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CHAPITRE m

L'eau de mer recueillie dans les divers Océans paraît présenter une assez grande uniformité de composition, condition éminemment favorable à la dissémination des orpranismes. Dans les parties des hémisphères nord et sud au milieu desquelles s'accomplit la fusion des glaces, Teau douce provenant de ce phénomène vient un peu diminuerle degré de salure. De même, dans certaines mers intérieures, la Baltique, la mer SNoire, la quantité d'eau déversée par les fleuves est supérieure à celle perdue par suite de l'évaporation, fait qui a également pour conséquence d'abaisser la proportion en sels. Au contraire, dans d'autres bassins presque fermés, la Méditerranée, la merdes Antilles, la salinité est plus forte que dans les Océans, l'évaporation n'étant pas compensée par un apport proportionnel d'eau douce. Dans ce cas, par suite de la précipitation, les eaux de surface sont moins salées et moins denses que les eaux de fond, et il en résulte pour des bassins ouverts, comme celui de la Méditerranée, en communication avec un Océan, la formation de courants de directions déterminées. « Par conséquent l'équilibre des mers envisagées sur de grandes étendues, étant un équilibre de poids, tel que celui qui se présente dans l'expérience des vases communicants, le liquide le moins lourd se maintient au niveau le plus élevé. 11 se produit par suite un courant de surface allant

SONDAGES ET DRAGAGES PROFONDS

FiLHOL.

DE LKAl' DE M EU. 51

(lu li(iuiile le moins salé à celui ijui l'est le plus. Si la cause qui rend permanente la différence de la salure est constante, le courant hii-mèine est constant. » Ces faits ont des c(insé(]uences très importantes, d'une part au point de vue de la ditférence de niveau entre les mers intérieures et les Océans avec lesquels elles sont en communication, d "antre part au point de vue de la pro- |)agation des animaux des Océans vers les mers intérieures. Ainsi i'évaporation de la ^léditerranée augmientant la salure de ses eaux, il se produit un appela (iibraltar, et il est naturel que la hauteur de cette mer en un point de ses côtes, Marseille par exemple, soit inférieure à celle de l'Océan. .\ Marseille la dilférence est d'un mJ'tre. Ace sujet .M. Bouquet de la Grye a dit, en 1875, que de deux séries d'échantillons d'eau de mer puisés dans l'Océan et la Méditerranée, on pouvait conclure la différence de ces deux mers à quelques centimètres près. L'analyse d'échantillons d'eau de mer recueillis durant la campagne du Travailleur dans la .Méditerranée et l'Océan est venue pleinement confirmer cette proposition (I).

La propagation des animaux des Océans vers les mers intérieures est rendue très difficile dans les cas de salinité semblables à celui que nous présente la Méditerranée, lorsque la voie de communication est étroite, et que les couches inférieures ont une température élevée, .\insi un courant profond, à une température de 13° C., entraîne au niveau de Gibraltar les eaux inférieures de la Méditerranée vers l'Océan ; im courant en sens inverse s'établit à la surface pour rétablir le niveau de la mer. Par conséquent les animaux vivant à une grande profondeur doivent avoir la plus grande peine à pénétrer de l'Océan dans la Méditerranée. Ils ont à affronter un courant très fort et ils quittent des eaux froides, des fonds rocheux pour des eaux tièdes, mal aérées et des fonds de vase. Il ne faut donc pas être surpris de voir, dans des mers semblables à la Méditerranée, la vie être représentée par un moins grand nombre de

(I) Bouquel de In Grye. Compt. rend, de l'Acad. des sciences, 1882.

formes animales ayant pu vaincre ces obstacles à leur propagation, et ayant pu s'adapter à des conditions biologiques fort différentes de celles dans lesquelles elles se trouvaient primitivement placées.

En moyenne l'eau de mer contient sur 1,000 parties 34,4 à 37,5 de sels dissous, parmi lesquels le chlorure de sodium entre pour 27 parties.

