HISTORIOLE DES EXPLORATIONS SOUS-MARINES
La découverte de rexislence d'une population d'animaux vivant dans les plus grandes profondeurs de la mer possède une importance considérable au point de vue de l'origine de la vie, de sa continuité et de sa distribution. Autrefois, on regardait la mer comme une masse d'eau salée s'étendant sur des espaces immenses, et on ignorait sa profondeur et ses limites. Parmi les animaux ;jui la peuplent, les espèces côtières seules étaient connues. Là oîi s'arrêtaient les engins de pèche, là s'arrêtaient les connaissances sur le monde sous-mariu. Ainsi la mer, qui, par son immensité, ses colères, faisait naître dans le cœur de l'homme des sentiments d'effroi ou d'admiration, paraissait devoir rester inconnue alors qu'elle cachait peut-être dans son
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sein des trésors de \ie et de richesse. Pourtant le rôle que cette grande créatrice a joué durant les diverses périodes d'existence de notre globe avait été pressenti. Les cosmogonies des peuples primitifs disent que la terre est fille des Océans, et c'est la \'érité, car les continents se sont élaborés en grande partie au fond des mers qui occupaient autrefois des étendues plus vastes. D'autre part, les premières couches qui se sont constituées au moment du refroidissement de la masse en fusion formant à un moment donné notre planète, ont été attaquées, lorsque les vapeurs flottant dans l'atmosphère ont pu se condenser et donner naissance aux mers primitives. Plus tard les roches érupiives sorties, par suite de déchirements de l'enveloppe terrestre, des profondeurs du globe, ont subi l'influence destructive d'une partie de ces eaux abandonnant l'écorce terrestre, durant quelques instants, par suite du phénomène de la vaporisation, pour ne pas tarder à se précipiter sur elle à l'état de pluie. Les grès, les sables, les calcaires, les argiles, qui forment aujourd'hui une partie de nos continents, sont le produit de ces actes accomplis durant des époques dont la durée a été immense.
Mais si l'esprit de l'homme avait pu évoquer le rôle des Océans dans la création des continents, il était resté complètement ignorant de ce qui se passait au fond des abîmes. A l'étendue incommensurable des mers, il associait une profondeur incommensurable. Les anciennes opinions populaires proclamaient que les mers étaient sans fond, et au commencement du siècle dernier Marsigli, dans un ouvrage qu'il intilidait JIisinirt> de la mer, décrivait la Méditerranée comme constituant un gouffre insondable.
Pourtant des hommes curieux de connaître les choses de la nature, des zoologistes, des mathématiciens, s'étaient préoccupés de savoir quelle pouvait être la jirofondeur movenne des Océans. Buffon parle d'un auteur italien, dont il ne cite pas le nom, et d'après lequel l'Océan aurait une épaisseur de 230 toises, soit 440 mètres. Lacaille, dont les travaux astronomiques jouissent d'une grande célébrité, donnait à la mer une profondeur
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moyenne de 300 à oOO mètres, alors que Laplacc, commeltant une erreur dans la détcrininalion de la hauteur moyenne des terres (1,000 mètres), supposait que la profondeur moyenne des mers était de 1,000 mètres.
Young paraît avoir été le premier auteur ayant cherché à tirer SCS déductions de la théorie des marées, et il a attrihué une profondeur de 5,000 mètres aux eaux de l'Atlantique, et une de 6 à 7,000 à celles des mers du Sud. .\rnot Guyol, à propos de cette dernière évaluation, a fait observer que la proforuleur de l'Atlantique serait dans ce cas celle du sillon qui serait formé par la continuation sous les flots des deux versants opposés de r.Vmérique méridionale et de l'Afrique, entre la Bolivie et les monts Lupata. .Mais cette dernière manière de calculer ne possédait aucune garantie de vérité, car si, comme on l'a fait justement observer, on venait à l'appliquer au Pacifique, en continuant à l'ouest et à l'est les versants del'.Xmérique et de l'Asie, on trouverait une profondeur de 25,000 mètres. D'autres mathématiciens ont essayé de déterminer la profondeur moyenne parla vitesse de translation des vagues de marée. Ainsi ils ont évalué à 6,700 mètres environ la puissance moyenne de la couche d'eau dans l'Océan Atlantique entre le 50° de latitude australe et le 50° de latitude boréale. La profondeur moyenne étant de 4.000 mètres environ dans le bassin nord, elle se serait élevée à 9,000 mètres dans le bassin méridional.
L'astronome Airy a établi des calculs d'après lesquels toute vague de 30 mètres d'amplitude se mouvant sur une mer de 300 mètres de profondeur parcourt 0"',80 par seconde, soit près de 25 kilomètres par heure, alors qu'une vague de 300 mètres d'amplitude parcourant une mer de 3,000 mètres de profondeur se déplace à raison de 21 ",85 par seconde, soit un peu plus de 78 kilomètres et demi par heure. Si on pouvait ainsi estimer la rapidité de progression d'une vague, son amplitude et la profondeur de l'Océan étant connues au point oh elle se produit, il était facile d'effectuer une opération en sens inverse et de déterminer l'épaisseur de la couche d'eau d'après la marche des
ondes à sa surface. C'est celle manière de procéder qui a élé appliquée pour délcrminer la profondeur du Pacifique enlre le Japon et la Californie. En 1854 un tremblement de terre épouvantable détruisit plusieurs villes du Japon, Yeddo particulièrement. Les vibrations de la surface marine parcoururent en 12 heures un espace de 11,000 kilomètres. D'après celte observation, Franklin Bâche calcula que la profondeur de l'Océan au niveau de la ligne suivie par ces vagues d'ébranlement était en moyenne de 4,285 mètres. Dans le Pacifique septentrional, entre la Californie et les Sandwich, on a trouvé par les sondages de 3,500 à 4,500 mètres, nombres qui concordent assez bien avec celui que nous venons d'indiquer.
Ce n'est évidemment qu'au moyen de sondages exécutés à l'infini sur la surface des Océans, que nous pourrons arriver à estimer, avec quelque probabilité de certitude, leurs profondeurs moyennes. Aujourd'hui, d'après ce que nous ont appris diverses expéditions scienliliques, nous savons que la profondeur de la mer n'est nulle part supérieure à 8,500 mètres, c'est-tà-dire qu'elle est à peu près égale à celle des plus hautes montagnes de l'Himalaya.
Si, comme on vient de le voir, c'est à des observations récentes que nous devons de connaître les profondeurs extrêmes des mers, c'est également à des investigations remontant à peu d'années, que nous devons de savoir dune manière indiscutable, que la vie se manifeste jusqu'au fond des Océans et qu'elle y acquiert en certains points un développement merveilleux. Les premiers faits constatés à ce sujet passèrent d'abord inaperçus, puis plus tard ils furent considérés comme n'offrant aucune garantie. Le plus ancien d'entre eux et certainement un des plus remarquables remonte à l'année 1818. John Ross exoL'utail à cette époque une campagne dans la mer de Baffin, à la recherche du passage du Nord-Ouest. « J'étais occupé, dit-il, à sonder et à étudier les courants et la température de l'eau. Le calme étant bien complet, j'eus là une excellente occasion de faire ces observations importantes. Le sondage s'opéra très complètement à 1 .000 brasses,