I. Traité de VAmour de l)ivn. 1. X, cli
96 ' LA VIE CHRÉTIENEE.
vrais chrétiens. De plus le véritable amour pour Jésiis- Ctirist étant un amour d'amitié, il embrasse tous les intérêts qui sont chers à son cœur, car dans l'ami, on aime tout ce que celui-ci aime lui-même : L'honneur de son père dont le zèle ardent le consume, le salut des âmes dont il a faim et soif, la Vérité qu'il a apportée du ciel, et au service de laquelle il travailla jusqu'à l'épuisement de ses forces physiques, l'Eglise sa fiancée qu^il a purifiée de toute tache dans son sang précieux, la paix et l'unité de tous les confesseurs de son nom, que dans sa prière ce Pontife suprême demandait à son divin Père. Toutes ces choses ne renferment-elles pas les intérêts les plus chers à son cœur? Et si mon amour pourkii ne me pousse pas à embrasser ces mêmes intérêts, à me sacrifier et à souffrir pour eux ; mon amour sera-t-il un amour bien véritable ?
Mais pour que cet amour soit vrai, il me faut, en particulier, aimer en lui et pour l'amour de lui les pauvres et les délaissés, ainsi que tous les hommes qui sont mon prochain ; je dois aimer la très-sainte Vierge Marie, sa Mère et la sainte Eglise, son auguste fiancée, qu'ilnous a laissée ici-bas comme gage de son amour. Plus tard, nous reviendrons sur ces différentes manières de prouver notre amour à Notre Seigneur Jésus-Christ; nous laissons ici de côté la question de savoir comment cet amour peut être conservé, nourri, perfectionné, et pour conclusion
nous voulons nous rappeler encore une fois, que c'est en nous rachetant au prix de son précieux sang que notre Rédempteur nous a montré le plus grand amour, et que ce sang divin, il l'a versé pour chaque âme en particulier, que par conséquent si je veux, dans une certaine mesure répondre à cet amour, ce n'est plus ici le cas do dire amour pour amour, mais beaucoup mieux sang pour sang. Mais quel sang lui offrirons-nous, en comparaison de celui qu'il versa si généreusement pour nous ? Des millions do martyrs lui ont réellement consacré leur sang par reconnaissance, et ils ont cru ne fournir par là qu'un mince à-compte sur la dette d'amour, dont cet amour infmi nous a tous chargés. S'il ne nous est pas donné de mêler notre sang à celui des saints martyrs, il est, toutefois, une sorte de martyre non-sanglant qui, durant bien plus longtemps, souvent la vie tout entière, n'a pas moins de valeur à ses yeux. Et icibas, l'amour véritable n'est jamais sans douleurs. Existct-il une seule vertu chrétienne qui ne croisse au milieu des épines, et qui pour être pratiquée, ne demande les luttes et la souffrance.
Oifrons donc à notre très-amoureux Sauveur, au lieu du sang dont nous lui sommes redevables, les peines, les sacrifices que coûte la vertu, et tant d'autres souffrances par lesquelles la main de Dieu nous visite. Mais consacrons-lui, tout particulièrement, le sang de nos âmes,
c'est ainsi que saint Augustin appelle les larmes qu'une vraie pénitence et le repentir nous arrachent. Il y a là un paiement de retour, si faible qu'il soit, et nous pourrons dire, jusqu'à un certain point : sang pour sang.