HAUSSE GÉNÉRALE DES PRIX
La-Vie CHÈRE AU XVIe SIÈCLE
Si le souvenir des maux passés pouvait atténuer l’'amertume des épreuves actuelles, l'histoire économique du XVIe siècle nous fournirait, dans notre infortune, d'abondantes consolations. Les plaintes que nous entendons proférer aujourd'hui retentissaient déjà à cette époque, car, en quelques années, les prix de toutes les marchandises — les plus communes comme les plus rares — avaient subi une hausse comparable à celle que nous déplorons en ce moment.
Ce renchérissement prodigieux qui atteignait la proportion de 4 à 500 pour 100 paraissait d'autant plus exaspérant qu’on en ignorait généralement la véritable cause.
Au début du règne de Charles IX, en 1560, lasituation s'était aggravée au point que les doléances faisaient place aux menaces. On redoutait des émeutes
et le roi, alarmé, prescrivait des enquêtes. Tandis que le peuple s’agitait, accusait les marchands et criait à l’'accaparement, les spécialistes des questions monétaires s'efforçaient de découvrir l'origine de la crise. C'était la question du jour ; le sujet de nombreuses et vives controverses.
En 1566, Monsieur de Malestroit, Conseiller du roi et Maître des Comptes pour le fait des Monnaies, intervint dans le débat et y prit une position originale. Dans un opuscule publié sous le nom de «Paradoxes », il prétendit démontrer que la hausse des prix était illusoire, purement nominale ; qu’elle résultait uniquement de la diminution du poids de métal fin contenu dans les pièces de monnaie. A l'entendre, on ne donnait pas une plus grande quantité d’or ou d'argent, mais un plus grand nombre de pièces. Si l'évaluation avait été faite en poids, on n'aurait constaté aucun renchérissement depuis trois siècles.
Cette affirmation était en contradiction avec les faits. Bodin, un des grands écrivains de l’époque, entreprit de la réfuter et de lui substituer sa propre explication. Sa « Réponse aux Paradoxes de Monsieur de Malestroit» nous fournit de nombreux et curieux détails sur cette fameuse crise comparable à certains égards à celle que nous subissons actuellement, bien qu'il ne s'agisse plus, hélas! d’une surabondance de métaux précieux et qu'en un vil papier «l'or pur» se soit «changé ».
Malestroit prétendait que le renchérissement dont se plaignaient ses contemporains était purement nominal, Bodin va prouver qu'il est bien réel et que l’a-
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vilissement des monnaies ne suffit pas à l'expliquer.
Tout d'abord il cherche à déterminer l'amplitude de la hausse, à l’aide des documents les plus variés.
« Le cadastre de Toulouse » lui apprend que « les vins et blés coûtent 20 fois plus qu’ils ne faisaient il y a cent ans ». Les registres du Châtelet [ui permettent de constater « quele muid de blé de rente, mesure de Paris, qui ne coûtait que 120 livres, l'an 1524, valait en 1530, 144livres».
Les coutumes de France, d'Anjou, d'Auvergne, du Bourbonnais, de la Marche et de la Champagne lui révèlent que les fourrages, le bétail, les volailles «ont enrichi dix fois autant pour le moins depuis 60 ans, en quelque monnaie qu'on prenne » et que Îles salaires des journaliers — hommes et femmes — ont subi une hausse correspondante.
Mais le renchérissement lui paraît encore plus clairement démontré par «le prix des terres qui ne peuvent croître ni diminuer, ni être altérées de leur bonté naturelle, pourvu qu'on ne les mocque point ».
€ Or, nous voyons, dit-il, que depuis cinquante ans, le prix dela terre a crû, non pas du double, mais du triple; tellement que l’arpent de la meilleure labourable au plat pays, qui ne coûtait anciennement que dix ou douze écus, la vigne, trente, se vend aujourd'hui le double, voire le triple d'écus pesant un dixième moins qu'ils pesaient, il y a 300 ans. »
Depuis un demi-siècle, la hausse a donc atteint des proportions considérables ; « l’'amenuisement » des monnaies invoqué par Malestroit, est loin de correspondre à un semblable enchérissement. C’est