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fiance à lecir protection^ et en invoquant humblement leur puissante intercession; je le puis enfin, en tenant mes yeux attachés sur leurs saints exemples comme sur un miroir, et en cherchant avec ardeur à les imiter. Cette imitation zélée de leurs exemples si lumineux est le but et le fruit le plus précieux de l'amour et de la vénération que je leur porte.
Ce n'est pas en vain que la radieuse splendeur de la sainteté se réfléchit sous tant d'aspects divers dans la troupe innombrable des saints ; car, en quelque état ou vocation, en quelque circonstance particulière de vie, en quelque tentation que je puisse me trouver, je rencontre parmi eux un modèle parfaitement approprié à mon état, et dans lequel je dois puiser le courage qui m'est néces saire dans ce chemin souvent si âpre de la vie. S'il n'y avait que des saints qui ont grandi dans des circonstances toutes particulières, et qui ont excité l'admiration du monde par l'élévation de leur caractère, l'éclat de leur science, l'étendue de leur cercle d'activité ; où pourraisje puiser du courage, moi si faible, si petit et limité dans ma sphère d'action si étroite ? S'il n'y avait que des saints qui aient conservé l'innocence baptismale, combien triste serait le sort de ceux qui ont eu le malheur d'offenser mortellement leur Dieu, non pas seulement sept fois, mais peut-être sept fois septante fois ? S'il n'y avait que des saints qui, vivant seulement parmi les bons,
n'ont jamais eu devant les yeux que l'exemple de nobles actes qui les excitaient et les enflammaient à la vertu, combien découragés ne devraient pas être ceux qui, entourés et comme emportés par les flots de la corruption, vivent au milieu d'un air empesté, et se voient comme rivés par une chaîne aux funestes enchantements du mal? S'il n'y avait point de saints qui aient eu à combattre contre le démon, et contre une chair rebelle que plus d'un a matée en se déchirant aux épines ou en se châtiant avec des verges de fer, à quoi se rattacheraient ceux qui sont continuellement exposés aux plus violentes tentations?
Mais parce que, malgré l'unité d'un même esprit, il se trouve parmi les saints une si grande variété et une si nombreuse diversité, non pas seulement quant à l'âge, au sexe, à la vie extérieure, aux circonstances particulières, mais aussi quanta la direction spéciale de l'esprit comme du cœur, et à la multiplicité comme à la dilTérencQ des tentations et des ennemis qu'ils ont eu à combattre, je me vois donc, pour ainsi dire, entouré comme d'une forêt de modèles, d'exemples magnifiques pleins de lumière, dont sinon tous, mais au moins les uns ou les autres peuvent convenir à la vie que je mène, et aux circonstances dans lesquelles je puis me trouver placé. Et quelque exceptionnelle que soit ma position, quelque difficiles et embarrassées que soient mes relations de vie.
quelque séducteur que soit mon entourage, quelque peu favorable que soit mon tempérament, quelque violentes que soient mes tentations : je dois me souvenir que les saints n'ont pu (Mieillir, que parmi des épines, les roses dont ils se sont parés, et que beaucoup d'entre eux ne se sont pas seulement trouvés dans une situation analogue à la mienne, mais qu'ils ont eu encore bien plus à supporter, et de bien plus grands empêchements <à vaincre. Par conséquent, m'efforçant courageusement moimême, il ne m'est pas seulement permis, mais il paraît même tout à fait désirable, dans l'intérêt de ma sainteté et de ma perfection, que dans l'immense richesse de tant de modèles, je me choisisse tel ou tel qui me semble devoir convenir plus parfaitement pour moi et les circonstances dans lesquelles je me trouve, afin de la considérer très-souvent avec un amour toujours de plus en plus zélé. Il m'est donc permis de me sentir plus attiré vers tel saint que vers tel autre. Je ne veux point parler ici de la très-sainte Vierge Marie, la reine de tous les saints. Mais pourquoi ne devrais-je pas être dévoué et attaché d'un anioiir particulier au saint ([ui dans le I5a[)tême m'a été donné comme protecteur particulier? p(>nr([uoi pas à Saint-Joseph, le sublime protecteur de l'enfance de mon Sauveur et de sa sainte Eglise, ou pourquoi pas aussi au patron de mon diocèse, de ma paroisse, de mon Eglise maternelle, de ma patrie? Et ces saints qui ont
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été distingués par Jésus-Christ lui-même, avec lesquels il a vécu, qui ont entendu, reçu de ses propres lèvres les enseignements divins, que sa main a bénis, qui eut reposé sur son cœur, qui ont élé dignes de le servir, de se tenir sous sa croix, ou de le voir de leurs yeux dans la gloire de sa résurrection : pourquoi ne pourrais-je pas m'élever vers l'un ou vers l'autre dans un amour comme dans une vénération particulière ? Quel chrétien raisonnable se scandalisera si de pieuses et innocentes vierges aiment à considérer l'image pure d'une sainte Agnès et d'une sainte Cécile ; si des jeunes gens, chérissant la pureté, se choisissent pour modèle un saint Louis de Gonzague ; des pénitents et pénitentes, animés d'une vive contrition, un saint Benoît, un saint Bruno, une sainte Marie d'Egypte; d'ardents amants de Dieu, un saint Augustin ; de pieuses et simples âmes, un saint François d'Assise; des adorateurs de la croix, un saint Jean de Dieu, ou une sainte Thérèse?
