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ramvyai, lui mit la hache entre les mains, et, comme s'il cût voulu reposer plus doucement, il plaça sa tête sur la caisse d'un des bas mats.
NMaramvaï, alors, se releva avec un cri de triomphe, et l’on vit tournoyer la hache entre ses mains, et, en même temps, la tête de son fils rouler à dix pas de lui.
Cette action qui, si elle était racontée par Tite- Live ou Plutarque, et attribuée à un Romain ou à un Spartiate, serait de l'héroïsme; cette action qui, racontée par moi, ct attribuée à un chef de la Nouvelle-Ztlande, n'est que de la barbarie, excita l’enthousiasme des compagnons de Maramvai. Ils pousstrent des cris d'admiration; Taraboulo accournt, ct, furieux de voir le plus beau trophée de sa victoire lui évhiappcr, il fit lier de nouveau les mains à Maramiyai, enfonga un croc de fer dans le plafond de la cabine, et y accrocha son ennemi par la mâchoire inférienre.
Ainsi suspendu, Maramvai arriva vivant à Kapiti.
Pendant la route, une de ses filles ayant osé le prendre à bras-le-corps afin de soulager ses souffranees, un matelot anglais, de garde auprès du supplicié, la rcpoussa si violemment, qu’clie alla tomber contre un angle des boiseries, et se tua du coup.
Son autre sœur succomba sous les brutalités de l'équipage.
Leur mère se jeta par-dessus le bord et se noya.
Le jour même de son arrivée à Kapiti, Maramvaï fut mis à mort. Taraboulo lui-même servit de bourreau. Ii lui ouvrit l'artère carotide, reçut dans le creux de ses deux mains le sang qui s’en échappait, etle but...
Puis il lui arracha les yeux et les avala, afin de se rendre la vue plus percante et de s’inoculer le courage du vaincu, auquel lui-même, le vainqueur, il lait forcé d'accorder sa sauvage admiration.
Le capitaine Stewart, de retour à Sidney, fut mis cn jugement et acquitté.
Les récits des voyageurs sont remplis de contradictions sur le cannibalisme, qu'ils regardent tantôt comme permis par les lois religieuses de tel ou tel pays, tantôt comme provoqué par un sentiment de vengeance implacable, tantôt enfin comme le résultat dé la disette et méme de la sensualité. De ces divers mobiles, ils en choisissent un seul, selon leurs con= venances, et y rattachent exclusivement cette hortible coutume, tandis qu'én réalité, d'après les circonstances, le mobile varie ou se complique avec un autre, Ces erreurs ont surtout été commises pat les navigateurs qui passent rapidement d'une terre à l'autre en Océanie, et n'ont eu, par conséquent, que quelques heures de contact avec les indigènes, heures trop courtes pour étudier leurs mœurs et leurs usages. Us ont done été forcés de répéter cé qu'avaient déjà dit leurs devanciers et de recucillir au Vol quelques traditions déjà énoncées ct falsifices encore par les difficultés d'interprétation du lan- Lag0.
Le cannibatisme, de nos jours, n'existe, à l'état de coutume, qu'en Ocdéanie, On en trouve des exémples chez les peuples anciens et modernes, il est vrai, mais ce ne sont que des cas exceptionnels, Un séjour de six mois sur la péninsule de Bank, c'est-à-dire au cœur dé Vile sud de la Nouvelle-Zélande, une
existence presque constamment mêlée à celle des tribus de la côte, m'ont permis de recueillir sur l’anthropophagie quelques détails assez neufs, auxquels j'ajoutcrai ce qu’en ont dit de plus curieux et de plus réel d'autres voyageurs. :
TARABOULO
Un jour, pendant notre relache, une petite goélette mouilla dans la erique d’Oéteta. Elle annonçait que le terrible Taraboulo, chef supréme de Vile, venait d’embrasser !a religion chrétienne, et ordonnait que les tribus du Sud suivissent son exemple.
Il défendait en même temps de manger de Ja chair humaine, et menaçait, si ses ordres n'étaient pas exécutés, de venir exterminer, depuis le premier jusqu'au dernier, ceux qui auraient osé y contre-
‘venir.
