CHAPITRE II
SON [) AGES ET DRAGAGES PROFONDS
La détermination exacte de la profondeur de la mer constitue une question ayant préoccupé depuis bien des années les savants elles industriels. Four les premiers, il s'est agi do résoudre divers problèmes relatifs à la phvsique générale du globe ; pour les seconds, il importait de connaître le relief sous-marin sur un espace déterminé, avant de chercher à mouiller un câble télégraphique. En ce qui concerne les zoologistes, les recherches d'animaux marins au moyen de la drague ou du chalut doivent toujours être précédées de la notion exacte de la profondeur de la mer cl de la nature du fond au niveau du point dont ils désirent entreprendre l'exploration. La connaissance de ces deux données est nécessaire, car c'est d'après elles qu'on envoie à la mer une drague ou un chalut d'une ouverture déterminée, qu'on traîne ces instruments plus ou moins longtemps sur le fond, et qu'on file une certaine longueur du câble auquel ils sont rattachés.
Quand il s'agit d'exécuter des dragages en eaux peu profondes, il est d'usage d'employer, pour sonder, une corde résistante, à l'une des extrémités de laquelle est fixé un poids consistant généralement en un morceau de plomb de forme cylindrique ou prismatique. L'extrémité inférieure du poids, devant venir heurter le fond, est enduite d'une épaisse couche de suif. La boue, le sable, les graviers, les roches constituant le lit de la mer,
FiLHOL. 2
adhèrent à cette substance molle, laissent sur elle leur empreinte ou bien la pénètrent pour s'incruster dans son intérieur. Dans ce dernier cas elles sont ramenées à la surface avec le plomb de sonde. Pour connaître exactement et immédiatement la longueur de la ligne entraînée par le poids, on divise cette dernière en espaces de 5, 10 et 100 brasses au moyen de morceaux d'étoffes diversement colorés. La notion de l'arrivée du plomb sur le fond s'acquiert par le changement subit de vitesse dans la descente de la ligne. Au moment où cet incident se produit, en se rapportant au nombre de fragments d'étoffes entraînés, on arrive à être fixé sur la profondeur.
Les sondages, en des points oii la profondeur est grande, ne sauraient être exécutés par ce procédé sans qu'on soit exposé à des chances d'erreur très considérables. En effet, il arrive souvent que le poids n'est pas suffisamment lourd pour entraîner verticalement la coide. Celle-ci, déroulée, offre une surface considérable à l'action des courants et alors, poussée par ces derniers, elle dérive. 11 semblerait qu'il fût facile de parer à cet accident en se servant d un poids très lourd, mais si on procédait ainsi, au moment de la remonte, la corde ne manquerait pas de se rompre sous l'influence de la traction du poids en même temps que sous celle de sa propre pesanteur. D'autre part, lorsque la profondeur est considérable, il est presque impossible de noter nettement le moment auquel le plomb frappe le fond, la corde continuant toujours à se dévider avec une grande vitesse sous l'influence seule de son poids.
Le sondage à la corde a été le seul procédé mis en usage par les diverses marines, jusqu'à ces dernières années, pour évaluer la profondeur des océans. Mais depuis qu'on a utilisé des appareils spéciaux pour ce genre de recherches, on s'est aperçu que les documents relatifs aux très grandes profondeurs étaient la plupart du temps inexacts par suite des diverses causes dont il vient d'être parlé.
Les sondages anciens accusaient, dans certains cas, des profondeurs énormes. Ainsi le lieutenant Walsh, de la marine des
SONDAGES ET DRAGAGES PROFONDS. 19
Etats-Unis, avait exécuté nu soiulage de 34,000 pieds sans trouver le fond ; de niémc le lieutenant Heryman avait inutilement déroulé 39,000 pieds de corde au milieu de l'Océan. Le mcuie fait s'était produit pour le lieutenant Parker avec oO.dOO pieds de ligne. Or nous savons positivement aujourd'Imi (|nc dans l'Atlantique Nord, là oli tons les sondages faisaient prévoir des fonds de 12.000 mètres et plus, la profondeur est de 6,000 mètres. Je rappellerai à ce sujet quelques-unes des erreurs relevées pendant la campagne du Talisman. Le 6 août, par 27° 10' de latitude et 42° de longitude, là où les cartes portaient l'indiration d'anciens sondages faits à la corde de 1,000 à 2,000 mètres, on a trouvé 4.965 mètres. Le lendemain, par 30°17'30' de latitude et 43''07' de longitude, on constatait 3,.j20 mètres de fond au lieu de 2,000 mètres.
Les premières tentatives faites pour perfectionner l'opération du sondage à de grandes profondeurs ont porté sur la transformation du plomb de sonde. Elles ont été surtout accomplies alors qu'on s'est occupé de déterminer la profondeur et la nature des fonds avant la pose des Ctàbles sous-marins. A ce moment les explorateurs étaient désireux de posséder un instrument avec lequel il fût possible de saisir au fond de la mer un échantillon de la vase, des graviers ou des débris de roches qui le recouvraient.
Un des premiers appareils proposés fut le plomi) de sonde à coupe (1), qui est représenté sur notre lig. 3.
