I . Saint Luc, xxii
Ce ne furent pas seulement les hommes de toute sorte et de toute classe qui péchèrent contre lui; ce fut encore le péché Ini-mème qui, dans toutes ses manifestations et sous toutes les formes possibles, éclata contre lui ; de sorte qu'il n'a pas seulement souffert 'pour nos péchés, mais encore /;«r nos péchés. Et avec quelle intensité ne se révèlent-ils pas tous ici? La fausseté d'un Judas, l'hypocrisie d'un Caïphe, la lâcheté et le manque de caractère d'un Pilate, l'infamie d'un Hérode, la cruauté des soldats le crucifiant, la grossièreté du peuple entourant la croix : quels types de méchanceté et de bassesse ne présententils pas ? Dieu permit que, pendant la passion, le mystère du mal se manifestât dans toute sa grandeur etdans toute sa puissance, afin que d'un côté la vertu et la sainteté du Sauveur souffrant brillassent d'un plus vif éclat dans cette nuit et dans ces ténèbres du mal, mais de l'autre ce fut aussi pour notre propre avertissement et notre enseignement.
Sous ce dernier rapport, deux figures se n outrent particulièrement dominantes, en raison même de leur relation intime avec le Christ: Pierre avec son reniement, Judas avec sa noire trahison. Nous leur consacrerons à chacun un chapitre spécial; de plus, eu égard à la doctrine des Sacrements, en particulier du sacrement de la Pénitence, nous traiterons la conversion de Pierre, tout aussi instructive que son reniement, après ce sacrement lui-même.
Or, si nous nous occupons dans le présent chapitre du reniement de Pierre, nous croyons que le résultat de notre méditation sur ce renoncement en lui-même, aussi bien que sur ce qui le précède et le suit, peut être résumé en ces propositions : premièrement, le reniement de Pierre est un péché très-grave; deuxièmement, il est un très-heureux péché ; troisièmement, il est un péché très-instructif pour moi.
Quant à ce qui regarde le premier de ces trois points, la grièveté du péché de Pierre, à la vérité, il s'est trouvé quelques écrivains ecclésiastiques qui ont essayé d'excuser ce reniement, ou au moins d'en adoucir et d'en atténuer autant que possil)lc la faute. Mais quelque bons que soient les desseins sur lesquels repose celte excuse ou atténuation, elle ne s'accorde pas avec la vérité. Nous jugeons, nous, qu'elle se laisse difficilement allier av^ec la conduite du Sauveur renié, et qu'au contraire, sous ce rapport, il y a la parole d'un antique écrivain ecclésiastique qui peut faire autorité, c'est celle-ci : On accuserait le divin Rédempteur lui-même, si l'on voulait excuser Pierre. Nous irons encore plus loin, et nous dirons ([u'uno pareille excuse s'accorde beaucoup moins avec les larmes si amères et si abondantes que Pierre a versées sur sa faute, non pas seulement nue fois, mais, comme nous l'apprend une ancienne tradition, pondant sa vie tout entière. Heaucoup plus, si je considère ce
reniement en lui-même et par lui-même, qu'est-ce que je trouve ? Non pas, certes qu'il est un péché comme celui de Judas. Le péché de Pierre ne fut pas commis avec une d élihération froidement réfléchie, ou par un calcul pervers ; il le fut plutôt dans la surprise du moment, dans l'émotion passionnée de la crainte et de l'anxiété, par conséquent sans une entière et parfaite liberté. Mais tout éloi gné qu'il se tienne encore du crime de l'Iscariote, de ce forfait inspirant l'aversion et l'horreur^ en reste-t-il pour cela un péché léger ?
Le reniement de Pierre est un péché de manque d'amour envers le Maître le plus digne d'être aimé. Il est un péché à' infidélité, et véritablement de cette i nfidélilé qui brise les liens les plus chers, les promesses les plus hautes etles plus sacrées. liest un péché à.' ingratitude, et envers quel bienfaiteur !.. Ilestun péché de m<?/«50«^e, et certes de mensonge dans une des affaires les plus importantes qu'il puisse y avoir pour un homme; c'est un mensonge trois fois réitéré et toujours avec de plus fortes protestations qui vont même jusqu'au serment. D'abord à la première question, il répond : « Je ne connais pas cet homme ; n à la deuxième, il jure qu'il ne le connaît pas; la troisième fois, il répète son serment avec malédictions: a Je ne le connais pas, je veux être maudit : exécré si je le connais.» Enfin, c'est un péché de kicJieté, et certes d'une criante lâcheté. Ce n'est qu'une pauvre femme,
MOYEXS POUR PARVENIR A LA VERTU CIIRÉTIE.X.VF. 221
une servante qui le met ainsi en crainte, en épouvanle, et qui le détourne du chemin du devoir.
En considérant le caractère que porte en soi le reniement de Pierre, puis-je bien encore dire avec raison : C'est un péché léger, ou, si ce n'est pas un péché léger, ce n'en est cependant pas un très-grave?
Et si à toutes ces diflerentes circonstances, j'ajoute celle-ci que c'est justement Pierre qui se rend' coupable de ce renoncement, Pierre auquel le Maître avait donné tant de prérogatives sur tous les autres disciples, et pourtant c'est lui qui le trahit ! Entre tous, il avait le premier et le plus solennellement confessé sa foi en la divinité de Jésus -Christ, et voici qne maintenant il rétracte par un lâche mensonge la confession solennelle qu'il fit autrefois. Un jour, il avait dit si haut : « Yous êtes le Christ, le Fils du Dien vivant, » et maintenant il dit : « Je ne connais point cet liomiw. » l'eu de temps auparavant, il s'était (icrié : (( Quand tous les autres seraient scandalisés à cause de vous, moi, je ne le serais pas. Et lors même qu'il me faudrait mourir avec vous, je ne vous renoncerais point '. d Et voici que maintenant il se laisse amener par une faible femme jusqu'à le renier même avec les plus graves serments. Le Christ l'avait choisi pour être la pierre fondamentale de son