. La goëlette était entrée dans le port à onze heures du matin, et, dès le même jour, vers deux heures, les habitants venaient en foule à bord pour nous demander des Bibles.
Nous n’en possédions pas une seule; mais tout ce qui avait la forme d’un livre était bon. Ils n'en demandaient pas davantage, et nos matelots échangèrent, contre des nattes et des coquillages, leurs recueils de chansons et leurs dietionnaires poissards.
J'en fus personnellement quitte pour un volume des Odes d'Horace, que je ne donnai pas pour une Bible, mais qui me fut volé.
Thy-ga-rit, à cette nouvelle inattendue, avait quitté sa maison d'été et était revenu à Oéteta, et, 1a, ilavait réuni tout son peuple, avait signifié, Atous, les ordres de l'autorité supérieure, et invité les habitants à se réunir, le matin et le soir, pour écouter l'office divin.
Dès le lendemain, les rites chrétiens commencèrent.
Un canon de fusil fut suspendu en travers d'un poteau; on frappait dessus avec un morceau de fer quelconque.
C'était la cloche qui sonnait la messe.
Alors, tous les habitants se mettaient 4 genoux, faisaient le signe de la croix, ouvraient leurs livres qu'ils tenaient renversés où de travers, et avaient l'air d'y live les versets des psaumes qu'ils chantaient à tue-tête.
J'ai encore dans les oreilles cette incroyable musique qui durait une heure le matin et uneheure le soir.
Tout cela dans l'attente de Taraboulo, le croquemitaine d'Ika-na-Mavi.
Et tout cela fut perdu, car Taraboulo ne vint pas:
Mais, À sa place, quelques semaines plus tard, vinrent des missionnaires.
Les saints hommes furent admirablement accueillis, et se mirent immédiatement à leur œuvre de salut.
Les Bibles apocryphes furent dénoncées, et l'ordre donné de les confisquer ; mais les insulaires obtinrent ly permission de garder les livres pour en faire des bourres de fusil,
Le bruit courait, parmi les équipages des navires balciniers péchant dans les eaux de la péninsule, que la menace de cette venue de Taraboulo avait
SS
sauvé la vie à une pauvre femme qui devait être mangée à Oéteta à la fin de la présente lune.
Je n'ai pu vérifier le fait, mais j'ai la conviction
qu'il est exact,
Voici sur quoi j'appuie ma croyance :
Un jour que nous croisions dans la grande baie Pégasus, une pirogue, commandée par Ivico, un des chefs de Vile, passa le long de notre bord.
Il conduisait à bord d’un navire de Van-Diémen qui se tenait sous voile aux environs de l’île Tablé, un déserteur anglais arrêlé au port Olive, et, pendant letrajet, mouillait la nuit, à l'abri deterre, chaque fois que le temps le lui permettait.
Le capitaine de ce navire faisait grande pêche, et, comme les tonneaux manquaient, il avait établi ses tonneliers sur la lisière d’une forêt du port Olive, afin de fabriquer des pièces à huile,
C'était de là que le déserteur s’était enfui, après s'être battu avec un de ses compagnons qu’il avait grièvement blessé.
Ivico, comme nous venons de le dire, le ramena et reçut du capitaine anglais une bonne récompense, puis il reprit le chemin de la presqu'île; mais un coup de vent le rejeta sur la grande terre.
Alors, s'étant mis à l'abri dans une anse, il y rencontra un homme et deux femmes.
Comment étaient-ils venus là ? Quels étaient-ils ? Etaient-ce des naufragés? Étaient-ce des espions d'une tribu du Nord?
Cette dernière supposition prévalut, et l’on s’empara d'eux.
L'homme fut assez agile pour s'enfuir dans la montagne; le temps pressait, on ne put l'y poursuivre; mais les deux femmes, moins heureuses, furent prises et jetées, pieds et poings liés, dans la pirogue, qui reprit sa route, :
Ivyico repassa près de nous, mais ne nous aborda point au retour ; seulement, on remarqua, à l’aide de longues-vues, que son équipage s’était accru de deux femmes.
