HISTORIQUE DES EXPLORATIONS SOUS-MARINES
et ramena une Ijouc délayée et vertlàtre, laquelle contenait des Vers; de plus, engagé dans la ligne de sonde à 800 brasses de profondeur, se trouva un superbe Capnt-Meditsae. » VAsterias Caput-Mcdmx est une forme magnifique d'Etoile de mer. En même temps que cet animiil un l'cmonla, ainsi que le dit J. Ross, adhérents à la corde, qui avait pénétré profondément dans une boue molle , plusieurs exemplaires d'une Annélide.
Sir James Clarke Ross a raconté, dans un ouvrage publié en 1847 à la suite d'explorations entreprises dans les régions antarctiques, qu'il lui a été possible de s'assurer de l'existence d'animaux à de grandes profondeurs et il a dit, avec une netteté de vue admirable, qu'il était convaincu de l'existence de la vie sur tout le fond de l'Océan. Voici un passage dans lequel ce savant observateur prédit toutes les découvertes sous-marines accomplies durant ces dernières années. Il s'agit d'un dragage exécuté par un fond de 270 brasses (lat. 73°,3'S. ; long. i76°,6' E.). « Des Corallines, des Flustres, et plusieurs autres animaux invertébrés remontèrent dans le filet, prouvant iiiie grande abondance et une grande variété de vie animale. Parmi les derniers existaient deux espèces de Pijcnoçiomim, Yldolea Bnfftni, que jusque-là on avait regardé comme appartenant aux mers arctiques; un Cliiton, sept ou huit Bivalves, une espèce inconnue de Ga»i/nfln«etdeux5CT7)?//aadhérantauxcaillouxetauxcoquilles.» A la suite de cet exposé de découvertes, James Clarke Ross ajoute : « 11 était intéressant de reconnaître parmi ces animaux plusieurs formes que j'avais ordinairement rencontrées à des latitudes également septentrionales ; bien que cette opinion soit contraire à celle qui a généralement cours parmi les naturalistes, je ne doute pas que, de quelque profondeur que nous parvenions à ramener de la boue et des pierres du fond de l'Océan, nous ne les trouvions habitées par des êtres vivants; l'extrême pression des plus grandes profondeurs ne paraît pas agir sur ces créatures. Jusqu'ici on n'a pu vérifier ces faits au delà de 1.000 brasses, mais de cette profondeur, plusieurs coquillages ont été remontés
avec la boue du fond(l). » Ainsi, pour sir James Clarke Ross, la vie se manifestait partout au fond des abîmes, et en même temps ce savant observateur constatait Textension de certaines espèces boréales sur des étendues immenses, fait d'une importance capitale au point de vue de la distribution des êtres dans les mers. 11 semblait après de semblables remarques que le monde sous-marin, entrevu seulement jusques alors, allait être immédiatement étudié et connu dans ses moindres détails. ^lalheureusement il n'en a pas été ainsi. Les observations de J. Ross ont été considérées comme douteuses; on a supposé que la ligne de sonde dont il s'était servi avait continué à se dérouler après que le plomb avait toucbé le fond. La profondeur de 1,000 brasses pouvait dans ce cas se réduire à 100 ou 200 brasses. Des recherches sous-marines faites par Forbes parurentà ce moment devoir confirmer les soupçons. Les travaux effectués par 3L^L Audouin et H. Milne Edwards, par Sars et par Forbes sur la faune marine, avaient permis de diviser le lit de la mer, dans le voisinage des côtes, en quatre zones principales :
1° La zotie littorale, comprenant la partie du rivage soumise à l'action de la marée ;
2° La zone des Laminaires, ainsi nommée à cause du nombre considérable d'algues du genre Laminaria qui s'y rencontrent sur les côtes rocheuses, s'étendant jusqu'à 25 à 27 mètres:
3° La zone des Corallines, autre famille d'algues, allant de 27 mètres à 92 mètres ;
4° La zone de Coraux de mer profonde, s'étendant de 92 mètres à 183 mètres.
Forbes en pratiquant des dragages multipliés dans la mer Egée avait constaté que le nombre des animaux vivant dans la quatrième zone décroissait très rapidement à mesure que la profondeuraugmentait. Ses recherches sétaient étendues à 420mètres, et en raison de la loi de décroissance, qui paraissait découler de ses observations, il émit l'opinion qu'à une faible distance de
(1) Wjville Thomson. Les abimes de la mer, traduction française, 1873.