Des observations multipliées ont montré que la pesanteur spécifique de l'eau de mer variait un peu à la surface suivant le plus ou moins grand éloignement des côtes. La raison de ce fait doit être recherchée dans le mélange qui s'acomplit avec les eaux douces déversées. Il est à remarquer que, sous l'influence de fortes brises, la densité s'élève un peu au-dessus de la moyenne, ce qui paraît devoir être la conséquence d'une évaporation active.

La densité de l'eau distillée étant représentée à 4°C. par 100,000 M. Buchanam a trouvé que la densité de l'Océan à 15°, 56 C. varie entre les extrêmes 102,780 et 102,400. Il a reconnu que la densité des couches superficielles de l'Atlantique ?sord était plus élevée que celle des mêmes parties du même Océan, ce qui confirmait l'opinion émise par Wyville Thomson relativement à la circulation des eaux profondes de l'Atlantique qui, selon lui, était due à un excès d'évaporation entraînant une précipitation dans les régions Nord.

Les pluies continues déterminent des modifications de densité. Ainsi le Challenger mit dix-huit jours à effectuer la traversée de Montevideo à Tristan d'Acunha. Durant cette partie de son voyage neuf jours furent beaux, neuf pluvieux. La moyenne de la densité par le temps beau fut de 1,02639 et elle s'abaissa à 1,02591 par le temps de pluie.

La pesanteur spécifique des eaux profondes, après une réduction à 15°, 56 C, serait, en moyenne, de 1,02601. La densité minimum observée dans l'Atlantique Sud est de 1,02580, et elle est de 1,02540 dans le Pacifique.

Les analyses des divers gaz contenus dans l'eau de mer ont

DE L'EAl' DE MER. o3

nii graïul ialLTct pum- les /oolog^isles, car elles leur permettent (l'apprécier les condifious dans lesquelles vivent les animaux remontés de profondeurs diverses. Les gaz existant dans l'eau de mer sont l'acide carbonique, l'oxygène et l'azote.

Un des premiers faits et un des plus curieux qui nient été observés se rapporte à la plus grande proportion d acide carbonique au niveau des fonds oîi la vie est abondante. L'excès de gaz provient en ce cas des combustions organiques. « Ainsi, dit M. Lant Carpenter, en traversant le large canal qui s'étend du Nord-Ouest de l'Irlande vers Rockall, où la profondeur est. sur une certaine étendue, de plus de 1,000 brasses, la proportion d'acide carbonique paraît avoir varié avec les résultats du dragage, tellement que le chimiste prédisait le plus ou moins de succès de la pèche avant même la réapparition de l'engin, d'après le résultat des analyses qu'il faisait des gaz de l'eau du fond; le résultat est venu toujours justifier ses prévisions. » Lors- (pie le dragage était bon, on trouvait sur cent parties de gaz recueillis 35,08 à 39,86 d'acide carbonique; lorsqu'il y avait au contraire insuccès, on n'observait (|ue 31,15 du même gaz. Dans les cas où l'acide carbonique était abondant, il suffisait de prendre de l'eau à 60 brasses environ au-dessus du fond pour voir ce gaz revenir à des proportions normales.

Nos connaissances sur les quantités de gaz dissous dans l'eau de mer, puisée à diverses profondeurs, ont surtout été accrues par les analyses faites par M. Buchanam lors du voyage du Challenger. Nous devons seulement faire remarquer que les procédés de recherches employés par ce savant expérimentateur ne sont pas d'une exactitude parfaite. Le D' Jacobsen de Kiel ayant reconnu que l'acide carbonique ne se sépare qu'incomplètement de l'eau de mer par l'ébullition dans le vide, M. Buchanam a pensé que ce fait dépendait uniquement de ce que les sulfates retenaient une partie de ce gaz, et il a institué une série d'analyses basées sur cette donnée. 11 n'a pas tenu évidemment assez compte du rôle probablement prépondérant rempli par les bicarbonates.