Souvent ce qui donne l'élan ou aide dans le choix de ces saints de préférence, ce sont des expériences intérieures et personnelles ; d'autres fois ce sont les ressemblances de position, de tentations, ou d'état et de vocation, ou bien encore une impulsion du cœur ou des incitations encore plus élevées. Seulement il ne m'est jamais permis d'oublier que toutes les étoiles du firmament sont belles, et que si quelques-unes 'paraissent surpasser les
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autres en lumière, ce sont cependant elles toutes qui de leur éclat illuminent ma nuit; et si je voue à Tun ou à l'autre des saints un amour et un respect tout particuliers, je ne dois ravir à aucun des auires mon respectueux et airectueux hommage.
Il en est de même des saints et bienheureux anges. Comme les saints, ils senties serviteurs et les amis de Dieu, fréquemment mêlés à l'histoire de notre Rédemption, et montant et descendant au-dessus de la tête du Fils de l'homme, envoyés de Dieu pour nous protéger et apporter devant son trônc^ dans des coupes d'or, l'encens de nos prières. 11 s'ensuit donc qwe je leur suis redevable d'un amour, d'une vénération semblable à celle que je rends aux saints. Jeteur dois à tous cet amour plein de respect, à un saint Michel, à un saint Raphaël à un saint Gabriel, et en particulier à mon saint ange gardien.
^2" Mais ce même saint amour qui se réjouit avec les bienheureux anges et les saints du ciel^, s'afdige aussi à la pensée des âmes souffranl en purgatoire et prend compassion d'elles. Car ne sont-elles pas chères au cœur de Jésns-Christ, n'ont-elles pas été rachetées de son sang précieux, n'ont-elles pas quitté cette vie, orn/'cs du signe d'alliance de l'amour?. V la vérité, la justice divine les tient encore enchaînées loin des demeures de la lumière; mais l'amour de Dieu et celui de Jésus-Christ leur
est assuré pour toute l'étertiité. Et en ce qui concerne leurrelation avec nous, ces âmes ne sont-elles pas comme amies de Dieu, nos frères et nos soeurs dans le Christ, ne sont-elles pas de notre race, ne se sont-elles pas mues dans le même cercle que nous, n'ont-elles pas porté avec nous le po'ds de la vie, n'ont-elles pas été sanctifiées dans le même bain de régénération, n'ontelles pas mangé le même pain de vie à la table du Seigneur, et ne sont-elles pas encore unies à nous par un grand nombre de liens d'amour, liens plus ou moins étroits ? Mais si sous ce double rapport nous leur devons le saint amour, quelle compassion profonde ne nous inspire pas ce même amour, lorsque nous jetons les yeux sur leur état ! Car, quel est-il? Ce qui doitm'inspircr une pitié si vive pour les âmes du purgatoire, c'est, comme l'explique si bien le savant et pieux Bellarmin dans son ouvrage intitulé : Degemitu coliimbae, du gémissement de la colombe : Premièrement \di grandeur et l'intensité de leurs peines. Ce sont, comme s'expriment les théologiens, des peines ou punitions du sentiment ou sens, et des peines oupunitions de la porte eu fktn. Et si la foi ne nous enseigne pas en quoi les premières consistent proprement, cependant d'après les principes de la saine théologie et d'après l'unanime intuilion des Pères et des Docteurs de l'Eglise (d'un saint Augustin, d'un saint Grégoire le Grand, d'un saint Thomas d'A-