Brooke s'occupa en 18.54 de constituer un sondeur pouvant
(I) Cet instrument consiste en une masse de plomb en forme île cùiie tronqué rattaeliée à sa partie supérieure au moyen d'un anneau à la ligne de sonde. L'extrémité inférieure porte une tige métallique insérée au fond d'un entonnoir fermé. Une rondelle de cuir percée à son centre peut se mouvoir dans l'espace libre existant entre la base du plomb et le bord supérieur de l'entonnoir ou coupe. Durant la descente du plomb la rondelle appuyant sur les couches liquides reste soulevée. Quand le fond e.<t atteint, la coupe s'enfonce dans le gravier, le sable ou la vase et se remplit. I^endant l'ascension les couches liquides pressant sur la rondelle de cuir l'appliquent étroitement sur l'orifice de la coupe. Cet instrument, qui théoriquement paraissait devoir être bon, revenait vide deux fois sur trois.
être débarrassé au fond de la mer dnn poids considérable, qui devait assurer sa descente rapide au milieu des coucbes liquides. L'idée de charger considérablement le sondeur et de l'alléger avant de le remonter (fig. 5) est la plus ingénieuse qui se soit produite, et comme nous le verrons plus loin, c'est elle qu'on a
j-j<r. 3. Plomb de sonde à coupe.
l'ip
Sondeur du Bult-Dog.
appliquée pour construire les appareils dont nous nous servons aujourd'hui (1).
M. Steil, durant la campagne de sondages accomplie en 1860
(1) L'instrument de Brooke comprenait un gros boulet percé de part en part suivant un de ses diamètres, de manière à pouvoir facilement donner passage à une tige de fer profondément excavée à sa partie inférieure et portant à sa partie supérieure deux bras mobiles qu'on rattacbait à la ligne de sonde. Le boulet enfilé dans la tige métallique était soutenu par des lacs dont l'extrémité libre en forme de boucle était accrocbée aux bras. Quand l'instrument frappait le fond, les bras s'abaissaient, les boucles des lacs se décrochaient et le boulet tombait. L'extrémité inférieure du tube sondeur, qui était creusée, se remplissait d'un échantillon du fond.
SONDAGES KT PRAGAGES PROFONDS
par le Bulldog, proposa un instrument (fig. 4) qui n'était qu'une modification de celui que John Ross avait utilisé en 1817 dans son voyage d'exploration de la merde Ballin, et qu'il avait appelé la « pincette des mers profondes ». L'appareil, fort ingénieux, de Ross consistait en une paire de pinces creusées en forme d'écuelle et maintenues écartées par une cheville. Cette dernière partie
Suiic-li'ur ilr lirookc.
était placée de telle manière que, dès qu'elle frappait le fond, elle se détachait, et alors un poids glissant sur un pivot venait fermer les pinces dans la cavité desquelles pouvait être renfermé un échantillon du fond pesant jusqu'à six livres (1).
(1) Le sondeur de M. Steil consistait en pinces creusées et maintenues écartées durant la descente par l'action d"un cylindre de plomb appuyant sur la partie supérieure et un peu interne des bras. Le cylindre de plomb était maintenu par un anneau à des crochets sauteurs. La pince était rattachée par son axe à la ligne de sonde. Le fond touché, la tension de la corde traversant le cylindre cessant, les crochets s'ouvraient, la corde devenait libre et le poids
On s'est servi, durant la croisière du Lightninri, d'un appareil qui, d'après ce que raconte VVyville Thomson, « n'a jamais manqué son but maliïré qu'on l'ait employé par des temps déplorables et dans les circonstances les moins propices ». 11 consistait (fig. 6) en une sorte d'écope à bec aigu pouvant être complètement fermée après qu'elle avait touché le fond (1). Wyville Thomson s'est d'autre part servi avec succès à bord du Porciipine d'un instrument utilisé antérieurement par les officiers du bateau anglais VHydre, qui avaient exécuté une série de sondages pour la pose du câble de l'Inde (2).
Abord du Challenger, on a utilisé ce même appareil (fig. 7), après lui avoir fait subir quelques modifications (?,).
La corde soutenant les divers sondeurs, dont nous venons de rappeler la constitution, possédait forcément un volume assez grand offrant une vaste surface à l'action des courants. D'autre
tombait. Les pinces se fermaient sous l'action d'une épaisse bande de caoutchouc dont la tension était contenue jusqu'à ce moment par la pesanteur du cylindre de plomb.
(i) L'écope terminée par un bec aifiu s'adaplait à une longue tige de fer chargée d'un poids à sa partie moyenne et percée d'un trou à son extrémité supérieure. Dans cet orifice s'engageait une dent taillée dans une barre transversale fixée en son milieu à la ligne de sonde. Une lame pouvant s'appliquer sur l'ouverture de l'écope et l'oblitérer complètement était assujettie à l'autre extrémité de la barre transversale. La tension exercée sur la barre transversale cessait au moment où le fond était atteint, ce qui avait pour résultat de faire décrocher la barre, à l'exlrémilé de laquelle était l'écope, delà griffe. Au moment où on exerçait de la traction pour remonter le sondeur, l'écuelle tournait et venait s'appliquer contre le couvercle.
(2) Tous les appareils dont je viens déparier ont été soigneusement décrits par Wyville Thomson dans son ouvrage sur les Abimes de la mer.
