CONDITIONS W. VIE DANS LES GRANDES PROFONDEURS
siblo. 11 existe un singulier exemple de ce phénomène, c'est la muraille glacée (jui longe le bord ouest du Gu!f-S(ream, sur la côte des Massacliusselts (I). » Un autre exemple de ce fait a été relevé durant la croisière du Lightnbuj. La région étudiée comprenait le canal, largo de 200 milles, compris entre la partie septentrionale du plateau de la Grande-Rrelagne, et le bas-fond des iles Faroer. La |ilus grande profondeur en ce point n'atteint pas tout à fait 000 brasses. Le Liglttning faisait porter d'autre part ses observations sur les parties de l'Atlantique situées à l'est et à l'ouest du canal. Dans ces points rapprochés la température de surface est la même, taudis que la température du fond est très différente. Dans le canal des Faroer, à oUO brasses, le thermomètre indique — 1° C, tandis qu'à la même profondeur, dans l'Atlantique, la température est de -(-6° C. Par conséquent on trouve en certains endroits des Océans des régions voisines dont le fond présente des températures très dissemblables, ce qui doit nécessairemiMit entraîner une didereucc dans la composition de la l'aune peuplant ces localités.
On peut dire d'une manière générale qu'à mesure qu'on examine des portions de plus en plus profondes des Océans, on trouve des températures de plus en plus basses. Nous ne parlons pas, bien entendu, des régions arctiques ou antarctiques dans lesquelles la couche chaude de surface peut être très mince ou même faire défaut. Les premières recherches de température, en procédant par intervalles égaux, ont été accomplies lors des voyages du Lirjhtnhuj et du Porciipinc. Je rappellerai comme fournissant un exemple très net de la décroissance de la température, un sondage exécuté par le Porcupine, dans l'Océan Atlantique, par 47° 39' de latitude nord et H°33' de longitude ouest. Les intervalles étaient de 2iJU brasses.
(I) W. Thompson, loc. cit., p. 31.
70 LA VIE m: fond DES MERS.
TEMPÉRATURES OBSERVEES.
Surface — )7»,08 C.
230 brasses 10 ,28
2090 -- (fond 2 .Oi
Oa remarque dans cette série de sondages que la température s'abaisse rapidement entre 0 et 2bO brasses, puis lentement entre 2o0 et 1,000 brasses, et puis qu'elle devient presque régulière à partir de ce point jusqu'à 2,090 brasses. Dans un autre sondage exécuté plus au nord de l'Atlantique, également par le Porcitpiiie, on constate que les températures basses apparaissent bien plus près de la surface.
Surface -L 1 i^OS C.
30 brasses 9 ,02
384 — (fond) 0 ,06
Entre la surface et 200 brasses, ou ne voit se produire qu'une différence de 4°, 3, puis brusquement, entre 200 et 250 brasses, le thermomètre s'abaisse de 4 degrés, alors qu'une nouvelle chute presque égale se produit entre 250 et 300 brasses.
En comparant ces deux séries de sondages, on remarque que dans le premier la température de + 3°, 5 s'observe à 1 ,000 brasses et dans le second à 250 brasses seulement. Or. comme la température est un des facteurs les plus importants, susceptible d'agir dans la distribution de la vie animale, nous sommes conduits à supposer que, comme les zones d'égale température sont sensiblement continues au fond des mers, les mêmes formes animales
CONDITIONS DE VIE DANS LES GRANDES PROFONDEl'US. 71
peuvent être rencontrées en des points du irlobe près de la surface et en d'autres points dans de très grandes profondeurs. Ce que l'observation physique permettait ainsi de prévoir s'est vérifié, lorsqu'on a pratiqué des dragages multiples. Des espèces animales vivant dans les mers du Nord à 50, 100 ou 200 mètres par une température déterminée se retrouvent sous réquateurà 3 ou 4,000 mètres avec la même température. Dans cette condition, la dissémination de certaines espèces, pouvant supporter des pressions de plus en plus fortes, n"a pour ainsi dire pas de limites; le temps seul intervient alors au point de vue des migi-alions sous-marines, car les formes animales qui descendent aux plus grandes profondeurs ont une très grande extension géographi(|ue, et ce sont en même temps, dans la majorité des cas, celles dont nous constatons la présence durant les temps géologiques les plus anciens.