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cette limite extrême il n'y avait plus d'êtres animés. Mac-Andrew, d'antre part, en exccnlant des sondat^es sur les côtes de la Norvège, n'avait pas trouvé de coquilles au delà do 303 mètres de profondeur. Enfin les recherches de Darwin, de Dana, de Lôven parurent venir confirmer cette supposition, qu'à une certaine profondcMii' il y avait un zéro de vie animale. Les faits invo([ués par Darwin a\aient été recueillis dans des mers où le développement de la vie animale estle plus puissant, an milieu des récifs et des îles madréporiques. D'autre part cet illustre zoologiste a cité, comme les derniers représentants de la vie animale, un Gorgonien ramené de 100 brasses de profondeur, par le cajiitaine Beechy sur les côtes du Brésil, et quelques Bryozoaires qu'il avait lui-même recueillis à une profondeur de 190 brasses dans le voisinage du cap liorn. Quant à Dana, il n'avait observé que quelques Caryophilliens, c'est-à-dire quelques Coraux, à une profondeur de 200 brasses.
En 1860, au moment où on songeait à immerger au fond de l'Océan un câble télégraphique réunissant l'Europe à l'Amérique, un bateau anglais, le Bulldog, fut envoyé, sous les ordres du capitaine L. M'Clintock, exécuter une campagne de sondages dans les parages de l'Islande, du Groenland, de Terre-Aeuve. Le D'' Wallich accompagna cette expédition en qualité de naturaliste, et il recueillit, durant le cours de la croisière, des observations très intéressantes sur la présence d'êtres animés dans les grandes profondeurs de l'Océan (1). Il signala particulièrement, comme un des faits les plus remarquables dont il fut le témoin, la prise de treize Astéries (étoiles de mer) ramenées de 1,260 brasses. Ces animaux élreignaient convulsivement, dit-il, « une portion de corde de sonde qui avait été mise à la mer, en surplus de la profondeur déjà reconnue, et qui avait séjourné au fond pendant un espace de temps suffisamment long
([) The Nord Atlantic sca-bed, comprising a Diary ofthe voyage on Lourd H. M. S. Bulldog on 1860; and observations on the présence of animal life, and the formation and. nature of organic dcposits at gréai dephts in the Océan. G. C. Wallich, 1862.
pour permettre à ces animaux de s'y cramponner ». Le D' Wallich, en tenant compte des nombreux exemples de vitalité au fond des abîmes, dont il avait pu obtenir le témoignage, écrivit un ouvrage de grande valeur. 11 chercha à prouver, comme l'a rappelé avec justice 'Wyville Thomson, que « le fond de la mer n'est pas tel qu'il entraine l'impossibilité de Texistence, même pour les formes supérieures de la vie animale, et il réfuta en détail et avec une grande habileté les arguments mis en avant pour soutenir la thèse opposée ».
On ne tint pas plus de compte des observations de Wallich qu'on ne l'avait fait de celles de John Ross et de James Clarke Ross. Les partisans de l'existence d'un zéro de vie animale objectèrent que souvent il avait été péché des .\sléries adhérentes aux cordes de sondes, et que rien ne démontrait qu'elles eussent vécu à la profondeur où le plomb s'était arrêté. Mais en 18G0 im fait imprévu permit de résoudre définitivement cette question.
A celle époque une rupture vint à se produire dans le câble télégraphique immergé entre l'île de Sardaigne et Bône. M. Fleeming Jenkin reçut l'ordre d'exécuter les réparations nécessaires. Le câble était cassé en un point où la profondeur était de 1,200 brasses. On constata avec surprise qu'il était couvert de Coraux et d'animaux marins se rapportant à des formes très variées. Un fragment du câble fut remis à M. Hervé-Mangon, qui le communiqua ;i M. A. Milne Edwards. Ce savant naturaliste constata que plusieurs polypiers et diverses coquilles étaient lixés à sa surface. Les animaux étaient évidemment vivants au moment de leur sortie de l'eau, car leurs parties molles étaient préservées, et ils s'étaient sûrement développés sur place, car leur base était moulée sur les inégalités existant à la surface du câble au niveau du point de fixation. M. A. Milne Edwards fit remarquer qu'un des Mollusques ayant vécu sous la pression d'une colonne d'eau salée de plus de 1,500 mètres de hauteur était une espèce d'huître [Ostrea cochlear) existant en des points nombreux de la Méditerranée. On savait antérieurement que les
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coraillcurs amenaienf souvent des exemplaires de cette même espèce, pris dans leurs engins par des fonds de 100 à loO mètres.