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quin), il n'est pas à douter que ces peines ne surpassent de bien loin toutes les soufTrances et les douleurs de cette vie. Mais quelque violentes et cruelles que soient les peines et les punitions du sens, ce ne sont pas elles qui font l'état des Ames du purgatoire si digne d'une profonde pitié. On peut souffrir les plus grandes et les plus cruelles douleurs, et cependant, au milieu de ces souffrances être dans la joie; on peut, de même que les sainls martyrs, marcher sur des charbons ardents comme sur des roses, et on peut comme ces trois saints enfants au milieu d'une fournaise ardente, chanter les louanges de Dieu. Ce ne sont pas tant les peines du sens, mais beaucoup plus les peines ôxi dcon ou de la privalion qui font du purgatoire un séjour dont nous ne pouvons nous représenter les tourments, la tristesse et l'horreur. Car, comme ce sont les peines du dam qui font surtout l'enfer de ceux qui sont damnés pour l'éternité, ce sont elles aussi qui font du purgatoire, pour les âmes qui y soulfrent, une espèce d'enfer tcm/)oraire. Et si par ces peines de la perte ou privation de Dieu, l'état des damnés de l'enfer est beaucoup plus malbeui'eux, [)arce qu'il est sans aucun espoir, com[)lét('uient déses- [léré, cependant, on peut dir(^ dans un corlain sens, (]ue ces peines sont, pour les Ames du purgatoire, pins douloureuses encore, parce (]ue ces âmes soutlVautcs, étant justes, ont un plus i)nilant df'sir de Dieu ; et, par leur
amour même, la douleur de ce désir est encore aiguisée. A la mesure de cet amour, elles reconnaissent combien Dieu est aimable, et elles se voient retenues dans leur sombre prison ; elles ont faim et soif de Dieu, et, plus que le cerf altéré, elles désirent l'eau de la source, et la voix de leurs soupirs et de leurs plaintes qui retentit dans leur solitaire et triste nuit, expire sourde et sans efTet devant la sévère et inflexible justice de Dieu.
Mais ce qui doit nous inspirer une profonde compassion pour les âmes souffrantes du purgatoire, ce n'est pas seulement la grandeur et la violence de leurs peines, deuxièmement, c'est encore leur longue durée, parce que, comme le pose en principe le même Bellarmin, ces peines, en règle générale, durent plus longtemps que les plus longues peines de cette terre. La pratique de la sainte Eglise s'accorde en tout cas avec ce sentiment, car elle offre à Dieu le saint sacrifice pour les morts, non pas seulement dix ou vingt ans, mais plus de cinquante et de cent ans après leurdécès. Cependant, supposé même que ces peines durassent seulement dix ou vingt ans, encore faut-il se représenter qu'elles sont ininterrompues, sans un instant d'adoucissement ou d'allégement, et sans que les patients soient jamais distraits par quelque autre objets ou même détournés pendant une seconde de leur triste état; est-ce que ces vingt ou dix ans ne leur sembleraient pas des éternités? Pour n'em-
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ployer ici qu'une très-faible imago, qu'on se représente quelqu'un sur la terre qui eût à souffrir pendant vingt ou dix ans^ continuellement, sans le moindre instant d'allégement, sans repos ni répit, les plus violentes douleurs soit de t»^te, de dents, de goutte, ou de gravelle, quel spectacle lamentable cela n'offrirait-il pas?