L'abaissement de l'eau du fond de la mer a une tempcratun; inférieure à 0° C. n'entraîne pas après lui la disparition de la vie. Ainsi avec — 3°, 5 C. de froid, on a observé dans les régions . du nord de l'Atlantique de nombreux animaux. Par conséquent la vie ne saurait, nulle part, être limitée par le froid dans les Océans: elle s'arrête seulement là oii les espaces glacés des pôles arctiques et antarctiques constituent une barrière infranchissable. \\ . Tliomson a l'ait romar([uer « que les animaux doués de l'organisation la plus complitpu'e et la plus délicate, tels que les Sipltoiwpliores. les Salpes, les Méduses cténop/iores, supportaient parfaitement ce froid rigoureux ».
La température du fond de la mer, en un point déterminé, ne subit pas, observée à de longs intervalles, de modifications importantes. En 1870 M. Gwyn Jeffreys, faisant des études à l'entrée de la Manciie, reconnut que les températures correspondaient exactement à celles notées l'année précédente. La température du fond à 338 brasses était de -|- 10° C, et eu 1809. sensiblement au même endroit et à la même profondeur, la température était de -\- 9', 8 C.
La distribution de la température, dans les mers intérieures
OU dans des bassins assez fermés, est tout h fait différente de celle qui existe dans les Océans. Dans la Méditerranée, doat la profondeur atteint fréquemment 1,500 brasses, « le degré auquel la température de l'eau est arrivée à 100 brasses est celui auquel elle se maintient jusque dans les plus grandes profondeurs connues (Carpenter). » Les nombres suivants relevés durant la croisière du Porciipùie permettent d'apprécier la décroissance de la température pendant les 100 premières brasses.
Surface 2o'',00 C.
o brasses 24,03
30 — lo ,0j
Ces premières observatious ont été confirmées par les recherches entreprises durant la campagne du Travailleur. Je transcris le résultat d'une expérience faite entre la surface et 2,400 mètres de profondeur :
Mardi 12 juillet 1881, 7 heures du matin. Entre la France et la Corse :
Température de l'air -|-26°,00 c.
— de la nier à la surface. -)-21 ,00
— à 100 mèlVes -|- 14 ,70
— a loO — -i-13,80
J'ai déjà eu l'occasion de faire remarquer combien, dans des conditions semblables, la propagation des animaux des Océans vers les mers intérieures devait être rendue difficile (1).
(I) M. A. Milne Edwards a d'autre part fait observer que les animaux ayant pu pénétrer dans la Méditerranée ne sy développent pas avec autant de puissance que dans l'Océan; ils restent de petite taille et jamais on ne les rencontre en grande abondance. C'est ce qui a été constaté pour les
Puipbodc* pnrporeiu (A. M. Edw.)
Malacoatens nlfet (Ayr.;
BnplectcUs snberea (W.TIiom.)
Gnatopbanste loea (W. S.)
Umbollola TalUmani
Eaphronidm TalUnuni ( K. Perr, )
BenthodyUs Parfait! (E. Perr.)
Pbormosoma by«trix (W. Tho.)
Galacantha Taliemani (A. M. Sdw.) Bulla africana (Pisli.
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CONDITIONS Dli VIE DANS LES GRANDES PROFONDEIHS. 7.)
L.i .Méditerranée n'est pas la seule nier présentant une température élevée dans ses profondeurs. Des observations laites dans la mer Rouge ont montré ([u'il régnait sur certaines parties du l'ond. à ()0() lirasscs, une lempf'rature de -|-2I° C. Dans d'autres portions plus abaissées de la même nuu' on retrouve d'une manière constante une température de -)- 13° C, semblable à celle existant dans la .Méditerranée.