En un antre [loint du câble, repêché d'une profondeur de 2,000 mètres, se trouvait fixe un [util Pccten assez commun dans la Méditerranée, le Pecteii opvrcularis. M. A. .Milrie Edwards nota que sa coquille était fortement colorée, fait digne d'intérêt, si on songeait à l'obscurité devant régner au point où vivait ce Mollusque. C'est là la première observation de la présence de la couleur chez les animaux de grands fonds.
A côté du Pccten opercularis vivait un autre Mollusque du même genre, le Pectcn testa, dont les valves sont ornées de stries très fines formant un élégant treillis. Filippi avait décrit cette jolie coquille comme se rencontrant à des profondeurs de 50 à 60 brasses, mais on n'avait jamais supposé qu'elle s'étendît à 2,000 mètres de la surface.
M. A. Milne Edwards trouva associés à ces trois espèces de Mollusques lamellibranches deux gastropodes, le Monodonta limbata et le Ftisiis lamellosus. La coquille de cette dernière espèce était du ne grande fraîcheur et « elle contenait les parties molles de l'animal encore parfaitement reconnaissables, de sorte que celui-ci avait certainement vécu là où on l'a trouvé et n'était mort qu'après avoir été retiré de l'eau avec le fragment de Ccàble sur lequel il rampait (I). »
Les Coraliiaires étaient représentées par de plus nombreuses espèces (jue les Mollusques. L un des polypiers parut ne pas différer du Caryophillia arciiata , espèce rare signalée à l'état fossile dans le terrain tertiaire supérieur du Piémont, à Castcl- Arquato, et qui a été trouvée aussi à Messine. « Une autre espèce du même genre et très voisine de la Caryophillia cbivus, mais qui était nouvelle pour la science et qui a été désignée sous le nom de Caryophillia electrica (2), paraît être beaucoup plus commune dans la vallée sous-marine où reposait le câble télégra-
(1) H. Milne Edwards. Rapport sur les progrès récents des sciences zoologiques en France, 1877, p. 490.
(2) Cette espèce a été décrile sous ce nom pur Duncan.
pliique ; car M. A. .Alilne Edwards en a trouvé dix individus, qui tous portent des traces bien évidentes de leur développement sur ce conducteur. J'ajouterai que ce petit madréporaire ne diffère en rien d'un polypier fossile du terrain pliocène, que ^I. Deshayes a rencontré à Douera en Algérie (1). » La perpétuité au fond des mers actuelles de formesconsidérées jusqu'alors comme fossiles était ainsi démontrée pour la première fois.
M. A. Milne Edwards trouva également fixé sur la portion du câble immergée entre 2,000 et 2,800 mètres de profondeur, un pelit polypier, inconnu jusqu'alors (Thalassiolrochiis tclegrnphicus), ayant des affinités avec les Ceratotrochiis par sa forme générale et son mode de fixation, et possédant en même temps (pielques ressemblances avec les Sp/ieuotroc/nis par la constitution lamellaire de la columclle.
Je citerai enfin, parmi les animaux trouvés sur la portion de câble examinée, deux Serpules renfermées dans leur tube calcaire, des Bryozoaires du genre Salicomaria et quelques Gorgoniens.
Les observations de M. A. Milne Edwards furent plus tard confirmées parcelles du professeur AUman, qui avait également examiné une portion du même câble. Ce uest que lorsque Wyville Tbomson publia son ouvrage sur les Abîmes de la mer, que le résumé de ces investigations fut porté par ce savant zoologiste à la connaissance du public. Il en est de même d'une note extraite du journal particulier de Fleeming Jenkin dans laquelle il était dit qu'un exemplaire de Cariopliyllia, un véritable corail [Cariophyllia horcalis, Flee.) « avait été trouvé attacbé au câble au point juste où il s'était cassé, c'est-à-dire au fond de 1,200 brasses d'eau ».
En présence de cette faune si variée dont les espèces avaient été rencontrées vivantes au moment où le câble, sur lequel elles s'étaient développées, avait été émergé, il ne pouvait plus exister de doutes au sujet de l'extension des formes animales à des
(1) II. Miliir lùlwards. Uc. cit., p. 401.
