‹ La vie chrétienneChapitre 69 sur 75 · Machabces, u · texte numérisé non relu

Machabces, u

bliez pas, n'oubliez pas la dernière prière que nos lèvres mouraates ont déposée dans votre cœur, souvenez-vous de nous au saint sacrifice de l'autel! Et combien d'enfants fidèles et reconnaissants ont, comme Augustin, trouvé une consolation et un bonheur, en payant ainsi à leurs chers parents défunts, à leurs bienfaiteurs et à leurs amis, le tribut de reconnaissance dont ils leur étaient restés redevables ici-bas, et en s'efforçant,parun moyen infailliblement efficace d'alléger leurs peines et de hâter leur délivrance^ ? Car du coté de ces âmes malheureuses, mais justes toutefois, il n'y a nul empêchement à l'action infaillible du mérite du saint sacrifice.

En conséquence, on voit quelle source toujours jaiUissante de bénédiction découle du saint sacrifice, et combien nous devons nous estimer heureux de pouvoir en tout temps y puiser force et consolation, non-seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour tous ceux qui nous sont chers.

La prière c'est par excellence la manifestation de l'a-

1. Les théologiens distinguent le fruit général du sacrifice de la Messe du fruit particulier et tout à fait particulier. Le fruit général est communiqué aux fidèles en raison de leurs bonnes dispositions; le fruit particulier [fructus médius), à ceux qui y sont présents et à ceux qui concourent d'une manière spéciale à l'offrande du sacrifice, par une aumône ou Stipendium qu'ils donnent au prêtre, afin qu'il offre la sainte Messe à leur intention et pour leurs besoins, comme autrefois on déposait sur l'autel les dons du sacrifice. Enfin, le fruit tout particulier profite au célébrant lui-même.

mour chez les catholiques, si l'on ne prie pas pour ceux que Ton aime, on ne les aime pas véritablement. Mais afin que nos prières soient plus efficaces, nous les unissons à ce sacrifice d'amour qui a été offert pour nous sur le Golgotha, et qui se renouvelle maintenant sous nos yeux, nous les y unissons dans la ferme conviction que le précieux sang offert dans ce sacrifice, crie pour nous miséricorde vers le Père céleste, qui entend nos prières et les exauce toujours.

Qu'elles sont nombreuses et parfois bien pesantes les misères qui nous oppriment dans cette vallée des larmes ! Qu'ils sont nombreux aussi les soucis qui préoccupent les cœurs catholiques ! D'un autre côté, des parents sont souvent inquiets et affligés sur le sort de leurs enfants bien-aimés, qu'ils voient exposés aux plus grands dangers au milieu de ce monde pervers ! Malgré leur pressante sollicitude, ils voient l'un ou l'autre d'entre eux, pareil à l'enfant prodigue, s'enfoncer toujours plus avant dans les dédales d'une passion coupable. Ailleurs, c'est un époux et une épouse qui commencent à devenir indifférents l'un pour l'autre, de jour en jour l'amour mutuel va se refroidissant dans leur cœur. Et combien d'autres soulfrances secrètes, et par cela même d'autant plus douloureuses, visitent et souvent désolent l'intérieurde familles qui, au dehors, nous semblent si heureuses I Souvent il n'y a plus à compter là sur un sc-

cours humain. Mais l'assistance divine est d'autant plus près, si nous savons la chercher où elle nous attend toujours, si nous déposons nos soucis et nos peines au pied de l'autel, et si là nous unissons noshumbles supplications à la prière du Pontife éternel que le Père céleste a toujours favorablement exaucée !

Et d'un autre côté, si nous ne savons pas puiser à cette source de bénédiction, de quelle ingratitude ne sommes-nous pas coupables envers le divin fondateur de ce trésor de grâces et de bénédictions ; combien une telle insensibilité nous rend responsables envers tant d'âmes auxquelles nous pourrions être utiles?

Le commandement divin de célébrer le saintsacrifice de la Messe ou d'y assister, est formellement contenu dans celui que le Christ fit à ses Apôtres en instituant ce mystère, lorsqu'il leur dit : « Faites ceci en mémoire de moi. » Mais lors même que ce précepte divin, si formel, n'existerait pas, ne serait-il pas déjà renfermé dans le commandement qui nous ordonne d'aimer et d'adorer Dieu, et dans celui qui lui est semblable, et qui nous ordonne d'aimer le prochain et de nous aimer nous-mêmes?

