‹ La vie au desertChapitre 133 sur 175 · D LOTHARIO. D · texte numérisé non relu

D LOTHARIO. D

Tandis que Frédérique lisait cette lettre, une inexprimable émotion lui serrait le cœur, et il lui semblait qu’elle allait pleurer. Et cependant, elle se sentait toute joyeuse.

— Vous avez une autre lettre? demanda-t-elle au domestique. ;

— Oui, mademoiselle, pour monsieur Samuel Gelb.

— Eh bien! voulez-vous la lui porter, madame Trichter ?

La vicille Dorothée prit la lettre.

Ah! fit le domestique, pour celle-ci, Pon m'a dit d’attendre la réponse.

— C’est bon, je vais le dire à monsieur Gelb, dit madame Trichter.

Et elle monta au cabinet de Samuel.

Elle fut cing minutes sans revenir, puis encore cing minutes; mais C'était tout simple: il fallait bien le temps d'écrire la réponse. Et, à en croire le mot que Lothario avait ecrit à Frédérique, la chose était assez grave pour que Samuel eût le droit de réfléchir à ce qu’il répondrait.

Enfin, Dorothée reparut, et alla au domestique.

— Monsieur Samuel Gelb, fui dit-elle, répondra plus tard.

Le domestique salua et s’en alla.

— Pourquoi êtes-vous restée si longtemps alors, dit Frédérique à Dorothée, puisque mon ami ne répondait pas?

— Parce qu’il avait dit d’abord qu’il répondrait.

— Et pourquoi a-t-il changé d'idée?

— Je n’en sais rien, dit madame Trichter.

— Comment l’avez-vous trouvé? reprit Frédérique. Quel air avait-il? Cette lettre l’a-t-elle donc faché? Avez-vous vu l'impression qu’elle lui faisait?

— Je ne crois pas qu’elle lui ait été agréable, répondit madame Trichter. Il l'a ouverte devant moi et a regardé la signature. Aussitôt, son front s’est renfrogné, et sa figure a pris une expressionfd'impatience et de colère. « Laissez-moi, » m’a-t-il dit durement. J'ai hazardé de lui dire qu'on attendait la réponse. « Qu’on attende. Allez. Ah! a-til ajouté, qui est-ce qui attend? » Un domestique. « C'est bien, a-t-il repris; allez, je vous appellerai. » Je l'ai laissé, Dix minutes après, il m’a rappelée.

— Comment était-il ? demanda Frédérique,

— Bien- plus calme, mais bien plus pâle.

— Et que vous a-t-il dit?

— Rien que ces mots: Madame Trichter, dites à ce domestique que je répondrai plus tard à monsieur Lothario,

— Tout cela est singulier, pensa Frédérique, Que peut donc avoir écrit monsieur Lothario à mon tuteur pour le mécontenter et Virriter’? Je me suis donc trompée, Mais

alors, que signifie le mot que monsieur Lothario m'a écrit

à moi-même ? Quel est cet avenir auquel il dit que je suis mêlée ? Je m’y perds.

Elle remonta dans sa chambre pour rêver plus à son aise à cette énigme, et n’avoir plus sur elle les yeux de madame Trichter, qui pouvait finir par voir sur son front le reflet de sa pensée.

Elle s’assit à une table, dans un petit salon qui précédait sa chambre, et ouvrit un livre qu’elle tacha de lire, mais ses yeux lisaient seuls. Elle lisait un autre livre, dont les poëmes des plus grands poëles ne seront jamais que les traductions ; le beau roman de ses seize ans.

Elle était plongée dans la lecture de ce chef-d'œuvre écrit par Dieu même quand un coup, frappé discrètement à sa porte, la réveilla en sursaut.

— Qui est 1a? fit-elle.

— C'est moi, mon enfant, qui voudrais vous parler, dit trés-doucement la voix de Samuel.

Frédérique, toute troublée, alla ouvrir,

Samuel entra,

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