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harmonie où le crescendo et le decrescendo se suivent do près. Au contraire, Tâme est en situation de pousser, si elle le veut, ses accroissements jusqu'à une sorte d'inlini que la qualité de ses propres objets détermine.
La matière vit et meurt ; elle se gonfle et retombe comme un flot. Tout ce qui est fait de matière obéit au temps, or le temps se prête, certes, à des créations, mais au travers, il poursuit sans arrêt sa coulée irréversible. Par le côté où elle est liée à la matière, notre âme est la sujette de cette mort; aussi, que de choses naissent et meurent en nous! Mais les états proprement spirituels, et plus que tous les états surnatur'fels ne dépendent plus, tout au moins dans leur essence même, de ce qu'on a tant de fois appelé notre mort vivante, ou, ce qui est pareil, notre vie mourante.
Si donc, hormis la mort, tout est marche en avant; si s'arrêter, c'est choir, et si renoncer au mieux-être, c'est renier l'être, notre âme, qui est en Jésus-Christ et qui vit en lui, ne peut renoncer à progresser que si elle est disposée à rechuter dans ses ombres. « Vous étiez autrefois ténèbres n^dii Sdimi Paul à ses Ephésiens (v, 8), « cous êtes maintenant lumière dans le Seigneur » et, poursuivant ailleurs ce symbole, il prescrit de se laisser transformer en une image du Seigneur de plus en plus resplendis^ santé, de clarté en clarté (II Cor., m, 18). Déjà le psaume avait chanté à Dieu : « Heureux les hommes qui ont en toi leur force; ils ne pensent qu'aux saintes montées; lorsqu'ils tra{>ersent la i^allée de larmes, ils la changent en un lieu plein de sources. . . pendant la marche s'accroît leur vigueur et ils pa-
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raissent devant Dieu à Sion. » (Ps. lxxxiii, 6-8.) On voit là tout le mouvement temporel de l'âme, avec ses caractères, ses causes et ses effets. Aucun arrêt n'est imposé et nulle décrépitude fatale n'est à craindre. La liberté toute seule, unie à la grâce qui la prévient et qui la pénètre, détermine notre niveau à un moment donné, notre allure sur la courbe montante, notre « demeure » finale dans le palais symbolique dont le Sauveur parlait (Jean, XIV, 2).
Le rappel de notre idéal, tant de fois mis sous nos yeux par les documents de la pensée chrétienne, ne devrait-il pas suffire à nous fafre avouer l'incongruité de tout arrêt moral volontaire? Perfection des grandes âmes, perfection des parfaits qu'on appelle les saints, perfection du Christ homme, perfection de Dieu : tel est le modèle multiple et un à nous proposé. En face de lui, il est bien clair que tout fait acquis, quelque haut qu'il soit, est décrété d'insuffisance; dès qu'on le juge, il est condamné; brillant, il est éclipsé; pur, on le voit mélangé, dès que le Soleil de justice et l'Agneau sans tache l'avoisinent. Toute âme a besoin de se convertir ; les saints se convertissaient chaque jour; encore, de temps en temps. Dieu opérait-il en eux de grandes conversions soudaines.
Une telle loi de notre vie répond au fond à nos propres aspirations. Le fait de tous le plus fondamental est en nous cet appétit infini que nulle réalisation ne contente. Notre être est un espoir vivant; toute limite Texaspère et le déconcerte.
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Limite, c'est là le nom d'un ennemi mortel. Mortel est le mot, puisque dans la stabilité nous ne verrions plus qu'une mort sans espoir. Tout ce qui doit finir n'est rien; tout ce qui a des bornes en devient dérisoire. Ainsi sommes-nous faits. Or, ce qui est vrai en général et que nous éprouvons clairement en matière d'acquisitions heureuses, pourquoi ne seraitce pas vrai au spirituel? Il ne pourrait y en avoir qu'une raison, c'est qu'il y eût une disparité entre le spirituel et la destinée, entre notre élection — nous qui sommes des élus en expectative — et le bulletin de vote. Or c'est évidemment le contraire qui est le vrai.
Une fois posés dans la vérité, nous ne pouvons consentir à la stagnation. En plaine ou sur les hauts plateaux, les eaux dormantes sont toujours dos mares. Qu'on soit ici, qu'on soit plus haut, on est toujours invité à l'ascension, étant toujours au pied des montagnes. Sur notre âme, à toute heure, doit passer un souffle du matin, celui que l'Esprit divin nous envoie de son éternité toujours jeune.
Notre vie est toujours neuve ; chaque état est un précurseur; aujourd'hui n'est que le prophète de demain. Vers quelque point du ciel que s'avance le soleil, qui lui-même est toujours au début de «a course, nous devons pouvoir dire avec le psalmiste : « Je te cherche y 6 mon Dieu, dès l'aurore. » (Ps.