Saint Luc, m
elle avait conçu sans concupiscence, cette pauvre étable dans laquelle le Sauveur des hommes vient au monde au milieu des animaux, cette crèche où il est couché, ces langes qui enveloppent ses membres délicats, ce céleste chant de louanges qui, dans les campagnes de Bethléem retentit des lèvres mêmes des anges:« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté ; » ces bergers joyeux de la bonne nouvelle, se hâtant vers la crèche pour y adorer le Dieu nouveau-né. Cet ensemble de merveilles ne doit-il pas saisir mon cœur et l'élever bien haut? Avec quelle admiration, quelle reconnaissance et quelle joie, ne viendrai-je pas en esprit me jeter, moi aussi, au pied de la crèche et donner comme présent de naissance à l'Enfant-Dieu, pour son amour infini, ce que j'ai, ce que je suis, tout l'amour de mon cœur? Mais quelque grande que doive être ma joie en cette fête, elle n'est cependant pas sans mélange, comme l'est la joie pascale. Car je ne puis contempler l'abaissement de mon Sauveur naissant, ses souffrances commençant déjà au berceau, sans qu'il se mtMe à ma joie une certaine mélancolie, exprimée d'une façon si belle et si naïve dans ce chant de nos pieux ancêtres :
Où est l'Enfant nouveau-né, L'Enfant de la Vierge élue ?
Abandonné de tous, il est couché dans la crèclie;
Nulle demeure ne voulut l'abriter.
De porte en porte il est repoussé Jusqu'où mangent le bœuf et l'ânon.
Où sont les langes soyeux
Dans lesquels on couchera le tendre enfant ?
Ici, on ne connaît point la soie. -
Le pauvre enfant repose sur la paille, %
Et joyeuse fut sa mère de pouvoir l'y coucher.
Il commence déjà sa souffrance.
Où sont le sceptre et la couronne, Le trône du nouveau roi?
Hélas! il n'en est point question.
Déjà le monde court aux épines, Il tresse une couronne pour l'enfant.
Il prépare les chaînes, les clous et la croix.
Où est la noble cour
Qui attend cet Enfant?
Il ne se trouve ici nul courtisan.
Les bergers, voilà tous les serviteurs.
Son palais est une élable ouverte
Pénétrée par les vents.
0 faible enfant, ô Dieu fort !
Ne nous abandonne pas dans notre dernièi'e détresse, Quand nous nous séparerons d'ici-bas.
Ah ! ne nous laisse pas, à cause du crime Qu'envers toi commit le monde, Souffrir dans l'éternité!
De quels doux liens encore ne m'attachent pas à mon divin Jésus, les fêtes qui lui sont consacrées, et qui reutrentdans le cercle de celle de la Nativité, surtout si je les célèbre dans le véritable esprit de l'Eglise ?
Le huitième jour après sa naissance, dans sa C?rco//m^o^^, à laquelle il se soumet, non pour lui, mais pour nous, déjà il verse son sang pour moi, ce sang dont une seule goutte est plus que suffisante pour racheter mille mondes. Bien qu'il soit le Saint par excellence, là, il apparaît pour la première fois sous la forme de pécheur, et par conséquent comme une hostie de propitiation pour les crimes du monde; voilà pourquoi il reçoit alors ce nom qui le désigne comme tel, ce nom qui lui appartient en propre, ce nom qui lui a été imposé dans le ciel et que les anges ont apporté sur la terre. Mais l'Eglise a institué (le deuxième Dimanche après l'Epiphanie) une feto particulière pour honorer ce nom sacré. Et avec quel amour, quelle ferveur, quel respect ne le saluerai-jc pas à chaque nouvelle célébration de la fhe de la Circoncision de Jésus, et de ceiie de son IVom très-doux. Combien profondément l'imprimerai-je en moi, afin que l'huile qui en découle car « son Nom est comme un parfum répandu, » puisse oindre mon âme, la guérir de ses faiblesses et do ses coupables attaches à ce monde do néant, afin qu'elle puisse la nourrir et la furlifier contre les tentations du démon, l'rr/^vvv dans les ténèbres de
cette vie, et la rendre elle-même lumineuse et brillante dans tout ce qu'elle entreprend et accomplit! Plus je me plonge dans ces saintes pensées, dans ces sentiments de fête, mieux j'entends résonner dans mon cœur ces doux accords, qui un jour, en l'honneur de cette fête bénie, retentirent de la bouche de nos pieux ancêtres :
Mon cœur s'enflamme, il brûle d'amour,
L'amour avec douceur me tourmente;
Constamment je veux aimer
Celui que je me suis choisi ;