La quantité d'acide carbonique croît dans l'eau de surface avec la densité.

Dans des eaux provenant de profondeurs intermédiaires ou du fond il y a plus d'acide carbonique que dans les eaux de surface. 3Iais si on tient compte de la température, on voit (|ue la quantité d'acide carbonique est proportionnellement peu différente.

Les recherches accomplies par M. Buchanam, relativement à l'oxygène, ont montré qu'à la surface la quantité de ce gaz variait entre 33 et 3î5 p. 100. Le nombre le plus élevé a été constaté dans de l'eau recueillie dans le cercle arctique ; les nombres les plus faibles correspondent aux régions où soufflent les alizés. Dans les eaux de fond la quantité absolue d'oxygène est plus grande dans les régions antarctiques et elle diminue généralement vers le Nord. W yville Thomson a appelé l'attention sur la présence d'une plus forte proportion d'oxygène sur les vases à diatomées et sur une diminution de ce gaz au niveau des argiles renfermant du peroxyde de manganèse.

Quant à ce qui est relatif à la répartition de l'oxygène suivant la profondeur, les expériences ont montré que dans l'eau de mer la quantité d'oxygène diminue jusqu'à une profondeur de 300 brasses et qu'à ce niveau il existe un minimum après lequel la quantité du même gaz croit progressivement.

Le tableau suivant permettra de bien apprécier l'importance de ce phénomène.

Profondeur (Brasses). 0 2o oO 100 200 300 400 800 Eotre 800 el le fond. Oxygène .33,7 33,4 32,2 30,2 33,4 11,4 15,5 26,6 23,5.

En tenant compte de la faible quantité d'oxygène à 300 brasses M. Buchanam a supposé que la vie animale devait être surtout riche à ce niveau, ou du moins qu'elle était plus abondante qu'à une profondeur plus grande. Cette opinion, ainsi que l'a fait remarquer Wyville, Thomson, ne concorde pas avec l'expérience, et pour ce savant naturaliste, il existerait dans les eaux profondes une couche intermédiaire à la surface et à l'horizon reposant sur le fond, qui serait presque dépourvue d'ani-

maux OU du uioins dans laquelle on n'observerait pas les manifestations les plus élevées de la vie.

Je rappellerai en dernier lieu que l'eau de la surface fouettée par un vent violent ahandonne une partie de son acide carbonique pour se cbarger d'oxygène.

La quantité d'azote varie peu, quelle que soit la profondeur à laquelle on [)uise un écbanlillon d'eau de mer. Ainsi .M. Lant Carpcnter a noté, sur 100 parties de gaz recueillis, 54,21 d'azote à la surface, 51,82 dans les couches intermédiaires, 52,60 au fond. Des matières organicjues auraient été constatées dans tous les échantillons d'eau de nier de cpielque profondeur ([u'ils proviennent et toujours en même quantité.

Une question qu'on pose bien souvent aux personnes ayant participé à des explorations sous-marines est la suivante : Comment arrive-t-on à puiser de l'eau à des profondeurs atteignant plus de six mille mètres? Les procédés employés sont bien simples et ils sont en même temps, comme on va le voir, d'une sûreté absolue.

A bord du Talisman on a utilisé des houteilles à eau ayant servi durant la campagne du Travailleur. Chacun de ces instruments consiste en un tube métallique, à parois très épaisses, terminé à ses deux extrémités par un tronc de cône. Au-dessous du tronc de cône inférieur se trouve être placé un robinet se fermant au moyen d'un long levier se projetant en dehors de l'appareil comme le fait celui servant à fixer les thermomètres à retournement. Si on ouvre le robinet, ce levier se trouve prendre une position horizontale; si au contraire on le ferme, il devient vertical.

