent, et bientôt après un bruit sourd m'annonça l'approche d'un éléphant. H s'avança; c'était un énorme mâle, qui n'avait qu'une seule défense.

J'eus beaucoup de peine à l'abattre : la forêt était très-ombragée» et il y avait surtout beaucoup d'arbres à épines ; le ciel était chargé de nuages, A la fin cependant l'animal tomba ; il avait eu le corps criblé de vingt-cinq balles.

Le 291 août j'éprouvai le plaisir de compter ma provision d'ivoires, et je m'aperçus que j'avais tué, dans le sud de l'Afrique, cent cinq éléphants de choix.

Comme ces animaux avaient déserté ces parages, nous partîmes le 3 septembre, et nous descendîmes le Limpopo pour nous rendre dans les contrées fréquentées par les hippopotames.

DaDS la soirée, en retournant aux waggons, j'entendis M. Orpen engagé dans un combat avec un énorme hippopotame; il avait épuisé ses munitions. J'attaquai Tanimai à mon tour, et je finis par l'abattre, après lui avoir envoyé sept à huit balles.

Le 5, en descendant la rivière» nous tuâmes sept hippopotames superbes, dont deux étaient des mâles. L'un de ces monstres reçut seize balles dans la tête avant d'expirer. Dans le plus fort du combat, un crocodile d'une grosseur prodigieuse, attiré par le sang, parut tout à coup devant nous et nagea autour de l'hippopotame avec une rage sans pareille : les mouvements réunis des deux amphibies agitaient k un tel point le large courant, que les vagues couvrirent les deux rives. Je tuai le crocodile en lui décochant une seule balle qui l'atteignit au milieu de la tête.

En recevant le coup, le saurien se retourna sur le côté pendant quelques minutes et resta sans mouvement dans cette position à la surface de l'eau, une jambe de devant et une de derrière étendues et tremblant dans l'air comme une grenouille qui se meurt; il exhala ensuite une forte odeur de musc et expira.

Le 17 je fus pris d'une fièvre rhumatismale aiguB qui m'obligea de garder mon lit et qui me fit beau-

coup souffrir. Tandis que j'étais dans ce triste état, M. Orpen, suivi de Présent, rencontra un énorme léopord et lui fit une large blessure. Les naturels accoururent bientôt au camp et annoncèrent que M. Orpen avait été tué par le léopard.

En prenant de plus amples informations, j'appris que mon camarade n'était pas mort, mais qu'il était horriblement mutilé et mordu à la tête et aux bras. Ils avaient hardiment suivi ^ pied les traces du carnassier, les chiens étant derrière au lieu d'aller en avant. Ils s'approchèrent de l'animal sans connaître sa position, et, tout à coup, Orpen l'ayant aperçu le tira et le manqua. Le léopard s'élança alors sur lui, le prit par les épaules, retendit à terre, se coucha sur lui en rugissant, et lacéra affreusement ses mains, ses bras et sa tête.

Au bout de quelques minutes, le sang que perdait l'animal épuisa ses forces ; il roula à quelques pas plus loin, ce qui permit à Orpen de se relever et de s'enfuir. Où étaient le courageux Présent et les autres naturels? on n'en savait rien, mais ce que l'on n'ignora pas, c'est que pas un d'eux ne vint aa secours de l'infortuné Orpen.

J'appris plus tard que, suivant la coutume établie parmi tous les domestiques des colonies, au moment où le léopard s'était élancé, Présent fit une décharge en l'air, puis se jeta à terre en rampant sur la rive, et, sautant dans le courant, avait nagé assez loin

9i6 LA VIE AU DBSERT.

avant d'oser s'aventurer de nouveau sur la terre ferme. Les naturels, quoique nombreu^ii et tous armés, avaient lui d'un autre c6té«

voyage dii Llmpopo au Ngotwani ^t retour. ^ Le kraal de Si* cbely. -- Fio de la cinquième expédition. — Noyade de plu» sieurs hommes — Conclusion.

M« Orpen el moi nous étiong déaormaig condamnés an repos, lui par suite de ses blessures qui étaient nombreuses et dangereuses» et moi par la fièvre : je ne me rétablissais» en effet, que irës^lentement. Il était donc iBulile de songer à rester plus longtemps dans les basses terres qui avoisinent le Limpopo; aussi je résolus de partir pour le pays de Sichely.