Celui-là seul qui sur cette terre
Est mille fois digne d'amour,
0 Jésus ! où es-tu?
Toi que mon âme désire.
A la vérité le monde m'attire,
Sur ma route il place mille pièges.
Me montre sa faveur, emploie tout son art;
Cependant rien, rien ne m'émeut.
Je regarde autour de moi, et contemple assidu
Le fiancé si vermeil et si blanc ;
Est-ce qu'alors je ne te rencontre pas,
0 nourriture de mon âme?
Sur cette teri'e rien ne meplait,
Aucun homme né de la femme,
Comme la neige soudain se fond son image,
Vert, déjà il commence à se dessécher.
A la fin, une petite croix sur sa fosse
Est du monde le meilleur don.
Eloigne-toi, Faveur, si d'ailleurs Je n'ai rien ;i attendre.
Ce qui demeure éternel me pousse à l'amour, Car séparation ne peut qu'aflliger.
L'amour pour Dieu ne craint nulle mort, Il n'a que faire de penser à ce qui sépare. 0 homme, ici-bas tu es un étranger, Le monde vain périt peu à peu; Ne l'aime pas, aime au lieu de lui, Ce qui pour l'éternité te reste.
Je veux aimer éternellement
Ce qui de moi ne se séparera pas.
De nom et d'origine, mon liaucé
Est unique et sans pareil.
Sa lignée, toujours et toujours
11 l'a dès l'éternité éprouvée.
Lui seul, là-bas et ici.
Est pour mon âme salut et gloire.
Envoyée de la terre des Juifs Me vient son effigie pleine de douleurs ; La forme de l'amour, il l'a peinte lui-môme Au jour de consolation de son cœur ; Elle doit être la lumière de mes yeux, Jusqu'à ce qu'éclate ce beau jour-là, Où, plein de splendeur, il me montrera Sa glorieuse face.
La fètc de YEpiphanic de Jésus-Christ, c'cst-à-dirc sa Manif es talion, se rattache à celles de sa Naissance et de sa Circoncision. Car son apparition et sa révélation y sont célébrées dans un triple sens : Pre-
mièrement, il est baptisé dans le Jourdain par Jean son précurseur, et reçoit du ciel le témoignage de sa filiation divine. Deuxièmement, par son miracle aux noces de Cana, il se révèle à ses disciples comme Dieu. Troisièmement enfin, les représentants des peuples païens, les trois Mages venus de l'Orient, lui offrent leurs hommages. Mais comme cette dernière manifestation est celle qui, en cette fête, prédomine aujourd'hui dans l'esprit du peuple chrétien, alors, en union avec les Mages, je me présenterai à sa crèche, et, conduit par léloile de la foi qui brille dans l'Eglise, comme ces Sages, pénétrant l'enveloppe qui voile sa Divinité, je lui offrirai l'or de mon amour, \'e?ice7is odorant de mon adoration et la mijrrhe de ma mortification. Puis, encore à leur imitation, je me détournerai du chemin de mes satisfactions coupables, pour retourner dans ma véritable patrie céleste, par la voie de l'humanité et du renoncement que Jésus- Christ m'a montrée, et dans laquelle il m'a précédé luimême.