Le robinet est construit d'une manière toute spéciale. Quand on vient à l'ouvrir, sa clef appuie sur une tige intérieure centrale h laquelle est adaptée une soupape de caoutchouc fermant l'ouverture d'une cloison intérieure située au-dessous de lui. La soupape se trouve alors être soulevée et Fcau peut entrer librement dans l'intérieur du cylindre. Si au contraire le robinet est fermé, l'extrémité de la tige intérieure centrale se loge dans

o6 LA VIE AU FOND DES MERS.

une excavation pratiquée dans ]a clef du robinet. La soupape obéissant à un ressort s'abaisse et ferme hermétiquement l'ouverture pratiquée dans la cloison intérieure.

Pour utiliser cet appareil, on procédait de la manière suivante. On chargeait d'un poids très lourd l'extrémité d'une ligne de sonde en chanvre, disposée en plusieurs rouleaux, maintenus sur de grandes chevilles de bois fixées horizontalement aux bastingages. On dévidait la ligne ainsi placée et on lui faisait faire, comme pour le câble métallique servant au dragage, quelques tours sur la grosse poupée du treuil de relèvement, puis au moyen de poulies disposées d'une manière spéciale, on relevait obliquement au-dessus et en dehors du bateau. Ou attachait à son extrémité, surplombant ainsi la mer, un poids dont la force variait suivant les profondeurs à atteindre. On fixait ensuite le long de la ligne une bouteille dont les robinets étaient ouverts. Les bras de levier de ceux-ci se trouvaient avoir par conséquent une position horizontale. Au-dessus de la bouteille à eau on attachait un thermomètre cà retournement de manière à savoir très exactement la température possédée par l'eau recueillie. Ces dispositions prises, on laissait tomber les appareils à la mer et on laissait se dérouler 500 mètres de ligne. Comme la vitesse de descente s'accélérait de plus en plus et comme elle pouvait devenir trop grande, on faisait agir le frein du treuil et on régularisait ainsi le mouvement. Lorsque les oOO mètres de ligne étaient filés, on établissait une nouvelle bouteille à eau, un thermomètre et on laissait encore se dévider 500 mètres de câble, après quoi on fixait de nouveaux appareils. Par conséquent, les bouteilles à eau et les thermomètres qui les accompagnaient, se trouvaient être étages sur la ligne et séparés verticalement les uns des autres par une distance de 500 mètres. Le nombre des appareils ainsi placés dépendait de la profondeur existant au niveau du point auquel on se trouvait. Pendant toute la durée de la descente les robinets inférieur et supérieur étant ouverts, il s'établissait un courant dans l'intérieur des bouteilles, l'eau entrait par l'orifice inférieur et sor-

HE L'EAf DE MEU.

lait par 1 orilîce supérieur. Lorsque les proloiuleurs voulues étaient atteintes, on arrêtait le déroulenicnt de la lijrne et on laissait séjourner quelque temps en placi- les appareils. Puis on laissait tomber du bateau une lourde bague de fonte dans le vide central de laquelle était passée la ligne supportant les bouteilles à eau et les thernioniètres. L'épaisseur de la bague et le diamètre de son vide central étaient calculés de manière à ce que cette grosse masse métalli([ue pût fi-uicliir cbaque thermomètre et chaque bouteille en abaissant les leviers, sans qu'il y eût à craindre (|u"elle restât accrochée après eux. Le mouvement qu'accomplissaient les leviers amenait premièrement le retournement des thermomètres et secondement la fermeture des robinets (fig. 21). Au moment où ceux-ci se fermaient, les tiges intérieures centrales, inférieures et supérieures, se dégageaient, et les soupapes qui étaient fixées après elles s'appliquaient contre les orifices intérieurs des bouteilles. La donl)le fermeture ainsi obtenue, par le robinet d'abord, par la soupape ensuite, avait pour but d'empêcher, d'une manière absolue, l'introduction du liquide qu'allaient traverser les appareils durant leur retour à bord du bateau, et en même temps elle devait s'opposer au mouvement d'expansion des gaz contenus dans l'eau (1). Ces gaz devaient en effet tendre très énergiquement à s'échapper. Mais le mouvement de dilatation ayant ainsi lieu dans l'intérieur des bouteilles avait pour elïet, ainsi que le signalait 3L Alphonse Milne

(I) A. Partie ogivale vissée sur le tube TT. Klle renferme : l^Un canal a», servant pour l'amarrage de l'appareil sur la ligne d'immersion.