Mais l'Eglise a expliqué ce commandement, en m'obligeant d'entendre lasainte Messe, avec dévotion, au moins tous les Dimanches et les fêtes d'obligation. Car ces jours-là sont de préférence ceux où, laissant de côté les œuvres serviles, je dois me reposer en Dieu. Cette abs-

tention de tout travail terrestre, ce repos n'est pour moi que le moyeu pour arriver au but de la sanctification obligatoire de ces jours, c'est-à-dire à mon repos en Dieu, en lui offrant le tribut de respect et d'adoration qui lui est dû. Et la célébration de la sainte Messe ou l'assistance à cet auguste sacrifice, n'est-elle pas l'acte essentiel de l'adoration, et la partie la plus importante de tout le culte chrétien ? La doctrine des théologiens catholiques, qui enseignent que le commandement de l'assistance pieuse à la sainte Messe aux jours susnommés, oblige sous peine de péché grave, ne trouve-t-elle pas ici son explication suffisante ?

' Mais le chrétien fervent ne se contentera pas plus de l'assistance au saint sacrifice, seulement dans les jours d'obligation, qu'il ne se contente de la seule communion annuelle obligatoire. Les devoirs d'état ne permettent pas à tous, j'en conviens, d'assister tous les jours à la suinte Messe : mais que d'empêchements par lesquels on se laisse arrêter dans cette assistance journalière, ou du moins plus fréqucutc, qui pourraient, avec un peu plus de véritable bonne volonté, être levés? Et les mères vertueuses, comme aussi les chefs d'une famille chrétienne, ne devraient-ils pas avoir soin qu'unmembredeleur famille au moins entendît chaque jour la sainte Messe, afin qu'il rapportât avec lui à la maison la bénédiction de l'autel? Mais assister pieusement et dévotement aux saints mys-

tèresest encore plus important que d'y assister souvent. Je ne veux pas parler de ceux qui, par leur conduite peu respectueuse, déshonorent le lieu saint, comme les mystères sacrés qui s'y célèbrent et deviennent un sujet de scandale pour les bons catholiques; je ne veux pas non plus parler de ceux qui ne savent pas ce qu'ils doivent faire pendant la célébration sainte, et qui s'ennuient pendant que Notre-Seigneur Jésus-Christ s'offre pour eux sur l'autel, et renouvelle le sacrifice du Calvaire : car ne vaudrait-il pas beaucoup mieux qu'ils ne s'y montrassent pas ?

De pins, il n'est pas suffisant pendant la célébration de la sainte Messe de faire quelques prières, comme cela se pratique pour toute autre dévotion. S'iln'est pas exigé que vous fassiez cette très-sainte action de la manière la plus sainte et la plus parfaite, au moins devez-vous la ôieri fa.[re, et pour cela vous remettre en l'esprit que, sur l'autel, la passion de Jésus-Christ est renouvelée, et que vous devez vous représenter au moins une scène ou l'autre de cette douloureuse histoire.

Combien cette représentation ne vous est-elle pas rendue facile par les cérémonies indiquées dans le chapitre précédent, si voussavez diriger votre attention sur l'une ou sur l'autre ? Par exemple, l'arrivée du prêtre au bas de l'autel, les différents mouvements qu'il fait pendant la célébration, soit pour aller adroite, soit pour aller à

gauche de l'autel et revenir ensuite au milieu, ne vous rappellent-ils pas bien aisément les différentes marches si tristes et si pénibles du divin Sauveur lorsque, après son arrestation au jardin de Gethsémani, il est traîné d'Anne à Caïplic, ensuite de Caïphe à Pilate, de Pilate à Hérode et de nouveau à Pilate; et enfin, depuis le prétoire cette marche douloureuse qu'il fait chargé de sa croix, pour monter au Calvaire ? Ou si regardant à l'autel, vous voyez le prêtre faire de fréquents signes de croix, d'abord sur les dons du sacrifice, le pain et le vin, ensuite sur le précieux corps et le précieux sang, qui, après les paroles sacramentelles, sont présents sous les espèces, il n'est, certes, ni difficile^ ni pénible de vous rappeler la croix réelle de Jésus-Christ et toutes les bénédictions qui eu découlent, bénédictions dont vous devez vous rendre participant. Ou si le prêtre ù l'ofTertolre, en prononçant une formule de prière si expressive, m-le l'eau avec le vin, est-il bien difficile, à la vue de cette cérémonie, de vous souvenir comment autrefois le sang et l'eau coulèrent du flanc cruellement percé du Sauveur ? Et quand le prêtre, après la consécration, rompt l'espèce du pain, ne pourriez-vous penser à la tension si douloureuse de tous les membres du sacré corps de votre Sauveur attaché à l'arbre de la croix, comme aussi à tous les honteux traitements qui lui furent infligés, et enfin à sa mort elle-même ?