Enfin, la fête de sa Présenta(i07i dans le temple de Jérusalem, nommée aussi Purificatmi de Marie, clôt la série des fêtes de la Nativité. En ce jour, je vois les plus saintes personnes réunies dans ce temple auquel leur présence, annoncée par les prophètes, prête un nouveau lustre. Je les vois, toutes très-saintes et très-dignes, occupées de la plus sainte et de la plus digne action.
Toutes présentent un sacrifice. Le divin Jésus s'offre lui-même : ici c'est le sacrifice du matin, et un jour, sur la croix, ce sera le sacrifice du soir. Marie et Joseph l'offrent, ou plutôt ils offrent pour lui, ainsi que la loi le prescrivait, une paire de tourterelles ou de jeunes pigeons. Le pieux Siméon, après avoir vu l'Oint du Seigneur et l'avoir porté dans ses bras, sacrifie, en glorifiant Dieu, Tamour de sa propre vie : « C'est maintenant, Seigneur, que vous laisserez mourir en paix votre serviteur. » Enfin Anne, la veuve avancée en âge, présente à Dieu sa mortification et sa constante prière. Je m'unis à tous ces saints et dignes personnages, je m'unis à leur sacrifice. Avec Siméon, pour l'amour de Jésus, je loue Marie et Joseph ; j'exalte avant tous, Jésus lui-même, comme la lumière des nationn et la rjloire du peuple d'Israël; à l'exemple de ce saint vieillard, je le prends dans mes bras, je le presse ardemment sur mon cœur et, animé de l'esprit de ce saint prophète, je le conjure de m'accorder un jour la grâce de mourir en paix, après l'avoir vu des yeux de ma foi.
Combien fortifiantes et suaves pour l'âme sont toutes ces douces et belles fêtes? Et combien volontiers, pendant tout ce temps de solennités successives, je m'ar rète et demeure, avec mes pensées, mes sentiments au sein de la famille de Nazareth, près des trois personnes
qui la composent? Quelle paix ne plane pas au-dessus
d'elle! Cette demeure étroite et pauvre, est cependant la demeure d'un Dieu, c'est le ciel sur la terre! Là comme je me sens ravi par l'admiration et l'amour ; mais, bientôt réfléchissant sur moi-même, combien aussi je me sens profondément humilié à la vue du mystère de Tenfance de ce Jésus si humble et si obéissant !
2° Le cercle des Fêles pascales commence, dans le sens le plus étendu, avec le Dimanche de la Septuagésime, dans le sens le plus restreint avec les quarante jours du Carême, pendant lesquels l'Eglise fait, de préférence, résonner à nos oreilles ces paroles de la sainte Ecriture: «Voici maintenant le temps favorable, voici les jours du salut. » Certainement, si nous étions parfaits, nous n'aurions pas besoin de ces exhortations extérieures pour travailler à notre sanctification. Mais combien éloignés ne sommes-nous pas de la perfection; et sans ces pressantes sollicitations, entraînés par les choses temporelles, ne perdrions-nous pas les éternelles?