Aces conditions de pression et de tempi'rature, devant jouer un grand rôle dans la dispersion delà faune animale, vient s'en joindi-e une autre d'une très grande importance, l'absence de lumière.
La lumière est un des facteurs les plus puissants qui agissent sur la vie à la surface du globe ; mais à mesure qu'elle pénètre dans l'eau elle est absorbée, de telle manière qu'à une certaine profondeur elle finit par disparaître complèlement. MM. 11. Fol et E. Sarasin ont entrepris une série de recherches dans le but de déterminer la profondeur à laquelle les rayons lumineux solaires s'éteignaient dans les eaux de la mer (1).
.Nous pouvons, d'après leurs expériences, considérer la profondeur de 400 mètres comme étant la dernière limite à laquelle une plaque, aussi sensibilisée que le permettent les moyens actuels d'expérience, subit l'influence de la lumière. Certaines conditions doivent évidemment faire varier cette limite, et cela quelquefois dans de grandes étendues. La transparence de l'eau doit tout d'abord jouer un grand rôle; les couches superficielles et profondes peuvent ne pas avoir la même transparence par suite de la présence de particules en suspension ; d'autre part, l'éclairage varie suivant un temps clair ou couvert, ou suivant l'époque de l'année. Mais toutes ces conditions défavorables ne feraient que rapprocher de nous la limite de la pénétration,
Brisiii'jn, le CSmonomus Thomsoni, i'Ethusa gvanulata, la Munida trmiimana, le Lophogasttr lypiciis, etc.; il esl aussi à remarquer que généralement les animaux occupent dans la Méditerranée un niveau supérieur à celui awjuel ils vivent dans l'Océan.
(I) Compl. rend. hebd. de l'Acad. des se, t. C, p. 992.
tandis qu'une seule, la translucidité exagérée, pourrait l'éloigner. Or, dans le cas des observations de MM. Fol et Sarasin, les eaux de la Méditerranée paraissaient joiiird'uiiegrando transparence, ce qui doit faire regarder le résultat obtenu par ces savants expérimentateurs comme touchant de très près à l'exactitude la plus absolue. Maintenant ne se ferait-il pas qu'une partie delà lumière non perceptible à nos yeux, et non susceptible d'impressionner des plaques telles que nous les préparons, chemine plus longuement vers les abysses ? Les rayons cliimiques ne joueraient-ils pas également un grand rôle dans les perceptions des habitants des grandes profondeurs? Nous ne pouvons actuellement que poser ces questions, car nous n'avons aucun élément qui nous permette d'essayer de les résoudre. Mais je crois que l'avenir, à ces différents points de vue, nous réserve de grandes surprises. Tous les yeux ne sont pas faits de la même manière, et il ne faut pas chercher à comparer nos impressions oculaires à celles de même ordre, perçues par des organes d'une structure toute dilîérente. 11 est évident que pour certains habitants des mers il fait nuit dans les grands fonds, mais pour d'autres il n'en est pas ainsi. Chez les premiers, les yeux ne fonctionnant pas tendent à disparaître ; chez les autres, comme ils peuvent être utilisés, ils conservent leur développement normal.
Les yeux qui ont été préservés semblent, d'après ce que nous connaissons actuelkMnent, devoir être influencés par une lumière phosphorescente émise par le corps de l'animal auquel ils appartiennent, ou bien par une lumière de même nature exhalée en quelque sorte de tout le corps ou de diverses parties du corps d'organismes environnants. Mais si tous les yeux fonctionnaient de la même manière, cette lumière devrait suffire à tous les êtres sous-marins et nous ne devrions pas en trouver d'aveugles. Par conséquent, il semble démontré que certains animaux sont incapables de percevoir des sensations visuelles, de quelque nature qu'elles soient, alors qu'ils pénètrent dans les abysses, tandis que d'autres ont des organes construits de telle manière qu'ils peuvent être impressionnés par des lueurs phospho-