U PRÉFACE
ardent désir de tout connaître, pénétré de cet aphorisme de Goethe, que l'homme qui ne sait aucune langue étrangère, ignore la sienne, il posséda plusieurs langues modernes, sans pour cela perdre le culte des langues anciennes.
L'antiquité a toujours captivé les esprits élevés et l'on revient à elle avec bonheur, comme à un souvenir d'un âge heureux.
Montesquieu disait : " J'avoue mon goût pour les Anciens : cette antiquité m'enchante et je suis toujours prêt à dire, avec Pline : " C'est à Athènes que vous allez ? Respectez les Dieux. „
Familiarisé avec elle, Augustin Marrast lisait dans ses auteurs, comme il lisait dans ceux d'Allemagne, d'Angleterre, d'ItaKe, dans ceux de France, la grande maîtresse !
Dans ce commerce incessant des grands génies de tous les âges, la vie passe sans amertume, sans laisser place à l'envie, sans donner prise à l'ambition.
Son talent de parole, ses éminentes qualités intellectuelles avaient marqué la place d'Augustin Marrast sur un théâtre plus élevé.
La mort l'a surpris, à 48 ans, dans un modeste parquet du fond de la France, laissant une œuvre assez considérable pour faire le succès et assurer la réputation de plus d'un savant moins humble que lui.
Une partie de cette œuvre, nous le dirons tout à l'heure, publiée de son vivant, fut accueillie avec la plus grande faveur par les savants et les lettrés.
Les soins pieux d'une mère et de sœurs dévouées ont recueilli d'importants manuscrits et fait appel à une vieille amitié, cimentée encorapar plusieurs années de confraternité professionnelle.
Nous avons accepté, avec reconnaissance^ la mission
PRÉFACE m
d'offrir au public une portion de l'œuvre inédite d'Augustin Marrast.
Confident de ses aspirations et de ses goûts, témoin de ses travaux, il nous est particulièrement doux de contribuer à élever à la mémoire d'un collègue éminent et d'un excellent ami, un monument digne de lui.
En 1874, paraissait chez l'éditeur Le Chevalier à Paris, im petit livre de 200 pages portant le titre sans prétention S!Esquisses Byzantines.
Son auteur — Augustin Marrast — faisait revivre, en une série de tableaux, la société byzantine du X"** siècle.
C'est l'époque de l'Empereur Nicéphore et de rimpératrice Théophano, la fille du cabaretier.
Le Byzantinisme a atteint son degré le plus élevé : tout y est resplendissant au dehors ; au dedans tout s'affaisse sous le poids des intrigues de palais, du désordre des idées, des excès du luxe, de la démoralisation et du crime.
Epoque peu connue, pour qui ne lit point; mais pleine de séductions pour le lettré, qui ne recule pas devant les vieilles chroniques, et les volumineux in-folios, dont les pages jaunies recèlent tant de détails inédits, ménagent tant de piquantes surprises.
En contact journalier avec les savants allemands, auxquels nous 'devons de si précieuses découvertes historiques, Marrast avait avec eux, fouillé le passé.
IV PRÉFACB
Arrivé à ces temps étranges, où l'Empire de ConstantiD, subitement enrayé dans son progrès, semble une borne immense marquant Tune des grandes étapes de l'histoire du monde, il s'y arrêta.
N'est-il pas en présence d'une mine précieuse de richesses, peu exploitée en France ?
La connaissance approfondie de l'allemand et du grec, le met à l'aise pour suivre ses recherches et remonter aux sources les plus reculées de la science historique.
Grâce à ce travail d'analyse qui permet à son esprit investigateur et fort de se rendre compte de tout ce qu'il rencontre, il reconstitue la civilisation qu'il étudie à la loupe.
Il se pénètre de ses habitudes, de ses mœurs, de son langage, de sa politique et de sa philosophie.
Lorsqu'il prend la plume pour rendre compte de ce qu'il a découvert, on dirait un chroniqueur du temps, qui parle des choses dont il a été témoin.
Seulement il parle en français.
Son style ferme, alerte se joue au milieu des difficultés de cette littérature archéologique — c'est ainsi qu'il la qualifie lui-même. — On voit que s'il a scruté les grecs, il a suivi les leçons des grands maîtres français.
La grâce rehaussée par la sobriété, la concision unie à la netteté la plus limpide, permettant à une fine ironie de relever par de piquants aperçus, par des réflexions humoristiques, le sérieux et parfois l'aridité du fond; toutes ces qualités éminentes s'imposent au lecteur dont la curiosité, sans cesse tenueen éveil par la variété des tableaux, trouve, dans ces pages charmantes, à se satisfaire sans fatigue et sans ennui. C'est pour ainsi dire la poésie de l'érudition. Nous en détacherons la description suivante de l'église S**