DEMANDE EN MARIAGE
Samuel avait réfléchi depuis une demi-heure, et, pendant cette demi-heure, il avait pris son parti.
Si la lettre que lui avait adressée Lothario n’était pas une demande en mariage expresse, elle en pouvait passer pour la préface.
Voici ce que lui écrivait le respectueux et tremblant jeune homme :
« Monsieur,
» Je viens solliciter de vous une grâce à laquelle j’attache plus de prix qu’à ma vie. C’est de me permettre d'aller vous visiter quelquefois à Ménilmontant. J'ai déjà essayé une fois de me faire présenter chez vous par mon oncle, votre ami d'enfance. Mais, pardonnez-moi de l'avoir remarqué, il m'a semblé que ma présence vous déplaisait. En quoi puis-je avoir eu le malheur de vous offenser, moi qui donnerais tant pour vous rendre service? Vous ne sauriez croire, monsieur, quelle ambition j'ai de votre amitié.
» Pour quelle raison fermeriez - vous votre porte au neveu, J'ose presque dire au fils de votre ami? Aurais-jo envers vous un tort involontaire ? Vous avez peut-être un motif en dehors de moi. Il y a dans votre maison une jeune fille belle et charmante, Je l'ai vue, et mademoiselle Frédérique est de celles qu'il suffit d’avoir entrevues un jour pour ne les oublier jamais. Mais monsieur le comte d'E-
berbach a pu vous dire que je suis un honnêlo homme, et
que je n'entre nulle part avec des intentions déloyales, S'il existe des gens capables d’abuser d'une porte ouverte, et de voler l'hospitalité, je ne suis pas de ces gons-ld.
» Dans le cas trop probable où mademoiselle Frédérique ne ferait pas attention à moi, je serais chez vous un visi-
teur, un passant, le premier venu, que vous seriez libre de congédier aussitôt qu’il vous ennuierait. Maissi , par un miracle inespéré, j’avais ce bonheur de ne pas lui déplaire, je suis le neveu du comte d’Eberbach, la bonté de mon oncle m’assure un avenir qui n’est pas indigne d’être offert à une femme, et je serai assez riche pour avoir le droit d'aimer celle qui m’aimerait.
» J'attends, monsieur, votre réponse avec une anxiété que vous comprendrez. Tâchez que ce ne soit pas un refus*
» Daignez agréer le sincère témoignage du dévouement et du respect de votre plus humble serviteur,