Mais la sainte quarantaine ne sera pour moi un temps de salut que si je l'emploie comme un temps de pénitence. Dès le début, au Mercredi des Cendres , l'Eglise m'y initie solennellement, en répandant sur mon front la cendre bénite avec ces paroles : « Souviens-toi, ô homme, que tu es poussière et que tu retourneras en poussière. » Mais le jeune lui-même qui a donné son nom à ce saint temps, lorsqu'il est bien pratiqué, n'est
pas seulement un mojen de pénitence, il est encore un exercice de pénitence. Il me deviendra salutaire si, comme l'explique saint François do Sales, j'y remplis les trois conditions suivantes : La 'première^ c'est que mon jeune doit être général, c'est-à-dire que je ne dois pas me contenter seulement de ce qui constitue le jeune pris à la lettre, mais encore que je dois y faire participer tous mes sens corporels et toutes les forces de mon àme. Mes yeux doivent jeûner (l'Eglise en ce temps emploie dans le service divin les couleurs sombres exprimant la tristesse), ils doivent être mortifiés, pour ne pas voir avec plaisir les vanités du monde; mes oreilles doivent jeûner (l' Alléluia, invitant à la joie, ne résonne plus dans les chants sacrés), elles doivent se détourner de tout entrelien inutile, de toute conversation vaine; ma /ä!;iy?<e doit jeûner, elle doit être plus prudente; elle doit ne parler que do ce (jui tond à la gloire de Dieu et à l'édification du prochain. Ma mémoire et mon intelliy<?«ce doivent jeûner : les images enchanteresses des joies frivoles doivent disparaître de celle-là; au pied de la croix, celle-ci doit s'appliquer à la méditation des vérités éternelles. Enfin, ma uo/on/6^ doit jeûner; elle doit réprimer les désirs sensuels, et, portée par le saint amour, prendre son essor jusqu'au Bien suprême. La ihmxlcmo coulitioii, d'a[)r('s l'avertissement de mon Sauveur {sahil M<itl/neu, vi, IG), c'est que je nepratique
pas le jeune pour être vu des hommes, et surtout que je ne m'y adonne pas par vanité : c'est-à-dire en suivant ma volonté propre qui reste en arrière de la juste mesure ou veut la dépasser ; mais plutôt que je m'y applique avec une vraie humilité, d'après la volonté de l'Eglise, l'avis de mon pasteur spirituel et du directeur démon âme, unissant dans un véritable esprit d'amour mon jeune imparfait à celui de Jésus-Christ.
La troisième condition enfin, c'est que je jeune pour plaire à Dieu, pour expier devant lui mes péchés, pour lui ofTrir, dans les incommodités et les douleurs que le jeune me cause, le sacrifice, tout faible qu'il soit, de ma soumission, de ma reconnaissance et de mon amour ^
Lors même que pour des motifs légitimes, des raisons de santé ou de travaux pénibles, je serais dispensé de l'observation du jeune rigoureusement prescrit par l'Eglise, je devrais au moins, pour que le Carême me soit un temps de salut, m'exercer au jeune spirituel, ainsi qu'il vient d'être indiqué.
La plus sainte partie du Carême et aussi de toute l'année ecclésiastique, est la Semaine Sai)ite ou semaine de l'amour, dans laquelle nous introduit le Diinaiiche des Rameaux, ce jour où mon Sauveur entrant comme roi
1. Voy. OEuvres complètes de saint François de Sales, — Sermon pour le Mercredi des Cendres.
MOYENS POIR PAUVEMK A LA VERTU CHRÉTIENNE. 373
(Jans Jérusalem, entend retentir au-devant de lui le glorieux Hosanna^ auquel les contradictions des Princes des Prêtres et des Docteurs viennent se mêler, comme des notes discordantes dominées bientôt par le sinistre Crwcifige.^i comment passerai-je cette semaine toute bénie, s'il y a encore dans monàme une étincelle d'amour et de reconnaissance?
Enparticulier, comment célébrerai-je le Jeudi saùit dans lequel, après l'institution de la sainte Eucharistie (dont le joyeux souvenir ne sera toutefois célébré que le jour de la fête du Saint-Sacrement), commence la passion de mon auguste Rédempteur, et ensuite le Vcnchedl saint? Je me place sous la croix, j'entoure de mes bras cet instrument de supplice, cet arbre béni, où l'éternel Amour est crucifié; de toute l'ardeur de mon àme, je baise cette croix sacrée, ce signe de mon salut, mon unique espérance (0 crux^avic, spes iinica), je la vénère le front dans lapoussière. Profond repentir, contrition de cœur, admiration pour l'amour divin et infini, espoir, confiance, reconnaissance, tels sont les sentiments auxquels je m'abandonne en ce saint jour. Dominé par ces pieuses impressions, je reste silencieux, ou si je parle, c'est avec les expressions que me prête ce chant antique dont les sons, semblables à des coups de marteau, font douloureusement vibrer mon cœur, et pénètrent jusqu'au plus intime de mon être I
Vous, durs rochers, vous, marbres.
