‹ La Vie ChèreChapitre 2 sur 48 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Depuis quelque temps, la « Vie chère » fait l'objet de toutes les conversations. Elle a fait couler des flots d'encre. Pendant plusieurs semaines — plusieurs mois même — Les journaux lui ont consacré des rubriques quotidiennes. De touÿ côtés se sont élevées des plaintes tantôt sourdes, tantôt - bruyantes. Nous avons assisté à la « révolution du beurre », et les ménagères ont dirigé leurs rancunes contre les commerçants qui n'en pouvaient mas.

Est-ce à dire que nous nous trouvions en présence d'une situañion sans précédent? Non, certes; mais la déception à été cruelle : Les difhcultés de l'existence atteignent des individus qui S'en croyaient quittes et pensaient continuellement s'élever sur l'échelle du progrès. De brutales, d'ironiques réalités les dépouillent de cette illusion : 1ls s'avisent que le siècle Le plus fraternel, le plus préoccupé de bien-être et de progrès, le plus soucieux des contingences populaires, continue à soulever les mêmes problèmes douloureux; qu'enhin ni La Loi — méticuleuse, sinon tracassière, — n1 les prophètes — faiseurs de promesses et marchands d'utopies, — ne son! capables d'assurer le bonheur en procurant une vie plus facile. Ceux-ci, comme celle-là, lorsqw'ils cherchent à bouleverser la vie économique, ne font souvent qu'y apporter de

nouvelles entraves.

Toujours est-il que le problème de la « Vie chère », par ses répercussions innombrables, doit s'imposer à l'attention

des économistes.

La « Vie chère » est-elle seulement actuelle et passagère? ou, au contraire, menace-t-elle de durer et faut-il remonter plus ou moins dans le passé pour en prouver la Source profonde? On ne s'entend guère Sur ce point. Certains économastes, comme M. Leroy-Beaulieu, ne votent, en fait de crise, qu'un « symptôme éphémère » et sans gravité; quelques années de bonne récolte auront sufh à redonner aux prix des proportions normales. D'autres (tels que M. Daniel Zolla, moins opiimistes, estiment que la crise de cherté est grave et déjà ancienne. Momentanément exaspérée par l'action insolite de fléaux naturels, elle aurait commencé depuis assez longtemps et ne serait point près de finir Sans nous laisser influencer par des appréciations si différentes, nous*essateons, par la recherche des causes et des remèdes possibles, de dégager la véritable physionomie de la « Vie chère ». Quitte à nous lenir SUT une TÉSETVE CXCESSIVE, NOUS NOUS abstiendrons d'afhrmations aventurées, et nous nous garderons d'interpréter Les faits suivant une idée préconçue. Peut-être parviendrons-nous alors à apporter un peu de clarté dans

cette question si complexe et st controversée.

Avant de passer en revue les prix actuels, il importe de donner une vue d'ensemble du prix de la vie au dix-neuvième siècle.

La « Vie chère » serait —— comme nous venons de le dire

—— une véritable « crise »,à en juger au moins par Les plaintes qu'elle suscite. Mais si l'on veut étendre ce qualihcatif à tous Les mouvements de hausse accentuée, il y a eu d'autres crises antérieurement. Et, si on ne jette pas un coup d'œil au moins sur les plus récentes, on se condamne à n'avoir qu'une vue incomplète; on ne saisit pas la courbe des prix, l'enchaïînement des cours, les fluctuations générales. Il se peut fort bien que La crise qui nous parait si douloureuse ne soit pas anormale, et que d'autres époques aient eu à subir des crises aussi aiguës, peut-être plus redoutables tout compte fait. IL est vrai que Le souvenir des maux passés n'est qu'une consolation bien platonique — si tant est que ce soit une consolation — aux difficultés dont Les classes moyennes et les classes

populaires souffrent de nos jours.

* L 1 Ar DS Lo

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