(3) Cet appareil consistait en un tube dans lequel pouvait se mouvoir un piston. Le fond louché, le piston tiré par les poids descendait expulsant par des orifices latéraux l'eau renfermée dans le tube. Quand les dents auxquelles étaient rattachés les poids arrivaient, jiar suite de la pénétration de la tige dans le tube, à rencontrer le bord de la paroi supérieure du sondeur, les lacs se décrochaient et les cylindres de fonte tombaient sur le fond. Le jeu du piston avait pour but de retarder la chute des poids et de produire ainsi une pénétration plus profonde dans le fond. Des soupapes s'ouvrant de bas en haut permettaient l'entrée de la vase, du gravier, et s'opposaient à leur chute durant l'ascension.
SONDAGES ET DRAGAGES PROFONDS
part, l'arrivée sur le fond était seulement connue par un ébranloincnt perçu par la main posée sur le câble durant la descente. Toutes ces conditions étaient évidemment défavorables.
La première modification apportée aux procédés de sondage a consisté à se servir pour soutenir le sondeur d'un fil métallique très fin au lieu d'une corde de ciianvre. Ou diminuait ainsi
Fig. G. — Sondeui- du Lighlninij.
Kig. 7. — Sondeur du Challenger.
considérablement la surface ofTerte à l'action des courants et on n'avait pas à se préoccuper de la pesanteur ayant pour effet d'amener la ligne de sonde à se dérouler sous l'influence de son propre poids. Cette beureuse innovation, due à W. Tbompson, a été appliquée pour la première fois à bord du Tuscarora. Pendant la campagne du Travailleur dans la Méditerranée on s'est servi des appareils utilisés en Amérique (1).
il) « Un compleui'. recevant le niouvemenl il'une vis excentrique à l'axe, enregistrait chacun des tours de la bobine sur laquelle le fil était enroulé. Le
LA VIE Al" FOND DES MERS.
Lorsqu'il s'est agi d'armer le Talisman, M. Thibaudier, ingénieur de la marine, a construit, pour être installé à bord de ce bateau, un appareil de sondage avec lequel on a obtenu des résultats merveilleux.
Le fil employé pour maintenir le lulie sondeur était un fil d'acier, désigné vulgairement par rappellation de corde à piano. Son diamètre était de 1 millimètre, et sa résistance paraîtra sur-
Fig. 8. — Scliéma de l'appareil de sondage du Talisman.
prenante lorsqu'on saura qu'il était capable, avec ce faible volume, de supporter sans se rompre une charge de cent qua-
nombre des révolutions de la roue, multiplié par la circonférence moyenne des tours de fil d'acier, donnait la profondeur. C'est William Thompson qui, le premier, a imaginé cet excellent procédé de sondage; il a été emplojé d'abord par le capitaine Belknap, commandant le Tuscarora, de la marine des États-Unis, dans une série de sondages reliant San-Francisco au Japon, puis par le commandant Sigjsbei, à bord du Blake, où M. A. Agassiz faisait ses recherches zoologiques. » (A. M. Edwards. Rapport sur PexpédUion du Travailleur, {S^Z.)
SONDAGES ET PRAfiAGEfï PROFONDS. 25
rante kilogrammes. Ce fil était enroulé sur une ijoiiinc et un appareil spécial, que nous avons lait représenter et dont, d'autre part, nous avons donné une vue schématique, enregistrait le nombre de mètres qui en étaient descendus dans la mer, alors qu'il indiquait automatiquement le moment auquel le plomi) de sonde atteitiiiait le fond (fig. 8).
Le sondeur Tliibaudier se compose de la bobine sur laquelle étaient enroulés 10,000 mètres de fil d'acier de 1 millimètre de diamètre. De la poulie, le fil se rend sur une roue B ayant exactement un mètre de circonférence; de là, il descend sur un chariot A mobile le lon|j^ de Ligues en bois, remonte sur une poulie fixe K et arrive au sondeur S après avoir traversé un guide y où il trouve toujours un petit réa sur lequel il peut sappuyer quelle que soit l'inclinaison du bateau. La roue B porte sur son axe une vis sans fin qui met en mouvementdeux roues dentées indiquant le nombre de tours qu'elle accomplit; l'une marque les unités, l'autre les centaines (fig. 9). Cette dernière est graduée jusqu'à 10,000 mètres. Chaque tour de la roue B correspondant à 1 mètre, le nombre indiqué par le compteur représente la profondeur. Sur l'axe delà poulied'enroulementesl une poulie (le frein p. Le frein f est manœuvré par un levier L à l'extrémité duquel se trouve une corde C qui vient s'amarrer sur le chariot A. Lorsque dans les mouvements de roulis la tension du fil d'acier supportant le sondeur diminue ou augmente, le chariot descend ou remonte légèrement le long des bigues; dans ce mouvement, il agit plus ou moins sur le frein et il règle en conséquence la vitesse de déroulement. Lorsque le sondeur touche le fond, le fil se trouvant subitement allégé de tout son poids, qui
Fig. 9. — Compteur de la longueur dévidée du fil de sonde.
26 LA VIE AU FOND DtS MERS.
atteint quelquefois 70 kilogrammes, s'arrête instantanément.