Vous éloiles du tirai amen t, grandes comme petites,
Suspendez votre éclat.
Vous, ornement du ciel, ô soleil et lune, Cachez votre lumière et vos rayons.
Sur la croix, un Dieu meurt, et le Fils de Dieu Va payer la dette des hommes !
Filles de la ville de Sion, venez toutes, Venez voir le Salomon Qui s'est fiancé à vous dans l'amour, Venez le voir entrer dans sa gloire.
Contemplez les Juifs, — pour lui.
Comme ils préparent la couronne d'épines; Comme par dérision, au lieu de pourpre, Ils lui donnent le vêtement de la folie.
Contemplez quels durs tourments l'Agneau
Endure douloureusement de la part des loups ;
Ce que Dieu souflfre d'alfronts !
Et cependant il n'a aucune dette à payer.
Celui qui habille tout rocher d'herbe
Est mort nu à la croix ;
Durement étendu sur cet arbre
Il nous a acquis le salut !
Ses pieds et ses mains sont percés.
Son côté sacré est ouvert.
Voilà les cinq fleuves de sang et d'eau
D'où coule sur nous la félicité.
C'est pourquoi mes yeux, pleurez, pleurez encore
Votre consolation et votre vie ;
Celui-là, votre Dieu, votre Sauveur,
S'est dévoué à la mort.
MOYENS l'OlR PARVENIR A LA VERTU CHRÉTIENNE. 'Mo
Tt^te couronnée, jo l'adore, Plaies saintes, je vous salue ; Jamaisje ne pourrai rendre L'amour dont vous m'avez lié.
0 mon Jésus, par ce sang.
Veuille me pardonner mes péchés, Et m'accorder, ô mon bien suprême, Ta grâce à ma dernière heure !
Mais, après le Vendredi saint et le Samedi saint, vient tout de suite le beau et très-saint jour de Pâques.
De grand matin, avant le lever du soleil, en compagnie de Marie Madeleine et des autres saintes femmes, chargées des baumes et des parfums du saint amour, je me hâte vers le tombeau de mon Sauveur. Là, de la bouche même des anges, j'entends cette nouvelle : « Ne craignez point ; vous cherchez Jésus de Nazareth; il est ressuscité.» Il est ressuscité, comme il l'avait dit {remrrexit sicut cUxll). Et où trouverai-jc des paroles pour exprimer ce (]uc mon cœur ému ressent alors ? N'est-ce pas la plus belle et la plus glorieuse victoire sur ses ennemis, que je célèbre dans la résurrection de mon Rédempteur glorifié, hier encore, si profondément Iiumilié, couvert d'opprobres et d'ignominie, maintenant revêtu d'honneur et de magnilicence ? Qu'il est juste et mérité ce triomphe de mon Sauveur, et comment pourrais-je être son disciple, sans m'en réjouir et sans lui souhaiter, du plus intime de mon cœur,
la plus entière victoire sur les puissances de l'enfer ?
Et dans ce glorieux triomphe de Jésus-Christ, ne voisje pas en môme temps, représenté et sûrement garanti, celui de notre sainte religion et de l'Eglise? Enfin, est-ce que je ne solennise pas aussi dans sa résurrection la figure et le gage de la mienne, si sous ses étendards je soutiens jusqu'à la fin le bon combat ?
