itomme théologique, p. 3, qu. 82, art
dit que la Messe célébrée par un mauvais prêtre est aussi bonne et a autant de valeur que celle d'un bon piètre, cela est vrai dans un certain sens ; et si l'on dit le contraire, cela est vrai dans un autre sens. Mais à la question quels sont les effets produits par le saint sacrifice, se rattache intimement celle-ci : pour qui peut-il être offert? Comme sacrifice impétratoire et propitiatoire, il peut être offert pour tous ceux qui sont aptes à en recevoir les effets et qui en ont besoin. Par conséquent, il peut l'être pour tous ceux qui sont encore vivants. Car, puisqu'on ne doit jamais désespérer du salut de Thomme tant qu'il vit, et qu'on pent prier pour celui de tous ; puisque d'un autre coté la prière n'est exaucée que quand elle est faite au nom de Jésus-Christ crucifié, victime pour nous, et que le renouvellement(non-sanglaiit) du sacrifice de la croix est le saint sacrifice delaMesselui-même,il suit delà qu'il peut être offert non-seulement pourles membres de l'Eglise et pour tous les croyants, mais même pour les païens elles infidèles, tout le temps qu'ils vivent sur cette terre. C'est à cela que se rapporte la recommandation de l'apôtre saintPaul, ayanttrait visiblement à la célébration de la sainte Messe : a Que l'on fasse, dit-il, des supplications, des prières, des demandes et des actions de grâces pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité'.» Ces derniers alors n'étaient 1. Timol/iée, ii,2, 1, 2.
pas tous des croyants, plusieurs d'entre eux étaient encore infidèles, et même les persécuteurs des chrétiens, les ennemis de l'Eglise. Dans iin certain sens, la sainte Messe peut être ofîerte à l'intention d'une personne qui a été excommuniée ; cette offrande pourtant ne peut avoir lieu d'une manière directe et au nom de l'Eglise (les excommuniés n'ayantaucun droitanxprières publiques, aux sacrements et aux suffrages de l'Eglise). Cependant le prêtre peut comme personne privée, et sans nommer dans les offices publics ces excommuniés, les recommander à Dieu comme peut le faire tout fidèle qui assiste aux saints mystères, réclamant pour ces infortunés qu'ils abaissent leur orgueil obstiné et reviennent à l'obéissance envers l'Eglise ; saint Liguori enseigne même d'après l'opinion la plus probable des théologiens, que le saint sacrifice peut être célébré au nom de l'Eglise pour les incrédules et pour les excommuniés qui ne sont pas nommés, mais tolérés. Au contraire, il ne peut l'être pour ceux qu'on pense ne plus être en état d'en recevoir les fruits, c'est-à-dire ceux qui ne sont pas morts en paix avecl'Eglise, les excommuniés, les hérétiques et les incrédules ^ Mais il est célébré pour les âmes du purgatoire, sorties de ce monde en paix avec l'Eglise. Car si nos prières et nos bonnes œu-
1. A l'exception de Judas, de Gain et de ceux, que la sainte Ecriture nous représente comme des réprouvés, il est permis de prier, même au saint sacrifice, pour tous les autres. (L...)
MOYEXS POIR PARVEXIR A LA VERTU CHRÉTIENNE. 335
vres, lorsque nous les accomplissons en état do grâce, sont utiles à ces âmes, combien davantage le sera pour elles le saint sacrifice de la Messe, dont l'efficacité est indépendante de la sainteté de ceux qui le célèbrent ou le font célébrer. Il peut être offert à leur intention comme sacrifice expiatoire et comme sacrifice impétratoire. Dans le premier cas, les fruits du sacrifice de la croix leur sont appliqués pour la rémission des peines temporelles dues à leurs péchés ; dans le second, Dieu est supplié de faire grâce et miséricorde à ces pauvres âmes, en vertu del'oblationdeson-Fils. De tout temps, l'Eglise au saint sacrifice a prié pour le repos des âmes de ceux qui sont morts chrétiennement, comme déjà aussi dans l'Ancien Testament, des sacrifices étaient offerts pour ceux qui avaient péri dans le combat'. Pour ne choisir ici qu'un exemple entre mille, qui ne se rappelle sans une profonde émotion, la recommandation instante de Monique mourante à Augustin, ce fils tant aimé qu'elle avait enfanté pour le ciel, après lui avoir donné la naissance temporelle ! Mon fils, lui disait-elle, souvenez-vous de moi à l'autel du Seigneur. 0 bonne et pieuse Monique, que de mères, que de pères ont redit votre fervente supplication, au moment où la mort les séparait de leurs enfants! 0 chers enfants, disaient-ils, nous vous laissons sur la terre et nous vous précédons dans réternit('' ; mais ne nous ou-