La manœuvre de cet appareil est facile à comprendre. On dispose à l'intérieur du bateau le sondeur et ses poids. Un homme appuie sur le levier L (fig. 8). Le compteur est misa zéro. Tout étant ainsi disposé, l'homme lâche le frein et le déroulement s'opère jusqu'au moment oîi le fond est atteint.
Durant l'opération d'un sondage, le bâtiment est maintenu immobile au moyen de sa machine, de manière que le fil demeure aussi vertical que possible. Le fond louché, le déroulement cesse brusquement et on n'a plus qu'à lire l'indication au compteur différentiel, ce qui indique la profondeur.
Auprès de la poulie d enroulement du fil est une petite machine auxiliaire M qu'on embraye alors avec l'axe de cette poulie et qui relève le sondeur débarrassé de ses poids d'après un procédé que je ferai connaître plus tard.
Nous avons cherché à rendre l'aspect offert par la passerelle du bateau au moment oîi on allait eHéctuer un sondage. On jiourra avec ce dessin, établi d'après une photographie faite par M. Vaillant, meml)re de la commission, se faire une idée nette du sondeur Thibaudier et comprendre comment la roue, sur laquelle devait s'enrouler le fil de sonde dévidé, était mise en mouvement par une machine Brotlierood.
Dix mille mètres de fil d'acier étaient enroulés sur la bobine de l'appareil Thibaudier. L'extrémité libre du lil était reliée à une portion de càhle en chanvre de I mèti'e de longueur soutenant à son extrémité inférieure le tube sondeur.
Ce dernier appareil dont nous avons fait reproduire un dessin (fig. 11) consistait en un long tube de fer, à parois épaisses, de forme cylindrique à ses deux extrémités. On peut le considérer comme comprenant deux chambres complètement indépendantes l'une de l'autre et superposées.
Dans la chambre supérieure est renfermée une tige métalli- (fiie terminée par un anneau auquel se rattache la corde à laquelle fait suite le lil à sonder, Ouand on vient à exercer une traction sur cet anneau, la tioe métalliiiue se dé^ase en partie.
SONDAGES ET HRAGAGES PROFONDS. 27
un arrêt limitant sa courso à une certaine étendue. Sur les bords droit et gauche de cette tige sont entaillées des dents.
Lorsquon veut se servir du sondeur, on doit lui donner un poids suffisant, non seulement pour assurer sa chute, mais
Fig. 10. — Vue d'ensemble de l'appareil de sondage h bord du Talisman.
encore assez important pour assurer sa descente dans de certaines limites. Afin d'atteindre ces deux buts, on le charge de poids consistant en gros disques de fonte percés d'un orifice à leur centre (fig. Uj. La surface extérieure de ces disques est parcourue
par deux rainures profondes pratiquées suivant deux génératrices opposées. On Tait passer le corps du sondeur au travers des orifices perforant les disques, et le nombre de ceux-ci varie suivant les profondeurs qu'on suppose devoir atteindre. La fixation de ces éléments de surcharge se fait au moyen d'un fil métallique présentant trois anneaux, un à sa partie moyenne, un à chacune de ses extrémités. L'anneau moyen est introduit autour du tube sondeur par son bout inférieur et conduit jusqu'à la face inférieure du dernier poids de surcharge. On ramène sur les côtés droit et gauche les deux bras du fil et ou les fait pénétrer dans les rainures que nous avons dit exister sur les faces latérales des disques. On leur fait prendre alors une direction ascendante et on accroche les anneauv qui les terminent dans deux des dents opposées existant sur la tige métallique dégagée de la portion supérieure du sondeur. Cet arrangement se trouve représenté sur notre figure 11. Etendant tout le temps de la descente de l'appareil au fond de la mer, par suite de la résistance oll'erte par le déroulement du fil de sonde à la traction du sondeur, la tige métallique aux dents de laquelle sont suspendus les poids reste dégagée. Lorsque le fond est touché, la résistance offerte par le déroulement du fil cessant, les poids tirent alors sur la tige métallique à huiuelle ils sont accrochés et la font rentrer dans l'intérieur du corps du sondeur. Dans cet acte, par suite de la rencontre de la' fente dans laquelle pénètre la tige métalli(pie, les anneaux du fil supportant les poids de surcharge sont soulevés et décrochés. Les disques de fonte ainsi rendus libres tombent instantanément et le tube sondeur allégé d'une quantité considérable de poids peut être rapidement remonté à bord.
Les explorations sous-marines ne doivent pas avoir pour unique but de faire connaître la profondeur de la mer au niveau du point auquel on se trouve, elles doivent également fournir un renseignement sur la nature du fond. Dans ce but, on a disposé la partie inférieure du tube sondeur d'une manière tout à fait spéciale. Son ouverture est pourvue de deux clapets
SOND.VGES ET DRAGAGES PROFONDS.
s'ouvrant en ailes do papillon de bas en liant et maintenns so levés par un 111 pendant tout le temps delà descente (fig;. II). Ces clapets, chacun pourvus d'un mouvement de sonnette, se ferment lorsque les rondelles de fonte détachées, abandonnant l'appareil, viennent en passant appuyer sur leurs bras, et ainsi les rapprocher. Quand le sondeur atteint le fond, si ce dernier est peu résistant, il pénètre toujours assez profondément dans son intérieur.