Voilà pourquoi, sous quelque point de vue que je considère ce mystère glorieux, mon cœur surabonde de gratitude, d'espérance et de joie, et plein d'allégresse, je ne puis que m'unir à l' Alléluia du ciel et de la terre en chantant avec l'Eglise universelle : « SwTexit Christus, spcs mea. Alléluia! »
Le cercle des fêtes pascales se termine à V Ascension de Notre- Seigneur Jésus-Christ. Dans ce mystère, je célèbre en même temps le terme de sa vie terrestre et son élévation dans le ciel, à la droite de son Père. Je le prie de m'attirer à lui par les doux liens de son amour, afin que je cherche ma véritable patrie où elle est, et que là seulement je dirige mes désirs, mes espérances et mes efforts.
3° Le cercle des fêtes de la Pentecôte, célébrant la descente du Saint-Esprit et son action dans les âmes, s'étend bien au delà de la fête elle-même et de son octave, dans laquelle résonnent les accents solennels de l'admirable Veni Sancte Spiritus et du Vcni Creator Spiritus.
Il embrasse en même temps tous les Dimanches suivants jusqu'à la fin de l'année ecclésiastique. Car le Saint-Esprit, le plus précieux de tous les dons (le donum Dei altissimi), est le frnit de l'œuvre entière de notre rédemption. La vie en lui est la seule véritable vie. Ses fruits sont toutes les vertus chrétiennes. Les mériter, les recevoir, les recueillir pour le ciel, c'est mon unique devoir comme chrétien.
A la solennité de la Pentecôte se rattache parfaitement la fête de la très-Sahitc Trinité. Car ce n'est qu'après la descente du Saint-Esprit que je peux clairement contempler l'œuvre entière de notre rédemption et de notre sanctification, œuvre commune aux trois personnes divines, et m'élever jusqu'à ce chant de louange inspiré qu.i retentira dans les cieux pendant l'éternité : Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto, gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit.
La fêle du Saint-Sacrement ou Fête-Dieu, se célébrant le jeudi d'après la Trinité, appartient proprement à la série des fêtes pascales, et comme ailleurs nous avons traité le grand et sublime mystère de cette fête, nous no nous y arrêtons point ici.
Mais dans tout le cours de l'année religieuse, s'enlacent, entre les fêtes du Seigneur, celles de ses fidèles serviteursles Saints, eten particulier celles dosa glorieuse Mère, leur Reine à tous : La fête de son Immaculée Cou-
ception, de sa Nativité, de son Annonciation, de sa Visitation, de ses Douleurs, de son Assomption, de sa Présentation dans le Temple, de ses Fiançailles, de son saint Nom, ne vibrent-elles pas toutes, pour mon cœur, comme de célestes accords ? Mais surtout les deux qui célèbrent le commencement si riche en grâce et la fin toute glorieuse de sa vie ici-bas, c'est-à-dire son Immaculée Conception qui la donna à la terre, et sa triomphante Assomption qui la donna au ciel? Avec quelle joie sainte, quelle dévotion et quel amour ne solenniserai-je pas toutes les grâces, toutes les distinctions, tous les honneurs que ces fêtes me rappellent? Ne sontce pas les honneurs, les distinctions et les grâces de ma Mère, et leur éclat ne rejaillit-il pas encore sur son divin Fils même? Mais de plus, dans chacune de ses fêtes, j'implorerai avec une confiance filiale sa protection maternelle, pour m'aider à imiter avec zèle l'exemple de ses brillantes vertus.
