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La vie aux galères, seuvenirs d'un prisonnier, d'après les documents d'archives et les mémoires;

»Ri;s la Bastille, le plus grand epouvantail de l'Ancien Régime furent les galères.

La vie y est terrible. « Bailler la galère pour prison à un homme, disait Jacques Auber)', c'est le mettre là pour mourir plutôt que pour être gardé, vu l'austérité de la galère où l'on couche sur l'eau et sous le ciel, avec nourriture d'eau et de biscuit. » Si la flotte manque de bras, aujourd'hui on y met ceux qui auraient dû être condamnés à mort, « vu la nécessité que le roi témoignait d'avoir des forçats. » Demain on y mettra de simples gens sans aveu, vagabonds et bohémiens « cherchant peut-être à dérober », ramassés dans les campagnes par les dragons.

Si certains jours il faut peu de chose pour y être envoyé, une fois embarqué, on ne sait guère quand ni comment on en sortira. Que signifient les arrêts de condamnation? On y reste au delà du terme fixé à la peine. « RebouJ, dit un intendant à Seignelay, est demeuré quatorze ans en galères au delà de son temps. Sa liberté pourrait lui être accordé^ par ^rdce, si vous l'avez. Monseigneur, pour agréable. »

On gracie donc seulement ceux qui ont fait leur temps, les estropiés par suite de faits de guerre, ceux qui coûtent et ne rapportent pas. Les autres doivent mourir aux galères, malgré les protestations de Fé-

f) LA VIE AUX GALERES

nelon, qui estime que « la justice est préférable à la chiourme ».

Quant aux galériens pour cause de religion, même estropiés, même inutiles, ils demeureront galériens. Si Jean Marteilhe et ses compagnons d'infortune ont eu leur liberté en 171 3, c'est uniquement à l'intercession de la reine Anne qu'ils l'ont due et que nous devons, nous, les pages des Mémoires réimprimés ci-après.

Michelet, qui s'y connaissait en beauté littéraire, déclarait qu'ils constituaient un livre de premier ordre par la charmante naïveté du récit, l'angélique douceur, un livre écrit comme entre terre et ciel.

Les Mémoires de Jean Marteilhe sont autre chose encore. Condamné pour avoir essayé de passer la frontière, Marteilhe a ramé tour à tour sur les galères de Dunkerque et de Marseille. Il a fait route avec la chaîne de Paris et traversé toute la France en portant les manilles et la casaque rouge. Son récit est le plus curieux écho de la vie des vaincus sous le Grand Règne. C'est le seul qui nous apporte la voix des bagnes.

L'illustration de ce volume a été empruntée aux parties de la collection des Estampes de la Bibliothèque Nationale, dont des décisions récentes, sur lesquelles il faudra revenir certainement, n'ont pas encore interdit l'accès aux photographes. Nous avons eu à regretter notamment de ne pouvoir reproduire certaines gravures de la collection Hennin qui, formée à l'étranger, contient pour le xvii* siècle les estampes d'opposition les plus curieuses.

3Fean iVlarteilke

9^\;^^^|UBi.iÉs « Rotterdam, en 1757, par Daniel de ^^«j>ô>^\|^ Superville, les Mémoires d'un protestant con- /Y>ylâ^^ damné aux Galères de France pour cause de f*5-*^5:^^^ religion écrits par lui-même, demeurèrent à à^£Jat^&^ peu près inconnus en France Jusqu'au milieu du XIX* aiècle.

C'était un ouvrage que sous le règne même de Louis XVI, il n'eût pas fait bon de posséder dans sa bibliothèque. Les Mémoires étaient, par contre, très répandus dans l'émigration protestante, car on les réimprima plusieurs fois (1), et des traductions hollandaise, anglaise et allemande les avaient popularisés dans les pays de ces diverses langues (2). On en avait même sous le titre impropre de : Die Flucht des Gamisarden (La fuite du Camisard), publié à Stuttgart un abrégé édifiant à l'usage de la jeunesse et ce fut la traduction de cet abrégé, faite par un pasteur de l'église réformée de Bergerac, M. F. Vidal, qui, en 1862, attira l'attention sur l'œuvre originale de Jean Marteilhe.

C est à partir de 1778 seulement que le nom de l'auteur avait été restitué aux Mémoires d'un protestant (3). D'ailleurs, les Mémoires contenaient à peu près tout ce que nous savons de la vie de Jean Marteilhe. On ne peut ajouter aux

(1) La Haye, 1774; La Haye, 1778.

(2) La traduction hollandaise parut en 1757 à Rotterdam chez J.-D. Berman et fils; la traduction anj^iaise signée Willington, mais qui est une œuvre de jeunesse de Goldsmith, fut publiée la même année. La traduction allemande est insérée dans le Sckichsal der Proieslanten in Frankrelch de F -E. Rambach, Halle, 1760.

(3) L'édition de 1778 est augmentée d'une « clef des lettres qui signifient les noms des personnes, villes, etc. »

renseignements qu'ils fournissent que quelques traits, grâce aux recherches de l'érudition (i).

Un des ancêtres de Jean Marteilhe était consul de Bergerac en 1563, lors de la plainte qu'élevèrent les consuls et le syndic de cette ville contre les exactions des soudards qui dévastaient la région (2).

En il 10, Jean Marteilhe et son compagnon de chaîne Bousquet informaient le consistoire de Rotterdam par lettre du 10 juillet que ^ pour 600 livres (273 florins), on pourrait les tirer de l'esclavage. Le magistrat, l'église d'Amsterdam et même le pensionnaire Heinsius conférèrent à ce sujet. C'était probablement une fausse espérance. D'ailleurs, certains blâmaient le rachat des galériens . La rigidité protestante le jugeaient une faiblesse et aussi une faute de tactique. Court écrivait jAus tard : « Si les commis de Versailles y avaient vu un moyen de s'enrichir, les galères eussent bientôt regorgé de plus de protestants qu'on n'eût pu en libérer (3). » On ne se préoccupa donc que d'assurer la remise de secours aux galériens réformés^ tandis que les intendants exerçaient leur police à découvrir les personnes qui visitaient et assistaient les forçats pour cause de religion.

S'il en faut croire M. Mestre, allié à une des arrière-petitesnièces de Jean Marteilhe, après sa libération, l'ancien forçat ne se fixa point à Amsterdam, mais établit une maison de commerce à Londres. D'après d'autres, il serait décédé à Cuylenberg en 1111 , mais il semble y avoir ici confusion avec un autre Marteilhe, Daniel Marteilhe.^ marié à Lydie François en 1725 (4).

// semble par contre résulter d'une lettre d'août 1118 que Jean Marteilhe habitait Amsterdam à cette époque. Il écri-

(1) Possesseur d'un exemplaire des Mémoires qui avait fait partie de la bibliothèque de M. Bernus, j'ai pu mettre à profit les notes dont cet érudit avait chargé les gardes et les marges.

['2) Bulletin de la Société d'histoire du protestantisme français, WIV ,

(3) Bulletin de la Commission pour l'histoire des Eglises wallonnes 2« série, III, 194, article de M. Mirandolle.

(4) Note de M. Bernus.

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