Par conséquent la partie inférieure du tube sondeur, en ce moment ouverte par suite de l'écartement des clapets, se remplit d'une certaine quantité de vase ou de limon instantanément emprisonné par la fermeture de l'orifice succédant à la chute brusque des poids de surcharge. Chacune des branches des clapets est excavée de manière à constituer une sorte de petite cuiller dont la concavité est remplie de suif. Cette disposition a pour but de permettre de rapporter des échantillons des fonds rocheux^ du sable, du gravier, par exemple, et l'on supplée ainsi, d'une manière efficace, aux fonctions du tube sondeur, qui ne peut fournir de renseignements que sur les fonds assez peu résistants, pour lui permettre de les pénétrer.
La profondeur et la nature du fond connues au niveau] du point
Fig. 11. — Sondeur du Talisman.
OÙ dciivent avoir lien des explorations, on s'occupe d'envoyer à la mer les engins de pèche, soit des dragues, soit des chaluts. Ces appareils sont rattachés à un càltle dont la résistance doit être telle qu'il ne puisse être rompu durant le traînage sur le fond et durant l'ascension des filets souvent remplis d'une énorme quantité de vase ou de roches. A bord des bateaux anglais ayant effectué des dragages, on a toujours employé des câbles de chanvre (fig. 12, n° \). Ces derniers avaient l'inconvénient de peser beaucoup et d'occuper un espace énorme. Les Américains, pour obvier à ces inconvénients, ont songé à se servir d'un câble en fil d'acier d'une circonférence de 0°'.028, ne se rompant que
l'ig. 12. — Cables de sondage (grandeur d'éxecution).
sous une charge de 4000 kilogrammes. Nous avons l'uqiloyé à bord du Talisman un câble de cette nature fabriqué parles usines de Commentry et Chàtillon. 11 était composé de quarante-deux fils d'acier (fig. 12, n° 2) réunis en six torons de septfils chacun, tordus autour d'une âme en chanvre; il n'avait que O^.Ol de diamètre et il pouvait supporter sans se rompre une traction de près de 4ûUU kilogrammes. Le poids d'un mètre était de 344 grammes; le prix était de l'^SO le kilogramme, c'est-à-dire de 0'%62 le mètre. Huit mille mètres étaient enroulés autour dune grosse bobine en fonte; 4000 mètres étaient en réserve pour parer aux accidents. Ce câble, d'une grande flexibilité, pouvait être
SONDAfiES ET tlUMiAGES l'IlOFONnS. 31
noué cl ensuite redressé sans perdre ses qualités de résistance.
Le matériel de pùclie employé ii bord du Talisman se composait de dragues et de chaluts.
La variété de formes de dragues proposées pour les explorations sous-marines est très grande, mais on peut dire d'une manière générale, que ces instruments sont toujours composés d'unchùssisde fer déforme rectangulaire présentant un appareil (le suspension terminé par un anneau aii(|uel s'attache lecàl)le(le dragage (voy. fig. 19). A ce châssis est adapté un sac fait d'un lilet de cordelettes de chanvre présentant des mailles étroites. Les grands côtés du ciiàssis, devant porter sur le fond de la mer, sont droits ou garnis de racloirs taillés et insérés sous un angle lel, qu'ils détachent non seulement les objets adhérents, mais encore qu'ils permettent de recueillir les plus petits échantillons déposés sur le sol. En parlant de la drague du D' Bail, qui, |)endant plus de dix années (1838-1848), a été employée par les savants anglais, Wyville Thomson (lit(|u'il vit un jour son inventeur répandre sur le plancher de son salon des pièces de monnaie et les relever avec la plus grande facilité au moyen de l'instrument qu'il avait imaginé. Cet exemple montre le rôle important que jouent dans un dragage les racloirs dont sont munis les grands côtés du châssis.
Pour préserver le filet de la drague, qui serait mis en lambeaux par les roches sur lesquelles il pourrait arriver qu'il fût traîné, on le renferme soit dans un premier lilet en chaînettes de fer, soit dans un sac de toile à voile ou de cuir. Sa portion inférieure présente toujours une sorte d'empèche disposée de telle manière que les objets y pénétrant ne puissent s'échapper. L'avant de la drague est quelquefois muni d'un râteau destiné à fouiller, à labourer la vase ou le sable du fond, et â dégager ainsi les animaux qui y vivent. Lors des explorations du Travaillcur. on s'est servi quelquefois de dragues construites d'après les indications de M. de Folin, qui, par suite d'une disposition spéciale, descendaient fermées et ne s'ouvraient que lorsqu'elles étaient rendues sur le fond. Mais, quel que soit le modèle
de drague employé, les résultats obtenus sont toujours bien peu importants, car ces appareils se remplissent presque immédiatement de sable ou de vase qui, par suite de la présence du sac de cuir ou de toile à voile, ne peuvent être délayés et entraînés au deliors. Aussi généralement, lorsqu'on relève une drague, est-ce un plein sac de boue qu'on rapporte abord. Les dragues, d'autre part, ont un très grand inconvénient, elles sont massives, elles appuient brutalement sur le fond cbaque fois que, pendant leur traînage, elles viennent successivement à être soulevées et à retomber, et il en résulte que les échantillons sont souvent mutilés. Ces défauts avaient frappé depuis longtemps l'attention des savants qui se livraient à des explorations sous-marines, et on s'était préoccupé d'y remédier.