2" Un logement pour la clef B d'un robine(. Cette clef B est manœuvrée à l'aide d'un long levier C, qui peut être mis de la position verticale représentée dans la figure jusqu'à l'horizontale, c'est-à-dire de 90 degrés de bas en haut et inversement. Un petit arrêt, lixé sur la partie ogivale A et qui n'est

Fig. 21.

Bou-

teille à eau.

Ethvards dans son rapport sur la campagne du Travailleur, en 1882, (( d'appuyer plus fortement sur les soupapes en caoutchouc et de fermer plus énergiquement les ouvertures; aussi nous est-il arrivé bien souvent, au moment où nous retirions les bouteilles de la mer et où nous ouvrions le robinet, de voir un jet d'eau s'élancer au dehors comme d'une bouteille d'eau de Seltz et atteindre à plus d'un mètre et demi de distance ; de plus,

pas figuré ici, ne permet pas au levier C de dépasser la position Lorizonlalp.

3» Un conduit central pour le passage de la tige ( de la soupape s.

4" Un petit canal 6 complétant le robinet et formant la continuation du canal de la clef B, lorsque le robinet est ouvert, c'est-à-dire lorsque le levier C est horizontal.

d est une crépine destinée à prévenir l'engorgement du robinet, dans le cas où l'appareil reposerait sur le fond.

La clef B est munie en e d'une cavité pratiquée dans le métal et formant une gorge dont les bords viennent se raccorder avec le corps de la clef, par une légère courbure. Sans entrer dans les détails de construction, on peut dire que la cavité c est disposée de telle sorte, que dans le mouvement du robinet elle se présente devant la tige< de la soupapes, dès que la fermeture du robinet est déterminée par le levier C.

T, T, corps de la bouteille, formé par un tube épais, fermé à ses deux extrémités par les plaques métalliques D, D.

Chacune de ces plaques porte une soupape s et est percée en sa partie centrale d'un conduit pour la tige l et de petits canaux f, f, que la soupape s, dans son mouvement, obture ou laisse ouverts.

Cette soupape s comprend :

1° Un petit dôme h servant de guide à la lige t. Ce dôme est fixé sur la plaque D.

2° Tige t.

3» Une rondelle de caoutchouc vulcanisé souple, appliquée avec une rondelle métallique faisant corps avec la tige t.

Cette rondelle de caoutchouc, lorsqu'elle est appliquée fortement sur la plaque D, produit l'obturation des canaux f, f.

4° Enfin un ressort à boudin r est d'une part fixé à la tige t, et d'autre part s'appuie sur la plaque D. On voit donc que l'efl'ort du ressort r ferme la soupape s, lorsque la tige t est libre, ce qui a lieu quand le robinet étant fermé, la cavité e est vis-à-vis la tige t, quand, au contraire, le robinet est ouvert, la tige t n'étant] plus en regard de la cavité e est repoussée par la clef du robinet et la soupape est ouverte malgré l'antagonisme du ressort r.

(Extrait de la Nature, 24 décembre 1881. A. M. Edwards : Campagne de dragages du Travailleur).

l'eau, ^el•séc ensuite dans un vase, laissait dégager une quantité do l)uUes de gaz.... »

Ouand on recueillait ainsi de l'eau à de grandes profondeurs, on avait toujours soin d'en prendre nu échantillon à la surface et de noter sa température atin d'oldcnir un point de compa-

raison.

