‹ La vie au fond des mersChapitre 13 sur 26 · CONDITIONS DE VIE DANS LES GRANDES PROFONDEURS · texte numérisé non relu

CONDITIONS DE VIE DANS LES GRANDES PROFONDEURS

rcscentcs ou peiit-cfro même par une lumièrt' inconnue à nos sens, clieininant au travers dos couches ilo la mer jusqu'à son fond. .le ne vois |ias comment on pourrait comprendre autrement l'existence d'animaux marins aveugles ou non aveugles, car je ne pense pas (pr(ui veuille admettre que la phosphorescence se soit pnxluite chez certains animaux, alors que liéjà iohscui-ité avait amené la disparition des organes oculaires chez d'autres formes animales.

Il est certain que la phosphorescence, dont sont doués les êtres sous-marins, remplit un grand rôle au point de vue de leurs relations, et j'aurai souvent durant le cours de ce travail l'occasion de signaler tles animaux très remarquahlcs pouvant émettre de la lumière de façons fort ditl'érentes.

L'absence de lumière solaire à partir d'une certaine profondeur entraîne nécessairement après elle la disparition du règne végétal. A 1.50 brasses on trouve les derniers représentants des Nnllipores. Ceci conduit à rechercher comment s'accomplit la nutrition des animaux dans les grandes profondeurs. A la surface de la terre, ou par des fonds faibles, là oîi il y a des végétaux, ces derniers décomposent les matières inorganiques, dont les animaux ne sauraient se nourrir et ils groupent leurs éléments dételle manière qu'ils constituent des composés organiques utilisables pour l'alimentation. Les substances susceptibles de nourrir les animaux sont donc élaborées par le's végétaux. 11 devient dès lors bien difficile de comprendre comment peut être soutenue la vie delà multitude infinie d'êtres qui peujdent le fond des mers. Walich, préoccupé de résoudre cette question, a pensé, et cela croyons-nous avec raison , que-certains organismes très inférieurs avaient le pouvoir de décomposer l'eau, l'acide carboni([ue et l'ammoniaque et de combiner, sans que l'aclioa de la lumière intervienne, les différents éléments de ces corps en composés organiques. ^^'. Thomson a pensé, au contraire, que les organismes les plus inférieurs fixaient par absorption des matières tenues en dissolution dans l'eau de mer. « Toutes les rivières renferment des matières organiques en solution et en suspension

en quantités considérables. Toute côte est bordée d'une frange dalgues rouges et verdàtres qui mesure en moyenne un mille de largeur. Il existe, au niveau de l'Atlantique, une immense prairie marine (la mer des Sargasses), qui s'étend sur trois millions de mètres carrés. La mer est pleine d'animaux qui sans cesse meurent et se décomposent. La somme de matière organique produite par ces causes et |)ar d'autres encore peut s'apprécier. L'eau de mer a été soumise à l'analyse pendant les ditférentes croisières du Porcupine, et chaque fois la quantité de matière organique a été appréciée et démontrée ; la proportion a été trouvée la môme partout et à toutes les profondeurs. Presque tous les animaux aux profondeurs extrêmes (et même tous les animaux, car le petit nombre de ceux qui appartiennent aux formes élevées se nourrissent des inférieurs) appartiennent â une sous-division, les Protozoaires, dont le trait distinctif consiste en ce qu'ils n'ont aucun organe spécial de nutrition, mais qu'ils absorbent la nourriture par toute la surface de leur corps gélatineux. La plupart de ces animaux sécrètent d'imperceptibles squelettes, quelques-uns formés de silice, d'autres de carbonate de chaux. 11 n'y a aucun doute qu'ils n'extraient ces substances de l'eau de la mer, et il paraît être plus ([ue probable que la matière organique dont sont formées leurs parties molles est tirée de la même source (1). »

M. l'abbé Castracane, à qui a été confiée l'étude des Diatomées recueillies durant le voyage du Challenger, pense que ces organismes sont susceptibles de vivre à de très grandes profondeurs et qu'ils doivent jouer comiiie les algues un grand rôle au point de vue de l'économie vitale. 11 en a observé de bien préservées dans le tube digestif d'holothuries prises par près de 2,000brasses. Les débris de ces végétaux inférieurs caractérisent, il est vrai, certaines parties du fond des mers, mais je ferai observer qu'ils font absolument défaut dans d'autres. Leur action par conséquent ne saurait être que locale. D'autre part, il semble néces-

(I) \V. Thompson, loc. cit., Y'- 39.

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