Durant l'une des croisières du Porciipi7ie, Wyville Thomson avait remarqué que, tandis que l'intérieur de la drague ne renfermait que fort peu d'échantillons intéressants, de nombreux échinodcrmes, des coraux, des éponges, revenaient à la surface accrochés à l'extérieur du sac, et quelquefois même aux premières brasses du câble de dragage. « Cela nous fit, dit-il, essayer de plusieurs expédients, et enfin le capitaine Calver fit descendre, attachés à l'instrument, une demi-douzaine de fauberls qui servent au lavage du pont. Le résultat fut merveilleux. Les houppes de chanvre rapportèrent tout ce qui se trouva sur le chemin de hérissé et de non adhérent au sol, et balayèrent le fond ainsi qu'elles le font du pont du navire. L'invention du capitaine Calver a inauguré une ère nouvelle pour le dragage profond. » 11 est certain que l'emploi des fauberts (voy. fig. 13), de ces gros paquets de cordes servant au lavage des bâtiments, et ayant la forme et la disposition d'une longue chevelure, donne de bons résultats, mais il présente également de graves inconvénients, que Wyville Thomson a été obligé de reconnaître. « Les houppes, dit-il, quelques pages après celles dont j'ai extrait le passage précédent, mettent en pi teux état les spécimens qu'elles ramènent ; et c'est toujours avec une première impression de chagrin que nous entreprenions la tâche ingrate et désespérante de détacher
SONDAGES ET riïlAGAGES PROFONDS.
avecdes cispaux à courles lames Icsilppoiiillos iniitilées des Plumes de mer, les patles de Crabes rares, les disques privés de membres, les bras détachés de Crinoïdes et dOphiures fragiles et délicats. Il faut chercher sa consolalioii dans le nombre, relativement petit, des animaux quiai rivent entiers, attachés auv lilires extérieures des houppes;, et se dii'e que, sans ce mode un peu barbare de capture, ces spécimens seraient demeurés inconnus au fond des mers. » Le tableau précédent est d'une vérité absolue, et il faut avoir pu examiner l'état dans lequel se trouve être la presque totalité des échantillons ramenés par un faubert, pour comprendre le désespoir des naturalistes à la recherche, au milieu d'un mélange inextricable de fils de chanvre, de débris d'animaux rares, ou même le plus souvent inconnus. Aussi devait-on se préoccuper de trouver des procédés meilleurs pour recueillir et ramener à bord les animaux saisis au fond de la mer.
Fig. 13. — Clialut employé ;i bord du TaUsman.
Durant la campagne que M. A. Agassiz avait accomplie dans
FiLHOL. 3
le golfe du Mexique, à bord du Blake,\\ s'était servi de chaluts, sorte de grands filets employés journellement sur nos côtes par les pêcheurs, et il en avait obtenu d'excellents résultats.
A bord du Talisman on a utilisé presque constamment des chaluts de deux à trois mètres d'ouverture, semblables à ceux dont on avait fait emploi à bord du Blahe. Ce n'est que tout à fait exceptionnellement qu'on a eu recours aux dragues dont l'usage était réservé pour les cas où il s'agissait d'explorer des fonds de roche dont les arêtes vives eussent sûrement mis en lambeaux les filets des chaluts.
Les résultats, avec ces appareils, ont été merveilleux, et M. A. Milne Edwards a pu dire, dans une conférence faite devant la Société de Géographie, sur la campagne de dragages de 1883, que c'est aux chaluts qu'on devait les admirables récoltes accomplies. « Us ne nous ont jamais fait défaut, a ajouté le savant président de la Commission des dragages sous-marins, et jusqu'à plus de 5,000 mètres, ils ont donné d'aussi bons résultats que ceux que nos pêcheurs obtiennent en traînant leurs engins à quelques brasses de profondeur. »
J'ai fait reproduire (fîg. 13) un des chaluts du Talisman. En examinant notre dessin, on pourra se rendre compte de la disposition de l'armature du fdct, qui était telle, que de quelque côté que l'engin arrivât au fond de la mer, on était toujours assuré de le traîner utilement. Le filet, fixé à l'armature de fer, était fait de cordelettes de chanvre d'une très grande résistance. 11 comprenait deux poches emboîtées l'une dans l'autre. A l'extrémité de la poche extérieure, on amarrait un gros boulet de fonte de manière h ce que le filet s'étendît sur le sol. La poche interne, ouverte à son extrémité inférieure, constituait une empêche, ne permettant pas aux objets qui l'avaient traversée de revenir au dehors.
Durant le cours de la campagne, M. le commandant Parfait a songé à faire placer, tout à fait dans le fond du chalut, un de ces paquets de filins, un de ces fauberts servant au lavage du pont. Les résultats, qui ont suivi cet essai, ont été si remar-
SONn\GES ET DRAGAGES PROKONDS.
quablcs, qu'on n'a cessé à partir de ce moment d'avoir recours à cette innovation. Le succès était dû à ce ([u'une foule de tout petits animaux, des crustacés, des mollusques, des cchinodermes, etc., qui entraînés par le renouvellement de l'eau dans l'intérieur du chalut, eussent passé au travers des mailles du filet, se trouvaient être pris au milieu de la longue chevelure de cordes constituant le fauhert. Un irrand nombre d'échantillonsde petite taille et délicats, qui échappaient antérieurement aux recherches, ont toujours été amenés à bord à partir du moment où on a utilisé le procédé proposé par M. le commandant Parfait.