Nous nous mtmes en route le 27 septembre, et, le 2 octobre, nous campâmes sur le bord du Limpopo, un peu au-dessus de sa jonction avec la Lepalala.

248 LA YIE AU BESSRT.

Les hommes de Sichely me prièrent de m'y arrêter un jour ; lear chef désirait faire du commerce avec moi ; j'y consentis.

Le lendemain au matin Seleka vint me voir avec une suite nombreuse ; ii m'apporta de fort beaux modèles d'armes béchuanas qu'il désirait échanger contre des mousquets et des munitions. Il m'offrit de la bière béchuana et un potage fermenté qu'il considérait comme un véritable cadeau. Du reste, il espérait que je lui donnerais de la poudre en échange. Telle est la manière de faire des présents dans le sud de l'Afrique.

Dans l'après-midi, je donnai un fusil à Sichely pour neuf assagais très-beaux, pour une hache de bataille et pour deux armures de peau de buffle. J'obtins aussi différents objets des manufactures du pays en récompense de mon bon vouloir à consacrer les armes de deux ou trois nobles, et de mon présent d'onguent destiné à des frictions propres à les rendre bons tireurs.

En accomplissant cette absurde cérémonie, je regardai sérieusement l'initié en face et lui dis dans son langage : c Regarde le gibier en face ; dirige ta balle vers le cœur des bêtes sauvages ; que ta main et ton cœur soient forts contre le lion, contre le grand éléphant, contre le rhinocéros et le buffle 1 > Et je ne mentais pas.

Le 6. nous nous mîmes en route au lever du soleil,

et nous arrivâmes le 8 près du Limpopo, à un endroit où je l'avais déjà traversé. Le 43, nous parcourûmes les bords du Ngotwani, mais, comme les eaux étaient basses, et qu'il semblait impossible d'arriver au pays de Sichely par cette route, je me déterminai à revenir sur mes pas, en me dirigeant de nouveau vers le Limpopo, que nous atteignîmes le 23.

En chemin je tuai un vieux lion.

En suivant les bords du Limpopo on gagne la Manqua. Un peu avant le coucher de soleil, deux grands troupeaux de buffles se montrèrent devant nous. Je tuai une femelle, et, après avoir remisé huit ou neuf mâles dans les roseaux élevés qui se trouvaient sur le bord du courant, tout à fait vis-à-vis de mon camp, je visai les deux plus belles têtes du troupeau et parvins à en tuer un à l'aide de cinq coups de carabine. L'autre s'enfuit, quoique grièvement blessé, tandis que j'étais engagé avec son camarade.

Le lendemain matin, lorsque nous traversâmes la rivière pour aller à la recherche des bufQes, nous découvrîmes un lion qui marchait majestueusement devant nous : après une chasse très-animée, dans laquelle je perdis trois de mes chiens, nous l'attirâmes dans des roseaux près du fleuve, et, pour la première fois, je pus tirer sur lui. Ma balle lui entra un peu derrière l'épaule. En se sentant atteint, l'animal rugit et chargea les chiens, mais seulement jusqu'au bord des roseaux, hors desquels il avait beaucoup de peine

à se mouvoir. Je fis une seconde décharge, en le visant à la tête, et la balte, ptoétrant près de i'œii, lui traversa la mâchoire.

Au même instant le lion s^élança, sauta par-ctessus les roseaux, plongea dans la rivière, ail milieu de laquelle il nagea, et la teignit de son saiig ; un chien noir, nommé Schwart, osa seul le poursuivre. Un énorme crocodile, attiré par le sang, suivit les Combattants dans leur course; par bonheur il ûe toucha pas à mon chien, et c'était lace que je redoutais. Présent tira sur le lion pendant qu'il nageait, mais il le manqua; deux de mes armes étaient déchargées.

Cependant, avant que le lion n'eût gagné je rivage opposé, j'eus le temps de glisser de la poudre et un lingot dans ma carabine, et, juste au moment où il mettait le pied à terre, je l'atteignis au cou ; il tomba mort sur la placé.

Nous parvînmes jusqu'à lui en suivant un sentier tracé par les hippopotames; le temps était humide et froid, et, pour dépouiller le lion, il nous fallut allumer du feu.

Cet animal était jeune et avait un très-beau manteau ; sa crinière n'était pas très-épaisse ; mais ses dents étaient parfaites, ce qui n'est pas commhn chez les lions de cet àgei et il avait une très-belle touffe de poils au bout de la queue, ornememt que je n'arvais jamais vu jusqu'alors chez aucun de ses congénères.