Aux deux premiers motifs qui doivent nous inspirer une vivo compassion pour les âmes souffrantes, vient s'ajouter un troisième, c'est qu'elles ne peuvent, par elles-mêmes, se procurer le moindre secours. Ici-bas, il n'est pas de condamné, si misérable et si malheureux, qui ne puisse contribuer dans une certaine mesure à adoucir un peu ses peines, soit p.ir la fuite ou la résistance, soit en faisant appel à un tribunal supérieur : mais, ces pauvres âmes, toute possibilité leur est ravie de se prociu'er à elles-mêmes quelque assistance. Et de même qu'elles ne peuvent pas s'aider elles-mêmes, elles ne peuvent non plus s'aider les unes les autres ; des parents nepeuventpas soulager leurs enfants, qu'ils voient souffrir dans la même prison et où ils les ont peut-être amenés eux-mêmes par leur faute ; des enfants no peuvent rien non plus pour leurs parents souffrant au milieu d'eux; l'époux, le père, la sœur, l'ami ne peut secourir lu compagnon de ses souffrances, quelque teiulrcment qu'il l'aime. Ils ne peuvent plus qu'expier, soulfrir, mais ils ne peuvent plus agir ni pour leur salut, ni pour
celui des autres ; car le jour de l'action est passé pour eux, et, comme le dit le divin Sauveur, la nuit où personne ne peut plus agir est venue.
Le quatrième motif enfin qui doit exciter notre pitié pour les âmes du purgatoire, c'est le grand nombre de celles qui y souffrent. Carde même que, d'après la parole de Jésus-Christ, incommcnsurablement grand est le nombre de ceux qui, après avoir suivi la voie large, sont condamnés au supplice de l'enfer, et non moins grande la foule des bienheureux du ciel que l'Ecriture sainte nous représente plus nombreux que dix mille fois mille, de même aussi, grand est le nombre des âmes qui souffrent dans le purgatoire; car, d'après la parole de Dieu, il n'y a que ceux qui sont entièrement purs, ou qui se sont purifiés avant de quitter ce monde, qui puissent être admis à contempler Dieu, et le nombre de telles âmes peut être considéré avec raison comme bien inférieur au nombre de celles qui, d'après l'expression de l'Apôtre, ne sont sauvées que par le feu.
Ne dois-je pas par conséquent, si j'ai des sentiments dignes d'un homme et d'un chrétien, avoir une pitié profonde pour les pauvres âmes du purgatoire, et mon amour pour elles ne devra-t-il pas s'affirmer par mon zèle aies secourir, c'est-à-dire en travaillantàhàler leur délivrance par la prière, par l'offrande pour elles de mes bonnes œuvres etparliculièi'ement parle saint sacrifice delà messe?
Miscrembii ?7ici, miscremini mci, sallem vos amici ??i<"i (ayez pitié de moi, ayez pitié de moi, vous au moins, mes amis) : ce cri de plainte et cet appel de secours de Job si pieux et si résigné, l'Eglise lernet dans la bouche de CCS pauvres âmes. Ayez pitié de moi, au moins vous, mes amis, c'est-à-dire au moins vous, mes chers parents que j'ai précédés dans l'éternité, de bien bonne heure, hélas! mais dans les desseins de Dieu cependant pas trop tot; ayez pitié de moi au moins vous, mes enfants, mes fils et mes filles que j'ai portés autrefois dans mon sein, et qucj 'aimais si paternellement, si maternellement ; ayez pitiéde moi au moins vous, mes frères et mes sœurs, nés du même sang que moi, avec qui j'ai partagé autrefois la même vie, habité paisiblement sous le même toit; ou ayez pitié de moi, au moins vous qui m'avez juré une amitié éternelle, vous que je me suis attachés par mes bienfaits, vous qui étiez les compagnons de mes joies et de mes souffrances, peut-être aussi les compagnons do mes fautes et la cause en partie des peines effroyables que je souffre en ce lieu.
Un cœur chrétien et sensible pourrait-il ne pas comprendre une telle plainte, un tel cri de secours ? Qu'on orne de fleurs et de couronnes les tombes des chers défunts, j'y consens, c'est un hommage à leurs restes et à leur mémoire; mais ce que l'amour peut leur envoyer de meilleur par delà ce monde, c'est la pieuse prière
unie aux bonnes œuvres, et l'offrande du saint sacrifice de la nouvelle alliance, sacrifice si salutaire à leurs âmes. Celui qui leur fait une telle miséricorde, la recevra de Dieu dans une mesure plus abondante. Car« Bienheureux les miséricordieux, i's obtiendront miséricorde. »
chapitrh: XII.