‹ La vie catholiqueChapitre 5 sur 9 · LXII · texte numérisé non relu

LXII

Toute lin, dans la nature, est un commencement, toute mort est une naissance, tout changement est une acquisition, toute chute une éclosion, et comme au delà d'un corps en commence un autre, après un jour, un jour : ainsi dans l'Ame une valeur laisse place

à une autre valeur et un progrès à un progrès plus riche.

Dans la nature, ce qui succède à chaque corps au delà de ses frontières, ce qui succède à chaque jour épuisé, c'est une autre journée, c'est un autre corps, parfois d'une autre espèce ; mais l'Orne n'a de limites ni spirituelles ni temporelles; par la richesse de ses acquisitions réelles ou possibles, elle est comme une espèce infinie ; elle peut donc croître incessamment, toujours et toujours elle-même ; elle doit toujours durer, et comme elle est sa propre héritière, enrichir cet héritage qui est avec Dieu son œuvre, c'est pour elle accomplir sa mission. Toujours plus loin, c'est la devise d'une âme généreuse.

Il est bien vrai qu'en vivant normalement, fût-ce même sans y penser, on progresse. En pratiquant le bien on fait de l'âme un organe du bien. Tout but atteint nous laisse une réserve de force qui dépasse la mise. La fonction crée l'organe, disent les physiologistes. L'enfant qui joue ne songe pas à se développer : il joue, c'est-à-dire qu'il exerce la vie sans motif; mais le motif de la nature, en lui, c'est de croître. La vie engendre la vie. Agissez selon votre force, votre force croît; agissez selon votre science, votre science s'éclaire ; agissez selon la vertu chrétienne, cette vertu se fixe ; elle s'enracine, disaient les anciens sages ; elle conquiert son sujet comme la ramure supérieure et la ramure inférieure du chêne conquièrent le sol où il est planté, l'atmosphère où il plonge.

Que n'obtenons-nous pas de nos doigts, dans le piano, dans le violon; de nos yeux, dans la lecture

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