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établir un parallèle entre la crise que nous traversons actuellement et celle que subirent, il y a 130 ans, nos arrière-vcrands-parents. Sans doute les ressemblances sont fort heureusement assez lointaines, mais 1l n’en est pas moins intéressant de les relever au passage, en rappelant brièvement l'histoire de cette malheureuse monnaie de papier dont quelques exemplaires poussiéreux et jaunis, après avoir été mêlés à tant de tragiques événements, achèvent modestement leur étrange existence sur les murs délabrés de quelques vieilles demeures.
On se souvient des circonstances qui amenèrent la création des assignats. [L'assemblée nationale se trouvant en présence du fameux déficit de 200 millions qui fut une des causes prochaines de la révolution, avait décidé de parer à la faillite imminente en procédant à la vente d’une partie des biens du clergé et du domaine de la couronne récemment déclarés: Biens nationaux. Mais comme cette opération ne pouvait être réalisée rapidement, sans entrainer la dépréciation des propriétés offertes, l'Assemblée imagina de créer, jusqu'à concurrence de cette même somme de 400 millions, des mandats négociables, portant 50/0 d'intérêt et auxquels des lots de biens mis en vente seraient affectés, assignés ; de là le nom d'assignats qui devait devenir si tristement fameux. Ce n'était pas encore du papier-monnaie, mais des obligations de 1.000 livres productives d'intérêt.
La rareté des capitaux et la crainte d’une contrerévolution empéchèrent le placement des assignats. La détresse financière s’aggravant, le 27 mai 1790, la
commune de Paris proposa à l'Assemblée nationale de faire acheter ces 400 millions de biens nationaux par un certain nombre de municipalités quiles revendraient ensuite en petits lots aux particuliers Les villes qui n'avaient pas de fonds disponibles payèrent le montant de leur acquisition en billets appelés : Bons municipaux.
Mais ces bons ne furent pas remboursés à leur échéance. D'autre part, malgré toutes les garanties offertes, les assignats étaient difficilement acceptés par les créanciers de l'État qui, n'ayant pas le moyen de les imposer en paiement à leurs fournisseurs, ne pouvaient les utiliser pour régler leurs dépenses.
L'Assemblée nationale se décida alors à faire un pas de plus et, en avril 1790, elle décréta queles assignats auraient désormais cours forcé et ne porteraient plus qu'un intérêt de 40/0 calculé jour par jour à dater de leur émission. |
La monnaie de papier se substituait dès lors à la monnaie métallique, comme au temps du «système»; mais l'émission était modérée et le gage autrement solide qu’à l'époque où Law se lançait dans ses téméraires entreprises. Cependant, poussé par la nécessité, on s'engageait sur une pente singulièrement glissante dont l'avenir n'allait pas tarder à montrer les dangers.
Les ressources de la première « fournée» d’assignats furent bien vite épuisées. Les réformes décrétées par l’Assemblée, le remboursement des innombrables charges vénales qui venaient d’être supprimées, la restitution de nombreux cautionnements
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n'avaient pas tardé à creuser un nouveau déficit. « Cette liquidation de l’ancien régime », comme le dira plustard Louis Blanc, avait entraîné une dépense de 1 milliard 800 millions. Les intérêts de la dette constituée s’élevaient en outre à 118 millions.
Le 10 septembre 1790, le trésor n'aurait pas pu effectuer ses paiements sans le secours de la caisse d'escompte qui lui avança 10 millions.
Mirabeau avait été tout d’abord peu favorable au papier-monnaie qui devait fatalement exciter la méfiance des commerçants et des paysans. Il avait dit lui-même en 1789: « Ce n’est que l'argent à la main qu’on peut aller ramasser le blé dans les campagnes. » Mais la nécessité l'avait amené à changer entièrement d'opinion et, devant la banqueroute menaçante, il s’efforça de convaincre l'assemblée du pouvoir miraculeux de ce remède merveilleux.
«Le papier, disait-il, arrivera aux biens nationaux par sa destination nationale après avoir fécondé, dans son cours, les différentes branches de l’industrie. I] commencera son cours sous les auspices de la justice et le continuera comme un instrument de bienfaisance publique. Jetez dans la société ce germe de vie qui lui manque et vous verrez à quel degré de prospérité et de splendeur vous pourrez dans peu vous relever ». |
Les événements devaient, hélas, cruellement démentir cette magnifique prophétie.
L’éloquent plaidoyer de Mirabeau n'enfutpas moins couronné de succès. Le 29 septembre 1790, l’Assemblée vota une nouvelle émission de 800 millions
D PE d’assignats. L'intérêt primitivement alloué était désormais supprimé. Il s’agissait donc bien mainte-— nant d'un véritable papier monnaie.
Pour rassurer ceux que hantait le souvenir de Law, on décida qu'il n’y aurait jamais plus de 1. 200 millions d'assignats à la fois. Cette digue fragile devait être aisément renversée par le flot de papier-monnaie qui n'allait pas tarder à submerger le pays.
Après une amélioration toute factice, la situation économique était devenue singulièrement critique.
Les prix avaient augmenté dans des proportions considérables; d'autre part, le chômage s’étendait à tous les métiers, condamnant à la misère la plus grande partie de la population.
C'est qu’en effet, il s'était produit, avec les assi— gnats, ce qui s'était déjà produit pendant quelques semaines, lors de l’application du système de Law, ce qui se produit toujours lorsqu'on jette. dans la. circulation une quantité considérable de monnaie fiduciaire plus ou moins suspecte.
Pris de méfiance, les détenteurs de ce papier s'empressent de le changer contre toutes sortes d'objets de valeur certaine et durable : étoffes, meubles, bijoux et même denrées alimentaires. Il en résulte une notable augmentation de la demande et par conséquent un surcroît d'activité de la fabrication. La dépense est à l’ordre du jour. Mais c’est une agitation toute factice qui n'a rien à voir avec une prospérité réelle.
Philibert disait avec raison à la Législative le
27 février 1792 : « Cette activité ne prend sa source
que dans la crainte irréfléchie des porteurs d’assignats qui, par défaut de confiance, achètent à tout prix des marchandises et des denrées qu'ils amoncellent sans besoin. Cette agitation momertanée ressemble aux mouvements convulsifs produits par un accident violent qui conduit bientôt l'individu qui en est attaqué à la paralysie ou à la mort. Je la considère non comme une prospérité, mais comme adversité nationale ».
Et, de fait, cette paralysie et cette mort ne tardèrent pas à frapper le commerce et l'industrie. « La demande de travail, écrivait le directoire du Gard, soit pour les manufactures, soit pour l’agriculture,
est réduite d’une. manière alarmante, quoique les communautés fassent, en faveur de la classe indigente, des sacrifices au-dessus de leurs forces ; les officiers municipaux sont exposés aux murmures, au mécontentement d'un peuple qui souffre et qui demande hautement de l'ouvrage ou du pain ».
On était bien loin de la prospérité prédite par Mirabeau. Pendant l'hiver 1792-93, le papier perdait déjà 30 0/o par rapport à la monnaie métallique, et cette dépréciation était encore aggravée par l'afflux des faux assignats que les royalistes fabriquaient jusque dans les prisons. He
Mais comment renoncer à la monnaie de papier, seule ressource du gouvernement? La guerre coûtait fort cher ; l'armée à elle seule absorbait près de 200 millions par mois. Il fallut bien activer le fonctionnement de la planche à assignats.
En février 1703, le total des émissions s'élevait à