ISOLEMENT
Julins, comme tots les hommes usés par une existence de travail ou de plaisir, ne retrouvait un peu d’action et dentrain que le soir et la nuit, après s'être longuement remis dans le courant de la vie. Le matin, après un sommeil difficile et agité, il se retrouvait las, abattu, brisé.
Ce fut ainsi qu’il se réveilla le lendemain de la représentation de la Muette et de la séance de la Vente. Il se retourna vingt fois sur son lit, essayant de se rendormir, énervé, ennuyé, sans résolution et sans énergie.
Le jour qui filtrait à travers ses rideaux fermés lui causa une impression de dégoût, et il eut un mouvement d’humeur et d’irritation en sentant qu’il fallait se remettre à vivre.
Il y avait sur une petite table, à côté de son lit, un flacon de cristal. fl y prit trois ou quatre globules de phosphore, qu’il avala pour se remonter. Cordial mortel, pris à cette dose !
Samuel, à sa prière, lui avait préparé ces globules, en lui recommandant de n’en prendre jamais qu’un à la fois et à de longs intervalles.
Mais Julius, peu soucieux de la vie, en prenait presque tous les jours, et en était venu à doubler, tripler la dose, pour que le phosphore conservât son effet,
Le physique ranimé, ranima le moral. Un moment après avoir pris les globules, le comte d’Eberbach se sentit presque vivant.
Il sonna, et son valet de chambre vint l’habiller, I se fit raser, acheva sa toilette à la hâte, demanda sa voiture, et se fit conduire à Vile Saint-Louis, chez Olympia.
Il était à peine neuf heures.
En route son sang se mit à circuler, grâce au phosphore et aux secousses do la voiture. Il rotrouva en lui presque {tout son amour pour cette image de Christiane.
— Oui, par le ciel! pensait-il, co serait un véritable malheur pour moi si Olympia était partie. Tl me semble que mon reste d'âme mo manquerait, La divine étincelle de Christiane serait éteinte, Mais bah! je suis bien bon dé croire qu'Olympia ait pensé seulement à partir, Cost Samuel qui m'a dit cela pour m'inquiéter et pour m'exciter. En eût-elle eu un moment l'idéo, son projet so sera dva= noui à l'aube avec les rêves. Je vais la déranger, et ello no concévra pas pourquoi je viens la troubler si mati
Quand il arriva, Julius vit une voiture à la porte de ta cantatrice, Mais, dans son trouble, il n'ôn remarqua pas une autre, aux stores hermétiquement fermés, arrôtéo quelques pas plus loin,
La dent de la jalousie le mordit au cœur.
— Ah gh! murmura-t-il entre ses lèvres serrées, est-ce que jo vais la déranger plus que je ne croyais ? 1 paraît quello reçoit des visites plus matinales que la mienne,
Il entra dans la cour et monta sans parler au portier.
La porte de l’antichambre était ouverte. Il y trouva lord Drummond parlementant avec le domestique de confiance d’Olympia.
— Est-ce que la signora Olympia ne reçoit pas encore? demanda Julius.
— Elle est partie, dit lord Drummond.
— Partie! s’écria Julius.
— Cette nuit, à quatre heures, dit le domestique.
— C’est trop vrai, ajouta lord Drummond. Elle a laissé ce billet pour nous deux, à notre adresse commune.
Et il tendit à Julius une lettre décachetée,
— J'avais quitté la signora à la sortie du spectacle, re= prit lord Drummond, et j’espérais l'avoir convaincue qu’elle devait rester à Paris. Pourtant, ce matin, inquiet, j'accours, je vous précède de quelques minutes, et je trouve ce billet que j'ai pris la liberté de décacheter. Lisez.
Julius lut.
«Je pars pour Venise, par le plus long. Qui m'aime m'y suive.