La prise d'échantillon d'eau a de grandes profondeurs était, comme on peut s'en rendre compte par l'exposé précédent, une opération nécessitant un em|>loi de temps assez considérahle. Aussi s'est-on préoccupé, à bord du Talisman, de simplifitM- les manœuvres, lorsqu'on a voulu avoir de l'eau non pour l'étude des gaz qu'elle renfermait, mais simplement pour la recherche des germes pouvant être tenus en suspension. Voie! (jnel était en dernier lieu le procédé adopté.

Des tuhes de verre à parois épaisses, effilés à leurs bouts et fermés à la lampe d'émailleur, après que le vide y avait été préalablement fait, étaient attachés au tube métallique renfermant le thermomètre, ils étaient fixés de telle manière, que lorsque le retournement de ce dernier avait lieu, une de leurs pointes effilées devait frapper la jiortion inférieure du cadre métallique portant le thermomètre. Sous l'action de ce choc, les pointes heurtées se brisaient, et alors l'eau se précipitait dans l'intérieur des tubes dont elle ne pouvait plus sortir, par suite du faible diamètre de l'orifice d'entrée. A ciiaque sondage on ramenait ainsi à bord un échantillon de l'eau du fond touché, et il était facile de le conserver en scellant immédiatement le tube qui le renfermait, à la flamme d'une lampe.

La température de l'eau de mer, depuis la surface jusqu'au fond, peut être notée de la manière la plus précise.

Les thermomètres dont on a fait usage pour ce genre de recherches présentent une solidité extrême, car ils ont à subir des pressions supérieures à trois cents atmosphères, c'està-dire dépassant trente tonnes, sur une surface de 1 décimètre carré. Ils sont formés de deux enveloppes de verre à parois très épaisses. On n'a pu songer à employer des thermomè-

GO l.\ VIE AU FOND DES MERS.

très ordinaires ;i maxiina et ;ï minima, car oa n'eût pas été sûr d'avoir la température du fond, les thermomètres ayant accusé très probablement la température variable des couches au milieu desquelles ils seraient passés. Les thermomètres utilisés possédaient un mécanisme tel que le tube métallique les renfermant pouvait se retourner à un moment donné. La colonne mercurielle se brisait alors en un point, situé au-dessus du réservoir, où le tube présentait un rétrécissement. 11 en résultait que le mercure renfermé dans le tube tombait dans le bout inférieur qui était gradué. Le thermomètre remonté à. bord, il était aisé d'apprécier, dune manière exacte, la température existant au moment où le retournement s'était accompli. Nous avons fait reproduire sur notre figure H un de ces thermomètres construit d'après les indications de M. Alphonse Milne Edwards, dans la position qu'il occupe au moment où il est envoyé au fond de la mer. On voit qu'il est amarré sur la corde reliant le sondeur au fil d'acier et qu'il est renfermé dans un tube protecteur en métal supporté par un cadre également métallique. Ce tube, perforé d'orifices nombreux, est maintenu dans une position verticale par un crochet dont le bras, très allongé, se projette transversalement. L'extrémité de ce bras est rattachée aux poids de surcharge du sondeur par un fil de chanvre. Lorsque les poids viennent k se détacher, ils pèsent, par l'intermédiaire de ce fil. sur l'extrémité du bras du crochet qui, cédant à leur traction, s'abaisse. Le tube métallique, devenu ainsi libre, se trouve alors soumis à l'action d'un ressort qui le fait basculer, et la boule du thermomètre vient occuper la portion supérieure de l'appareil. Quant au fil de chanvre reliant le bras du crochet au jioids, il est assez fragile pour ne pas tarder à se rompre sous l'influence de la traction croissante qu'il subit.