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uiJTiiuioi'E ni:s i;\Pi.oii.\TioNS sous-mauines. n
profondeurs de 2,000 à 2,800 mètres. L'opinion contraire, chaudement défendue par Fo.l.es, devait disparaître. Ce savant naturaliste, auquel nous devons de si nombreux et de si importants travaux sur les animaux marins, avait chois., en venant explorer la Méditerranée, un mauvais champ d'observation. Les expéditions faites depuis dans cette mer, celle du Porcupme. du Travailleur, ont montré que les abhnes n'y sont pas aussi peuplés .[ue dans lOcean. La vie parait se manifester a peine pas.e une profondeur de 500 mètres. Cela tient à ce que les londs sont couverts d'une couche uniforme de vase, condition detavorablc au développement des espèces animales. Tous les animaux marins si nombreux qui vivent fixes ne trouvent nulle part de rochers, de graviers sur lesquels ils puissent s'établir. D'autre part la température invariablement de + 13" C, a partir de 250 mètres jusqu'à 3,000 mètres, doit être peu favorable a l'extension des espèces qui ne trouvent d'autre part dans de 1 eau .laonante. mal aérée, que de déplorables conditions de vie. Lniin un courant profond, au niveau de Gibraltar, emportant les eaux de la Méditerranée vers l'Océan, constitue une barrière al emi- ..ration des espèces océaniques. Si Forbes, au lieu de limiter ses recherches à une mer intérieure, les avait étendues à l'Océan, U aurait observé aux protondeurs auxquelles il a cru pouvoir supposer la cessation de la vie, une faune d'une extrême richesse. LesobservationsdeM.A.MilneEdwardseurentunirrandreten-
tissement, car elles démontraient non seulement la présence d aniinaux dans les grands fonds, mais encore elles dévoilaient 1 existence d'espèces trouvées seulement à l'état fossile, et à partir du moment où elles furent publiées, l'attention fut dirigée d une manière continue vers toutes les découvertes pouvant nous faire connaître la nature des êtres animés peuplant les profondeurs des Océans, leurs conditions de vie, leur autniuite.
En 1864 trois années après le relèvement du câble de la Méditerranée, M. Barboza du Bocage, directeur du Muséum d histoire naturelle de Lisbonne, constata qu'il existait sur les cotes du Portugal, à une profondeur de 1,000 mètres environ, des
éponges siliceuses appailenant au genre Hyalonema, signalé jusqu'alors seulement au Japon. Ces éponges avaient été ramenées par des pêcheurs de Requins exerçant leur industrie à Sétubal. Cette découverte tout à fait inattendue présentait un intérêt multiple, car elle venait à l'appui de ce que nous venions de connaître sur l'extension de différents types organiques à de grandes profondeurs et sur de vastes es|)aces, et ensuite elle nous révélait qu'au moment où les zoologistes discutaient sur l'existence ou la non-existence d'un zéro de vie animale dans les grandes profondeurs, des pêcheurs avaient, depuis des siècles peut-être, résolu ce grand problème.
Vers 1863 les Américains entreprirent les premières recherches méthodiques concernant la faune animale sous-marine (1). Ainsi en 1867 Pourtalès disait (2) que le professeur A.-D. Bâche, surintendant du Coast Survey, avait donné des ordres pour que les animaux recueillis pendant le travail hydrographique fussent conservés. Huit à neuf mille spécimens avaient alors été réunis. Ils provenaient d'une région comprise entre le rivage et le bord antérieur du Gnlf-Stream, et avaient été recueillis à des profondeurs approchant 1,.^00 brasses. Ces investigations furent interrompues par la guerre de la Sécession, qui prit fin en 1863, et reprises peu de temps après cette date par le professeur Peirce.
En 1867 la première campagne d'explorations sous-marines fut organisée. Elle devait s'accomplir entre Key West et la Havane à bord du steamer du Coast Survey, le Curicin. Malheureusement la fièvre jaune vint interrompre l'expédition. En 1868 les recherches furent reprisés à bord du BibO. Les régions explorées furent une section du Gulf-Stream de Sombrero au phare de Elbon, une section du canal Saint-Nicolas, une section du
(1) Le premier emploi de la drague dans le but de recueillir des animaux marins fui fait par Marsili et Donati en 1750. Ils se servirent d'une drague à builres pour explorer des eaux peu profondes. En 1779 Olho F. Millier fabriqua une drague spéciale qu'il utilisa par des fonds de 30 brasses sur les côtes du Danemark.
(2) Muséum of comp. Zoolog. of Cambridge, t. 1, p. 104.