PENDANT LA GUERRE DE L'INDÉPENDANCE
Un demi-siècle après l'aventure de Law, nous voyons l'Amérique recourir au papier-monnaie pour faire face aux dépenses nécessitées par sa lutte contre l’Angleterre.
Elle n'avait guère d’autres ressources. Les étrangers ne font pas volontiers crédit à un pays en pleine révolution et, d'autre part, il est fort difficile d'exiger des impôts d’une population qui se soulève précisément pour éviter de payer des taxes à un gouvernement oppresseur.
« Mes concitoyens, disait Franklin, comptaient bien secouer le joug de l'Angleterre, mais ils n’entendaient difficilement fournir les fonds qu'une pareilie entreprise exige ; 1l a bien fallu les taxer à leur insu ». On demanda donc à la planche à billets la solution du problème.
En cinq ans, de 1775 à 1779, le congrès américain
(1) ARNAUNÉ. La monnaie, le crédit, le change.
Re
émit 200 millions de dollars papier, vaguement hypothéqués sur les taxes qui devaient être instituées sur les terres à coloniser dans l’ouest, et aussi sur les biens confisqués des partisans de la domination anglaise. Ce chiffre était considérable pour un pays à peine peuplé, mais, ce n'était pas tout. Les diverses colonies mirent en circulation une quantité de billets à peu près égale qui vinrent s'ajouter au papier continental.
La dépréciation était fatale ; elle atteignit d'énormes proportions et se traduisit naturellement par une prodigieuse élévation des prix.
«Un cheval, et quel cheval! écrivait Washington, le 4 Octobre 1780, ne coûte pas moins de 200 livres sterling (5.000 francs); une selle, 30 ou 40 ; des bottes, en coûtent 20, et le prix des souliers et d’autres objets est dans Îes mêmes proportions. Comment suflire à ces charges sans un surcroît de solde, lorsque la farine se paye en différents endroits depuis 5, jusqu’à 9 livres Ja tonne, le foin, de 10 à 30 livres ? »
En vain, essaya-t-on d'enrayer cette dépréciation en déclarant ennemi des Etats-Unis quiconque ferait une différence entre papier et numéraire:; on ne peut soutenir une monnaie par des menaces.
En vain, eut-on recours à la taxation. Voulut-on imposer des prix maxima pour les denrées et les services ? On n’aboutit qu’à augmenter le nombre des marchés clandestins et à aggraver la disette qu’on s’efforçait de combattre.
Au début de 1780, le papier américain était tombé à 3 ou à 2 1/2 0/0 de sa valeur nominale. Il finit par
s'effondrer au point que pour obtenir un dollar en : espèces, il fallut en donser 200, 300 et même 500 en papier. |
On imagina alors d'échanger ces billets si discrédités, à raison de 20, puis de 40 pour 1, contre un autre papier, émis en quantité strictement limitée (1omillions dedollars),hypothéquésurdestaxes nationales à établir ultérieurement et portant un intérêt de 5 ‘/o avec promesse de remboursement dans le délai de six ans. Mais, malgré tous Îles avantages consentis, toutes les promesses faites, toutes les assurances données, on ne put ramener la confiance à jamais disparue. Le nouveau billet tomba rapidement aussi bas que l’ancien, et ne représenta bientôt plus, entre les mains de ses malheureux détenteurs, que linfime valeur du papier employé à sa fabrication.
Le Papier-MonNaïE sous LA RÉVOLUTION FRANCAISE