Pk'lipp.u, a
demander comment elle fut possible. Car n'y a-t-il pas ici une espèce de contradictio'n. Dienest immuablement grand ; il est, comme il est, comme il fnt et sera de toute éternité, et cependant il a dû, devenant homme, s'anéantir lui-même, il a dû, pour ainsi dire, se dépouiller de sa divinité, {semetipsum cxinanivit) ! Mais il faut distinguer ici, avec les grands docteurs de l'Église, une double manière de se dépouiller. On dépouille quelqu'un, soit en lui ravissant une chose qui lui appartient, soit en le privant de l'usage de cette chose ; comme si, par exemple, je laisse à un homme sa propriété, mais que je lui lie les mains, de sorte qu'il ne puisse faire usage de ce bien, alors, même au milieu de la possession, il n'en est pas moins pauvre et dépouillé.
Dans le premier sens, Dieu ne pouvait absolument se dépouiller de sa divinité, et rien n'est plus vrai que ce qu'écrit saint Léon dans sa célèbre lettre à saint Flavien: « Dans le Christ, la forme de Dieu n'a pas détruit celle d'esclave, et de même aussi la forme d'esclave n'a détruit en rien la forme de Dieu. » Dieu ne peut jamais cesser d'être lui-même. Mais c'est dans le dernier sens que Dieu, en Jésus-Christ, s'est dépouillé de sa divinité en se privant de l'usage de ses attributs divins. Pendant les trente années qu'il passe dans une obscurité profonde, exerçant envers ses parents tous les devoirs de l'obéissance, où laisse-t-il, à travers l'enveloppe de sa
MORALK CHlUiTlENNE. 59
forme d'esclave, percer la lumière et la gloire de ses attributs divins. Et aussi, quand, pendant les trois années de sa vie publique, il montre dans sa doctrine les rayons de sa sagesse, et dans ses miracles, ceux de sa puissance, combien ne cherche-t-il pas à dessein, à en affaiblir l'éclat, pour le rendre supportable à nos faibles regards. Il cache la splendeur de sa sagesse sous les paraboles et sous le voile d'expressions simples, sans fard ; et si sa puissance met enjeu son bras pour accomplir des œuvres merveilleuses, soudain, il le retire comme s'il craignait de laisser paraître au dehors cette suprême puissance. On dirait que sur la terre il ne possédait plus la gloire, car il prie ainsi: Père, glorifiez-moi avec la gloire que j'avais près de vous, avant que le monde fùl ; et lorsqu'il retourne au lieu de sa gloire, les chœurs célestes chantent qu'il est digne de recevoir la puissance, la divinité, la sagesse, la force et la gloire \ comme s'il ne les eût pas déjàpossédées même étant sur la terre. Mais après que Jésus-Christ s'est dépouillé lui-même d'une manière si incompréhensible et si élevée au-dessus de notre raison, sans toutefois lui élre contraire, et après qti'il a continué jusqu'à sa mort sur la croix, l'œuvre de ce renoncement, de cet abaissement extrême, nous ne devons pas nous étonner qu'il réclame de nous