Le lendemain nous rentrâmes à Ofteta à la nuit close. Le dernier quartier de la lune était à son déclin. ;
Les feux du village nous guidèrent pour gagner notre ancrage habituel, et, contre l'habitude, pas un naturel ne vint à bord.
Vers minuit, nous entendimes des coups de fusil et un bruit infernal dans la direction des cases. Un grand feu brillait devant la maison de Thy-ga-rit; les hurlements des chiens se mélaient aux hurlements des femmes, et l’on voyait ces dernières gambader sur la grève en secouant des torches d'herbes sèches imprégnées d'huile de baleine.
Il y avait, je vous le jure, de l'horrible et du fanlastique dans cette scène incompréhensible pour nous.
Nous n’y pûmes tenir, le second du bâtiment et moi. Nous vinmes trouver le capitaine et lui demandâmes la permission d'aller à terre; mais il nous refusa obstinément, nous donnant pour raison que les naturels célébraient sans doute quelque fête religieuse et que notre visite indiscrète engendrerait peut-être une querelle.
Le tumulle ne s'apaisa qu'à la fin de la nuit. Quand j'allai à terre le matin, je n'y remarquai rien d'extraordinaire : tout était rentré dans le calme: la
place du brasier, noire ét chaude encore, témoignait seule de la fête nocturne.
J'nterrogeai mes meilleurs amis insulaires; j’interrogeai le roi, ses fils, sa femme; j'interrogeai des enfants, et toujours il me fut répondu avec un sang-froid et uneindifférencetels — que jelesreconnus facilement pour être affectés, que la tribu avait c¢- Iébré la nuit dernière une de leurs fêtes sacrées, laquelle, comme d'habitude, s’était terminée par le sacrifice au grand Atoua, et par un festin où l'on avait mangé des chiens engraissés dans ce but.
Tout dans cette réponse était vraisemblable, car les chiens, à l’état sauvage, pullulent sur la côte, et les naturels ont l'habitude d’en capturer quelquesuns et de les enfermer dans d’étroites cabanes, d’où ils les tirent pour les manger après les avoir engraissés avec du poisson.
Ces chiens deviennent méme une ressource importante quand le poisson est atteint d’une maladie particulière aux mers de la Nouvelle-Zélande, et que la récolte des pommes de terre n’a pas été abondante.
Mais une fille de la tribu fut moins discrète.
A quelques jours de là, dans un moment d’oubli, elle confia à un matelot, son amant, que, pendant cette mystérieuse nuit, on avait massacré, rôti et dévoré une des deux femmes rencontrées par Ivico; que la survivante était captive et à l’engrais dans une cabane tabouée, et que son'sacrifice aurait lieu lors du dernier quartier de la lune prochaine,
Selon leur croyance, la lune est en colère quand elle ne brilie pas, et il faut des prières et des sacrifices pour l’apaiser, afin qu’elle consente de nouveau à éclairer les nuits. ~
Il y avait plusieurs maisons tabouées dans le village. On nous en éloignait par de grands cris et avec des menaces aussitôt que nous en approchions; il me fut done impossible de découvrir la prison de la malheureuse victime. Les capitaines des navires présents dans les différentes baies de l’île du Sud parlaient de réunir leurs équipages pour délivrer cette infortunée, quand arriva, par bonheur, la goëlette porteur du manifeste de Taraboulo.
Je crois que, précédemment, M. le commandant Cécile avait enlevé à cette même tribu une ou deux femmes destinées à être mangées et déjà mises à l’engrais. Thy-ga-rit, que M. le commandant Cécile nomme Thégaré, est, comme je l'ai dit, le véritable chef de Togolabo.
