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CHAPITRE VI

LES TROIS VERTUS THEOLOGALES OU DIVINES : LA FOI , l'eSPÉHANCE et la CHARirÉ.

d"Au parfait renoncement à soi-même correspond en noire Seignear Jésus-Christ le parfait abandon à la volonté de Dieu son Père, c'est-à-dire la perfection de son saint amour. Tout son être est, pour ainsi dire, une effusion de l'amour ; il en est pénétré, submergé. Etre animé de l'espi'it de Jésus-Christ et porter en soi le saint amour, c'est par conséquent une seule et même chose. Cependant cet amour ou chïirité, qui est la vertu la plus noble de toutes, et en particulier des trois vertus divines, existait en lui sans les deux autres, c'est-à-dire sans la foi et l'espérance. Car toutes les deux, d'après leur nature même, entraînent avec elles une certaine idée d'imperfection. A la foi s'allie une certaine obscurité, et l'espérance ne possède pas encore le bien vers lequel elle tend comme vers un objet absent. Mais Jésus-Christ étant la perfection même, on ne peut, en ce qui cou-

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cerne les choses morales et religieuses, supposer en lui l'ombre même d'une imperfection. Il possédait pleinement et parfaitement en lui-même ce qui ne se trouve qu'imparfaitement dans les deux vertus que nous venons de nommer. Les vérités qui forment l'ensemble de notre foi, il les contemplait toutes; car, ici-bas^ il était déjà participant de la vue de Dieu. Dans cette contemplation, il possédait en même temps ce qui constitue le bien fondamental de l'espérance. La (jloire et l' iminorlalité du corps, dont il ne put jouir qu'aprt'S sa résurrection, voilà seulement ce qui pouvait être ici-bas pour lui dans son état d'abaissement, l'objet de l'espérance, et non pas la contemplation de Dieu qu'il posséda sans cesse.

Ce qui justement le distinguait de tous les hommes, c'est que, comme l'exprime en termes formels la théologie, il était en même temps, viator, voyageur sur le chemin de la félicité, et comprehens(/r, possesseur du bien par essence, c'est-à-dire de la tVdicilM, et cela en vertu du mystère de l'union hyjjostatique de la nature divine avec la nature humaine. En ?ions an contraire, la charité ne peut exister sans les deux autres vertus divines. Je ne puis aimer Dieu comme le souverain bien, si par la foi je ne le reconnais pas comme tel ; et de même la chariti' ne peut ici-bas être séparée île l'espérance. Cette vertu, d'un côté mène à l'amour, car l'espoir de la récompense excite à aimer Dieu et à obéir à

ses commandements; de l'autre, elle appuie et afrermit la charité dans les tentations et les nombreux dangers auxquels elle est exposée ici-bas. Au faux amour-propre elle oppose le véritable amour de soi; aux charmes des plaisirs entraînants et coupables, les joies célestes. Donc, comme le dit l'Apôtre, il reste pour nous ces trois vertus : foi, espérance, charité, et autour d'elles se meut toute la vie chrétienne. Il s'ensuit doncque cette viedans son essence est une copie de la vie de Jésus-Christ. Se conformant fidèlement à son original, elle est, dans le sens positif, une vie dans la foi, dans l'espérance et dans l'amour; or l'amour, présupposant en nous et renfermant en soi la foi et l'espérance, nous imprime réellement l'esprit^de Jésus-Christ l'amour même, etnous rend semblables à lui, notre parfait modèle.

Le but véritable de Tlncarnation et de la Rédemption est aussi parfaitement atteint en nous par ces trois vertus, car il consiste à renverser le mur de séparation que le péché a élevé entre Dieu et nous et à nous réunir à lui et au ciel. Mais les anneaux d'or de cotte chaîne, ce sont les trois vertus divines. Elles ne tirent point leur origine de cette terre. Les païens connaissaient bien les vertus purement humaines ou naturelles que l'homme peut acquérir par ses propres forces et qu'on nomme pour cela vertus acquises :1a prudence, la justice, la force, la tempérance et toutes les autres quelles qu'elles

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soient quij en dehors de Dieu, ne peuvent jamais être que des vertus purement humaines. Mais quant aux trois vertus théologales, ils ne les connaissaient [)as. (le sont des dons que Jésus-Christ nous a apportés du ciel et qui nous sont communiqués par le saint Baptême. Ne venant pas de la terre, ces trois vertus ne peuvent non plus avoir la terre pour hut; elles tendent immédiatement vers Dieu, vers le ciel, voilà pourquoi elles sont nommées divines.

Parla foi, j'embrasse la vérité éternelle qui est Dieu, et je lui soumets mon intelligence. Par l'espérance, je saisis déjà les biens et les dons de Dieu, c'est-à-dire la félicité qui découle de lui et je lui consacre les aspirations, les désirs de mon cœur. Enfin, par la charité, je m'attache à Dieu lui-même, la bonté et la beauté infinies et je me donne à lui avec tout ce que j'ai et tout ce que je suis.

Selon que ces vertus sont en moi plus ou moins parfaites, plus ou moins vivantes, l'union qu'elles produisent en moi avec Dieu et le ciel est plus ou moins parfaite, plus ou moins profonde ; mais en dehors du lien de ces trois vertus, nulle union n'est possible pour moi avec Dieu et le ciel.