Les filets en fil de chanvre du Talisman possédaient une solidité extrême. Un exemple permettra de se rendre compte de la résistance qu'ils étaient susceptibles d'offrir. Le 27 juin, par 28" 35' de latitude et 15° 39' de longitude, le chalut avait été coulé sur un fond situé à 905 mètres de profondeur. Lorsqu'il a été ramené à bord, on a trouvé dans son intérieur 250 kilogrammes de roches, et aucune de ses mailles ne s'était rompue sous la traction énorme développée par ce poids. Un des blocs de pierre remontés dans ce dragage, du poids de 135 kilogrammes , figurait à l'exposition des collections du Talisman.
Lorsqu'on voulait pratiquer un dragage, voici de quelle ma-
nière on utilisail les divers appareils dont nous venons de donner la description.
On faisait tout d'abord passer le Ciàble, qu'on dévidait de la bobine sur laquelle il était enroulé, sur des poulies de retour, placées à plat sur le pont du bâtiment, en arrière du roufle dans le<{uel était établi le laboratoire. Cette disposition est représentée sur noire figure du plan du Talisman (fig 14j. Puis on le ramenait vers l'avant et on lui faisait faire quelques tours sur la grosse
Fig. Ij. — Schéma do l'accumulateur et du mode de suspensioa du chalut. A, accumulateur. — E, espars. — G, chalut. — P, pnntoire.
poupée du treuil de relèvement. On aperçoit encore cet arrangement sur la figure 16. Le câble était conduit ensuite sur deux jioulies de retour de l'avant, qui lui permettaient de se relever le long du bord inférieur d'une sorte de màt de charge désigné par l'appellation à' espars (fig. lo). Les deux poulies de retour de l'avant se voient figure 14. Arrivé au sommet de l'espars, le câble était passé dans une poulie, dont nous aurons plus loin à indiquer le mode de suspension, et il était rattaché au chalut par une manille dont le bouton était solidement maintenu par une goupille.
SONDAGES 1:T DRAGAGES PROFONDS
SONDAGES ET DRAGAGES PROFONDS. 39
Duiaiil ropératioii (rtiii dragage, il est de la plus liante iiupoitaiice de savoir quelle est la traction supportée par le càl)ie. Alln de posséder cette indication on avait disposé au niveau du mât de misaine im accumulateur. Cet appareil a été représenté schématiquemeot sur notre figure lo. Il se composait de disques de caoutchouc vulcanisé, empilés et séparés les uns des autres par des rondelles de tôle. Les disques de caoutchouc et les rondelles de tôle étaient perforés dans leur centre, de manière à livrer passage à une pièce métallique très forte, terminée iuféricurement par un plateau. Sur ce plateau reposaient par conséquent les disques et les rondelles enfilés sur la tige métallique. Quatre tiges métallicjues plus faibles, insérées à la rondelle supérieure, venaient aboutir à un deuxième plateau, placé audessous de celui de la tige principale portant un anneau devant servira établir un point iixe. A l'extrémité supérieure de la tige métallique j)rincipiile était solidement fixé un câble métall'que, vue pcaitoirc, qui montait le long du mât de misaine, glissait dans une chape aiguillelée au-dessous de la basse vergue et arrivait au sommet de l'espars où existait un clan. La pantoire à ce niveau était amarrée très solidement à la poulie sur laquelle passait le câble d'acier relié au chalut. Par conséquent la dernière poulie, sur laquelle courait le câble métallique avant de descendre à la mer, n'était pas fixée au sommet de l'espars, mais bien rattachée à la pantoire faisant suite k l'accumulateur. De telle sorte que ce dernier appareil recevait l'impression du poids du chalut, du poids du câble d'acier déroulé, de la pression à laquelle étaient soumis ces objets, enfin de la traction exercée par le chalut raclant le fond. J'ai fait reproduire, figure 15, un dessin schématique, donné par M. le commandant Parfait dans le rapport qu'il a publié dans les Annales d'hi/drogi'aphie sur le voyage du Talisman (1), permettant de saisir les
(1) On trouvera dans le rapport de M. le commandant Parfait, pain dans le n^ees des Annales hydrogi-aphiques, tous les détails relatifs aux opérations exécutées à bord du Talisman.
rapports existant entre l'accumulateur et le câble d'acier uiaintenant le chalut (1).
Suivant la profondeur, qu'on doit explorer, et suivant également le temps cpi'il fait, on utilise un chalut de 2 ou de 3 mètres d'ouverture. On peut dire, d'une manière générale, que par un beau temps il est possible de se servir d'un chalut de 3 mètres pour atteindre des fonds de 3,600 mètres. Passé cette profondeur, il est prudent de n'employer qu'un filet de 2 mètres. Quanta la surcharge à donner, elle était, à bord du Talisman, de 188 kilogrammes, passé les fonds de 3,000 mètres.