Etlesfêtesdes autres Saints qui, danslecoursde l'année sont célébrées ou in foro (comme fêtes d'obligation) ou simplement m c/ioro (dans l'office ecclésiastique), les fêtes des saintsApôtres, des saints Martyrs, des saints Confesseurs, des saintes Vierges et des Veuves ; quellangage chacune ne parle-t-elle pas à mon cœur? Mais quelque nombreux et variés que puissent être les enseignements et les devoirs, rappelés à mon esprit d'une manière si frappante
MOYENS l'OlR PARVENIR A LA VERTU CHRÉTIEX.VE. 379
par ces fêtes des Saints, jusqu'à celle qui les réunit toutes ensemble, la Toussaint, robligalioa la plus importante qu'elles me remettent en mémoire, c'est qu'il fiiut moimême que je me sanctifie. Car, même l'honneur que nous rendons aux Saints, comme nous y invitent les jours consacrés à leurs fêtes, n'est pas le but essentiel ; nous les honorons beaucoup moins pour eux-mêmes qu'à cause de Dieu et de nous-mêmes. A cause de Dieu, pour le glorifier dans ses Saints, l'honneur et la gloire que nous leur offrons retombant sur Celui qui de toute éternité les a élus, qui les a appelés dans le temps, qui les a sanctifiés par sa grâce et couronnés de sa gloire. A cause de nous, afin que par eux et parla vénération que nous leur rendons, nous arrivions, nous aussi, à la sainteté. Car par leur sublime exemple, ils brillent pour nous comme des étoiles et nous montrent comment nous pouvons devenir saints ; par leur gloire infinie, ils nous attirent en haut et nous inspirent l'ardent di'sir, quoi qu'ilnousenpuisse coûter, d'arrivernous-mèmes à ce but bienheureux, et enfin en vertu de leur glorieuse fonction d'avocats et d'intercesseurs, du haut du ciel, ils étendent vers nous un bras secourabiepour nous aider dans notre élan vers la sainteté.
Mais comme s'il ne suffisait par encore à l'Eglise de tous ces temps de fête, de tous ces jours particuliers, elle bénit, pournous tenir en quelque sorte constamment en
haleine, les quatre saisons de l'année, les Quatre-Temps , dans lesquels, avecles premiers Chrétiens, je dois prier le Seigneur d'envoyer dans sa vigne de dignes ouvriers. Elle consacre, par quelque mystère de la religion, presque chaque mois en particulier; par exemple, elle dédie de préférence le doux mois de Mai au culte de la douce et puissante Reine du ciel ; le mois de .hiin à la dévotion envers le cœur très-sacré de Jésus; le mois de Juillet, k celle du précieux sang; le sombre Novembre au cher souvenir des pauvres âmes souffrantes. Elle bénit encore chaque semaine, dans chaque semaine, elle consacre le jeudi à l'adoration du très-saint Sacrement, le vendredi au souvenir de la douloureuse passion, le samedi à la dévotion envers la bienheureuse Vierge Marie, le premier jour de la semaine, le dimanche, à l'adorati on de la très sainte Trinité, comme aussi à célébration de notre naissance première, de notre création, de notre régénération et de notre futur repos bienheureux en Dieu. Enfin, elle bénit chaque jour particulier, en solennisant par Y Angélus^ \à matin, au milieu dli jour et le soir, le grand mystère de l'Incarnation du Fils de Dieu.
Si je compare tous ces temps avec les pratiques pieuses par lesquelles l'Eglise les sanctifie, comment n'admirerai-je pas la sagesse avec laquelle elle accommode si bien ses dévotions et ses solennités aux temps et aux circonstances particulières. Par exemple, lorsqu'elle dé-
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diele mois de Novembre à la dévotion envers les ùmes des défunts : cette triste saison de l'année, portant d'ellemême au deuil et à la mélancolie, ne vient-elle pas comme au-devant de la tendre et maternelle intention de l'Eglise ? Maint pieux Pater noster sorti d'un cœur aimant pour le repos des pauvres âmes, no monterait pas vers le ciel, si la saison rembrunie n'excitait pas ellemême, en quelque sorte, à ce cher et douloureux souvenir? Au contraire, l'aimable et beau mois de Mai, pourrait-il être consacré à une autre dévotion qu'à celle de l'aimable et puissante Reine du Ciel? Car si les pâles feuilles tombantes et ces nuages sombres et mornes nous rappellent la fragilité de la vie et le souvenir de nos chers défunts, à quoi nous feront songer les fleurs de Mai, et les jours sereins et ensoleillés du priulemps, si ce n'esta « ce beau jardin qui fleurit sous les rayons du Clirist ?»