C'est seulement dans leur possession et dans leur exercice que vous parcourrez, comme tenant Jésus-Christ parla main, la route qui mène au ciel. La foi, c'est la

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sûre étoile qui vous guide dans le chemin du ciel. Quelles actions de grâces ne devez-vous pas à Dieu pour ce bienfait ! Représentez-vous un instant l'état d'une âme enveloppée dans la nuit de l'erreur, et qui, dans une sombre ignorance ou dans une incertitude tout aussi pénible, flotte indécise au milieu de questions desquelles dépendent le repos de son cœur et le sort de son éternité. Te veux parler des questions suivantes qui ont une importance décisive. Y a-t-11 une providence dirigeant et conduisant toutes choses, ou bien tout est-il abandonné à un inexorable destin ou à l'aveugle hasard? Existe-t-il une autre vie, et une récompense au delà du tombeau, ou bien, tout finit-il avec celle-ci? Reverrai-je ceux que j'ai aimés surla terre, et que la mort impitoyable m'a ravis, ou bien la séparation tant pleurée sera-t-elle éternelle? Si j'ai été assez malheureux pour pécher et que je me sente ensuite tourmenté par l'aiguillon du remords, y a-t-il encore un pardon pour moi ou bien dois-je périr dans cet état lamentable, doutant de mon salut? Quels moyens faut-il employer pour me sauver? par quelle conduite et par quelles actions puis-je plaire à Dieu, le Père céleste, et m'acquérir ainsi des droits à lafélicité du ciel ? Tels seraient les pénibles doutes qui tourmenteraient alors cette àme. Et allant encore plus loin, représentez-vous que pour cette àme qui cherche la vérité, et qui cependant est en proie aux angoisses les plus pé-

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nibles et à la plus douloureuse incertitude, retentisse soudain cette bonne nouvelle qui tomba un jour des lèvres de l'ange : «Le Sauveur du monde a apparu, et une grande lumière s'est levée sur ceux qui étaient assis dans les ténèbres et dansTombredclamort. » Imaginez-vous qu'elle puisse voir elle-même le Sauveur, le divin Docteur de la vérité, apparaissant dans le monde, qu'elle puisse écouter sa voix, se trouver avec lui sur la montagne des huit béatitudes et sur le Thabor, et là entendre retentir dans la nue, au-dessus du divin Transfiguré;, cette voix du Père disant : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le, et ensuite qu'elle voie la foule de témoignages par lesquels ce divin Maître de la vérité s'accrédite comme tel devant le monde ; puis, non pas seulement ses nombreux miracles, l'éclat de sa sainteté et de ses vertus radieuses et surhumaines, mais encore qu'elle contemple de ses yeux la paix des âmes qui croient eu lui et suivent sa doctrine, qu'elle voie la consolation, la joie intérieure que ces âmes ressentent, même au milieu des afflictions et des soulfrances de la vie : oh ! alors, de (juels sentiments serait pénétrée cette àme cherchant la vérité, et s'y dévouant tout entière après l'avoir trouvée! — Et ces vérités, auxquelles une telle àme se serait soumise, et dont elle se réjouirait, d'autauL plus que les ténèbres où elle était plongée l'avaient plus troublée, tourmentée, ces vérités, dis-je, sont précisément celles

que VOUS possédez parfaitement, et qui vous sont garanties par la foi. Elles sont pour vous la vraie étoile conductrice sur le chemin du pèlerinage de la vie, elles répandent leur lumière bienfaisante même sur les ombres de la mort, et éclairent jusqu'aux ténèbres du tombeau. Par conséquent, de quelle reconnaissance devezvous être pénétré envers Dieu pour cette lumière de la foi.

L'espérance est pour vous ce bâton de voyageur que Dieu lui-même vous a mis en main, et sur lequel vor.s pouvez vous appuyer en parcourant la route pénible de la vie. Et ici encore, votre cœur ne doit-il pas à Dieu sa vive gratitude pour un tel bienfait? Malgré votre bonne volonté, comment échapperiez-vous aux innombrables pierres de scandale semées sur votre voie, comment résistcriez-vous aux violents orages qui, de tous côtés, se déchaînent survous, sivousne vous attachiez résolument à cet appui? On a demandé si l'espérance est absolument nécessaire, si la pure charité ne perd pas de son or à ce contact, et même si elles peuvent exister ensemble. Mais parmi ceux qui ont hasardé cette question, qui a aimé Dieu plus purement et plus parfaitement que les saints apôtres et les saints martyrs ? Et ont-ils craint de porter préjudice à leur charité, ou bien de la souiller, en jetant un regard d'espérance vers les joies du ciel, alors même qu'ils supportaient avec plus de constance et de joie les

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misî'res elles souirranccs de la vie? Le Clirist lui-mL-me, toutes les fois qu'il prédit à ses disciples les peines et les persécutions qui les attendent, élève en même temps leur regard en ]uiut,et pour exciter leur courage, leur montre les félicités du ciel : a Vous êtes bienheureux, » leur dit il, «lorsque les hommes vous méprisent, vous persécutent et inventent toutes sortes de mal contre vous à cause de moi, réjouissez-vous et soyez comhlés de joie, car votre récompense est grande dans le ciel! »

UamonrM charité, enfin est la vertu qui nous fait marcher dans le chemin du ciel même. Tout ce qui est fait dans l'amour et par amour, quelque petit que cela soit, est fait pour Dieu et pour le ciel et y sera récompensé un jour, si l'on meurt dans l'amour; tandis que, au contraire, des actes qui ne portent pas la divine empreinte de l'amour ne sont rien devant Dieu, tout grands et tout brillants qu'ils puissent paraître. « Quand même je parlerais toutes les langues des hommes et des anges mômes, si je n'ai point la charité, je suis comme un airain sonnant et une cymbale retentissante, et quand je distribuerais toutes mes richesses pour nourrir les pauvres, et fjue je livrerais mon corps pour être brûlé, si je n'ai point la charité, tout cela ne me sert de rien K »

Les deux autres vertus divines m'accompagnent, me

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