Lorsque tout est prêt pour l'envoi du chalut, on désembraye les machines et on laisse tout d'abord descendre le filet sous l'influence seule de son poids et du poids du câble qui le retient. Mais au bout de quelque temps, la vitesse s'accélérant beaucoup trop, on la modère en faisant agir les freins des treuils.
Pendant tout le temps de la descente du chalut, le bateau est amené vent arrière ou au moins grand largue, et il fait route avec ses focs et sa misaine goélette. Il doit aller au moins
2 nœuds, et si, sous l'influence seule de la brise, il ne les parcourt pas, on accélère sa marche au moyen de la machine. M. le commandant Parfait a reconnu que cette vitesse de 2 à
3 nœuds était absolument nécessaire pour que le câble fût toujours tendu. Si cette tension n'avait pas lieu, il arriverait que le câble descendrait plus vite que le chalut, qu'il s'enroulerait sur le fond et que le filet viendrait enfin tomber sur le paquet ainsi constitué. Dans ces cas le câble se nouerait, formerait des coques sur une très grande étendue de sa longueur, quelquefois sur plus de 200 mètres, et on aurait beaucoup de peine, plus tard, à débrouiller cet enchevêtrement.
(1) Lorsqu'un efTort agil sur l'accumulateur, les disques de caoutchouc sont comprimés par le plateau inférieur fixé à la tige centrale de l'appareil, et la série qu'ils constituent diminue de longueur. Normalement cette série a 1™,90 de long; sous une pression de 2,000 kilogrammes, elle n'a plus que 0«',99.
SONDAHES ET DRAC.VGES l'UltEuNDS.
SONDAGES ET DRAGAGES PROFONDS
Un compteur annexé au treuil, sur la poupée duquel passe le câble d'acier avant de descendre à la mer, permet de savoir le moment auquel le lilel doit être rendu sur le fond. Ce dernier
Fig. 18. — Vue d'ensemble de l'arrivée du clialut à bord du Talisman (d'après une photographie).
atteint, on abaisse complètement les freins et le câble est alors maintenu.
Pour assurer le traînage du cbalut sur le fond, il est nécessaire de dévider une longueur de câble supérieure à la profon-
44 LA VIE Al' FOND DES MERS.
deur de la nier au niveau du point auquel ou se trouve. Jusqu'à 600 mètres, on file le double de câble; passé cette profondeur, on file 600 ou 800 mètres de plus que le fond.
Pendant que le chalut est traîné, le bateau est amené dans une position telle quil dérive lentement, c'est-à-dire qu'il aille doucement par le travers.
Le temps durant lequel le chalut était laissé sur le fond à bord du Talisnum variait beaucoup avec la profondeur. Dans les dragages profonds on le traînait pendant trois quarts d'iieure, quelquefois même plusieurs heures. (Juand on supposait l'exploration sous-marine suffisante, on desserrait les freins et on mettait les treuils en mouvement. Le premier (fig. 16) agissait pour remonter \c chalut, le second (fig. 17) servait à enrouler sur la bobine, au fur et à mesure qu'il arrivait, le câble amené sur le pont. Le déroulement du câble s'effectuait à une vitesse de 100 mètres à la minute, l'euroulement à une vitesse de 40 mètres dans le même temps. Lorsque le chalut était sorti de l'eau, on le bissait sur le pont du bâtiment. et on le plaçait ainsi qu'on le voit sur notre figure 18.
Pour obtenir les animaux enfouis dans une vase épaisse, gluante, souvent enfermée dans le chalut, il faut tamiser celle-ci avec beaucoup de soin. On se sert pour cette opération d'une série de grands cadres métalliques superposés et montés sur galeis. 11 suffit de donner à ces cadres un mouvement de va-et-vient, pendant qu'on délaye la vase avec un jet d'eau lancé doucement, pour arriver à dégager sans les briser les plus petits animaux. C'est cette opération, dont on a cherché à donner une idée par la figure 18 établie d'après une photographie de M. Vaillant.
Durant le cours des premières expéditions, on utilisait simplement des tamis manœuvres à la main. >'otre figure 19 représente un des lavages de la vase recueillie par M. de Folin au fond de la Fosse du cap Breton. On y voit des matelots occupés à plonger dans de grandes bailles remplies d'eau des tamis aux mailles très fines, dans l'intérieur desquels des échantillons du fond à examiner ont été placés. A bord du Travailleur, ou a employé
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SONDAGES I:T DRAGAfiES PROrONDS. 47
dans le même but des sphères iiiélalli([ucs creuses, pouvant s'ouvrir et se fermer herniéliquement suivant un de leurs diamètres. Ces sphères percées de petits trous étaient remplies d'ime certaine quantité de limon, puis plongées dans l'eau où on les agitait un certain lomps. Los matières terreuses délayées s'échappaient par les orilices en même temps que leau les cliarrianl. Une de ces sortes de boîtes est représentée sur notre figure 20 où on peut l'apercevoir placée sous une table à côté d'un tamis.
L'examen des mailles du filet et celui des fauberts nécessitent des soins extrêmes (fig. 20). Que de découvertes n'a-t-on pas accomplies au sein de ces derniers paquets, dont les brins délicatement écartés permettent d'apercevoir des animaux de taille réduite et d'une grande délicatesse de structure !