Puis, quand vous voyez les deux espèces du sacrement séparées, qu'il est aisé alors de vous représenter la séparation réelle de son précieux sang d'avec son précieux corps ! Les habits sacerdotaux eux-mêmes vous rappellent différentes scènes de la passion : VAmict, ce voile dont on couvrit la face du Sauveur lorsqu'on la voulut meurtrir de coups et de soufflets, ou aussi la couronne d'épines qu'on lui mit sur la tète ; l'Aube, ce vêtement blanc dontHérode, par dérision, le fit revêtir; la Ccintiü^e ou cordon, la chaîne dont il fut lié lorsqu'on se saisit de lui au jardin des Oliviers: leMani/mie, les nouveaux liens dont il fut attaché à la colonne de la flagellation ; T £'to/iç, les cordes qui attachèrent si fortement ses membres au fardeau de )a croix qu'il devait porter ; la Chasuble enfin, sa propre robe sans couture qu'on lui arracha si cruellement lorsqu'on voulut le crucifier.

Il ne vous est pas demandé, chaque fois que vous assistez à la sainte Messe, que vous vous remettiez en mémoire toutes les scènes de la passion, mais il est impossible que vous y assistiez bien, si vous ne vous en représentez pas au moins quelqu'une.

Pour assister avec fruit au saint sacrifice, il faut vous unir au prêtre qui le célèbre et surtout au Pontife éternel lui-même qui, à son entrée dans la vie et pendant tout le temps qu'il passa sur cette terre, animé du plus pur

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esprit de sacrifice, s'offrit continuellement à Dieu son Père, dans ses pensées, ses actions et ses souffrances. Il n'avait en vue que la gloire divine, et c'est ensuite par l'acte dn sacrifice le plus entier, le plus parfait qu'il termina sa vie sur la croix. Sur l'autel encore, il s'offre de nouveau au Père éternel, renouvelant le sacrifice de sa vie et son obéissance jusqu'à la mort de la croix, pour rendre hommage à sa très-haute Majesté, pour louer son Nom, et le remercier de ses bienfaits envers les hommes.

Et pendant cette sainte célébration, vous ne pouvez vous unir au Pontife éternel, si votre cœurne s'élève pas, avec toutes ses pensées et ses sentiments, jusqu'à la sublime Majesté du Dieu régnant au-dessus des cieux et delà terre, ou encore, si vous ne la remerciez pas, vous joignant de cœur à ces paroles du Prêtre : Vcrc digmmi et justum est. (Il est juste et raisonnable, ù Dieu! que, en tout temps et en tout lieu, nous vous rendions nos actions de grâce.)

Et puisque le Pontife éternel offre à Dieu son Père le saint sacrifice de la Messe, comme une oblation propitiatoire etimpétratoire, combien de motifs n'avez-vous pas, chaque fois que vous y assistez, de vous frapper la poitrine humblement repentant, et de dire à Dieu du plus profond de votre àme, en même temps que le prêtre : C'est ma faute, c'est ma faute, c'est ma très-grande faute ! Que de pardons vous avez à lui demander ; que de grâces né-

cessaires à implorer, que de tentations, que de combats pénibles à supporter ! et combien faibles sont vos forces, que de lacunes dans vos vertus !

Enfin, pour bien assister à la sainte Messe, vous devez vous unir à Jésus-Christ, sinon par la communion réelle, ce qui certes serait le plus parfait et ce que Y^gli se désirerait (o/j^aref ç'2</f/em sacroaancta Synodus) ', du moins par la communion spirituelle, concevant une vraie douleur de votre indig-nité, désirant ardemment de vous mettre en société avec Jésus-Christ, et vous offrant de tout cœur avec lui.

De cette manière, n'honoreriez-vous pas en vérité le Dieu en trois personnes, ne réjouiriez-vouspas le ciel, et ne mériteriez-vous pas, pour vous et pour tous, de précieux fruits pour la vie éternelle? Maintenant, si sachant ces choses et les croyant, vousles pratiquez, alors vous serez bienheureux!

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