Les parents aiment beaucoup leurs enfants, mais en bas âge seulement. Le commandant Cécile raconte qu’en 1839, il avait remarqué à Togolabo une petite fille de cinq ans, d'un physionomie admirablement belle, Réfléchissant au sort qui attendait la malheureuse enfant dans ce pays de prostitution, il désira l'y soustraire en l'adoptant et en la conduisant en Europe.
ll oflrit done, en échange de l'enfant, un uniforme et beaucoup d'autres objets, et il essaya de faire comprendre aux naturels que lui, nayant pas d'enfant, il aurait soin d'elle comme si elle était sa fille, Mais la mère ne voulut rien entendre et refusa toutes ces propositions,
Cependant, quelques jours avant le départ de la corvelte, le père fit dire qu'il consentait à livrer sa fille, et le commandant se rendit avec lui chez le chef de wibu Thy-ga-rit pour y conclure le marché.
LES BALEINIERS 52 oo a TR Tr
Mais à peine venaient-ils d’entrer en pourparler, qu'un naturel, d'ordinaire très-doux, entra, pâle de colère, et s’écria en anglais :
— Non, non, je ne le veux pas, la fille ne partira
as.
: Le commandant lui fit alors observer que cette affaire ne le regardait en aucune façon. Mais il répliqua que le père de l’enfant était son beau-frère, et que la mère, sa sœur, lui avait juré que, s’il laissait partir la jeune Heloï, elle se vengerait en le tuant,
Pendant cette altercation, l'enfant, entraînée par sa mère, avait gagné en toute hâte la montagne, ct le commandant Cécile ne la revitplus. Thy-ga-rit lui dit que, si la fille eût été nubile, le marché se fat conclu sans difficulté.
Cette Heloi, ou plutôt Heloa, et même euphoniquement Eoa, je l'ai revue quelques années plus tard. -
La prostitution l'avait déjà flétrie, et Thy-ga-rit m'aflirma que c'était la même que le rangaturo oui-oui, c’est-à-dire le chef français, avait voulu emmener au delà des mers,
Pauvre fille! j'ai conservé son portrait au doux profil, et je la revois encore dans mes souvenirs avec sa noire chevelure tombant en boucles sur ses épaules,
Comme elle était svelte, légère et gracieuse, marchant pieds nus sur le gaillard d’arrière, respectée des matelots par l'influence seule de sa beauté! partout reine, partout déesse! fière de sa toilette improvi-
sée, de son jupon fabriqué avec des chemises de
laine rouge et de son corsage de calicot blanc, qui laissait voir ses bras et ses épaules aux chairs fermes et polies, et colorées d’un rose "mat comme une certaine espèce de marbre. Elle portait, au milieu du front, une étoile de tatouage bleu. La figure des jolies bohémiennes qui parcourent les contrées du midi de l'Europe était plus bistrée que la sienne; et je n'ai jamais vu, en opposition sur le même visage, dents si blanches et yeux si noirs que les yeux et les dents d'Eoa.
La pauvre enfant! elle fut vendue pour une couverture de laine rouge, un vieux sabre de cavalerie et une paire de bottes, et ce prix enrichit toute sa famille,
Le père et la mère se partagèrent la couverture et s’en firent chacun une espèce de chile; l'oncle s’accommoda des bottes, mais il en enleva la semelle et ne porta que les tiges, attendu que son pied était trop fort; et son fiancé, le fiancé d’Eoa | jeune gaillard de dix-huit ans, haut de cinq pieds six pouces, vifet ardent, mais n'étant point encore allé au combat, s’empara du sabre, et jura qu'avec ce sabre il tuerait Taraboulo à la première descente que Taraboulo tenterait sur la presqu’tle,
Mais j'ai promis à mes lecteurs d'être vrai; je suis donc forcé de leur avouer que, toute charmante qu'elle était, Eoa avait un grand défaut, que le sultan, son maitre, ne lui pardonna jamais :
Elle se livrait au péché de gourmandise.
Péché mortel, vilain péché, surtout quand nous aurons dit l’objet de la tentation.
Sachez d'abord que chaque officier éclaire sa cabine avec une petite lampe à roulis que le maitre d'hôtel entretient et remplit d'huile de baleine,
Un soir, l'heureux maître d'Eoa, revenant d'une
excursion de chasse ou d’herborisation, voulut allumer sa lampe.
