QUATRIÈME PARTIE
L'étude des remèdes proposés pour combattre la vie chère va nous fournir l’occasion de constater qu'il n'existe pas de panacée. Tout au plus certaines causes de cherté pourraient-elles être atténuées par la volonté des hommes et par une meilleure compréhension de leurs intérêts.
Mais les premières mesures qu'on a sollicitées des pouvoirs publics étaient tout au plus des expédients.
Que l'Etat ait à s'inquiéter de la vie chère, c'est une chose que nul en France —-même parmi les plus irréductibles adversaires de toute intervention — ne songe à nier.
L'Etat doit bien chercher à équilibrer, dans la balance des nécessités sociales, les droits et les devoirs de chacun; il doit faciliter ie fonctionnement de la vie économique. Son rôle, même réduit à celui d’un gendarme, le pousse dans la mêlée des intérêts pour essayer d’atténuer les conflits les plus aigus. Mais le plus souvent, quand l'Etat entreprend cette besogne ingrate, il trouve le moyen de mécontenter tout le monde.
Telle est encore son attitude en présence de la vie chère. Sollicité dans tous les sens, tiré à hue et à dia par les partisans des mesures les plus opposées, l'Etat, par l'organe du
gouvernement, forma plusieurs projets sans suite et se retrancha finalement derrière la borne de son incompétence. L'Etat n'avait rien prévu, il n'avait rien pu empécher; bien plus, la législation avait souvent eu pour effet d'aggraver le mal. Comment voudriez-vous, dans ces conditions, que l'Etat fût capable d’arranger ou d’ordonner ? D'où lui viendrait cette subite vertu?
Aussi bien, producteurs et consommateurs, protectionnistes et libre-échangistes, interventionnistes et libéraux continuèrent à se prendre aux cheveux et à se charger réciproquement des pires opprobres. Les uns et les autres ne s'entendaient que sur un point, à savoir que « l'Etat devait faire quelque chose », ne serait-ce qu’en défaisant ce qu:l avait fait auparavant. Entre le régime politique et économique d'une part, et, d'autre part, la cherté de la vie, il y a des rapports de cause à effet, mis en évidence par les uns, contesté par les autres. Mais au-dessus de toute discussion théorique, en dehors de toute école, l'Etat a une mission à remplir en vue de faciliter la vie économique. Sa tâche consistera notamment à favoriser les échanges.
Nous examinerons le rôle positif et le rôle négatif de l'Etat en présence de la vie chère, après avoir étudié au préalable deux projets que nous considérerons l’un et l’autre comme des expédients.