‹ La Vie ChèreChapitre 5 sur 48 · CUP MR MP ANRT SDS LAS D VAT · texte numérisé non relu

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D'après ce tableau, plusieurs denrées alimentaires n'auraient pas haussé de prix depuis plus d'un demi-siècle, ou même auraient sensiblement fléchi, à savoir: le blé (il s'agit de la libre-échangiste Angleterre) qui ne vaudrait que 60% du prix moyen des années 1845-1853; le thé qui vaudrait 70 % ; le café 86% etle sucre seulement 33 % du prix du milieu du xix° siècle. Par contre, la viande aurait renchéri de 30 %.

Voici enfin un tableau des diverses évaluations faites par les statisticiens qui se sont occupés de la question. La

base (nombre-indice 100) est la moyenne des deux années 1895 et 1900.

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La Crise actuelle

Ses caractères. — Son étendue

Sommes-nous en présence d'unesimple crise — à proprement parler — ou, comme le dit M. Daniel Zolla, « d'une période de transition et de transformation » dont la durée est difficile à préciser ? Faut-il voir dans la situation économique actuelle un fait passager, un «accident» dont les conséquences, si graves soient-elles, ne se feront pas longtemps sentir, ou bien plutôt un état persistant, dont les causes agissent depuis longtemps déjà, et qui menace de se perpétuer ?

Une crise se reconnaît à sa soudainelé (parfois la violence de son explosion), et à sa brièvelé (elle ne tarde pas à être suivie d'un état normal).

Dans l'étroite acceptation du terme, la situation économique actuelle ne serait donc pas proprement une crise. Elle a été préparée, malgré quelques fluctuations passagères, par une ascension lente et continue des prix.

D'autre part, la crise actuelle, si elle est un état relalivement nouveau, paraît en tout cas devoir durer, si on en Juge par la profondeur de ses causes, par son ampleur et sa généralité. Beaucoup sont portés à croire que l'on se trouve en présence d'un état destiné à devenir normal. Ce serait alors une p‘riode économique d'assez longue durée ou, si l'on tient à garder le mot crise : une crise persistante dont les causes, déjà lointaines mais toujours agissantes, continueraient à produire les mêmes effets. Ces deux termes (crise persistante », qui seraient contradictoires appliqués à la vie des individus, cessent de l'être quand il s'agit de la vie des peuples.

Aussi bien, la crise actuelle de cherté a-t-elle été précédée, dans l'histoire économique, d'autres crises analogues, et 1l est à remarquer que ces périodes de renchérissement ont eu une durée moyenne de 25 ans.

La rapide esquisse que nous avons tracée de l’histoire des prix depuis un siècle et demi nous a montré que la hausse notable, qui marqua la fin du XVII: siècle, fut suivie de périodes de baisse ou de stagnation alternant avec des périodes de hausse, ayant toutes la même durée approximative de 25 ans.

Après la période de baisse allant de 1815 à 1840 (ou même 1845) une hausse générale se fait sentir de 1850 à 1875 ou 1880. Suit une dépression qui dure une vingtaine d'années et amène une réaction — la crise actuelle — pour se continuer... combien de temps encore ? L'avenir nous le dira. Mais tout fait prévoir qu'elle n'est pas près de finir, d'autant que les causes permanentes, ou tout au moins persistantes, de renchérissement ne paraissent jamais avoir été plus nombreuses qu'à l'heure actuelle : on s'en rendra compte plus loin.

Le trait saillant de la crise actuelle, est sa généralité. Générale, la «vie chère » l’est d'abord par son caractère universel et mondial. Les ménagères françaises ne sont pas seules à gémir de la hausse de prix. M. F. David, a établi qu'en Hollande et en Belgique, la viande était aussi chère qu'en France, ce qui prouvait, à son sens, que la question douanière était étrangère à la cherté de la vie. -— La crise sévit en Autriche, où elle a suscité des révoltes plus sanglantes que chez nous. — Elle se fait sentir en Russie, où, d'après notre consul à Saint-Pétersbourg, M. Vautier, la plainte est «universelle ». — En Allemagne, on réclame partout l'intervention de l'Etat, dont on paraît attendre les plus heureux effets. La «vie chère» n'a pas épargné l'Angleterre, libre échangiste, où le (taux » du renchérissement de ces dernières années a été à peu près le même que dans les pays protectionnistes. Si nous traversons l'Atlantique, nous constatons encore les mêmes faits G)ePartoutlesiprix sérsont élevés,-et— ce qui est

(1) V. la statistique agricole de \Vashington.

caractéristique — les fluctuations sont à peu près partout les mêmes. Cela, d'ailleurs, se conçoit aisément, étant donné, d'une part la généralité des causes de la «vie chère », d'autre part, la solidarité des différents marchés, qui, avec le progrès des moyens d'informations et de transports, tend à la réalisation d'un marché mondial.

La « vie chère », qui se fait sentir sur tous les points de l’espace, estencore générale en ce sens qu'elle atteint tous les produits. Les ménageres ne se plaignent pas seulement du renchérissement de la viande ; elles se plaignent de la cherté des légumes, du pain, des vêtements. Toutes les denrées alimentaires ont renchéri, et aussi la plupart des matières premières industrielles,cependant quelesloyers ne cessent d'augmenter. La cherté atteint tout ce qu'il faut se procurer pour vivre. L'universalité de ce phénomène est tout à fait indicatrice ; ellé prouvé que la hausse est due à des causes générales, et sans doute plus ou moins durables.

Persistance, universalité, généralité ; tels sont les caractères essentiels de la vie chère. qui lui donnent l'importance d’une véritable question sociale.

C'est ce qui fait que le problème de la « vie chère » s'est imposé immédiatement à tous, par ses conséquences immédiates et par ses conséquences lointaines. Il intéresse tout le monde, consommateurs, intermédiaires èt producteurs. Il se recommande à l'attention, non seulement des économistes proprement dits, mais aussi à celle de tous les sociologues. Aussi bien, sans jamais négliger le point de vue purement économique, nous insisterons beaucoup sur les conséquences sociales de la « vie chère ».

Nous avons dit que l'élévation des prix atteignait à la fois les denrées alimentaires, les loyers et les matières premières industrielles (nous ne parlerons de celles-ci qu'excéptionnellement).

Mais la hausse la plus considérable s'est produite sur les denrées alimentaires. En ce qui concerne la France — et nous nous y bornerons — les statistiques de Levasseur et de March l'ont parfaitement établi. Ainsi que tout le monde ést amené à le reconnaître, le renchérissement s'est surtout fait sentir en 1910 et 1911, années de mauvaises récoltés: mais il se dessinait déjà dans les années précédentes. En se basant sur les prix courants d’une maison parisienne d'alimentation, M. Levasseur constate que, pour les 88 denrées alimentaires les plus usuelles, les cours ont progressé sensiblement de 1906 à 1900.

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Les nombres-indices accusent, pour les produits agricoles, une augmentation remontant à 1595. Donnons-en une idée d'ensemble, d'après les statistiques comparées de March et de Levasseur.

Les chiffres étant ramenés à 100 pour l'année 18095, qui paraît être le point de départ de la hausse, voici les résultats obtenus, de 1900 à 1907 (on remarquera que les chiffres de M. March établissent qu'il y aurait eu un mouvement de baisse après 1900).

Nombres-indices pour les denrées alimentaires ÉE < D’après D'après M. March. M.Levasseur.

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