‹ La Vie Chère et L'InflationnismeChapitre 1 sur 48 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Rubrique quotidienne des journaux! Eternel sujet de conversations! [Leit-motiv de toutes les doléances! Refrain de toutes les revendications! La vie chère! Sans cesse ces trois mots résonnent à nos oreilles, à tout instant, ils s'étalent désespérément sous nos yeux! Pourquoi les inscrire encore en tête de cette étude? N’a-t-on pas tout dit, tout écrit sur

ce nouveau fléau qui sévit depuis quatre ans avec tant de rigueur et impose,à chaque instant, sa bru-

tale réalité à notre esprit et à notre bourse ?

Depuis l’humble ménagère, exhalant sa colère et son indignation au retour du marché, jusqu’au plus éminent économiste, étudiant les faits actuels à la lumière de la science et de l’histoire, sans parler des publicistes inspirés dont les grands quotidiens nous révèlent parfois les découvertes surannées et les conceptions délirantes; qui n’a, déjà maintes fois, émis son opinion, soutenu sa théorie sur la hausse

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des prix, qui ne s’est avisé d’un moyen ingénieux de nous en délivrer ?

Des flots d'encre ont été répandus, et certes ! ce ne sont pas les explications qui ont manqué : raréfaction ou destruction des stocks, difficulté ou impossibilité de les remplacer, crise des transports, hausse du fret, accaparement, spéculation, taxation, protectionnisme, étatisme, législation ouvrière, journée de huit heures, intermédiaires, goût croissant du luxe..., le mal dont nous souffrons a été attribué à des causes innombrables, mais il ne semble pas qu'on ait pu arriver à se mettre d'accord sur l'importance respective de ces différents facteurs de la vie chère. Il en est un notamment dont l'influence a été particulièrement discutée, c'est l'accroissement considérable de notre circulation fiduciaire, c'est l'abus des émissions de papier-monnaie, ou, comme disent les éco— nomistes, l'inflationnisme.

En juillet 1914, le montant des billets émis par la Banque de France ne dépassait pas 6.683 millions ; à l'heure actuelle, il s'élève à 39 milliards ; dans quelle mesure cette formidable augmentation de notre stock monétaire a-t-elle influé sur la hausse des prix? C’est la vieille question de la théorie quantitative de la monnaie qui se trouve posée. Cette théorie, si fameuse en économie politique, doit son nom au rapport qu'elle établit entre la quantité de monnaie en circulation et le niveau des prix. On peut la formuler de la façon suivante :

« Toutes choses égales d'ailleurs, la valeur de la monnaie varié en raison inverse de sa quantité ».

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Or, qu'est-ce que le prix d’un objet, sinon le nombre de pièces de monnaie ou de billets de banque qu'il faut donner pour l’acquérir ? Dès lors toute variation dans la valeur de la monnaie doit entraîner une variation inversement proportionnelle dans les prix. Si la monnaie vaut moins, il faut en donner davantage, et les prix montent ; si elle vaut plus, il faut en donner moins et les prix baissent.

La hausse et la baisse des prix sont expliquées ainsi par la diminution ou l'augmentation de la valeur de la monnaie, résultant elle-même de l’augmentation ou de la diminution de sa quantité.

Il ne s’agit là, en somme, que d’un corollaire de la loi de l'offre et de la demande.

Lorsque la théorie quantitative a été énoncée, il n'était encore question que de monnaie métallique ; à l'heure actuelle, au contraire, c’est à la monnaie fiduciaire qu'il faut en vérifier l'application, puisque le billet à cours forcé remplace pour nous l'or et l'argent enfouis dans les caves des banques ou dans les cachettes des thésauriseurs et « comme rentrés dans leurs mines », selon la spirituelle expression de M. Gide.

La théorie quantitative, comme beaucoup d’autres d'ailleurs, après avoir joui durant plusieurs siècles d’une autorité absolue, finit par se heurter à de vives critiques. A l'heure actuelle. vigoureusement battue en brèche par nombre d’économistes, elle est presque unanimement rejetée par tous Îles gens d'affaires. Elle conserve néanmoins de fervents défenseurs qui trouvent en sa faveur de sérieux

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arguments dans toute notre histoire économique et voient, dans les faits actuels, une nouvelle et éclatante confirmation de son exactitude.

La question est donc vivement débattue; elle nourrit de nombreuses controverses.

Mais il ne s'agit pas là seulement d’une discussion d'école. Pour remédier à un mal, la première condition n'est-elle pas en effet d'en connaitre l'origine ?

Sans doute, comme l’a fort bien dit M. Hector Denis (1), «c'est se faire illusion que de rattacher à une cause unique les perturbations qui affectent l’ordre économique », et nul ne saurait prétendre que la cherté de la vie provienne uniquement de la surabondance de notre monnaie fiduciaire. Mais si nous pouvions acquérir la certitude que, sans être la seule cause de l'ascension des prix, l'inflation en est tout au moins une des causes principales (sinon la princi-

pale), ne serions-nous pas désormais en mesure de découvrir les véritables moyens d'abréger la durée de la crise que nous traversons et de hâter le retour des « temps meilleurs » ?

Ainsi donc la question de l'influence de l'inflation fiduciaire sur la hausse générale des prix offre à la fois un intérêt théorique et pratique; c'est plus qu'il n'en faut pour nous engager à en entreprendre l'étude.

Puisque, selon La formule classique, l'histoire n’est

(1) La dépression économique et sociale, 1895, p. 6.

PR Re qu'un perpétuel recommencement, nous jetterons un coup d'œil sur le passé pour voir s’il ne s'est pas déjà produit autrefois des crises analogues à celle dont nous souffrons aujourd'hui et si les explications qui en ont été données ne peuvent pas nous guider dans la recherche des causes de nos maux actuels.

Nous aurons à rappeler le renchérissement général constaté en Europe à la suite de la découverte de l'Amérique, à la fin du XVe siècle, et de la mise en exploitation des mines de Californie et d'Australie, au milieu du XIXe: c’est-à-dire aux époques des grands afflux de métaux précieux.

Puis, après avoir constaté les effets d’une brusque augmentation du stock de monnaie métallique, nous examinerons les conséquences d’un important accroissement de la circulation fiduciaire. À cet égard, l’histoire du papier-monnaie, en Amérique, pendant la guerre de l'Indépendance et pendant la guerre de Sécession ; en France, au temps des assignats, nous fournira des renseignements particulièrement caractéristiques.

Forts de l'expérience des siècles passés, hous étudierons alors Îa situation actuelle.

Nous essaierons de déterminer l'amplitude de la hausse en comparant les prix de 1920 aux prix de 1914.

Quand nous connaîtrons toute l'étendue, toute l'a cuité dela crise, nous nous efforcerons d'en découvrir les véritables causes, et nous rechercherons les rapports qui peuvent exister entre les éinissions excessives de billets de banques et l'ascension des prix.

Enfin, si nous sommes amenés à conclure que la

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hausse est due pour la plus large part à l'accroissement exagéré de la circulation fiduciaire, nous examinerons les conditions dans lesquelles pourra s'opérer la déflation susceptible de soulever la bonne, la véritable « vague de baisse »; celle qui ne risquera ‘pas d’allerlamentablement expirer sur quelque rivage

inconnu.

re PARTIE

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La Vie Chère dans le Passé

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