Les résultats obtenus avec des thermomètres semblablement disposés ont été très satisfaisants et de beaucoup supérieurs à ceux fournis par des thermomètres construits d'après des plans différents. MM. JN'egretli et Zambra avaient cherché à

amener le retournement du tube renformant le thermomètre au moven d'une hélice adaptée à Tapi.areil (lig. 22, 2:1, 24). Cette hélice présentait une disposition de ses ailes telle qu'elle ne pouvait se mettre en mouvement -pi-au moment de l'ascension. Au bout d'un ceilain nmnlue de tours accomplis, le déclanchemcnt avait lieu. M. Magna-hi avait un peu modifié cette dispo-

l'ig. 22.

Fig.

Fig. 24.

TLermomètre de M\I. Negretti et Zambra. - Fig. 22. Appareil durant la descente. - F g " Ip a oil durant rascension. Le jeu de n,élice a rendu libre le ,ube renfermant le thermomètre, .,ui a basculé et sest retourné. - Fig. 23. Thermomètre après le retournement, permettant d'apercevoir la rupture de la colonne mercunelle et indiquant par b portion de cette dernière comprise dans la part.e .nfer.eure de l'appareil, tel quil est placé, la température.

sition de manière à ce que le déclanchement ne se produisit qu'au bout d'un nombre de tours d'hélice détermine. Durant le cours des expéditions faites par le Travailleur, ces thermomètres avaient été utilisés et on avait observé que bien souvent l'hélice n'entrait pas en mouvement, soit que son jeu lût un peu dur soit qu'un grain de sable ou un fil de chanvre fût engagé

dans le pas de vis, soit qu'on eût remonté un j)eu trop doucement le tube sondeur. Avec l'appareil imaginé par M. A. Milne Edwards et disposé comme je l'ai indique, le retournement s'est toujours parfaitement effectué (1).

(1) La densité de l'eau de mer de surface étant modifiée par l'évaporation ou par l'apport d'e;iu douce, on peut diviser la surface du filobe en cinq régions : deux correspondant aux parties où souftlent les alizés de N.-E. et de S.-O., où l'évaporation est très active, une correspondant aux régions équatoriales où il pleut beaucoup, et deux situées, l'une au nord, l'autre au sud des réeions des alizés où il va balancement entre l'évaporation et l'apport en eau de pluie. Dans l'Atlantique nord les eaux de surface atteignent leur maximum de densité entre le 22° de latitude N. et le 40° de longitude 0. La densité est plus faible sur le côté 0. que sur le côté E. Mais, vers le centre, entre le lo° et le 30» parallèle, d'après les observations faites à bord du Challenger, elle est plus élevée que sur les deux rives. Dans l'Atlantique sud, le maximum de densité correspond aussi à la région des alizés, mais il s'observe plus près de l'équateur. Au cap de Bonne-Espérance, sur la côte de l'Atlantique, la température et la densité sont plus élevées que sur la côte Ouest. Dans le Pacifique, il n'existe qu'un bassin de concentration. Dans le bassin nord les différences de salinité sont très faibles. Pour l'Océan Indien, la concentration dans la région des alizés, S.-E., n'est pas plus prononcée que dans le Pacifique.

Les plus grands changements de salinité, suivant la profondeur, s'observent dans les régions tropicales durant les 200 ou 300 premières brasses. A mesure que la profondeur augmente, le changement de salure devient de plus eu plus faible. La densité diminue, d'après les observations faites à bord du C/ta//ew3er, jusqu'à 800 ou 1,000 brasses, et elle s'accroît près du fond où, dans le Pacifique, la densité varie entre l,02o4 et 1,0257. Dans r.\tlantique sud la densité du fond est de l,02o8 à 1,260, et elle s'accroit dans 1' .atlantique nord jusqu'il 1,0263, fait qui est dû au déversement des eaux très denses de la Méditerranée.

Les naturalistes du Challenger ,onl fait remarquer que les organismes sécrétant de la silice étaient abondants dans les eaux dont la densité est faible, et que c'est l'opposé qui a lieu pour les organismes fixant du carbonate de chaux.

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