Le 27, nous arrivâmes à la jonction de h Mari(iua avec le Liippopo, puis nous quittâmes encore une fois ce fleuve et suivîmes le bord septentn'onal de la Manqua. Ce charmant courant d'eau a cinq ou six mètres de largeur^ en cet endroit, et coule en serpentant dans une grande vallée ouverte. Par intervalles, il n'y a pas un arbre, mais seulement des roseaux, bordés par des bosquets formés par des art)res hérissés d'épines et par des saules. '

le trouvai là des reitboks, qui ne fréquentent pas le Limpopo dans les parties que j'avais visitées. La campagne est fertile et verdoyante, et toutes les espèces ordinaires de gibier y abondent. Â peu près à quinze milles, au sud et à l'est, se trouve une chaîne de montagnes qui occupe une étendue d'environ cent milles, et qui, vers le nord-est, semble s'élever davantage et devenir plus escarpée à son extrémité.

Je suppose que lé Limpopo prend sa source à Test de cette chatne, mais il est impossible de le remonter jusque là, et par conséquent de vérifier cette supposition.

Le lendemain nous parcourûmes près de huit milles en remontant le courant. Sur notre route je blessai deux rhinocéros noirs, et je tuai ensuite un sassayby et un énorme crocodile. Quand nous aperçûmes ce dernier, il était endormi sur Therbe au bord de Teau. 11 fut atteint par deu^ balles, Tune dans la tête, Tautre au défaut de l'épaule. Dans les convulsions de

Tagonie, il parvint à se replonger dans la rivière et disparut, J'étais vraiment fort surpris d'apercevoir un monstre pareil dans une si petite rivière. La longueur du saurien dépassait sa largeur à Tendroit où je tirai sur lui.

Le 31 , en chevauchant au bord de Teau, je vis un autre de ces reptiles ; il dormait sur la rive opposée, et ma balle, en lui fracassant Tépine dorsale, le tua roide sur place. Je traversai la rivière un mille plus bas, afin d'examiner ma victime. C'était uu vieux, mais un beau spécimen de l'espèce, qui avait plus de douze pieds de longueur. En retournant au comp pour le dépouiller, je trouvai la vallée envahie par un immense troupeau de buffles.

Quelques jours après, quatre lions traversèrent la vallée à une centaine de mètres au-dessous de mon camp. Nous les poursuivîmes aussitôt ; leur vue me frappa d'étonnement et je fus comme saisi de la majesté de leur allure et de leur contenance : c'étaient d'énormes mâles. L'avouerai-je? Je commençai à douter de rissue du combat qui s'offrait à nous.

Les chiens s'élancèrent, et les lions, prenant leur course, suivirent doucement le rivage et disparurent dans une presqu Ile formée par la rivière, très-ombragée en cet endroit par de grands arbres et par des roseaux. Les chiens y pénétrèrent hardiment en aboyant, et les lions commencèrent aussitôt à hurler. Quelques minutes après je les entendis se jeter dans le

courant ; je sautai à bas de mon cheval et je courus sur la rive d'où j'en vis trois qui remontaient de l'autre côté.

L'un d'eux se dirigea en toute hâte vers la plaine ouverte, mais les deux autres, se voyant pressés par les chiens, retournèrent tout de suite à l'eau. C'était maintenant à mon tour, ei, ce jour-là, j'eus le plaisir de foire le double coup le plus glorieux que puisse rêver un chasseur : j'atteignis les deux lions à l'épaule avant qu'ils pussent même se douter de la position que j'occupais.

Je pris mon fusil des mains de Carey qui était venu à mon aide, et j'achevai le premier lion en lui envoyant une balle près du cœur. J'arrêtai ensuite le second en le frappant à la cuisse ; il parvint néanmoins, en rampant, jusque sous un buisson d'un vert très -foncé, où, pendant quelque temps, il se déroba entièrement à mes regards ; mais à la fin une motte de terre qui tomba sur sa cachette lui fit faire un mouvement et trahit sa position. Je l'achevai avec trois balles qu'il reçut dans le milieu du dos. Le quatrième lion s'échappa.

Nous traversâmes la rivière un peu plus haut pour examiner les victimes que j'avais faites. Je gardai le crâne et la peau du plus beau de ces animaux, et seulement les griffes et la queue de celui qui avait les dents cariées.

Le 49, pendant notre voyage, nous eûmes à tra-

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