Là est la rose ' dans laquelle le Verbe divin se fit chair et là sont les lis ' dont l'odeur indique le bon chemin \
L'homme sensuel, rampant dans la poussière et insoucieux de son salut dit : Il y a trop de ces fêtes, de ces solennités, de ces dévotions! Mais TP^glisc, quiprendplus d'intérêt à notre véritable bien (|ue nous ne le faisons
1. La rose — La Vierge. 1 — Les lis — Les Apùlres. —3. Le Daute, l.e Paradis, chant 23.
nous-mêmes, ne manifeste presque nulle part autant sa sagesse que par ces dévotions multipliées, par cette consécration et cette sanctification des saisons, des mois et des jours. Elle sait ï^ue nous ne pouvons pas rester tranquilles et stationnaires dans les choses de Dieu ; que si nous ne nous élevons vers le Ciel avec travail et en quelque sorte avec violence, nous retombons immédiatement, entraînés par le poids de notre sensualité, et courons le danger de faire naufrage dan» notre vie spirituelle. Par la consécration du temps et des jours de son année sainte, l'Eglise me préserve des dangers de l'attrait du monde et de courir après le néant de ses vanités ; elle m'emporte dans les régions d'une vie supérieure, et pour ainsi dire jusque dans les parvis du Ciel. Tous ces grands mystères, qui sont l'origine de mon salut et les sources toujours jaillissantes de toute vie élevée, me sont sans cesse présentés vivants par l'année ecclésiastique. Le Christ lui-même est peint, pour ainsi dire, devant mes yeux ; en esprit, je l'accompagne pas à pas de sa crèche à sa croix et au tombeau. En quelque sorte, je vis après lui, pour lui, de tout ce dont il a vécu avant moi, pour moi. Par les fêtes successives de l'année, tout le passé de l'Eglise m'est constamment rendu présent. Ses douloureux combats et ses victoires si glorieuses, les témoignages écrits et non écrits de ses Apôtres, l'héroïsme de ses martyrs
dont le sang versé à flots a fertilisé son sol, les vertus de ses confesseurs, la sagesse tle ses docteurs, les saints soupirs d'amour et les chants de louange de ses vierges, les larmes de repentir et les gémissements de ses pénitents, tout m'est toujours et à nouveau représenté. Et de plus, ainsi que nous l'avons fait observer au commencement, tous les moyens de vertu nommés plus haut; la prière, la méditation, en particulier la méditation delà douloureuse passion, la réception du sacrement de Pénitence et de celui de la sainte Eucharistie, l'assistance pieuse au saint sacrifice de la Messe, étant pour m.oi, h certains jours, un devoir tellement obligatoire que, sans leur stricte observation, il ne me serait pas même possible de bien célébrer l'année religieuse: comment pourrais-je sous les constantes influences de cette atmosphère supérieure, être atteint et englouti par les flots de ce monde inférieur?
En effetjla manière dont on sanctifie le Dimanche, ainsi que les fêtes d'obligation, est la véritable échelle de proportion, à laquelle on peut reconnaître la prospérité ou la décadence de la vie chrétienne, chez les individus comme chez les peuples. La déchristianisation delà société croît avec la profanation publi(iU(! des jours de Dimanche et de Fête. Les instigateurs et les promoteurs de cet abus s'enraciiiaut. iK'las ! toujours davantage, sont les meurtriers des âmes de leurs Irèrcs, comme en sens inverse
il n'est nul acte plus méritoire que de s'opposer de toutes ses forces à ce mal qui s'étend sans cesse, et d'aider à rétablir le Dimanche « dans son droit vingt fois séculaire, accompagné de la bénédiction de toutes les générations. » Car pour les individus comme pour toute la société humaine 11 n'y a de salut qu'en Dieu. Partout où il n'aide pas à édifier, les ouvriers humains construisent en vain !