Pas de coton, pas d'huile. Grande colère du maitre d'hôtel, lequel jure qu’il a préparé la lampe comme à l'ordinaire, et, malgré ses serments, est obligé de la rééquiper de nouveau.
Le lendemain, même aventure.
Le troisième jour, pas plus d'huile et de coton que la veille. :
Et c'était toujours sur le maitre d'hôtel que tombait la colère de notre camarade.
Mais voilà-t-il pas que, tandis qu’il jure, maugrée et tempête, un petit ricanement résonne dans le coin de la cabane où Eoa avait coutume de s’accroupir en attendant le retour de son seigneur.
Le seigneur et maître abaisse sa bougie vers elle. Bon Dieu ! que voit-il? que découvre-t-il? quel mystère lui est-il dévoilé?
Un bout de mèche de la lampe sortait par la commissure des jolies lèvres de la charmante Mahouri.
Oui, c’était Hoa, la belle Zélandaise au doux nom, aux yeux noirs, aux dents blanches, à l'étoile bleue, c'était Eoa qui, chaque soir, avalait l'huile de la lampe et en gardait la mèche dans la bouche pour en savourer plus longtemps le délicieux nectar!
Hatons-nous de dire qu’elle fut corrigée, et soyons assez franc pour ajouter que cela ne la corrigea point.
Quelles mœurs, hélas ! que celles de ces enfants de la nature, tant vantées par les philosophes du xvin® siècle. Les filles deviennent, jusqu'à leur mariage, un objet de commerce; elles sont fiancées dès leur bas âge, mais le fiancé ne les épouse que lorsqu'il a été à la guerre, ou bien qu'il s’est battu pour sa défense personnelle ou pour celle de la tribu.
Ces fiançailles n’empéchent pasqu’onnelivrela fille aux étrangers, et j'ai vu des parents oser mettre en vente des enfants de six à sept ans.
La chose se passa à bord de l’Asia : un père offrait sa fille, âgée de sept ans à peine, Le capitaine Jay lui défendit de remettre jamais le pied à bord.
Malheureusement, l'exemple du capitaine Jay n'a pas toujours été suivi, et peu de navires restent dans les mouillages de la péninsule, sans que de pareilles infamies y aient été souffertes.
IL est vrai que plusieurs voyageurs prétendent que si les jeunes filles se livrent à la prostitution, les femmes mariées, au contraire, peuvent passer pour des modèles de fidélité conjugale.
J'ai vu bien souvent le contraire. Kao-Kao, notre pourvoyeur de patates, le tayo du navire, mon compagnon de chasse, était un mari trés-complaisant, et sa jeune femme, aux épaules et aux seins ornés de petites étoiles en tatouage bleu, a souvent promené ses faveurs du gaillard d'avant au gaillard d'arrière.
La femme mariée est plutôt forcément fidèle à son mari que naturellement sage. La jeunesse et la beauté des Zélandaises est éphémère, Les plus rudes travaux accomplis en plein air, la pêche des crustacés sous les galets du rivage, la préparation fatigante du phormium, la récolte du bois mort dans les forêts de la montagne, et, plus que tout cela, les fréquentes grossesses enlèvent, avant vingt ans, aux mallieu-
reuses créatures, leurs charmes si vantés des Européens.
Les suites de la grossesse, surtout, achèvent de les flétrir.
À peine la femme zélandaise a-t-elle donné le jour à son enfant, qu’elle devient tabouée, pendant un mois au moins. Elle ne fait plus en quelque sorte partie de la tribu.
*eléguée au seuil d’une masure, accroupie près d’un poteau, espèce de tronc d’arbre mort, aux branches duquel on suspend quelques paniers en uattes, remplis de patates, de racines de fougère et de poissons secs, elle allaite son enfant en plein air, dans l'isoiement et la misère, et personne ne lui adresse Ja parole; si les provisions lui manquent, on les lui présente au bout d'une perche.
Puis, quand cette rude quarantaine est terminée, elle rentre dans la société et y reprend sa laborieuse existence.
Tel est son sort, qu’elle soit femme d’un chef ou d'un simple insulaire, ou même d’un esclave |
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